Islande: Des feux de joie pour les elfes // Iceland: Bonfires for the elves

En dépit de ce que l’on peut lire dans certains articles de presse qui affirment le contraire, beaucoup d’Islandais croient encore aux elfes et au petit peuple caché – le Huldufólk – avec une tradition bien ancrée de feux de joie le 31 décembre.
Les feux de joie sont allumés la veille du Nouvel An et les familles se rassemblent pour chanter des chansons sur les elfes et le Huldufólk qui, selon le folklore, se manifeste souvent à cette époque de l’année.
Les légendes islandaises racontent que les elfes apparaissent fréquemment autour de Noël, le 31 décembre et le 1er janvier. « A Noël, ils organisent des banquets et des fêtes, avec de la musique et de la danse, dans les maisons des êtres humains ou dans leurs propres demeures, et le jour du Nouvel An, ils se déplacent d’un endroit à un autre pour célébrer la nouvelle année. » Les femmes allument généralement une bougie dans chaque coin de la maison à cette époque de l’année et nettoient impeccablement le domicile. La maîtresse de maison se déplace ensuite dans les différentes pièces en disant: « Ceux qui veulent venir peuvent venir, ceux qui veulent partir peuvent partir, sans nuire à moi-même et aux miens. » Cette tradition permet de vivre en paix avec le petit peuple caché.
Source: Iceland Monitor.

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Despite numerous articles stating the opposite, it is not common for Icelanders to still believe in elves and the hidden people, with a strong tradition of bonfires on New Year’s Eve.

The bonfires are lit on New Year’s Eve with families gathering to sing songs about the elves and the hidden folk who, according to folklore, are prominent at this time of year.

Folk tales tell Icelandic people that elves are most apparent around Christmas, New Year’s Eve and New Year’s Day. « At Christmas they have banquets and parties, music and dance either in human abodes or their own elven homes, and on New Year’s they travel from one place to another, an event which they celebrate. » Women usually light a candle in every corner of the home during this time and clean the home impeccably. The mistress of the home would then walk around the home saying, « Those who want to come may come, those who want to leave may leave, without harm to myself and my people. » This was done as a means of keeping peace with the hidden people.

Source : Iceland Monitor.

Cairn à l’attention des elfes (Photo: C. Grandpey)

Le tourisme volcanique et ses risques // Volcano tourism and its risks

Un rapport récemment publié par la Royal Geographical Society confirme que de plus en plus de personnes prennent l’avion dès qu’elles entendent parler d’une éruption volcanique. L’Islande est une destination particulièrement prisée en raison de sa riche activité géologique. Le pays a connu une augmentation spectaculaire du nombre de visiteurs étrangers qui est passé de 488 622 en 2010 à 2 224 074 en 2017!
Les services de secours islandais sont inquiets car de plus en plus de touristes ignorent les interdictions ou désobéissent aux instructions officielles dans leur recherche d’une expérience unique. Il y a des exemples d’approches très risquées d’éruptions volcaniques, en particulier lors de la dernière qui a eu lieu dans l’Holuhraun (en 2014-15). Les autorités avaient interdit tout accès au site ; malgré cela, certaines personnes ont payé des pilotes d’hélicoptère pour les conduire en secret et de nuit vers la zone éruptive.
Cette difficulté à gérer à la fois la sécurité des gens et leur appétit de sensations fortes a entraîné des décès en Islande et ailleurs. En 2010, deux touristes sont morts de froid en tentant d’atteindre l’éruption de l’Eyjafjallajökull au col de Fimmvörðuháls. En 2017, un garçon de 11 ans est décédé après être tombé dans une mare de boue dans le cratère de la Solfatara à Pouzzoles (Italie) ; ses parents sont également décédés après avoir tenté de le sauver.
La plupart des touristes ne sont pas préparés à ces situations à risque, ce qui accroît la pression sur les services d’urgence confrontés à la difficulté de porter secours à des personnes se trouvant dans des zones pas évidentes à atteindre. Dans une telle situation, ces secouristes doivent soit abandonner les personnes bloquées à leur triste sort, soit pénétrer dans la zone dangereuse, avec tous les risques que cela implique. En Islande, la question est devenue tellement préoccupante que les autorités réfléchissent sérieusement à la question de savoir s’il faut alerter le public quand une éruption se produit. [NDLR : Cette hypothèse me semble difficilement réalisable dans la mesure où de nos jours l’information se répand à la vitesse de la lumière. Les personnes désireuses de se rendre sur le site d’une éruption seront vite informées d’une manière ou d’une autre et il sera très difficile de les empêcher de s’y rendre.]
Le tourisme volcanique comporte des risques, en particulier lorsque les personnes n’ont pas ou peu d’expérience  de l’activité volcanique et de ses répercussions sur les environs. Très souvent, elles se mettent involontairement en danger en s’approchant de la zone sensible. Il y a le risque de projections et de retombées de matériaux et de bombes de lave, ainsi que le risque de se retrouver dans des nuages de poussière ou de vapeurs toxiques. Il existe également le risque de se faire piéger par des coulées de lave, ce qui a failli arriver à des habitants d’Hawaii lors de la dernière éruption du Kilauea.
La forte augmentation du tourisme volcanique peut être aussi attribuée à la prolifération des smartphones et des réseaux sociaux, car les touristes désirent réaliser des auto-portraits dans des paysages spectaculaires et des zones volcaniques actives. Comme je l’ai déjà écrit plus haut, le problème est que, lorsque les choses tournent mal pour les touristes sur des volcans, ils mettent également en péril la vie les sauveteurs.
Un volcan peut devenir un danger réel sans prévenir, comme a pu s’en rendre compte une équipe de la BBC, ainsi que des dizaines de touristes sur l’Etna en 2017 lorsque le volcan est soudainement entré en éruption pendant le tournage d’une séquence.
Dans le but d’empêcher les amateurs de selfies les plus téméraires de se mettre en danger, les autorités indiennes ont interdit les selfies dans les lieux touristiques populaires où des accidents ont déjà eu lieu, tels que le sommet de falaises.
Source: CNN.

