Des moules en Antarctique ! // Mussels in Antarctica !

L’Océan Austral (ou Antarctique) est sans doute le milieu le plus hermétique de la planète, isolé depuis cinq millions d’années par la barrière naturelle que constitue le puissant courant circumpolaire. Il semblerait cependant que cette frontière océanographique ne soit plus tout à fait étanche. Une étude publiée au mois de mars 2020 dans Scientific Reports et conduite par une chercheuse de l’Université australe du Chili fait état de la découverte d’un premier cas d’espèce non indigène dans les eaux antarctiques. Le site de la découverte se trouve à environ 75 milles marins au nord de la Péninsule Antarctique, près de la plus grande des îles Shetland du Sud.

En 2019, au cours d’une plongée sur un tombant rocheux de la baie de Fildes sur l’île du Roi-George, une chercheuse de l’université Laval au Canada a collecté des échantillons d’éponges et de coraux. De retour au laboratoire, elle a découvert sous son microscope une quarantaine de minuscules jeunes moules encore jamais observées à cet endroit. Les analyses génétiques ont ensuite montré qu’elles appartenaient à une espèce de l’hémisphère Sud, Mytilus platensis, très abondante notamment en Patagonie.

La question est de savoir comment ces moules sont arrivées dans les eaux antarctiques. Les fronts océanographiques qui entourent le continent sont en effet infranchissables pour des larves. Il est donc vraisemblable que des moules accrochées à la carène d’un bateau se sont reproduites lors du transit de celui-ci et ont poursuivi leur route, aucun spécimen adulte n’ayant été trouvé sur place par les chercheurs. Très souvent, les navires de croisière empruntent cette voie de navigation entre la Patagonie et les îles Shetland du Sud. Selon un chercheur au British Antarctic Survey, il est logique que les moules soient les premiers envahisseurs marins de l’Antarctique ; elles se développent en grand nombre dans les eaux chiliennes et patagoniennes et ont une forte propension à s’attacher aux navires.

Il y a quelques mois, la chercheuse canadienne est revenue en compagnie de plusieurs collègues à Fildes Bay. Ils n’ont retrouvé aucune trace des moules. Il semble qu’elles n’aient pas survécu au rude hiver de l’Antarctique, quatre mois pendant lesquels l’eau est très froide.
Pour l’instant, les conditions climatiques en Antarctique sont encore suffisamment difficiles pour empêcher des espèces envahissantes – sauf les plus robustes – de s’y établir. Toutefois, à mesure que le trafic maritime va augmenter et que l’Océan Austral va se réchauffer, les invasions deviendront probablement plus fréquentes.

Cette découverte de moules de Patagonie en Antarctique est inquiétante. Elle témoigne de la pression humaine sur un milieu qui abrite le plus fort taux d’endémisme de la planète. Selon les scientifiques, la cause est probablement double : le réchauffement climatique et l’augmentation débridée du tourisme polaire.

Source : Presse internationale.

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The Southern (or Antarctic) Ocean is undoubtedly the most hermetic environment on the planet. It has been isolated for five million years by a natural barrier: the powerful circumpolar current. However, it seems, that this oceanographic border is no longer completely sealed. A study published in March 2020 in Scientific Reports and conducted by a researcher from the Southern University of Chile reveals the discovery of a first case of a non-native species in Antarctic waters. The discovery site is located approximately 75 nautical miles north of the Antarctic Peninsula, near the largest of the South Shetland Islands.
In 2019, during a dive on a rocky drop off in Fildes Bay on King George Island, a female researcher from Laval University in Canada collected samples of sponges and corals. Back in the laboratory, she discovered under her microscope about forty tiny young mussels never seen at this place. The genetic analyzes then showed that they belonged to a species of the southern hemisphere, Mytilus platensis, very abundant in particular in Patagonia.
The question is to know how these mussels arrived in Antarctic waters. The oceanographic fronts which surround the continent are indeed impassable for larvae. It is therefore likely that mussels hanging from the hull of a boat reproduced during its transit and continued on their way, no adult specimen having been found on the spot by the researchers. Very often, cruise ships use this shipping route between Patagonia and the South Shetland Islands. According to a researcher at the British Antarctic Survey, it makes sense that mussels should be the first marine invaders from Antarctica; they thrive in large numbers in Chilean and Patagonian waters and have a strong propensity to attach to ships.

A few months ago, the Canadian researcher and several colleagues returned to Fildes Bay. However, there was no sign of the mussels. It seems that they did not make it through the brutal Antarctic winter, four months with very cold water temperatures.  For now, Antarctic conditions are still extreme enough to thwart all but the hardiest invaders. But as ship traffic increases and the Southern Ocean warms, invasions will probably become more frequent.

This discovery of Patagonian mussels in Antarctica is worrying. It shows human pressure on an environment that harbors the highest rate of endemism on the planet. The cause is probably twofold: global warming and the unbridled increase in polar tourism.

Source : International news media.

