Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : l’Enclos accessible un jour en période éruptive ?

Dans un article paru le 20 août 2024 sur le site Réunion la 1ère, un journaliste se demande si l’on pourra « bientôt retourner dans l’Enclos du Piton de la Fournaise en période d’éruption. » De mon côté, j’ai écrit une note le 10 juin 2023 envisageant cette possibilité. Le Préfet actuellement en poste sur l’île semble davantage disposé que ses prédécesseurs à envisager cette éventualité. Mais on se rend vite compte qu’il il y a encore un long chemin à parcourir avant d’aller voir la lave couler dans ce lieu mythique !

L’article nous explique que « rien n’est acté pour l’heure mais une concertation sur le développement du tourisme volcanique est enclenchée depuis un an, par le préfet Jérôme Filippini. Un rapport a été rédigé et quinze recommandations ont été présentées en décembre 2023. Objectif : permettre un tourisme volcanique plus permissif et plus sécurisé. »

Une première étape a été franchie en juillet 2024, avec l’autorisation d’accès au tunnel de lave de 2007 à compter du mois de septembre de cette année. Il faudra toutefois que le tunnel soit sécurisé d’ici là et les visites se feront avec des guides spécialement formés pour cette activité.

La deuxième étape a donc eu lieu le mardi 20 août avec l’inauguration de nouveaux dispositifs au Pas de Bellecombe-Jacob renforçant encore un peu plus la sécurité sur site. Le président du Département précise que « c’est dans cette optique qu’a été inauguré le poste avancé de la gendarmerie nationale. Le but est de renforcer la sécurité, de protéger des vies humaines, d’empêcher des accidents, de rassurer les publics sur les sites remarquables du Département. »

Grâce à ce renforcement de la sécurité, les randonneurs en difficulté dans l’Enclos pourront désormais compter sur une balise sonore et lumineuse pour les guider, en particulier lorsque les conditions météorologiques sont défavorables. Par ailleurs, de nouveaux panneaux informatifs vont être installés, avec les consignes de sécurité habituelles pour se rendre sur un site dangereux.

Source : Réunion la 1ère.

Au final, après avoir lu cet article, on se rend compte qu’aucune mention n’est faite de l’accès à l’Enclos, et donc au volcan, en période éruptive. Il faut espérer que cela fera partie des étapes suivantes et qu’un jour il sera possible de s’approcher des coulées de lave avec des guides spécialisés, comme cela est en passe de se réaliser avec le tunnel de lave de 2007.

Le panneau que détestent les randonneurs en période d’éruption… (Photo: C. Grandpey)

Le rêve des visiteurs: voir la lave couler dans l’Enclos (Crédit photo: Christian Holveck)

La cendre de l’Etna : un poison pour la Sicile // Mount Etna’s ash: a poison for Sicily

Lorsque se produit un paroxysme de l’Etna, la cendre volcanique devient un poison pour les bourgades autour du volcan, en particulier celles situées sous le vent. Des retombées sont souvent observées à Catane où elles pertubent sérieusement le fonctionnement de l’aéroport.

C’est ce qui s’est passé le 14 août 2024 quand la Voragine a piqué une crise, avec des fontaines et une coulée de lave et une colonne de cendres qui est montée jusqu’à une dizaine de kilomètres d’altitude. Poussé par la vent, le panache s’est dirigé vers l’est-sud-est.

Le trafic aérien à l’aéroport Fontanarossa a été perturbé et réduit à seulement quelques vols en attendant que se termine l’épisode éruptif. Tout est redevenu normal une fois que les pistes ont été nettoyées. Lors de chaque paroxysme il est demandé aux passagers de ne pas se rendre à l’aéroport sans avoir vérifié le statut de leur vol auprès de la compagnie aérienne. Les vols au départ peuvent être annulés et ceux à l’arrivée sont parfois détournés vers Palerme. Les vacances commencent mal pour les touristes qui avaient prévu de visiter le sud de la Sicile !
La situation est également problématique pour la population. A chaque épisode éruptif, il faut sortir les balais et évacuer la cendre qui a envahi cours et trottoirs. Le 15 août, il a été demandé aux habitants de Catane de ne pas déposer de sacs de cendres volcaniques devant chez eux, et encore moins dans la rue. A partir du 16 août, la collecte était possible soit au Centre Municipal de Collecte de via Galatioto à Picanello, et devant l’Institut Carlo Gemmellaro du Corso Indipendenza.

Dans une note publiée le 6 août 2024, j’expliquais que les autorités essayent de trouver des solutions pour faciliter la vie des Siciliens au moment des retombées de cendres de l’Etna. Ainsi, le maire de Catane a proposé une solution qui prévoit « une optimisation des coûts, amortis dans le temps, en recourant à l’achat de véhicules permettant le nettoyage des rues, des regards et caniveaux, ainsi que des bâtiments scolaires. » Ces véhicules seraient achetés par la métropole catanaise et leur utilisation serait coordonnée par la Protection Civile. Cela permettrait aux maires d’économiser des millions d’euros. La mesure a été accueillie favorablement au cours d’une réunion des maires concernés par l’impact de la cendre. Il faut maintenant attendre sa mise en application…

Source : La Sicilia.

