Turrialba (Costa Rica): Intensification des éruptions et restrictions d’accès

drapeau francaisLe Turrialba montre un regain d’activité depuis le mois d’octobre 2014. Suite à l’apparition d’un nouveau cycle d’éruptions, l’accès au volcan vient d’être réduit, avec la mise en place d’un périmètre de sécurité de 5 km autour du cratère. L’OVSICORI a enregistré au moins 6 éruptions dimanche matin, avec émissions de gaz et de cendre.

En cliquant sur ce lien, vous verrez l’un des épisodes éruptifs observés le 1er mai 2016 :

https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=qJjX3lPJPRo

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drapeau-anglaisTurrialba has been quite active since October 2014. However, due to the start of a new cycle of eruptions, access to the volcano has been closed off, with a five-kilometre perimeter established. OVSICORI registered at least six eruptions on Sunday morning that released gas and ash into the atmosphere.
By clicking on this link, you will see an eruptive episode at Turrialba volcano on May 1st 2016:

https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=qJjX3lPJPRo

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Source: OVSICORI.

Etude des éruptions phréatiques du Poás (Costa Rica) // Study of phreatic eruptions at Poás volcano (Costa Rica)

drapeau-francaisLes éruptions phréatiques sont parmi les dangereuses et ont fait de nombreuses victimes. Il suffit de se rappeler l’éruption du Mt Ontake (Japon) en septembre 2014 qui a surpris des randonneurs et tué une cinquantaine d’entre eux. Les éruptions phréatiques sont extrêmement difficiles à prévoir car elles se produisent souvent avec peu ou pas de signes précurseurs.
Récemment, des chercheurs d’Amérique Centrale ont mesuré les émissions de gaz au niveau du lac de cratère du Poás (Costa Rica) pour essayer de détecter certains éléments précurseurs des éruptions phréatiques majeures. Le cratère du Poás est visité par des milliers de touristes chaque année et des explosions phréatiques se produisent fréquemment au niveau du lac. Elles peuvent se présenter sous la forme de simples petits jets de gaz ou d’explosions beaucoup plus puissantes qui projettent des roches, des sédiments, de la vapeur et de l’eau à plus de 400 mètres au-dessus de la surface du lac.
L’objectif des mesures était de quantifier les gaz émis (CO2, SO2, H2S) et de contrôler les variations dans leur composition. Avant cette étude, on pensait que les éruptions phréatiques étaient principalement générées par des changements dans les systèmes hydrothermaux et se produisaient sans signes précurseurs mesurables. La nouvelle étude montre qu’il se produit des changements évidents dans la composition des gaz juste avant les éruptions phréatiques du Poás, et qu’ils sont générés par de brèves périodes d’injection de gaz à haute température en provenance du système magmatique profond.
Les chercheurs ont mesuré in situ les gaz émis par le lac de cratère en utilisant une station d’analyses fixe de gaz multiples sur une période d’activité phréatique de deux mois en 2014. (Le lac a montré une activité phréatique intense entre 2006 et 2014.)
La précision des mesures est très importante pendant les analyses de gaz multiples. La station mesure les rapports entre les gaz, tels que SO2 / CO2 et H2S / SO2. Les premiers tests ont démontré que l’apparition d’éruptions et un rapport SO2 / CO2 élevé sont statistiquement corrélés, et qu’il existe une relation entre une période éruptive calme et un rapport SO2 / CO2 faible. Les données sur la composition des gaz présentent des variations significatives dans le rapport entre le SO2 et le CO2 ; il y a une corrélation entre ces variations d’une part et la fréquence et l’intensité des éruptions phréatiques d’autre part. Les scientifiques ont remarqué que la composition des gaz émis directement par le lac du Poás se rapproche de celle des gaz magmatiques les jours qui précèdent de fortes éruptions phréatiques. Les mesures de gaz effectuées à l’aide d’un mini-DOAS (spectroscopie d’absorption optique différentielle) montrent que les  émissions élevées de SO2 du lac se produisent pendant l’activité éruptive et sont également associées à un rapport SO2 / CO2 élevé. Ces résultats laissent supposer que de courtes périodes d’injection de gaz magmatiques très chauds sont directement responsables de l’apparition d’éruptions phréatiques ponctuelles.
Ces résultats montrent également que la surveillance continue des gaz émis par le Poás peut constituer un moyen efficace de prévision des éruptions phréatiques. Le principal problème à résoudre est le fonctionnement de l’instrument de mesure dans des conditions extrêmement difficiles. Les composants périphériques de la station ont été détruits par une puissante éruption en juin 2014, ce qui a mis un terme aux manipulations. Cependant, l’instrument proprement dit a survécu et analyse actuellement les changements dans la composition des gaz fumerolliens.
Il y a encore beaucoup de choses que les scientifiques ne connaissent pas dans les interactions entre les gaz magmatiques et les systèmes hydrothermaux. Cette étude montre en particulier que la cinétique joue un rôle majeur dans ces systèmes. La plupart des modèles géochimiques utilisés pour comprendre le dégazage volcanique supposent des conditions d’équilibre. Une fois que l’on aura admis que des facteurs cinétiques sont souvent plus influents que les conditions d’équilibre, on aura franchi un pas important dans la compréhension des processus de dégazage volcanique.
Source: Université du Nouveau-Mexique: http://www.unm.edu/

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drapeau-anglaisPhreatic eruptions are among the most dangerous and have claimed lots of victims. One just needs to remember the eruption of Mt Ontake (Japan) in September 2014 that surprised trekkers and killed about 50 of them. Indeed, phreatic eruptions are extremely difficult to forecast, often occurring with little or no precursors.