Iles Shetland du Sud et Ile du Roi-George (Source : Wikipedia)

Je vous avais prévenus… !

Il y a quelques jours, j’expliquais sur Facebook que j’écoute peu la radio – (France Info 3 minutes par jour : 3 « fils info » (que j’ai baptisés fil…ochards… Affaire de culture personnelle !) Je ne regarde jamais les informations à la télévision car je n’ai pas envie de déprimer profondément. Je suis tout à fait incapable de donner les noms des présentateurs et cela ne m’intéresse guère.

Je fais de temps en temps une entorse à ce comportement quand j’entends que le chef de l’Etat ou un de ses sbires va faire une déclaration importante. J’ai remarqué qu’il s’agit, d’un point de vue journalistique, d’un divertissement qui suit toujours le même processus  L’intervention du Premier Ministre et du Ministre de la Santé le dimanche 19 avril n’a pas failli à la règle :
1) On nous informe (ce qui est le rôle premier des journalistes) que l’un de ces personnages politiques va intervenir à la radio et à la télé
2) Dans un deuxième temps, les journalistes essayent d’imaginer ce que ces gens vont bien pouvoir dire, et chacun y va de ses supputations.
3) Dans un troisième temps, les journalistes commentent ce qu’ils imaginent que les intervenants vont bien pouvoir dire. Puissant, non ?
4) Arrive ensuite l’heure tant attendue de l’intervention du Président ou du/des ministre(s) Pas un mot. On écoute religieusement.
5) Une fois l’intervention terminée, les journalistes commencent par nous répéter ce qui vient d’être dit. C’est normal. Comme cela se passe souvent au moment du repas, il y a les bruits de fourchettes et couteaux dans les assiettes, et la ménagère de service n’a pas pu tout écouter car il fallait bien qu’elle se rende de temps en temps dans la cuisine…
6) Une fois ce rappel effectué, c’est l’heure du fameux « débrief » ( de l’anglais « debriefing » qui se traduit tout simplement par ‘compte-rendu’, en sachant que le mot « débreffage » existe, mais il sonne moins bien et montre moins la compétence des journalistes dans la langue de Shakespeare.
Au bout du compte, on s’aperçoit qu’on avait parfaitement compris l’intervention en question et qu’on était parfaitement en mesure de la commenter soi-même, sans avoir une assistance journalistique à son service.

Un super volcan sans l’Utah (Etats Unis) // A super volcano in Utah (United States)

On parle beaucoup ces jours-ci dans la presse des Etats-Unis d’un super volcan censé être 30 fois plus vaste que la célèbre caldeira de Yellowstone. Tous les scientifiques s’accordent à dire que Yellowstone est entré en éruption pour la dernière fois il y a plus de 640 000 ans. Certains chercheurs vont jusqu’à dire que la prochaine éruption de Yellowstone est en retard. Une telle affirmation fait sourire quand on sait que ne sommes pas en mesure de prévoir les éruptions à court terme, et que la notion de cycle éruptif n’a jamais été vraiment prouvée.
Les articles que l’on peut lire dans les journaux américains expliquent qu’un super volcan plus ancien que Yellowstone a été découvert près de la petite ville d’Enterprise, dans le sud-ouest de l’Utah. Qui plus est, ce super volcan serait une trentaine fois plus grand que son homologue du Wyoming.
Les paysages géologique du sud de l’Utah possèdent de nombreux vestiges d’une activité volcanique produite par le super volcan Wah Wah Springs dont l’éruption, d’une durée d’une semaine, a eu lieu il y a environ 30 millions d’années. Plusieurs auteurs des articles de presse se demandent s’il faut s’inquiéter de ce super volcan et de l’activité volcanique dans cette partie des États-Unis.
On parle beaucoup de Yellowstone à cause des effets que pourrait avoir une super éruption sur la Terre, mais personne ne sait quand – ni même si – le volcan entrera en éruption. Selon l’USGS, la probabilité d’une super éruption à Yellowstone au cours des prochains millénaires est « extrêmement faible ».
L’éruption de Wah Wah Springs a produit 30 fois plus de cendres et autres matériaux que celle de Yellowstone. Comparée à des événements volcaniques plus récents, elle était 5000 fois plus puissante que l’éruption du Mont St. Helens en 1980.
Les chercheurs n’ont découvert Wah Wah Springs qu’en 2013. Il est vrai que l’érosion peut compliquer la mise au jour des super volcans, mais en découvrant et en mesurant les coulées de lave dans la région, les chercheurs ont pu cartographier Wah Wah Springs et le localiser à la limite entre l’Utah et le Nevada, près d’Enterprise. Les dépôts laissés par l’éruption sont extrêmement épais dans certains secteurs du sud de l’Utah, et on retrouve des traces du cataclysme jusque dans le Nebraska. L’éruption a probablement anéanti tout ce qui vivait à des centaines de kilomètres à la ronde.
La région volcanique de Wah Wah Springs est considérée comme en sommeil mais pas vraiment éteinte car il existe toujours un risque de voir apparaître une nouvelle activité volcanique. Un chercheur a déclaré: « Plus une éruption volcanique est puissante, plus elle devient rare. Et moins elle est puissante, plus elle est fréquente, ce qui est une très bonne chose pour nous. »
Source (entre autres): St. George Spectrum & Daily News.