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A report just published by the Royal Geographical Society suggests an increasing number of people are flying around the world as soon as they hear about a volcanic eruption. Iceland is a particularly popular spot thanks to its abundance of geological activity. The country has seen a dramatic increase in the number of foreign visitors, from 488,622 in 2010 to 2,224,074 in 2017!

Icelandic emergency services have become increasingly concerned about tourists disobeying the rules in their search for a unique experience. There have been examples of reckless attempts to get dangerously close to erupting volcanoes, especially during the last eruption in Holuhraun (in 2014-15) when authorities closed all access to the area. Nonetheless, some people paid local helicopter pilots to take them in secret after dark.

This tension between safety concerns and the appetite for thrills has resulted in deaths in Iceland and elsewhere. In 2010, two tourists froze to death attempting to reach a volcanic eruption at Iceland’s Fimmvörðuháls pass that caused a spike in visitor numbers. In 2017, an 11-year-old boy died after falling into the Solfatara Crater in Pozzuoli, Italy, and his parents also died when they tried to save him.

Most tourists are unprepared for these risky situations, which increases pressure on emergency services which face the difficulty of dealing with people in restricted areas. In such a situation, emergency services have to either leave the stranded people or come into a hazardous area themselves. In Iceland, the issue has become such a concern that Icelandic authorities have to think carefully about whether or not to alert the public about an eruption.

“Volcano tourism” carries with it a number of risks, especially when those visitors have little experience of how volcanic activity can impact the surrounding area. Very often, they unwittingly place themselves in danger by getting up close to this formidable force of nature. The dangers include getting hit by falling rocks and lava bombs, becoming enveloped in choking dust, or being overcome by poisonous fumes. There is also the risk of becoming trapped by lava flows, which almost happened to folks in Hawaii during Kilauea’s last eruption.

The strong increase in “volcano tourism” can be partly attributed to the proliferation of smartphones and social media, with people keen to photograph or record video of themselves in dramatic, active landscapes. As I put it before, the problem is that when things go wrong for tourists who are close to volcanoes, it puts the lives of rescuers at risk, too.

A volcano can become a real danger without warning as a BBC production crew, along with dozens of tourists, could realise and had a lucky escape on Mount Etna in 2017 when the volcano suddenly erupted while the crew was filming.

In a bid to prevent the more reckless selfie enthusiasts from harming themselves, the authorities in India have been banning selfies in popular tourist spots where accidents have occurred in the past, such as the top of cliffs.

Source: CNN.

