Agung (Bali / Indonésie) : L’attente continue // The waiting continues

L’Agung a commencé à montrer des signes de réveil dès la mi-août 2017, mais aucune éruption majeure n’a encore eu lieu à ce jour. Seuls quelques volumineux nuages de cendre ont été émis par le volcan, avec des perturbations au trafic aérien.

Aujourd’hui, les pronostics continuent à aller bon train à Bali. Il y a les plus optimistes – dont je fais partie – qui ne pensent pas que l’on se dirige vers une éruption majeure. De l’autre côté, il y a ceux qui parlent d’une galette ou d’un dôme de lave, voire d’un lac de lave ( !) dans le cratère. Nous sommes à la mi-décembre et le pronostic de ceux qui prévoyaient un remplissage, puis un débordement du cratère avec les inévitables coulées pyroclastiques, ne s’est toujours pas réalisé. Il ne semble d’ailleurs pas près de se produire dans les prochains jours car, selon les volcanologues indonésiens, la lave n’occupe qu’un tiers du volume du cratère. Cela correspond plus ou moins à l’évaluation que j’avais indiquée dans ma dernière note à propos du volcan. Un survol à l’aide d’un drone a permis de constater que l’on n’observe plus de lave incandescente au fond du cratère, ce qui confirme les déclarations du directeur du PVMBG qui indiquait il y a quelques jours que le magma juvénile n’arrivait plus dans le cratère. On observe de temps à autres quelques émissions de gaz et de cendre, mais elles ne sont plus suffisantes pour perturber le trafic aérien et entraîner la fermeture des aéroports. Autre signe encourageant : les événements sismiques basse fréquence sont de moins en moins nombreux. On en relevait 50 le 8 décembre et seulement14 le 14 décembre 2017.

Il faut tout de même être prudent, car rien ne dit que des gaz ne s’accumulent pas sous l’amoncellement de lave au fond du cratère. Un jour ou l’autre – comme cela se produit au Mexique sur le Popocatepetl – il n’est pas impossible que l’on assiste à une forte explosion avec des projections sur les flancs du volcan. C’est, à mon avis, la seule situation susceptible de menacer les fermiers téméraires qui sont revenus travailler leurs champs ou s’occuper de leur bétail dans la zone officiellement interdite. Le VSI déclarait la semaine dernière qu’il voulait être certain que la situation était réellement en déclin avant d’abaisser le niveau d’alerte du volcan qui demeure pour le moment à 4 (AWAS), le maximum.

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Mount Agung began to show signs of unrest as early as mid August 2017 but no major eruption has occurred yet. The volcano only emitted a few voluminous ash plumes that disrupted air traffic.

Today, predictions are still very active in Bali about the situation on Mount Agung. There are the most optimistic – I am one of them – who do not think that we are heading for a major eruption. On the other side, there are those who talk about a wafer or a lava dome, or even a lava lake (!) in the crater. We are in mid-December and the prediction of those who planned the filling, then an overflow of the crater with the inevitable pyroclastic flows, has still not come true. It does not seem likely to happen in the coming days because, according to Indonesian volcanologists, lava has barely filled a third of the volume of the crater. This corresponds more or less to the situation I mentioned in my last post about the volcano. An overflight using a drone found that one no longer observes incandescent lava at the bottom of the crater, which confirms the statements of the head of PVMBG who indicated a few days ago that new magma no longer arrived in the crater. From time to time there are still some emissions of gas and ash, but they are no longer sufficient to disrupt air traffic and cause the closure of airports. Another encouraging sign: the low frequency seismic events are fewer and fewer. They were 50 on December 8th and only 14 on December 14th, 2017.
However, one needs to be careful because nothing says that gases are not accumulating under the pile of lava at the bottom of the crater. One day or another – as happens in Mexico on Popocatepetl – one might witness a strong explosion with projections on the flanks of the volcano. This is, in my opinion, the only situation likely to threaten the reckless farmers who have returned to work their fields or take care of their livestock in the officially forbidden zone. VSI said last week that it wanted to be certain that the situation was really in decline before lowering the alert level which is still kept at 4 (AWAS), the maximum.

Vue de l’Agung le 16 décembre 2017 au matin

Photo extraite d’une vidéo du cratère de l’Agung réalisée à l’aide d’un drone (Source : Magma Indonesia, PVMBG)

Vers une baisse du niveau d’alerte de l’Agung (Bali / Indonésie)? // Toward a reduction of Mt Agung’s alert level?