Recently, Central American researchers measured gas emissions from the crater lake at Poás volcano in Costa Rica, in an attempt to determine some of the precursors to major volcanic eruptions. The Poás crater is visited by thousands of tourists every year. Phreatic explosions frequently occur from the lake, ranging from minor gas bursts to highly explosive jets ejecting rocks, sediments, vapour and lake water to more than 400 metres above the lake surface.

The initial goal of the study was to quantify gas fluxes (CO2, SO2, H2S) from the volcano and to monitor changes in gas compositions. Before this study, phreatic eruptions were primarily thought to be generated by changes in hydrothermal systems, and to occur with no appreciable precursors. The new study shows that there are clear short-term changes in gas compositions prior to phreatic eruptions at Poás, and that they are generated by short-period changes in high temperature volcanic gas input from  the deep magmatic system.

The Central American researchers measured gas emissions from the crater lake in situ using a fixed multiple gas analyzer station (Multi-GAS) during a two month period of phreatic activity in 2014. (The lake was the site of intense phreatic eruptive behavior between 2006 and 2014.)

Both accuracy and precision are important in the Multi-GAS measurements. The Multi-GAS instrument measures gas ratios, such as SO2/ CO2 and H2S / SO2. Diagnostic tests proved that the occurrence of eruptions and high SO2/ CO2 are statistically correlated, and that the occurrence of quiescence and low SO2/ CO2 are also correlated. The gas composition data show significant variations in the ratio between SO2 and CO2, which are statistically correlated with both the occurrence and the size of phreatic eruptions. The scientists found that the composition of gas emitted directly from the lake approaches that of magmatic gas days before large phreatic eruptions. Gas flux measurements conducted using mini-DOAS (differential optical absorption spectroscopy) show that high emission rates of SO2 from the lake occur during eruptive activity and are also associated with high SO2/CO2. Importantly, the results suggest that short-period pulses of magmatic gas and heat are directly responsible for generating individual phreatic eruptions.

These results show that high-frequency gas monitoring may provide an effective means of forecasting phreatic eruptions. The biggest challenge to this monitoring approach is maintaining the Multi-GAS instrument in extremely harsh conditions. Peripheral components of the station were destroyed by a large eruption in June 2014, which spelled the end of the lake gas emission experiment. However, the instrument survived and is currently monitoring changes in fumarole gas composition.

There are still many things scientists do not know about the interactions between magmatic gases and hydrothermal systems. This study shows in particular that kinetics are very important in these systems. Most geochemical models that are used to understand volcanic degassing assume equilibrium conditions. Once it is accepted that kinetic factors are often more influential than equilibrium conditions, a closer to understanding of volcanic degassing processes will probably be reached.

Source: University of New Mexico: http://www.unm.edu/

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Cratère et lac du Poás (Crédit photo: Wikipedia)

 

Activité éruptive intense sur le Santiaguito (Guatemala)

drapeau francaisDans un bulletin spécial émis le 23 avril 2016, l’INSIVUMEH indique que le Santiaguito connaît l’activité explosive la plus intense observée ces dernières années, avec des éruptions violentes accompagnées de colonnes de cendre atteignant 4,5 – 5 km d’altitude et des coulées pyroclastiques atteignant 3 km à l’est et à l’ouest. Elles s’accompagnent de grondements et d’ondes de choc. D’importantes retombées de cendre sont observées dans les villages près du volcan. Il est également fait état de retombées à plus de 60 km du cratère, à Quetzaltenango, Retalhuleu et Mazatenango. Voici une courte vidéo de l’une des dernières éruptions:
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=r51Zp16s6DM

Il ne faudrait pas oublier que le Santa Maria  et le Santiaguito (apparu en 1922) peuvent provoquer des éruptions extrêmement violentes. L’événement le plus meurtrier a eu lieu en Octobre 1902 avec une éruption plinienne de 20 heures du Santa Maria qui a tué plus de 6000 personnes. Des dépôts de cendre atteignant 30 mètres d’épaisseur ont été observés à proximité du volcan. Des retombées de cendre ont été enregistrées jusqu’à San Francisco, à une distance de 4000 km. Le 2 novembre 1929, c’est au tour du Santiaguito de se mettre en colère avec une éruption qui a tué au moins 5000 personnes, avec neuf heures de retombées de cendre à Retalhuleu, à 27 km du dôme. Le 19 juillet 1990, une nouvelle explosion du Santiaguito a tué quatre randonneurs. Ces événements sont décrits dans mon livre Killer Volcanoes, aujourd’hui épuisé.