Photo: C. Grandpey

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When Mt Etna erupts, volcanic ash becomes a poison for the towns around the volcano, especially those located downwind. Ashfall is often observed in Catania where it seriously disrupts the operation of the airport.
This is what happened on August 14th, 2024 when the Voragine erupted, with lava fountains and a lava flow and an ash column that rose up to ten kilometers above sea level. Pushed by the wind, the plume drifted east-southeast.
Air traffic at Fontanarossa airport was disrupted and reduced to only a few flights while waiting for the eruptive episode to end. Everything returned to normal once the runways were cleared. During each paroxysm, passengers are asked not to go to the airport without checking the status of their flight with the airline. Departing flights may be cancelled and arriving flights are sometimes diverted to Palermo. A bad start for tourists who had planned to visit southern Sicily!
The situation is also problematic for the population. At each eruption, brooms have to be taken out to remove the ash that has invaded courtyards and pavements. On August 15th, the inhabitants of Catania were asked not to leave bags of volcanic ash in front of their homes, and even less in the street. From August 16th, collection was possible either at the Municipal Collection Center in via Galatioto in Picanello, or in front of the Carlo Gemmellaro Institute in Corso Indipendenza.
In a post published on August 6th, 2024, I explained that the authorities are trying to find solutions to make life easier for Sicilians at the time of ashfall from Mt Etna. Thus, the mayor of Catania has proposed a solution that provides for « an optimization of costs, amortized over time, by resorting to the purchase of vehicles for cleaning streets, manholes and gutters, as well as school buildings. » These vehicles would be purchased by the Catania metropolitan area and their use would be coordinated by the Civil Protection. This would allow mayors to save millions of euros. The measure was welcomed during a meeting of mayors affected by the impact of the ash. They must now wait for its implementation…
Source: La Sicilia.

Islande : l’éruption est probablement imminente // Iceland : an eruption likely in the very short term

Au cours des derniers jours, le nombre de séismes a augmenté de jour en jour le long de la chaîne de cratères Sundhnúkagígar. Environ 110 événements ont été enregistrés le 18 août 2024, alors qu’il y en avait environ 60 à 90 par jour la semaine dernière.
Selon le National Weather Service, « la chaîne de cratères Sundhnúkagígar sera probablement affectée par une intrusion magmatique, voire une éruption ». L’activité sismique actuelle est très semblable à celle des jours qui ont précédé l’éruption qui a commencé le 29 mai.
La plupart des séismes sont inférieurs à M1,0, mais pendant le week-end, deux d’entre eux avaient des magnitudes supérieures à M2,0. L’un s’est produit un peu à l’est du mont Sýlingarfell et l’autre entre le mont Hagafell et le mont Sýlingarfell. Ce dernier avait une magnitude de M2,5. Il s’agit du plus fort séisme enregistré dans la région depuis la dernière éruption.
Source : Iceland Monitor.

Image webcam de l’éruption du 29 mai 2024

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Over the past few days, the number of earthquakes has increased day by day around the Sundhnúkagígar crater row. About 110 earthquakes were recorded on August 18th, 2024, while there were about 60 to 90 per day last week.

According to the National Weather Service, « the Sundhnúkagígar crater row will likely be affected by a magma run and even an eruption. » The current seismic activity is very similar to the seismic activity in the days before the eruption that began on May 29th.

Most of the earthquakes are below M1.0, but during the weekend two earthquakes were measured above M2.0. One of them was a short distance east of Mt Sýlingarfell and the other between Mt Hagafell and Mt Sýlingarfell. The other had a magnitude M2.5.This is the largest earthquake recorded in the region since the last eruption.

Dsource : Iceland Monitor.

1994 – 2024 : l’Etna a totalement changé de visage ! // 1994 – 2024: Mt Etna has undergone considerable changes!

Sur sa page Facebook, Marco Neri (INGV Catane) a mis en ligne une image très intéressante du sommet de l’Etna qui permet de comprendre ce qui se passe au moment des épisodes éruptifs, souvent appelés paroxysmes.

Ces derniers temps, c’est la Voragine, le cratère central, qui est la maîtresse des lieux, alors qu’il n’y a pas si longtemps, c’était le Cratère Sud-est qui pilotait l’activité éruptive.

L’image proposée par Marco Neri s’appuie sur une photo prise le 16 août 2024 par Emilio Messina Photography. On reconnaît parfaitement l’ensemble des cratères sommitaux avec la Voragine et, à ses côtés, la Bocca Nuova et le Cratère Nord-est, et le Cratère Sud-est un peu à l’arrière.