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There is a lot of talk these days in the Unites States press about a super volcano that is supposed to be 30 times larger than Yellowstone’s famous caldera. All scientists agree to say that Yellowstone last erupted more than 640,000 years ago. Some researchers go as far as saying that Yellowstone’s next eruption is overdue, which looks a bit strange as we are not able to predict eruptions in the short term and as eruptive cycles have never been clearly proved.

The articles that could be read in US newspapers explained that a more ancient super volcano was discovered near the small southwestern Utah town of Enterprise and that it was about 30 times bigger than its Wyoming counterpart.

Aspects of the geological landscape southern Utah is famous for come from volcanic activity in the area, all stemming from the supervolcano Wah Wah Springs whose week-long explosion happened about 30 million years ago. The authors of the articles wonder whether people should be concerned about this supervolcano and volcanic activity in this part of the United States.

Yellowstone has a lot of publicity because of the severity of a supervolcano and the effect it would have on Earth, but nobody knows when – or even if – it is going tro erupt. According to USGS, the probability of another supervolcanic event in Yellowstone in the next few thousand years is « exceedingly low. »

Wah Wah Springs released 30 times more ash and debris than the Yellowstone explosion. Compared with more recent volcanic events, it was 5,000 times larger than the eruption of Mount St. Helens in 1980.

Researchers found out about Wah Wah Springs only in 2013. Erosion can make supervolcanoes hard to find, but by discovering and measuring lava flows in the region, researchers were able to map out Wah Wah Springs on the border of Utah and Nevada, near Enterprise. Deposits from the eruption are extremely thick in some areas of southern Utah, and its remains can be found as far away as Nebraska. The devastation must have been catastrophic to anything living within hundreds of kilometres.

Tthe Wah Wah Springs region is considered dormant but not extinct as there is always a chance for more volcanic action. One researcher said: « The more severe a volcanic eruption, the more rare it turns out to be. And the less severe, the more common it turns out to be, which is very fortunate for us. »

Source (among other newspapers):  St.George Spectrum & Daily News.

 Carte montrant l’épaisseur des dépôts laissé par l’éruption de Wah Wah Springs (Source: USGS)

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Une éruption à huis clos // An eruption behind the clouds

 7 heures (heure métropole): Alors que tout le monde attendait impatiemment l’éruption du Piton de la Fournaise, les coulées de lave n’osent pas se montrer et restent cachées la plupart du temps derrière la couverture nuageuse. Les prévisions météo ne sont pas très bonnes aujourd’hui sur le volcan et l’espoir d’assister de loin au spectacle est faible.

Après le net déclin qui a suivi le début de l’éruption, le tremor se maintient à un niveau qui montre que la lave continue à avancer sur les Grandes Pentes. C’est du moins ce que l’on peut lire sur le site Réunion La 1ère.

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15 heures : Le dernier bulletin de l’OVPF émis le 11 février 2020 à 14h45 (heure locale) indique que l’éruption se poursuit. L’intensité du tremor, qui avait chuté au tout début de l’éruption, s’est maintenant stabilisée. Du fait des mauvaises conditions météorologiques aucune reconnaissance n’a pu être réalisée le 11 février, mais les faibles débits n’ont probablement pas permis au front de coulée de progresser de manière significative. Après avoir dévalé rapidement le flanc di cône sommital, la lave doit affronter un replat qui va forcément beaucoup ralentir sa progression, d’autant plus que le débit éruptif ne semble pas énorme.

Source : OVPF.

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7:00 am (Paris time): While everyone was anxiously awaiting the eruption of Piton de la Fournaise, the lava flows do not dare to show up and remain hidden mostly behind the cloud cover. The weather forecast is not very good on the volcano and the hope of seeing the show from afar is low.
After the sharp decline that followed the start of the eruption, the tremor remains at a level that shows that lava continues to advance on the Great Slopes. At least this is what we can read on the Réunion La 1ère website.

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3 pm : The latest OVPF bulletin released on February 11th, 2020 at 2:45 p.m. (local time) indicates that the eruption continues. The intensity of the tremor, which had dropped at the very beginning of the eruption, has now stabilized. Due to the poor weather conditions, no overflight could be carried out on 11 February, but the low lava output probably did not allow the flow front to progress significantly. After having quickly travelled down the flank of the summit cone, the lava must cross a flat area which will inevitably slow down its progress, all the more as the eruptive output does not seem enormous.
Source: OVPF.

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Malgré une météo pourrie et un accès difficile, mon ami Fabrice Juignier a pu saisir un aperçu de la coulée qui semble bien alimentée.

https://www.facebook.com/fabrice.juignier/videos/2793058134117751/

Photo: C. Grandpey