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drapeau-anglaisIn a special report published on April 23rd 2016, INSIVUMEH indicates that Santiaguito volcano is experiencing the highest level of explosive activity observed in recent years, with violent eruptions accompanied by ash columns reaching 4.5 – 5 km a.s.l. and pyroclastic flows reaching 3 km to the east and west. They are accompanied by rumblings and shock waves. Abundant ash fall is reported in villages near the volcano. More asfall is also being reported over 60 km from the crater, in Quetzaltenango, Retalhuleu and Mazatenango.  Here is a short video of one of the latest eruptions:

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=r51Zp16s6DM

One should remember that Santa Maria and Santiaguito (born in 1922) have the ability to generate violent eruptions. The deadliest event occurred in October 1902 with a 20-hour Plinian eruption that killed more than 6,000 people. Ash deposits as high as 30 metre were observed close to the volcano. Ashfall was recorded as far as San Francisco, 4,000 km away. On NOvember 2nd 1929, a eruption of Santiaguito killed at least 5,000 people, with a 9-hour ashfall over Retalhuleu, 27 km from the dome. On July 19th 1990, another explosion of Santiaguito killed four trekkers. These events are described in my book Killer Volcanoes which is sold out.

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Sismicité le 23 avril 2016 sur le Santiaguito (Source: INSUVUMEH)

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Sommet du dôme Caliente sur le Santiaguito (Photo: C. Grandpey)

El Chichon (Mexique) a-t-il provoqué aussi l’ « Age des Ténèbres » ? // Did El Chichon also trigger the « Dark Ages » ?

drapeau-francaisDans ma note précédente, j’ai expliqué qu’une éruption du volcan El Chichon (Mexique) en l’an 540 de notre ère a pu contribuer à l’effondrement de la civilisation maya. Un pic de soufre dans des carottes glace prélevées aux pôles indique qu’il y a deux signatures éruptives très proches l’une de l’autre, respectivement en 536 et en 540. Par ailleurs, les analyses de cernes d’arbres en Europe du Nord révèlent un très fort refroidissement du climat.
Dans une étude publiée dans la revue Climate Change, un chercheur allemand au Centre GEOMAR pour la Recherche Océanique à Kiel pense que les deux éruptions – en 536 et 540 – « représentent probablement l’événement volcanique qui a le plus affecté le climat de l’hémisphère nord au cours des 1500 dernières années. » Comme je l’ai écrit auparavant, l’impact combiné des deux éruptions a fait chuter la température de deux degrés Celsius au cours de ce qui fut probablement la décennie la plus froide des deux derniers millénaires.
Cette baisse soudaine de la température, causée par l’écran des particules de soufre dans la stratosphère, a eu un impact dévastateur sur l’agriculture, avec une famine dans une grande partie de l’Europe et même au-delà. La première épidémie de peste sur le continent a eu lieu un an après la deuxième éruption, mais on ne sait pas si l’hiver volcanique a joué un rôle direct dans la propagation de la maladie. A une plus grande échelle, la double éruption a marqué la transition entre les dernières années de l’Antiquité et l’ « Age des Ténèbres », période agitée qui s’étire entre la chute de Rome en 476 et la renaissance carolingienne des 8ème et 9ème siècles.
Source: Phys.org (http://phys.org/)

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drapeau-anglaisIn my preceding note, I explained that an eruption of El Chichon volcano (Mexico) in 540 may have contributed to the collapse of the Mayan civilisation. A sulphur spike in ice core records from the poles indicates there are two closely spaced signatures in the ice record, with the first one occurring in AD 536 and another one in AD 540. Besides, tree ring data in northern Europe from this time indicates there was very strong cooling.

In a study released in the journal Climate Change, a German researcher at the GEOMAR Helmholtz Centre for Ocean Research in Kiel thinks that the two eruptions – in 536 and 540 – « were likely the most powerful volcanic event affecting the northern hemisphere climate over at least the past 1,500 years. »  As I put it before, their combined impact lowered temperatures by two degree Celsius during what is probably the coldest decade in the last two millennia.

This sudden drop, caused by a sun-blocking blanket of sulphur particles in the stratosphere, had a devastating impact on agriculture, provoking famine throughout much of Europe and beyond. The continent’s first pandemic plague occurred one year after the second blast, though it is not known whether the volcanic winter played a direct role in the disease’s spread. More broadly, the twin blasts marked the pivot between the waning years of Antiquity and the prolonged period of social decline and turmoil known as the Dark Ages.

Source : Phys.org (http://phys.org/)

El_Chichón

El Chichon après la dernière éruption de 1982 (Crédit photo: Wikipedia)