En regardant cette image, on comprend parfaitement pourquoi une coulée de lave déborde de la lèvre occidentale de la Bocca Nuova pendant les paroxysmes. Ce débordement est normal car la Bocca Nuova est pleine à ras-bord et n’existe pratiquement plus en tant que cratère visible.

On remarque que le fond du cratère Nord-Est est également rempli de lave provenant de la Voragine. Malgré tout, ce cratère possède encore une marge de sécurité avant de connaître le même sort de remplissage que la Bocca Nuova.

En constatant le remplissage de ces deux cratères (le Cratère Sud-est est épargné car à l’écart), je me demande si l’obstruction des conduits éruptifs ne pourrait pas déboucher un jour sur une forte activité explosive qui aurait pour moteur les gaz accumulés dans les conduits. A moins que la Voragine soit en mesure, à elle seule, de gérer cette situation.

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Ceux qui, comme moi, ont commencé à visiter l’Etna dans les années 1990 se rendent compte à quel point le sommet du volcan a été chamboulé. A cette époque, les quatre cratères étaient bien dessinés, à commencer par la Cratère Sud-est qui était né en 1971. J’ai souvenir d’un superbe cratère à l’intérieur duquel je suis entré à plusieurs reprises.

Cratère SE en 1995 (Photo: C. Grandpey)

Dans années 1990-2000 , il a subi de profondes transformations en reprenant du service. En 1997, j’ai vu naître le Nouveau Cratère SE sur le plancher du cratère que j’avais photographié en 1995.

Le cône a considérablement grandi les années suivantes et il était méconnaissable quand je me suis rendu à son chevet le 1er janvier 2000.

Photo: C. Grandpey

 De la même façon la Voragine et la Bocca Nuova (née en 1968) cohabitaient harmonieusement, séparées par une paroi baptisée ‘diaphragme’ par certains.

Photo: C. Grandpey

 En 1998, une belle activité strombolienne animait la Bocca Nuova.

Photo: C. Grandpey

Un peu à l’écart, le Cratère Nord-est (né en 1911) était un gouffre au fond duquel on entendait parfois de fortes explosions. Dans les années 1990, le Cratère Notd-est était la point culminant de l’Etna.

Photo: C. Grandpey

Depuis quelques semaines, c’est la Voragine qui a cet honneur avec 3369 mètres au-dessus du niveau de la mer, suite à l’accumulation de matériaux au cours des différents paroxysmes… et cette altitude n’est peut-être pas définitive!

L’Etna est vraiment un volcan extraordinaire!

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On his Facebook page, Marco Neri (INGV Catania) has posted a very interesting image of the summit of Mt Etna that helps us understand what happens during eruptive episodes, often called paroxysms.
In recent times, the Voragine, the central crater, has been the center of this activity, while not so long ago, it was the Southeast Crater that was driving it.
The image proposed by Marco Neri is based on a photo taken on August 16th, 2024 by Emilio Messina Photography. We can clearly recognize the summit craters with the Voragine and, next to it, the Bocca Nuova and the Northeast Crater, and the Southeast Crater a little behind.
Looking at this image, we can perfectly understand why lava overflows from the western rim of the Bocca Nuova during paroxysms. This overflow is normal because the Bocca Nuova is full to the brim and practically no longer exists as a visible crater.
We note that the bottom of the North-East crater is also filled with lava coming from the Voragine. This crater still has a safety margin before being completely filled like the Bocca Nuova.
Seeing the filling of these two craters (the South-East Crater is spared because it is out of the way), I wonder if the obstruction of the eruptive conduits could not one day lead to strong explosive activity driven by the gases accumulated in the conduits. Unless the Voragine is able, on its own, to manage this situation.

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Those who, like me, began to visit Mt Etna in the 1990s realize to what extent the summit of the volcano has been turned upside down. By that time, the four craters were well-defined, starting with the Southeast Crater which was born in 1971. I can remember a superb crater which I entered several times. In the 1990s-2000s, it underwent profound transformations when it started erupting again. In 1997, I saw the New SE Crater being born on the floor of the crater that I had photographed in 1995.The cone grew considerably in the following years and was unrecognizable when I visited the volcano on January 1st, 2000.

In the same way, the Voragine and the Bocca Nuova (born in 1968) coexisted harmoniously, separated by a wall called a ‘diaphragm’ by some people. In 1998, there was a great deal of Strombolian activity in the Bocca Nuova.

A little further away, the Northeast Crater (born in 1911) was a chasm at the bottom of which one could sometimes hear strong explosions. In the 1990s, the Northeast Crater was the highest point of Mt Etna.

For a few weeks now, the Voragine has been Mt Etna’s highest point with 3369 metres above sea level, following the accumulation of materials during the various paroxysms… and this altitude may not be definitive!

Mt Etna is truly an extraordinary volcano!