On peut lire sur le site d’Antara News une interview intéressante du directeur du Centre de Volcanologie et de Gestion des Risques Géologiques (PVMBG). Le dimanche 10 décembre 2017, il a déclaré qu’il n’était pas impossible que l’activité volcanique de l’Agung soit en train de diminuer. Après avoir émis à 17 reprises des panaches de vapeur et de cendres jusqu’à 1500 mètres de hauteur, le volcan a produit des nuages de cendre grise qui se sont élevés jusqu’à 2000 mètres au-dessus du cratère samedi matin. À son avis, ce type d’activité révèle que l’arrivée de lave dans le cratère pourrait diminuer.
Lorsqu’on lui a demandé si le niveau d’alerte du Mont Agung serait abaissé, il a dit qu’il était susceptible d’être réduit une fois que l’on aurait observé la quantité de cendre vomie par le cratère, ainsi que le nombre d’événements enregistrés par les sismographes. « Avant d’abaisser le niveau d’alerte du Mont Agung, nous allons recueillir plus d’informations au cours de la semaine prochaine. » Il faut noter que le nombre d’événements sismiques basse fréquence a diminué ces derniers jours : 50 le 8/12, 40 le 9/12 et 35 le 10/12.
Le directeur du PVMBG a ajouté que l’activité tectonique locale sur le volcan restait faible. La plupart des séismes se produisent à la surface du cratère, et aucune nouvelle lave n’a été émise par la chambre magmatique. Selon lui, « la cendre volcanique libérée aujourd’hui (dimanche) provient d’une ancienne activité magmatique à cinq ou dix kilomètres sous le cratère. »
Le 30 novembre dernier, l’activité de l’Agung a diminué, mais elle s’est à nouveau intensifiée du 7 au 9 décembre, comme l’a confirmé la grande quantité de cendre émise par le cratère. Le directeur du PVMBG a fait remarquer que « par rapport à l’éruption du 25 au 29 novembre, la quantité de cendre a diminué […] Suite aux éruptions phréatiques, la déformation continue sur le volcan, mais l’activité volcanique a maintenant légèrement diminué par rapport à la période du 25 – 29 novembre. »
Source: Antara News.

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One can read on the Antara News website an interesting interview of the head of the Volcanology and Geological Hazard Mitigation Center (PVMBG). On Sunday, December 10th, he said that the volcanic activity on Mount Agung might decrease. After emitting 17 times steam and ash plumes that rose up to 1,500 metres, the volcano erupted and released grey volcanic ash which rose up to 2,000 metres from the crater on Saturday morning. In his opinion, these activities indicated that the number of lava flowing to the crater may drop.
Asked if the alert level of Mt Agung would be lowered, he said that it could be degraded after observing the amount of ash spewed from the crater, as well as the number of tremors recorded by the seismographs. « Before lowering the alert status of Mount Agung, we will collect more information for the next one week, » he noted.
He added that the local tectonic activity on the volcano remained low. Judging from the seismographs, most tremors occur on the surface of the crater, and no new lava flow was seen released from the magma chamber. « The volcanic ash released today (Sunday) is generated from the old magma activity five to 10 kilometres beneath the crater, » he remarked.
On November 30th, the volcanic activity on Mount Agung had decreased, but it became active on December 7th – 9th, as indicated by the large amount of volcanic ash released from the crater. « Compared to the eruption on November 25th – 29th, the number of ash has decreased now. […] Following the phreatic eruptions, the deformation is still occurring on the volcano. However the volcanic activity now has slightly decreased compared to the records on November 25th – 29th, » he stressed.

Source : Antara News.

Image webcam de l’Agung le 11 décembre 2017

Agung (Bali / Indonésie)

L’Agung vient de retirer le capuchon de nuages qui recouvrait son sommet. La situation ne semble pas avoir beaucoup évolué au cours des derniers jours. Pas de panaches de cendre susceptibles de perturber le trafic aérien. Les tracés sismiques montraient de nombreuses petites explosions au niveau du cratère. Une libération de gaz sous pression vient d’avoir lieu (voir sismogramme ci-dessous). Le dernier événement de ce type avait été observé le 7 décembre vers 1h00. Il n’y a aucune régularité dans ces libérations de pression sur le volcan et il est impossible de dire comment évoluera la situation.

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Mt Agung has just removed the clouds that covered its summit. The situation does not seem to have changed much in recent days. No ash plumes that could disrupt air traffic. The seismic traces showed numerous small explosions at the crater. A release of pressurized gas has just taken place (see seismogram below). The last event of this type was observed on December 7th around 1:00 am. There is no regularity in these releases of pressure and it is impossible to say how the situation will evolve.

