L’Erta Ale comme l’Everest?

S’agissant de la saleté, l’Erta Ale et le Dallol seraient-ils en train de suivre la même voie que les sommets de l’Himalaya ? C’est ce que laisse entendre le communiqué que vient de m’adresser un ami qui s’est rendu en Ethiopie en février 2014. Voici en substance ce qu’il m’écrit :

« Par rapport à 2007 j’ai trouvé le Dallol  desséché avec forte réduction de la surface des aspects hydrothermaux. Heureusement, il y a encore à voir mais c’est restreint. Le pire, c’est maintenant le tourisme de masse. Au pied, là où nous avions bivouaqué sur les plaques de sel, maintenant c’est un parking. Le sol est poli comme du marbre de cimetière ; impossible de savoir que c’est du sel. Par contre Dallol, en haut et en bas, est un régal de bouteilles plastique. A l’Erta Ale, il y a 25 « habitations » au raz de la falaise de la caldera. Là où on bivouaquait à 40 mètres du bord, c’est maintenant une décharge et des WC à ciel ouvert. Inouï  !!  Berk ! »

L’Erta Ale n’est pas non plus une benne à ordures. Y jeter un sac de détritus comme le fait le touriste de cette vidéo n’est pas forcément le geste le plus intelligent!

http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=kq7DDk8eLs8

Pour ce qui est de la sécurité, la zone ne semble pas encore sécurisée si l’on se réfère au communiqué du Ministère des Affaires Etrangères :

1 – Tout déplacement dans la zone du Erta Ale reste formellement déconseillé compte tenu des risques très élevés qui perdurent. Outre le risque criminel qui ne peut être écarté, les conditions extrêmes et l’impossibilité d’assurer une évacuation correcte en cas d’accident rendent cette région particulièrement dangereuse.

2 – La zone du Dallol présente des risques moins élevés mais exige d’être abordée avec de très grandes précautions. Elle est déconseillée sauf raisons impératives. Tout déplacement dans cette région s’effectue aux risques et périls des visiteurs.

Vous trouverez plus de détails en cliquant sur ce lien :

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays/ethiopie-12309/

Je pense que les responsables d’agences de voyages liront cette note et il serait intéressant d’avoir confirmation ou infirmation de ce qu’écrit mon ami à propos de la saleté du site qui, à mon avis, ne mérite pas ce qu’il décrit.

S’agissant de la sécurité, un très cher ami a laissé la vie en Ethiopie au cours d’un voyage à l’Erta Ale il y a plusieurs années et je ne peux que confirmer ce qu’écrit le Ministère des Affaires Etrangères en matière d’évacuation sanitaire. Malheureusement, un tel drame n’arrive pas qu’aux autres.

Dallol-blog

(Photo:  Wikipedia)

Une réflexion au sujet de « L’Erta Ale comme l’Everest? »

  1. Bonjour Claude,
    Ton dernier post sur l’Erta Alé et le Dallol m’invite à réagir en tant qu’agence ( 80 Jours Voyages ) et donner un avis sur la situation dans le Danakil. Tu trouveras ci-dessous mon avis sur la question.

    Pour ce qui est des déchets :
    Même si je n’aurais pas exprimé les choses de façon aussi tranchée, il faut reconnaître qu’il y a une part de vrai dans le témoignage de ton ami. Le fait est que pour des raisons de sécurité, nous sommes tous obligés de bivouaquer au même endroit, que ce soit à Ahmed Ila (Dallol) ou à l’Erta Alé et que certaines agences ne se préoccupent guère de laisser l’endroit propre, ce qui explique la présence de très nombreux déchets, en particulier des bouteilles en plastique ! Il est bon de savoir deux choses à ce sujet.
    La première est que les agences payent « une taxe de nettoyage » plus que conséquente par rapport au niveau de vie du pays, mais le lien entre les autorités auprès desquelles elle est payée et la réalité du nettoyage de terrain est inexistante.
    La seconde est que le nombre d’agences locales peu sérieuses (avec lesquelles travaillent certains de nos « grands voyagistes ») a considérablement augmenté et que certains chauffeurs et guides n’ont que faire de maintenir le site propre. Pour notre part, et tous nos clients pourront en témoigner, la totalité de nos déchets sont rapportés en ville !
    Pour ce qui est des « WC à ciel ouvert », c’est une réalité et les Afars ne nous autorisent pas à construire des WC en dur. Il ne faut pas oublier que nous travaillons avec une population nomade, ayant une culture nomade, bien que certains aient commencé à se sédentariser. Cela dit, j’ai connu des situations bien pires dans des toilettes publiques, notamment en Asie, et je trouve le problème des déchets plastiques plus préoccupant !

