La fonte des glaciers islandais // The melting of Icelandic volcanoes

L’Islande est l’un des pays où la fonte des glaciers est la plus évidente et la plus préoccupante.
Le pays compte 269 glaciers, depuis la vaste calotte glaciaire du Vatnajökull jusqu’au célèbre Eyjafjallajökull qui domine la côte sud, en passant par le très populaire Snæfellsjökull. Ils sont étudiés et contrôlés par de nombreux organismes qui transmettent leurs données au Met Office islandais.
Depuis le milieu des années 1990, on observe quasiment partout en Islande une perte d’épaisseur des glaciers et la plupart d’entre eux connaissent également une perte de volume presque chaque année. L’un des exemples les plus frappants est le Sólheimajökull, une langue glaciaire du Mýrdalsjökull qui avance jusqu’à quelques kilomètres seulement de la Route n°1. Le glacier a reculé d’environ 1,5 km depuis 1930 ; ce chiffre représente la moyenne de recul des glaciers dans l’ensemble de l’île. La surface totale couverte par les glaciers en Islande a diminué d’environ 2 000 kilomètres carrés depuis la fin du 19ème siècle. Le pays perd actuellement environ 40 kilomètres carrés de glace par an, ce qui n’est pas rien !
Ainsi, parmi les glaciers islandais, l’Okjökull a disparu en 2014. Ce n’était pas le premier glacier à connaître un tel sort. Selon certaines estimations, au moins dix autres glaciers auxquels un nom a été donné ont déjà rendu l’âme, ainsi que de nombreux autres qui n’ont pas reçu de noms.
Pour expliquer la disparition des glaciers en Islande, certains se plaisent à rappeler que l’histoire du pays – comme celle de notre planète – montre une alternance de périodes froides et chaudes et que cela a toujours existé. Cependant, d’autres observateurs affirment que le réchauffement climatique anthropique a atteint aujourd’hui une telle ampleur que le climat de l’île ne se situe plus dans le cadre des variations naturelles.
La liste des conséquences liées à la fonte des glaciers inclut l’isostasie, un processus par lequel la réduction de la glace retire du poids à la croûte terrestre, ce qui provoque une lente élévation du sol. Dans la région du Vatnajökull, cela aura des conséquences considérables pour les populations locales. Comme je l’indique lors de ma conférence «Glaciers en péril», on constate déjà une hausse significative du sol autour du port de Höfn, dans le sud de l’Islande. Le sol se soulève d’un ou deux centimètres par an. Sur un siècle, cette hausse est substantielle et peut atteindre un, voire plusieurs mètres. Cela signifie que le port va connaître  des problèmes au fur et à mesure que l’océan près de la côte va devenir moins profond. Il est probable que dans quelques décennies, certains navires ne seront plus en mesure d’entrer dans le port. Dans la plupart des pays, les gens s’inquiètent de l’élévation du niveau de la mer, mais dans cette région de l’Islande, la terre monte plus vite que l’océan et la mer se retire.
Selon certains géologues, la déglaciation pourrait entraîner une augmentation de l’activité volcanique, avec davantage d’éruptions. En effet, lorsque le poids de la glace est moindre, il se produit modification du point de fusion du magma dans le manteau supérieur et une production légèrement accrue de magma. Cela pourrait augmenter le volume de magma qui remonte vers la surface. En conséquence, la réduction des glaciers pourrait entraîner une augmentation notable du potentiel éruptif des volcans islandais. Cependant, une telle augmentation de l’activité éruptive n’a pas encore été observée.
Avec la fonte des volcans islandais, volcanologues et géologues vont perdre les traces des éruptions du passé. En effet, quand il y a de la cendre dans le glacier, on peut dire de quelle éruption il s’agit. Il y a de l’histoire dans les glaciers. Lorsque l’on fore la glace, on peut obtenir des informations sur les conditions météorologiques au cours des siècles. Le glacier est comme un livre riche en informations, et nous perdons des pages chaque année.
En fondant, les glaciers islandais révèleront également l’histoire de l’île, il y a des millénaires. Par exemple, un jour ou l’autre, les touristes apprendront qu’il existait autrefois une forêt là où se trouve le magnifique Jökulsárlón. Le fragment d’un vieil arbre découvert dans une grotte de glace proche du site a révélé un âge de 3000 ans. Cela signifie qu’à cette époque, le glacier était beaucoup plus petit qu’il ne l’est aujourd’hui et qu’il se développait au-dessus d’une forêt.
Il ne fait aucun doute que les glaciers continueront de fondre en Islande au cours des prochaines décennies. Ils révéleront de nouveaux paysages, mais aussi des secrets inattendus de l’île…

