Peut-on vraiment trafiquer le climat? // Can we really tamper with the climate ?

Au cours de la COP 21 de 2015, les pays du monde entier se sont mis d’accord pour limiter le réchauffement climatique d’ici la fin du siècle à 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels. Cependant, cette cible semble de plus en plus difficile à atteindre. Au cours des derniers jours, les scientifiques ont annoncé que les émissions de dioxyde de carbone étaient à nouveau en hausse au moment où le président américain Donald Trump vantait les avantages du charbon lors d’une conférence sur le changement climatique.
Comme l’objectif de la COP 21 semble voué à l’échec, certains scientifiques mettent sur le tapis une idée qui n’est pas vraiment nouvelle (voir ma note du 21 juillet 2012). Ils pensent pouvoir inverser le réchauffement climatique en imitant les éruptions volcaniques, mais une nouvelle étude explique que de telles interventions sur le climat doivent être abordées avec grande prudence.
Quand les volcans entrent en éruption, ils envoient des aérosols d’acide sulfurique, ce qui refroidit la Terre en créant un bouclier qui réfléchit la lumière du soleil. En expédiant des particules similaires dans la stratosphère, certains scientifiques pensent que nous pourrions imiter ce processus et inverser le changement climatique. Cette nouvelle technologie a été baptisée « géoingénierie solaire ». Elle consiste à injecter des aérosols dans l’atmosphère et, au moment où le gaz se mêle à l’oxygène, des gouttelettes d’acide sulfurique se forment ; elles renvoient la lumière du soleil, processus chimique qui refroidirait la planète.
Cependant, imiter les éruptions volcaniques de cette manière pourrait être dangereux. Une nouvelle étude publiée dans Nature Communications explique que si la géoingénierie solaire peut effectivement avoir des impacts positifs, elle peut aussi avoir des effets désastreux dans des régions du monde déjà touchées par des catastrophes naturelles.
Les chercheurs ont utilisé des simulations pour examiner les effets de la géoingénierie solaire sur la fréquence des cyclones tropicaux dans l’Atlantique Nord. Alors que les injections d’aérosols dans l’hémisphère nord réduiraient la fréquence des cyclones, elles pourraient en réalité augmenter le risque de cyclone lorsqu’elles sont appliquées dans l’hémisphère sud. Pour aggraver les choses, les simulations ont montré que les effets positifs dans l’hémisphère nord seraient compensés par une augmentation des sécheresses dans la région du Sahel en Afrique sub-saharienne, une région déjà ravagée par la désertification. Il convient de noter que trois des quatre années de pire sécheresse en Afrique ont été immédiatement précédées d’éruptions volcaniques dans l’hémisphère Nord.
La perspective de climats modifiés par la géoingénierie solaire peut sembler lointaine, mais les scientifiques se sont déjà lancés dans des projets à grande échelle pour étudier sa faisabilité.
La dernière étude met également en évidence un gros problème lié à la géoingénierie solaire ; il s’agit de l’absence totale de réglementation. En effet, rien ne peut empêcher des pays, des organismes ou des entreprises privées de mettre en application cette technologie relativement bon marché. Il faudrait seulement une centaine d’avions à raison de trois vols quotidiens pour la déployer. Cela coûterait entre un milliard et dix milliards de dollars par an.
Source: Presse scientifique internationale.

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In the 2015 Paris Agreement, nations from across the globe agreed to limit global warming by the end of the century to 1.5°C above pre-industrial levels. This target, however, is looking further and further out of reach. In the last few days, scientists announced carbon dioxide emissions are rising again, while President Donald Trump took to promoting coal at a climate change conference.

As the COP 21 target seems to be doomed to failure, efforts are underway to reverse global warming by mimicking volcanic eruptions. The idea is note really new (see my post of 21 July 2012) but a new study explains that such dramatic interventions should be approached with caution.

When volcanoes erupt, they spew sulphate particles into the air, cooling the Earth by creating a shield that reflects sunlight away from its surface. By emitting similar particles into the stratosphere, some scientists have suggested we could imitate this process and reverse climate change in a technology termed “solar geoengineering”. It involves injecting aerosols into the atmosphere. As the gas combines with oxygen, droplets of sulphuric acid form. These droplets reflect sunlight away, cooling the planet in the process.

However, creating artificial volcanic eruptions in this way might be dangerous. New research published in Nature Communications suggests that while geoengineering may indeed have positive impacts, it could also have catastrophic effects in parts of the world already battered by natural disasters.