    Pour ce qui est du Dallol et du « tourisme de masse » :
    Suivant les années, le site de Dallol est plus ou moins hydraté. Par exemple, même si cette année le site était moins hydraté qu’en 2007, il l’était beaucoup plus que l’année dernière. La seule chose que je retiendrais de ça est le manque cruel de connaissances et d’étude sur l’hydrologie ou l’hydro-volcanologie du site. En effet, cette région complexe, où interagissent la géothermie du Dallol, les eaux souterraines issues des haut-plateaux et les résurgences d’eau salée mériterait des recherches beaucoup plus approfondies. A ce jour nous avons une compréhension limitée de ce site.
    Enfin, pour ce qui est du « tourisme de masse », pour ma part, je n’ai jamais été à plus de deux groupes sur le site de Dallol ou de l’Erta Alé ! Et la fréquentation a baissé depuis les évènements tragiques de 2011 ! Cela dit, d’après certains collègues, il faut éviter de vouloir faire le réveillon du nouvel an en haut du volcan. Les agences ne se concertant pas dans leur planning, il n’est pas exclu qu’il puisse y avoir parfois plus de monde et que certains touristes aient la malchance d’être plus nombreux sur les sites. Toutefois, la notion de tourisme de masse me semble un peu exagérée !

    Pour ce qui est de la sécurité :
    Je te rejoins entièrement sur les difficultés d’évacuation sanitaire qui ne peuvent se faire que par la route. J’ajouterais aussi que la très forte chaleur du Danakil en fait une région hostile qui fatigue beaucoup les organismes et nécessite de prendre des précautions particulières en matière d’hydratation et de repos. Là encore, la course au low cost fait que certaines agences font n’importe quoi ! Certains viennent avec des enfants. On rencontre de plus en plus de chauffeurs et/ou guides inexpérimentés qui confondent l’accompagnement de clients et le Paris/Dakar ! Et certaines agences font baisser les prix en ne louant pas ou peu de dromadaires pour monter le matériel et les vivres au sommet du volcan, laissant à chacun le soin de porter une grande quantité d’eau…
    Comme dans tout environnement hostile, le sérieux de la préparation logistique et de l’accompagnement doit être prioritaire, au même titre que le devoir d’information sur les conditions de voyage afin que chacun puisse faire le choix de venir ou non en connaissance de cause. Et je ne peux qu’encourager les clients à demander des garanties sur le sérieux des gens qui vont être en charge de leur voyage.

    L’irresponsabilité de certains est un préjudice pour tous, aussi bien pour les professionnels du tourisme ici ou sur place, qui pâtissent d’une mauvaise image, que pour les clients qui ne savent plus à quel saint se vouer !
    De plus, comme je l’ai souvent évoqué, la perception du risque et de la sécurité est très personnelle et j’aimerais que l’évaluation des risques de notre ministère soit un peu plus statistique et un peu moins diplomatique. Car force est de constater que les zones où les enjeux économiques sont importants pour la France et/ou bénéficiant d’une « diplomatie active » du pays concerné ne bénéficient pas du même traitement ! Sentiment largement renforcé par le fait que de nombreux diplomates européens basés à Addis Abeba vont visiter le Dallol en famille !!!