Inspiré d’un article paru dans Newsweek.

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Iceland is one of the countries where glacier melting is the most obvious and the most worrying.

The country has 269 named glaciers, from the vast ice cap of Vatnajökull to the famously volcanic Eyjafjallajökull overlooking the south coast, and the much-admired Snæfellsjökull. They are studied and monitored by numerous organisations which send their data to the Icelandic Met Office.

Since the mid-1990s, rapid thinning has been a near universal trend in Iceland’s glaciers, with the large majority decreasing in volume almost every year. One of the most well-known cases is Sólheimajökull, a glacier tongue of Mýrdalsjökull that winds its way down to within a few kilometres of Route One. The overall retreat of the glacier since 1930 has been around 1.5 km, and this is a typical magnitude of the retreat. Iceland’s total glacier-covered area has shrunk by roughly 2000 square kilometres since the end of the 19th century. The country now loses about 40 square kilometres annually, which is quite significant.

Along the Icelandic glaciers, Okjökull glacier died in 2014. It was not the first glacier to pass away. Some estimates say that up to ten named bodies of ice have previously expired, along with countless more that were unnamed.

To explain the disappearance of glaciers in Iceland, some people remind us that the history of the country shows alternating cool and warm periods and this has always been the case. However, other observers affirm that anthropogenic, man-made global warming is now of such a magnitude that it is pulling the island’s climate outside of the natural variations.

The list of projected consequences includes isostasy, a process whereby reduced ice removes weight from the earth’s crust, causing the land to slowly rise. Around Vatnajökull, this will have considerable consequences for local people. As I indicate during my conference “Glaciers at risk”, one can already see a substantial rise in the land around Höfn in southern Iceland. It is rising by one or two centimetres a year. Over a whole century this rise is substantial, a metre, or even several metres. This means the harbour will become worse as the ocean near the coast becomes shallower. It is likely that in a few decades some ships will no longer be able to enter the port. In most countries, people are worried about sea level rise, but in this region of Iceland, the land is rising faster than the ocean, so the sea is retreating.

According to some geologists, deglaciation might lead to increased volcanic activity, which is expected to result in more eruptions. Indeed, when the weight of ice is reduced, there is a change in the melting point of magma in the upper mantle, and a somewhat increased production of magma. This might increase the volume of magma that comes to the surface. As a consequence, the reduction of glaciers might lead to a noticeable increase in the eruption of Icelandic volcanoes. However, such an increase has not been observed yet.

With the melting of Icelandic volcanoes, volcanologists and geologists will lose the traces of the eruptions of the past. Indeed, when there is ash in the glacier, you can tell what eruption it was from. There is history in the glaciers. When you drill into the ice, you can get information about weather patterns over the centuries. The glacier is like a book full of information, and we are losing pages every year.

While melting, the glaciers in Iceland will also reveal the past history of the island, as far as millenia ago. For instance, one day or other, tourists will learn that there used to be a forest where Jökulsárlón is now. A piece of an old tree found in a cave close to the site has revealed an age of 3,000 years.  This means that by that time the glacier was much smaller than it is today, and it grew over a forest.