The researchers used simulations to examine the effect that geoengineering would have on tropical cyclone frequency in the North Atlantic. While aerosol injections in the northern hemisphere decreased projected cyclone frequency, when applied in the southern hemisphere they could actually enhance cyclone risk. To make matters worse, the team’s simulation suggested that the positive effects in the northern hemisphere would be offset by an increase in droughts in the Sahel region of sub-Saharan Africa, an area already ravaged by desertification. It should be noted that three of the four years with the worst drought in Africa were immediately preceded by volcanic eruptions in the Northern Hemisphere.

The prospect of geoengineering climates may seem remote, but scientists are already engaged in large-scale projects to investigate its feasibility.

However, the study also highlights a big problem with solar geoengineering and its complete lack of regulation. Indeed, there is nothing that could stop countries, organizations or private companies from deploying the technology which is relatively cheap. It could be done on a large scale as it only needs about 100 aircraft with three flights per day. It would cost one billion to ten billion dollars per year.

Source: International scientific press.

En 1991, l’éruption du Pinatubo (Philippines) a abaissé la température de la planète de quelques dixièmes de degrés. Sommes-nous autorisés à imiter la Nature? (Crédit photo: Wikipedia)

Des prévisions climatiques encore inquiétantes pour l’Arctique // More worrying climate forecasts for the Arctic

Il y a quelques mois, El Niño était tenu pour responsable des températures supérieures à la normale dans l’Arctique. El Niño a maintenant été remplacé par La Niña, censée générée des eaux océaniques plus froides. Malgré cette évolution, des températures supérieures à la normale sont attendues cet hiver en Alaska, surtout dans les régions de l’Ouest et du Nord, près de l’Océan Arctique. Ce phénomène est dû à un important rétrécissement de la glace de mer côtière dans ces régions.
Les températures à la surface de la mer dans le Golfe d’Alaska près d’Anchorage et dans le sud-est de l’Alaska sont actuellement à peu près normales pour cette période de l’année, mais ce n’est pas le cas pour la Mer de Béring et pour la Mer des Tchouktches, au nord-ouest de l’Alaska. À l’heure actuelle, une partie importante de la Mer des Tchouktches devrait être couverte de glace. Au lieu de cela, une grande langue d’eau libre s’étire dans cette mer au-dessus de la Russie et de l’Alaska. Sur le long terme, la glace de mer est largement en dessous de la normale, même par rapport à la période récente.
Le manque de glace de mer le long de la côte a contribué à augmenter le risque de submersion au moment des tempêtes cet automne parce que la glace n’est plus là pour protéger le rivage contre les assauts des vagues. Les eaux de la Mer des Tchouktches et celles des anses près de Shishmaref, village situé sur une langue de terre près du détroit de Béring, gelaient en octobre. Ces dernières années, l’eau n’a pas gelé avant décembre ou même février, ce qui a rendu les impacts des tempêtes encore plus dévastateurs.

Les températures dans l’ensemble de l’Alaska étaient supérieures de 2,7°C à la moyenne en octobre. La carte ci-dessous montre, en pourcentage, la différence – positive ou négative – avec les températures normales le 16 novembre 2017 et représente une indication des prévisions hivernales pour l’Alaska. Les températures devraient être plus froides que la normale dans le centre-sud et le sud-est, comme ce fut le cas avec La Niña l’année dernière. Cependant, le reste de l’État devrait à nouveau connaître des températures supérieures à la normale.
Source: Anchorage Daily News.

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A few months ago, El Niño was held responsible for warmer than normal temperatures in the Arctic. El Niño has now been replaced by La Niña, its cooler equivalent. Despite this evolution, warmer than normal temperatures are expected for this winter in Alaska, especially in Western and Arctic regions. This phenomenon is the result from big reductions in coastal sea ice in those areas.

Sea surface temperatures in the Gulf of Alaska near Anchorage and Southeast are currently about normal for this time of year. But they are not so in the Bering Sea and heading north into the Chukchi Sea off Northwest Alaska. By now, a significant part of the Chukchi should be covered in ice. Instead, a large tongue of open water extends into the Chukchi well above Russia and Alaska. The sea ice is far below long-term normal, even in comparison to recent times.

A lack of sea ice along the coast has contributed to increased risk of flooding from storms this autumn because the shores are not shielded with sea ice to damper waves, like they used to be. Chukchi and inlet waters near Shishmaref, located on a barrier island near the Bering Strait, used to freeze in October. But in recent years they have not frozen until December or even February, helping storms deliver bigger blows.

Overall, Alaska was 2.7°C above the long-term average in October. The map below shows in percentage the difference with normal temperatures on November 16th 2017 and, as such, underscores the winter expectations for Alaska. Temperatures will probably cooler than normal in Southcentral and Southeast, a repeat of last year’s La Niña. However, the rest of the State should again expect warmer than normal temperatures.