    J’évoquais d’ailleurs dernièrement sur notre page sur le Nyiragongo (RDC) la sécurité et les risques (reprenant d’ailleurs certaines informations que tu as publiées sur ton blog) et les choix que nous sommes amenés à faire en tant qu’agence ! http://80joursvoyages.com/holiday/congo-rdc-volcans-nyiragongo-nyiamulagira/

    Pour finir par une note positive, je crois être en mesure de dire que tous les clients que j’ai accompagnés dans le Danakil en sont rentrés enchantés par la beauté des sites, que ce soit le coté surnaturel du Dallol ou l’activité fascinante du lac de lave de l’Erta Alé. Et personnellement, j’y retourne chaque année avec toujours autant de plaisir !

    Sylvain CHERMETTE – 80 Jours Voyages

    J'aime

    1. Bonjour Sylvain. Quand je parlais de « responsables d’agences de voyages », c’est en premier lieu à toi que je pensais et je te remercie chaleureusement d’avoir pris le temps de rédiger cette longue réponse qui me semble très objective. S’il est vrai qu’il est quasiment impossible de rapporter certains déchets « naturels », il n’en va pas de même des bouteilles plastiques et autres cannettes vides que l’on peut facilement glisser dans son sac à dos et rapporter au point de départ, comme tu le fais avec tes groupes. En plus, ça ne pèse pas lourd !
      Comme tu le sais, je lorgne depuis longtemps vers l’Ethiopie mais je n’ai pas envie de renouveler l’expérience du Pacaya il y a plusieurs années où j’étais escorté de gardes armés car le banditisme sévissait dans la région. Il faut espérer que l’Ethiopie retrouve une certaine stabilité politique mais ce n’est malheureusement pas pour demain… Très amicalement.

      J'aime

  2. Bonjour Claude Grandpey,
    Et oui, je confirme malheureusement !
    Le Dallol et ses concrétions extraordinaires étaient déjà bien piétinés et souillés lors de ma visite du site en 2007. Effectivement, les voyagistes spécialisés, rendent de plus en plus cette destination accessible au tourisme de masse sans prodiguer de consignes ni recommandations particulières. Les autorités locales laissent totalement à l’abandon cette zone sans aucune protection d’aucune sorte, ni aménagements adaptés à la fréquence des visites. Mon souvenir du Dallol, outre cet aspect « saccage », est inoubliable tant par ses couleurs que son odeur et l’aspect exceptionnel de l’activité volcanique. C’est un joyau de la planète, pas suffisamment respecté et très fréquenté, et bon nombre de touristes le découvre malheureusement un peu comme on visite les gorges de l’Ardèche en autocar. Mais il n’est pas sans risque car les brûlures par l’acide son nombreuses (Une chaussure imbibée d’acide sulfurique ou de soude provoque à la fin de la journée une brulure grave du pied), et les possibilités d’enfouissement subit dans les endroits meubles et fragilisés sont une réalité.
    Pour ce qui concerne l’Erta Ale, c’est effectivement le même constat que j’ai malheureusement pu faire au niveau de la souillure des lieux. Bien sûr, totalement absorbé par le lac de lave et ce site volcaniquement enchanteur et subjuguant, on passe souvent au second plan cet outrage à la nature, mais c’est tout de même une réalité bien désastreuse. Les risques de brûlures sont ici moindres qu’au Dallol, à moins bien sûr d’approcher sur la plate forme le lac de lave dont la température est une des plus chaudes du globe. Par contre l’enlèvement par les bandes armées reste très préoccupant, et l’on n’est jamais sûr, allongés « bien confortablement » dans les cheveux de Pelée, de finir sa nuit aussi paisiblement qu’on l’a commencée.
    Décidément, l’homme reste bien respectueux d’un seul principe, le deuxième de la thermodynamique, c’est-à-dire l’entropie au sens du désordre qu’il affectionne particulièrement et aime à répandre dans tous les lieux qu’il fréquente.
    Bien Cordialement
    Pierre Chabat

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.