Agung (Bali / Indonésie) : Pilotage à vue // Visual monitoring

Dans les années 2000, j’assistais à une conférence donnée à l’Université de Lyon par le regretté François Le Guern, géochimiste et ancien membre de l’équipe Tazieff. Il a débuté ses propos en ces termes : « Je ne sais pas, nous ne savons pas, prévoir une éruption volcanique ». Cette phrase me revient sans cesse à l’esprit en observant les incertitudes qui entourent actuellement l’éruption de l’Agung. Plus qu’à des prévisions, les scientifiques indonésiens et étrangers se livrent à un jeu de pronostics. La grande question est de savoir si l’éruption prévue – à condition qu’elle ait lieu – ressemblera à celle de 1963 qui reste le seul point de repère digne de ce nom. En effet, on ne sait que très peu de choses, pour ne pas dire rien, sur l’histoire éruptive de l’Agung. Si l’on consulte la base de données de la Smithsonian Institution, on se rend vite compte que l’on manque cruellement d’informations sur les éruptions de 1808 et 1843, les seuls événements répertoriés avant celui de 1963. Les informations concernant cette dernière éruption s’appuient largement sur les témoignages de personnes ayant assisté à la colère du volcan.

Sur le plan scientifique, aucun paramètre n’indique à coup sûr la suite des événements. Les sismographes s’agitent de temps en temps et montrent clairement qu’un magma juvénile est apparu dans les entrailles du volcan. On a assisté à une inflation de l’édifice au mois de septembre avant le réveil du volcan, mais la tendance s’est stabilisée depuis. Les observations du cratère  révèlent la présence d’un amas de lave incandescente qui occupe moins de la moitié du gouffre. Certains volcanologues locaux pensent que le cratère pourrait se remplir et atteindre le point de débordement à la mi décembre. Les données satellitaires révèlent une anomalie thermique sur le volcan, ce qui semble tout compte fait assez normal. Il serait intéressant d’avoir les informations fourniess par l’interférométrie radar mais, à ma connaissance, rien n’a été diffusé à ce sujet. Les émissions de SO2 n’atteignent pas les sommets.

Nous sommes donc dans une situation d’attente. Les autorités indonésiennes ont appliqué le principe de précaution et mis à l’abri les populations vivant à moins de 10 km du cratère. C’est une sage décision, même s’il n’est pas facile de garder pendant des semaines des dizaines de milliers de personnes dans des centres d’hébergement provisoires. Il faut tout de même savoir, comme je l’ai fait remarquer précédemment, que la zone d’exclusion présente des failles et qu’un grand nombre de paysans continuent à s’occuper de leurs lopins de terre et de leur bétail sur les pentes de l’Agung. Gare à eux si le volcan se réveille brutalement !

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In the 2000s, I attended a lecture given at the University of Lyon by the late François Le Guern, a geochemist and former member of the Tazieff team. He began his remarks with these words: « I cannot, we cannot, predict a volcanic eruption ». This sentence keeps coming back to me as I look at the uncertainties that currently surround the eruption of Mt Agung. More than forecasts, Indonesian and foreign scientists are engaged in a game of betting. The big question is to know whether the planned eruption – if it takes place – will look like the one in 1963, which remains the only real landmark. Indeed, we know very little, if anything, about the eruptive history of Mt Agung. If one looks at the Smithsonian Institution’s database, one quickly realizes that there is a dearth of information about the eruptions of 1808 and 1843, the only events listed before that of 1963. Information about the last eruption relies heavily on the testimonies of people who witnessed the volcano’s wrath.
From a scientific point of view, no parameter indicates with certainty what will happen next. The seismographs are reacting from time to time and clearly show that juvenile magma appeared in the bowels of the volcano. There was some inflation of the edifice in September before the volcano becale active again, but the trend has since stabilized. Observations of the crater reveal the presence of a heap of incandescent lava that occupies less than half of the vent. Some local volcanologists believe that the crater could fill up and reach the overflow point by mid-December. Satellite data reveal a thermal anomaly on the volcano, which seems quite normal. It would be interesting to have more information provided by radar interferometry but, to my knowledge, nothing has been teleased in this domain. SO2 emissions are not that big.
We are therefore in a situation of waiting. The Indonesian authorities have applied the precautionary principle and sheltered populations living within 10 km of the crater. This is a wise decision, even if it is not easy to keep tens of thousands of people in temporary shelters for weeks. It is important to know, as I pointed out earlier, that the exclusion zone is flawed and that a large number of peasants continue to tend their plots of land and livestock on the slopes. of Mt Agung. They might be in trouble if the volcano wakes up suddenly!

En ce moment, l’Agung se contente d’émettre quelques panaches de vapeur…