Source: Anchorage Daily News.

Source: National Weather Service

Réchauffement climatique, fonte des glaciers et érosion des côtes // Global warming, glacier melting and coastal erosion

Lorsque je rédige des articles sur le changement climatique et le réchauffement de la planète, je parle en général de la fonte des glaciers. Cependant, il ne faudrait pas oublier que la fonte des glaciers et des calottes glaciaires de l’Arctique et de l’Antarctique induisent également la montée des océans et l’érosion côtière.
De récents articles dans les journaux britanniques – pas la presse à sensation! – insistent sur le fait que suite à l’élévation du niveau des océans , de plus en plus de villes autour sur les côtes britanniques vont devoir prendre des décisions délicates sur la façon de réagir aux inondations et à l’érosion. L’Agence pour l’Environnement estime que 7000 propriétés en Grande-Bretagne seront avalées par la mer au cours du prochain siècle. Déjà ces dernières années, les propriétaires dans les comtés de Norfolk, Suffolk et Yorkshire ont été chassés de leurs maisons construites au bord des falaises. Les habitants de Beach Road à Happisburgh dans le Norfolk ont été obligés de quitter leurs maisons en 2010 parce que la rue s’effondrait petit à petit. Une habitante a refusé de partir en 2010 mais elle a été forcée de le faire en 2013 lorsque sa salle de bains et sa chambre se sont retrouvées suspendues au bord de la falaise.
Beaucoup de gens s’inquiètent de l’érosion côtière et se demandent ce que l’on pourrait faire pour l’arrêter ou au moins la ralentir. Le problème est le coût des travaux. Le remplacement de toutes les protections côtières britanniques engloutirait une grande partie du budget prévu pour les dépenses publiques. En outre, beaucoup de gens n’accepteraient pas que le gouvernement dépense des millions de livres pour protéger quelques maisons, alors que ceux qui les occupent savaient pertinemment qu’ils pourraient être menacés par la mer.
D’autres pays que la Grande-Bretagne investissent d’énormes sommes d’argent dans la lutte contre les inondations et l’érosion. Aux Pays-Bas, où 40% des terres se trouvent au-dessous du niveau de la mer, un budget de près d’un milliard d’euros est consacré à l’entretien des digues chaque année. Aux États-Unis, l’équivalent de 350 millions d’euros est consacré à la construction de routes et à d’autres mesures visant à protéger Miami Beach contre la montée de l’océan. Les scientifiques s’inquiètent pour les personnes vivant dans les pays à basse altitude sans les ressources nécessaires pour financer de tels projets. Un rapport de la Banque Mondiale estime que dans moins de 30 ans, des zones importantes du Bangladesh seront submergées. Cela pourrait nuire aux rendements agricoles à l’échelle de la planète et forcer des millions de personnes à quitter leur domicile.
La France s’inquiète également de l’érosion côtière, que ce soit le long de la Manche ou de l’Océan Atlantique où la côte a reculé de plusieurs dizaines de mètres ces dernières années. Voici un document qui illustre parfaitement le problème:
https://actu.orange.fr/societe/videos/france-a-cause-de-l-erosion-le-littoral-atlantique-recule-VID0000001qF9L.html

Il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste pour se rendre compte que la côte atlantique recule. En 2010, la tempête Xynthia a montré que la mer était la maîtresse des lieux, ainsi que les erreurs commises par les humains. Il y a quelques semaines, alors que je marchais sur une plage de Charente-Maritime, j’ai vu un blockhaus juste en face de moi au beau milieu de la plage, à une soixantaine de mètres de la dune littorale. Cela signifie que la mer a avalé toute cette partie de la côte depuis les années 1940.

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When writing articles about climate change and global warming, I usually refer to glacier melting. However, it should not be forgotten that the melting of glaciers and of the Arctic and Antarctic ice sheets also induce the rising of the oceans and coastal erosion.

Recent articles in the British newspapers – not the yellow press! – insist that with higher sea levels, more towns around Britain’s coast will have to make tough decisions about how to respond to flooding and erosion. The Environment Agency estimates that 7,000 properties in Britain will be lost to the sea over the next century, and in recent years homeowners in Norfolk, Suffolk and Yorkshire have been forced out of their clifftop houses. Residents of Beach Road in Happisburgh, Norfolk, were asked to leave their homes in 2010 because the street was gradually crumbling away. One of the residents refused to leave in 2010 but was forced to do so in 2013 when her bathroom and bedroom were hanging over the edge of the cliff.