  L’approche d’une zone volcanique demande une bonne connaissance du terrain (Photo : C. Grandpey)

Quelques nouvelles d’Islande // News from Iceland

Selon l’Iceland Magazine, un essaim sismique intense est actuellement observé dans la réguin de l’Herðubreið, dans la partie nord-est de l’Islande. Près de 200 événements ont été détectés juste au sud de la montagne, à une profondeur relativement importante depuis le début de l’essaim qui a débuté un peu après 9h00 le 18 décembre 2018.
Outre l’activité dans la région de l’Herðubreið, un séisme de M 3,4 a été enregistré dans la caldeira centrale du Bárðarbunga. L’hypocentre était situé à seulement 800 mètres de profondeur dans la partie nord-est de la caldera. Un deuxième événement de M 3.6 a été détecté dans la même zone le 17 décembre.
Les géologues pensent que l’activité sismique sue le Bárðarbunga est provoquée par le remplissage de la chambre magmatique depuis l’éruption dans l’Holuhraun en 2014-2015, alors que la cause de l’activité sismique autour de l’Herðubreið n’est pas encore connue. Le Herðubreið est un volcan éteint, apparu suite à une éruption il y a 10 000 à 11 000 ans, vers la fin du dernier âge glaciaire. Il fait partie du système volcanique de l’Askja. La région est connue pour son activité sismique intense, avec des événements de fracturation.
Source: Iceland Magazine.

À côté de cette activité sismique, il est intéressant de noter que Reykjavik n’aura pas de Noël blanc cette année, et aucune chute de neige n’est prévue en Islande dans les prochains jours. La météo de la semaine écoulée a été digne de l’automne et la pluie est attendue le soir de Noël. Le peu de neige observé actuellement en Islande se situe dans le nord-est de l’île et à Akureyri, qui a récemment reçu un mètre de neige en 24 heures, mais les températures clémentes ont rapidement transformé la neige en eau. Comme le reste de l’Arctique, l’Islande ressent profondément les effets du réchauffement climatique.

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According to the Iceland Magazine, an intense earthquake swarm is currently observed in Mt. Herðubreið area in the NE part of Iceland. Nearly 200 events have been detected just south of the volcano at a significant depth since the swarm began shortly after 9:00 a.m. on December 18th, 2018.

Beside the seismic activity at Herðubreið, an M 3.4 quake was recorded in the central caldera of the Bárðarbunga system. The hypocentre was located at a depth of only 800 metres in the NE part of the caldera. A second M 3.6 event was detected in the same area on December 17th.

Geologists believe the seismic activity in Bárðarbunga is caused by the volcano refilling its magma chambers since the 2014-15 Holuhraun eruption, while it is not immediately clear what causes the Herðubreið activity. Mt. Herðubreið is an extinct volcano, formed in a single eruption 10,000-11,000 years ago, toward the end of the last Ice Age. It is located within the Askja volcano system. The area is known for high levels of seismic activity, including fissure rifting events.

Source : Iceland Magazine.

Beside this seismic activity, it is interesting to notice that Reykjavik will not have a white Christmas this year as no snowfall is predicted in Iceland in the next days. The weather for the past week has been autumn-like and rain is expected on Christmas Eve. The only slight bit of snow in Iceland at the moment is in North East Iceland and in Akureyri which recently received one metre of snow in 24 hours, but the mild temperatures rapidly turned the snow into water. Like the rest of the Arctic, Iceland is deeply feeling the effects of global warming.

Herðubreið et désert de l’Odadahraun (Photo: C. Grandpey)

1783 : Le Laki (Islande) et l’Asama (Japon) se déchaînent // 1783 : Laki (Iceland) and Asama (Japan) go wild

1783 fut une année particulièrement riche du point de vue volcanique, avec deux éruptions majeures sur Terre.

On a beaucoup parlé de l’éruption du Laki en Islande et certains y voient même l’une des causes possibles de la Révolution Française.

Au même moment, une éruption majeure est passée largement inaperçue au Japon, celle de l’Asama qui, elle aussi, a contribué à perturber les conditions climatiques dans l’hémisphère nord.

Ce n’est pas le seul exemple d’une éruption majeure qui en cache une autre. En 1902, l’éruption de la Montagne Pelée (Martinique) et ses quelque 29 000 morts a occulté celle du Santa Maria au Guatemala qui a tué 6000 personnes.

En Islande, le Laki s’est réveillé le 8 juin 1783 en déchirant l’écorce terrestre sur de plus de 40 km. Le long de cette fracture géante baptisée Lakagigar, on  a observé jusqu’à 110 bouches éruptives qui ont vomi des torrents de lave pendant 50 jours, avec un débit estimé à 5000 m3 par seconde. Cette lave s’est étalée sur 370 km². C’est le plus grand épanchement lavique, des temps historiques.

L’éruption du Laki en 1783 a entraîné de graves perturbations climatiques dans l’hémisphère nord. Les nuages de cendre, en empêchant le rayonnement solaire de toucher la terre, ont provoqué un hiver exceptionnellement froid en Europe. La Seine fut totalement gelée le 1er février 1784.