There is little doubt the glaciers will keep melting in Iceland in the coming decades, revealing new landscapes and unexpected secrets of the island…

After an article published  in Newsweek.

Images extraites du CD de 160 photos qui accompagne mon dernier livre « Glaciers en Péril ».

Islande, terre des touristes imbéciles // Iceland, the land of stupid tourists

Avec l’afflux massif de touristes étrangers, l’Islande est en train de devenir le pays des imbéciles. Avec un comportement semblable à celui d’autres personnes qui se sont déjà mises en danger et sont parfois décédées, un touriste s’est sérieusement mis en difficulté la semaine dernière sur Diamond Beach, près du Jökulsárlón, après s’être retrouvé coincé sur un iceberg au milieu de fortes vagues. Le touriste était monté sur l’iceberg pour que ses compagnons de voyage puissent le prendre en photo. Il a finalement réussi se sortir de cette situation périlleuse mais c’était un jeu dangereux car les vagues étaient vraiment fortes. Si l’homme était tombé à l’eau, personne n’aurait pu l’aider, car un sauveteur se serait trouvé dans la même situation. De plus, si le touriste était tombé dans l’eau très froide, il aurait pu être heurtéé par un iceberg car les blocs de glace sont sans cesse en mouvement.
Ce genre de comportement irresponsable est devenu quasiment quotidien sur Diamond Beach et sur le Jökulsárlón. Les agences de voyages envoient des touristes à travers l’Islande pour toutes sortes d’excursions, même parfois dans des conditions que les gens ne maîtrisent pas et ces touristes ne se rendent souvent pas compte qu’ils se mettent en danger. Un guide local raconte qu’il a vu un enfant se faire surprendre par les vagues sur Diamond Beach. Les vagues peuvent y être très dangereuses, même si elles le sont moins que celles de Reynisfjara où plusieurs personnes se sont noyées et sont décédées après avoir été emportées par les forts courants.
Source: Iceland Monitor.

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With the afflux of foreign tourists, Iceland is becoming the land of stupidity. With a behaviour similar to that of previous visitors who put themselves at risk and sometimes died, a tourist got into deep trouble last week at  the Diamond Beach near Jökulsárlón glacial lagoon when he became stranded on an iceberg amidst strong waves.  The tourist got onto the iceberg so that his companions could take photos of him. He finally managed to scramble out of the iceberg. It was a dangerous game because there were really strong waves. Had the man fallen in the water, nobody could have helped him as a rescuer would have got into the same trouble. Moreover, if the tourist had fallen into the freezing cold sea, he could have been hit by an iceberg as they are constantly on the move.

This kind of reckless behaviour has become almost a daily occurrence on the Diamond beach and at Jökulsárlón. Travel agencies send tourists out to the countryside to all kinds of trips, even self drive trips into conditions they are unfamiliar with and people often do not realize they are putting themselves at risk. A local guide spotted a child on the beach which got wet when waves hit it. The waves at the beach can be really dangerous although they are not quite as dangerous as those of Reynisfjara beach where several people drowned and died after being swept away by the strong currents.

Source: Iceland Monitor.

Voici l’une des photos qui accompagnent l’article de l’Iceland Monitor sur son site web.

 

Essaim sismique à proximité de l’Hekla (Islande) // A seismic swarm near Mt Hekla (Iceland)

Un essaim sismique a été enregistré le 27 janvier 2019 à quelques kilomètres à l’ouest du Torfajokull et à une quinzaine de kilomètres à l’est de l’Hekla. On a dénombré une trentaine d’événements d’une magnitude variant globalement entre M 1 et M 3,7, entre 3 et 7 km de profondeur.

Etant donné la proximité de l’Hekla, la situation mérite d’être surveillée. Il est bon de rappeler que la dernère éruption de ce volcan a eu lieu fin février 2000, précédée d’un bref épisode sismique d’une heure vingt. Après un début intense, l’éruption s’est essoufflée et s’est terminée dans les premiers jours du mois de mars.