Many people worry about coastal erosion and wonder what could be done to stop it or at least slow it down. The problem would be the cost. Replacing all of Britain’s coastal defences would require a very large proportion of government spending. Besides, many people would not accept that the government should spend millions of pounds to protect a few houses when the people who moved into them knew they might be at risk from the sea.
Other countries than Britain are investing huge amounts of money into the fight against flooding and erosion. In the Netherlands, where 40 per cent of land is below sea level, nearly one billion euros are spent on maintaining flood defences every year. In the US, 350 million euros are being spent on raising roads and other measures to protect Miami Beach from rising seas. Experts are concerned about people living in low-lying countries without the resources to pay for these projects. A World Bank report estimates that in less than 30 years’ time, significant areas of Bangladesh will be under water. This could damage global agricultural yields and force millions of people from their homes.

France is also concerned with coastal erosion, whrther along the Channel or the Atlantic Ocean where the coast has retreated by several tens of metres in the past years. Here is a document that perfectly illustrates the problem:

https://actu.orange.fr/societe/videos/france-a-cause-de-l-erosion-le-littoral-atlantique-recule-VID0000001qF9L.html

There is no need to be an expert to realise that the Atlantic coast is receding. In 2010, the storm Xynthia showed that the sea was the master of the place and the mistakes committed by the humans. A few weeks ago, I was walking along a beach in the Charente-Maritime. I could see a bunker right in front of me in the middle of the beach, some 60 metres from the coast. This means that the sea has eaten away this part of the coast since the 1940s.

Blockhaus sur la plage (Photo: C. Grandpey)

COP 23 : Beaucoup de bruit pour rien // COP 23 : Much ado about nothing

Lancée en grandes pompes, la COP23 s’est achevée à Bonn sur une note amère. En effet,  aucun accord important n’a été prononcé hormis la promesse de se revoir en 2018 pour une prochaine conférence climat.

Seule avancée notable, une volonté pour sortir du charbon, proclamée le 16 novembre, à l’initiative du Royaume-Uni et du Canada. Parmi ses membres, cette alliance compte l’Angola, la Belgique, la Finlande, la France, l’Italie, les îles Marshall, le Portugal, le Salvador, mais aussi plusieurs Etats américains et provinces canadiennes. Tous se sont engagés à éliminer progressivement leurs centrales au charbon.

Le problème, c’est que les membres de cette « alliance » ne représentent qu’une faible part de la production et de la consommation charbonnière mondiale, concentrée en Chine, en Inde et en Asie du Sud-Est, ce qui limite la portée de cette annonce. L’alliance a le mérite d’isoler Donald Trump, contesté dans son propre pays dans sa décision de continuer la production d’énergies fossiles.

On peut regretter que seuls Angela Merkel et Emmanuel Macron aient daigné se déplacer jusqu’à Bonn. Les autres dirigeants européens sont restés à la maison. « Le seuil de l’irréversible a été franchi, les équilibres de la planète sont prêts à rompre », a averti le président français. Toutefois, à côté de ces belles paroles, le président français n’a annoncé aucune aide financière concrète pour les pays les plus pauvres qui souffrent des conséquences du réchauffement climatique.

Le prochain rendez-vous sera le sommet sur le climat prévu le 12 décembre 2017 à Paris. Pendant ce temps, la banquise et les glaciers continue de fondre…

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Launched with great fanfare, COP23 ended in Bonn on a bitter note. Indeed, no major agreement has been reached, except the promise to meet again in 2018 for a future climate conference.
The only significant advance was a will to get out of coal; it was proclaimed on November 16th, at the initiative of the United Kingdom and Canada. Among its members, this “alliance” includes Angola, Belgium, Finland, France, Italy, the Marshall Islands, Portugal, El Salvador, but also several US states and Canadian provinces. All have committed to getting rid of their coal plants.
The problem is that the members of this « alliance » represent only a small share of the world coal production and consumption, concentrated in China, India and South-East Asia, which limits the scope of this announcement. The alliance has the merit of isolating Donald Trump, challenged in his own country in his decision to continue the production of fossil fuels.
It is regrettable that only Angela Merkel and Emmanuel Macron accepted to travel to Bonn. The other European leaders stayed at home. « The threshold of the irreversible has been crossed, the balances of the planet are ready to break, » warned the French president. However, alongside these fine words, the French president has announced no concrete financial assistance for the poorest countries that suffer from the consequences of global warming.
The next meeting will be the climate summit scheduled for December 12th, 2017 in Paris. Meanwhile, the icefield and the glaciers continue to melt …

Photo: C. Grandpey