Les journalistes français découvrent la fonte des glaciers !

Alors que la presse suisse insistait sur le rôle joué par le réchauffement climatique dans l’effondrement du glacier Birch sur le village valaisan de Blatten, la presse française se faisait étrangement discrète sur le sujet. Cette frilosité ne date pas d’hier.

Le 5 mai 2025, j’ai publié une note intitulée «  2025, Année des Glaciers : ne pas l’oublier ! » J’expliquais que la présence des glaciers est essentielle à l’équilibre de la vie sur notre planète. J’ajoutais qu’on a malheureusement l’impression que la majorité de la population se désintéresse du sujet et s’attarde sur des choses beaucoup plus frivoles. Je viens de m’en rendre compte en lisant un article publié sur le site de la radio France Info dans lequel l’auteur semble découvrir ce que je ne cesse de rappeler sur ce blog.

S’appuyant sur une étude parue dans la revue Science, le journaliste nous explique que les glaciers sont plus fragiles face au réchauffement climatique qu’on ne le pensait et que les trois-quarts de leur masse pourraient disparaître dans les siècles à venir si rien ne change. Or, on sait cela depuis longtemps ! La fonte des glaciers aurait des conséquences dramatiques, car ils constituent d’importants régulateurs climatiques et jouent un rôle crucial dans l’approvisionnement en eau douce de milliards de personnes. J’en ai parlé à maintes reprises à propos de l’Asie, région du monde pour laquelle les glaciers sont un véritable château d’eau.

L’article nous annonce que la fonte des glaciers dans le monde serait sur le long terme bien plus importante qu’escompté, notamment dans le cas où le monde maintiendrait sa trajectoire actuelle de réchauffement climatique, avec une perte estimée de 76% des glaces actuelles. Le journaliste ajoute que les glaciers alpins ont perdu 40% de leur masse, ce qui n’a absolument rien d’un scoop.

Il paraît qu’il y aurait un « message d’espoir » dans le cas où l’humanité parviendrait à maintenir la hausse des températures sous le seuil des 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, conformément à l’Accord de Paris sur le climat. Si l’auteur de l’article se tenait au courant, il saurait que pour la plupart des glaciologues et climatologues, la partie est d’ores et déjà perdue car on se dirige vers un réchauffement de 3 ou 4 degrés Celsius dans les prochaines décennies. Il est malhonnête de vouloir rassurer les lecteurs et les auditeurs en faisant semblant d’ignorer la vérité.

Photo: C. Grandpey

Grindavik ! (2) La colère des journalistes // The journalists’ anger

En raison de l’instabilité et de la dangerosité, la police limite l’accès des journalistes à Grindavík depuis l’éruption du 14 janvier 2024. Le président de l’Union des journalistes islandais a protesté contre ce qu’il a appelé « la censure et la limitation de la liberté d’expression en empêchant l’accès des journalistes à la zone, sans raison valable ».
Il convient de garder à l’esprit que l’éruption du 14 janvier a détruit trois maisons, provoqué la formation de crevasses à l’intérieur de la ville. Elle a aussi et déplacé les 3 800 habitants qui ne savent pas de quoi demain sera fait. La ville avait déjà été évacuée le 10 novembre 2023 en raison de l’activité sismique. Les habitants de Grindavík attendent de savoir comment le gouvernement pourra les aider pendant qu’ils sont loin de chez eux.

Les journalistes ont été autorisés à entrer à Grindavík le 5 février 2024, pendant deux heures seulement. Les autorités islandaises expliquent que les journalistes n’ont pas été autorisés auparavant par respect pour les habitants et pour ne pas gêner les interventions d’urgence dans le secteur. Le président des journalistes a déclaré qu’ils devraient être autorisés à informer sur les événements historiques majeurs, comme ce fut le cas le week-end précédent, lorsque les habitants ont transporté leurs affaires hors de la zone dangereuse.
Lors de la visite du 5 février, les journalistes ont été entassés dans un bus et accompagnés par les services de secours. Un policier décidait du parcours emprunté par le bus. Une demi-douzaine d’arrêts ont été effectués en ville, et limités aux zones présentant des crevasses ou des dégâts, sans contact avec des personnes. Seules deux zones étaient prévues pour les photos par drone. Les journalistes ont protesté contre ce type de trajet organisé.
En novembre 2023, le syndicat des journalistes avait demandé au ministère de la Justice d’élargir l’accès à la zone dangereuse, mais les autorités n’ont pas répondu.

Source  : Iceland Review.

Remarque personnelle : Il faudrait tout de même que les journalistes gardent à l’esprit que leur travail consiste à informer, sans voyeurisme ni sensationnalisme. Cela n’a pas toujours été le cas ailleurs en Europe, ce qui explique probablement les restrictions décidées par les autorités islandaises.
Source  : Iceland Review.

Grindavik, une ville meurtrie (Crédit photo: Iceland Review)

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Because of the unstable and dangerous situation within the town, the police has limited access to Grindavík for journalists since the January 14th eruption. The president of the Union of Icelandic Journalists raised a protest against what he called “applying censorship and limiting journalists’ freedom of speech by limiting journalists’ access to the area with no rational cause.”

One should keep in mind that the January 14th eruption destroyed three houses, caused crevasses to form across town, and displaced the 3,800 inhabitants for the foreseeable future. The town had already been evacuated on November 10th, 2023, due to seismic activity. Grindavík residents await a government decision on how they can be helped while displaced.