L’éruption a eu des effets catastrophiques sur les êtres vivants. 80% des moutons islandais ont péri et la famine a tué un cinquième de la population de l’île, ramenant celle-ci à 40 000 habitants.

Au niveau européen, l’étude des registres paroissiaux a révélé une surmortalité de l’ordre d’un tiers dans les mois qui ont suivi l’éruption du Laki. On estime à plusieurs dizaines de milliers le nombre de morts en Europe.

Au Japon, l’Asama est  un strato-volcan andésitique qui s’élève à 2560 mètres d’altitude sur l’île de Honshu, à environ 130 km de Tokyo. Il est très actif avec des éruptions récentes en 2004, 2008 et 2009. La composition de sa lave explique son comportement explosif et la violence de ses éruptions. De type plinien, elles ont secoué l’édifice volcanique en 1108 et surtout en 1783, presque en même temps que l’éruption du Laki en Islande.

L’éruption a débuté le 9 mai de cette même année avec des émissions de cendre qui se sont peu à peu intensifiées. A partir du mois de juillet, un panache plinien s’est étalé au-dessus du volcan, avec des éclairs et des coups de tonnerre. Les ondes de choc faisaient vibrer les maisons, déclenchant des mouvements de panique au sein de la population. L’éruption a atteint son paroxysme à partir du 4 août 1783 et s’est terminée avec une dernière puissante explosion dans la matinée du 5 août, entendue jusqu’à 300 km de distance.

Avec les coulées pyroclastiques, les nuages et les retombées de cendre et de ponce, l’éruption de l’Asama a causé de gros dégâts. Elle a totalement détruit quatre villages et des milliers d’habitations. Le bilan humain est d’environ 1400 morts. L’agriculture est pratiquement restée au point mort pendant les quatre ou cinq années qui ont suivi l’éruption. La population a d’autant plus souffert que les autorités ne disposaient pas de réserves alimentaires. A elle seule, la famine a tué 20 000 personnes.

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1783 was a very rich year from a volcanic point of view, with two major eruptions on Earth.
Much has been said about the eruption of Laki in Iceland and some even see it as one of the possible causes of the French Revolution.
At the same time, the major eruption of Asama volcano went largely unnoticed in Japan. It contributed to disrupting weather conditions in the northern hemisphere.
This is not the only example of a major eruption hiding another one. In 1902, the eruption of Montagne Pelée (Martinique) and its 29,000 deaths overshadowed that of Santa Maria in Guatemala that killed 6,000 people.

In Iceland, Laki woke up on June 8th, 1783, tearing the Earth’s crust over more than 40 km. Along this giant fracture called Lakagigar, up to 110 eruptive mouths have been reported to have vomited torrents of lava for 50 days, with an estimated flow of 5,000 m3 per second. This lava spread over 370 km². It is the greatest lava effusion of historical times.
The eruption of Laki in 1783 caused severe climatic disturbances in the northern hemisphere. The ash clouds, preventing solar radiation from reaching the earth, caused an exceptionally cold winter in Europe. The River Seine was totally frozen on February 1st, 1784.
The eruption had catastrophic effects on living beings. 80% of the Icelandic sheep died and the famine killed one-fifth of the island’s population, bringing it back to 40,000.
At the European level, the study of parish registers revealed an excess mortality of about a third in the months following the Laki eruption. It is estimated that tens of thousands of people died in Europe.

In Japan, Asama is an andesitic stratovolcano rising  2560 metres above sea level on Honshu Island, about 130 km from Tokyo. It is very active with recent eruptions in 2004, 2008 and 2009. The composition of its lava accounts for its explosive behaviour and the violence of its eruptions. Plinian type, they rocked the volcanic edifice in 1108 and in 1783, almost at the same time as the eruption of Laki in Iceland.
The eruption began on May 9th of that year with ash emissions gradually increasing. From the month of July, a plinian plume spread over the volcano, with lightning and thunder. The shockwaves vibrated the houses, triggering panic among the population. The eruption reached its climax from August 4th, 1783 and ended with a last powerful explosion on the morning of August 5th, heard up to 300 km away.
With the pyroclastic flows, the clouds and the fallout of ash and pumice, the eruption of Asama caused great damage. It totally destroyed four villages and thousands of homes. The human toll is about 1,400 dead. Agriculture remained virtually stalled for four to five years after the eruption. The population suffered even more because the authorities did not have food reserves. Alone, the famine killed 20,000 people.

Fracture éruptive du Laki (Photo: C. Grandpey)

Vue de l’Asama (Crédit photo: Wikipedia)