Les éruptions précédentes au 20ème siècle se sont produites en mars-avril 1948, mai-juillet 1970, août 1980 et janvier-mars 1991.

Elles se caractérisent souvent par ne première phase explosive violente suivie d’une activité moins intense, avec des coulées de lave et d’abondantes émissions de cendre.

Certains scientifiques affirment que l’Hekla aurait un cycle éruptif décennal, mais l’examen des éruptions au cours des âges montre que ce cycle n’existe pas vraiment. On remarquera que 19 années se sont déjà écoulées depuis la dernière éruption. D’une manière plus générale, la notion de cycle éruptif n’a jamais été vraiment prouvée sur les volcans actifs.

Source : IMO, Smithsonian Institution.

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A seismic swarm was recorded on January 27th, 2019 a few kilometres west of Torfajokull and about fifteen kilometres east of Mt Hekla. There were about thirty events with a magnitude generally ranging between M 1 and M 3.7, between 3 and 7 km deep.
Given the proximity of Mt Hekla, the situation deserves to be monitored. It is worth remembering that the last eruption of this volcano took place at the end of February 2000, preceded by a brief seismic episode of one hour and twenty minutes. After an intense start, the eruption declined and ended in the first days of March.
Previous eruptions in the 20th century occurred in March-April 1948, May-July 1970, August 1980 and January-March 1991.
They are often characterized by a first violent explosive phase followed by a less intense activity, with lava flows and abundant ash emissions.
Some scientists claim that Mt Hekla has a ten-year eruptive cycle, but the review of eruptions over the ages shows that this cycle does not really exist. It should be noted that 19 years have passed since the last eruption. More generally, the notion of eruptive cycle has never really been proven on active volcanoes.
Source: IMO, Smithsonian Institution.

Source: IMO

Coup de chaud sur l’Islande // Warm weather in Iceland

La situation me rappelle celle de Tintin dans L’Etoile Mystérieuse lorsque la glace au large de l’Islande a fondu après la chute de l’aérolithe. Aujourd’hui, comme dans le dixième volume des Aventures de Tintin, le temps est exceptionnellement doux en Islande, mais c’est le réchauffement climatique qui est responsable de la situation. Comme l’avait prévu le Met Office, les températures ont atteint environ une quinzaine de degrés au-dessus de zéro le 10 janvier 2019, en particulier dans l’est du pays. Encore plus surprenant, il n’y a pas la moindre plaque de glace sur la route N°1 qui relie Reykjavik à Akureyri. Un météorologue a fait remarquer que «la route le long de la côte verse Thórshöfn est facilement praticable jusqu’à Vopnafjörður et qu’il n’y a même pas de neige ou de glace à Fjarðarheiði, connu pour être une route de montagne très difficilement praticable en hiver. Même la route entre Ísafjörður et Patreksfjörður est aussi sèche que pendant l’été.» Cependant, les personnes qui souhaitent voyager doivent savoir que le temps peut être très changeant et il est conseillé de vérifier l’état des routes avant de partir.
Source: Iceland Review.

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The situation reminds me of Tintin in The Shooting Star when the ice off Iceland melted away after the fall of a meteorite. Today, like in the tenth volume of The Adventures of Tintin, the weather is abnormally warm in Iceland but global warming is responsible for the situation. As predicted by the Met Office, temperatures in Iceland reached about 15°C on January 10th, 2019, especially in the eastern part of the country. Even more surprising, there is not one spot of ice on the Number One road from Reykjavik to Akureyri. A meteorologist points out that “the road along to coast to Þórshöfn is easily passable to Vopnafjörður and there is not even snow or ice on Fjarðarheiði which is known to be a very difficult mountain road to pass in winter. Even the road between Ísafjörður and Patreksfjörður is like on a summer day.” However people intending to travel are warned that the weather can be very changeable and are advised to check road conditions before leaving.

Source: Iceland Review.

Un de mes albums préférés…