Journalists were allowed to enter Grindavík on February 5th, 2024 for two hours. Icelandic authorities explain that they had not been allowedbeforee due to consideration for the residents and the vast emergency response in the area. The journalists’ president said that they should be allowed to document major historical events, such as the previous weekend when residents transported their belongings from the danger area.

During the February 5th visit, the journalists were herded into a bus and chaperoned by emergency response personnel. A special unit police officer decided where the bus went. A half-dozen stops were made in town, limited to areas with crevasses or damages, but nowhere near people. Only two areas were designated for flying drones to photograph. The journalists did not agree with the arrangements.

In November 2023, the journalists’union had petitioned the Ministry of Justice to increase access to the danger area, but the ministry had not responded.

Source : Iceland Review.

Personal note : The journalists should remember that their duty is to onform, with no voyeurism and no sensationalism. This has not always been the case elsewhere in Europe, which probably accounts for the restrictions decided by Icelandic authorities.

Source : Iceland Review.

« Ocean Viking » : la prononciation coule les journalistes français!

En constatant l’abondance de franglais dans leurs propos à longueur de journée, on serait en droit de penser que les journalistes français manient à la perfection la langue de Shakespeare. Pourtant, l’arrivée de l’Ocean Viking en Méditerranée avec à son bord des migrants impatients de trouver un port d’attache, est source de sacrés problèmes lorsqu’il s’agit de prononcer le nom du bateau.

Voici comment ces deux mots doivent se prononcer :

– Ecoutez « Ocean« , en phonétique /ˈəʊ.ʃən/

https://dictionary.cambridge.org/fr/prononciation/anglais/ocean

Ecoutez maintenant « Viking« , en phonétique /ˈvaɪ.kɪŋ/

https://dictionary.cambridge.org/fr/prononciation/anglais/viking

Le nom du bateau connaît des fortunes diverses dans la bouche des journalistes! Certains le prononcent carrément à la française, ce qui, après tout, n’est peut-être pas la pire des solutions. J’ai pu constater que la plupart font un effort en essayant de prononcer le mot « ocean » à l’anglaise, avec plus ou moins de succès. En revanche, « Viking » reste désespérément français dans l’immense majorité des cas.

L’essentiel est que la bateau sauve des vies, mais un petit effort de prononciation serait tout de même le bienvenu….

Petit remarque à l’attention de la personne qui assure le commentaire de l’excellent documentaire « Quand la mer menace les villes » sur France 5 : l’arrondissement (borough) de Staten Island à New York a une origine néerlandaise remontant au début du 17ème siècle. La prononciation de « Staten » n’a donc rien à voir avec un état. Le mot se prononce à la française, sans diphtonguer la lette « a ».

Crédit photo: Wikipedia

Réchauffement climatique: des journalistes signent une charte…

Le 14 septembre 2022, plus de 500 journalistes ont signé une charte pour un meilleur traitement de «l’urgence écologique.» Une telle initiative a de quoi surprendre. Elle montre clairement que,, jusqu’à présent, la presse n’a pas fait son travail et n’a pas traité le réchauffement climatique comme il se doit. Elle se sent aujourd’hui dans l’obligation de modifier sa politique d’information sur le sujet. Reste à savoir si cette initiative sera suivie d’effets.

Les quelque 500 journalistes, issus de divers médias, ont signé la charte à titre individuel et ont invité la profession à modifier sa façon de travailler.

La charte liste une dizaine d’engagements, auxquels ont également adhéré une trentaine de rédactions. On peut lire que les journalistes sont incités à « traiter le climat, le vivant et la justice sociale de manière transversale », l’écologie ne devant « plus être cantonnée à une simple rubrique » mais « devenir un prisme au travers duquel considérer l’ensemble des sujets ». Les journalistes sont également invités à « faire œuvre de pédagogie », « s’interroger sur le lexique et les images utilisées » qui devraient être plus percutantes

La charte encourage ses signataires à faire le lien entre les catastrophes et le changement climatique. Là encore, cela signifie que le lien n’a pas, ou presque pas, été fait jusqu’à présent!

Pour informer « sur les origines des bouleversements en cours » et « sur les réponses à la crise », les journalistes devraient pouvoir « se former en continu. » Il est aussi demandé aux rédactions de verdir leurs pratiques en réduisant leur bilan carbone, en s’opposant « aux financements issus des activités les plus polluantes » et en « consolidant leur indépendance ».

Comme pour les mesures proposées par les COP, les différentes suggestions de la charte n’ont rien de contraignant. Elles ont pour but de définir une orientation de la presse face au réchauffement climatique. Autant dire que cette charte ne servira pas à grand-chose. La presse continuera sa politique de « bisounours » face au réchauffement climatique, expression à laquelle beaucoup préfèrent les mots « changement  » ou « dérèglement » climatique qui sont un peu moins traumatisants.

Il ne faut surtout pas faire trop peur!

De mon côté, je continuerai à informer et à alerter objectivement et sans retenue, comme je viens de le faire à propos des Alpes et comme je l’ai fait à maintes reprises à propos d’autres régions du monde.

Vouloir cacher ou atténuer la vérité relève à mes yeux de la malhonnêteté.