Lac de lave du Nyiragongo (suite)

Je vois que ma note concernant le lac de lave du Nyiragongo n’a pas été inutile. Le commentaire de Pierre Vetsch, ancien président de la SVG, qui participait à l’expédition ne me surprend pas et me satisfait. Je me doutais que l’équipe n’était pas partie les mains vides et qu’un travail de prélèvement avait été effectué. Il est fort dommage que le Figaro Magazine n’en ait pas fait état. Je maintiens : le sensationnel ne doit pas occulter l’aspect scientifique d’une expédition !  

Un autre point me plaît beaucoup : la pose d’une plaque en hommage à Jacques Durieux dont la disparition n’a été que très rarement mentionnée alors que nous venons de perdre un volcanologue de terrain. Cela aussi, le Figaro Magazine aurait pu le signaler.

S’agissant du lac de lave, qu’il ait été visité en 1958 ou en 2010, peu importe. Il se trouve toujours au fond du cratère du Nyiragongo ! Le lieu est toujours le même. C’est comme si j’avais dit en 2006 que mes images du lac de lave du Pu’uO’o n’avaient jamais été réalisées auparavant alors que j’étais déjà venu au bord du cratère en 1996. Pourtant, le lac avait disparu entre temps, tout comme il a disparu au moment où j’écris ces lignes !

Pour terminer cette mise au point, quand je parlais de « faire du sensationnel », je ne visais pas les participants à cette expédition. Comme l’écrit Pierre Vetsch, tout volcanophile rêve de pouvoir s’approcher un lac de lave. Ma cible était le Figaro Magazine qui, comme l’ensemble de la presse aujourd’hui, se délecte dans le spectaculaire, le sensationnel ou, pire encore, le nécrophage.   

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Le lac de lave du Pu’uO’o en 1996 (photo: C. Grandpey)

Volcans du Kamchatka (Russie)

drapeau francais.jpgLe Gorely et le Bezymianny sont en alerte Jaune. Le Shiveluch, le Klyuchevskoy et le Karymsky sont en alerte Orange. Tous les autres volcans du Kamchatka et des Iles Kouriles sont en alerte Verte.

Le Klyuchevskoy est le plus actif du lot avec une sismicité supérieure à la normale et des nuages de cendre qui s’étirent sur 200 km vers le SE. Une coulée de lave continue à descendre le versant SO du volcan.

Des explosions accompagnées de nuages de cendre secouent périodiquement le Shiveluch et le Karymsky où la sismicité reste élevée.

Selon le KVERT, l’accroissement d’activité et de sismicité du Gorely indique qu’ « une éruption est en train de se préparer ».

Pour tous les volcans, une mise en garde est adressée à l’attention des pilotes d’avions à cause du danger que peuvent représenter les nuages de cendre.

 

drapeau anglais.jpgThe alert level for Gorely and Bezymianny is Yellow. It is Orange for Shiveluch, Klyuchevskoy and Karymsky. All the other volcanoes of Kamchatka and the Kuriles are Green.

Klyuchevskoy is the most active of all with seismicity above background levels and ash clouds extending SE up to 200 km. A lava flow is still travelling along the SE flank.

Ash explosions are periodically shaking Shiveluch and Karymsky where seismicity is still above background levels.

According to KVERT, high activity and seismicity of Gorely indicate that « an eruption is probably preparing ».

KVERT also warns that ash clouds from all volcanoes may affect low-flying aircraft.

Stromboli (Sicile / Italie)

Le séisme qui a secoué les Iles Eoliennes il y a quelques jours ne semble pas avoir impressionné le Stromboli dont l’activité se maintient actuellement à un niveau particulièrement bas. Les sismos enregistrent une quinzaine d’événements très longue période (VLP) par heure, mais l’INGV précise que « l’amplitude de ces signaux VLP présente des valeurs très basses ». De plus, comme d’habitude, on enregistre quelques effondrements sur la Sciara del Fuoco, dus à des déséquilibres qui se produisent sur la pente à cause de l’accumulation des matériaux.

 Même si la situation est particulièrement calme, il faut se méfier du Stromboli qui a tendance depuis quelques temps à entrer dans des accès de colère sans prévenir, ce qui pourrait être fort gênant pendant la période estivale, moment où de nombreux touristes gravissent le volcan. Je ne suis pas certain que les guides qui accompagnent obligatoirement les groupes serviront à grand-chose si le volcan connaît une phase explosive soudaine. Tels des bergers dont les troupeaux sont attaqués par les loups, il leur sera fort difficile de convaincre leurs ouailles de ne pas courir dans tous les sens, au risque de recevoir des bombes sur le coin de la figure !

Au vu du comportement du Stromboli ces dernières années, je suis plutôt favorable à cet encadrement des visiteurs par des guides, même si je regrette mes nuits passées sur la Cima à écouter battre le cœur du volcan. Cela empêche d’avoir des centaines de personnes au sommet et limite donc le nombre de victimes potentielles en cas de problème.

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(Photo: C. Grandpey)

Lac de lave du Nyiragongo (République Démocratique du Congo)

Dans le numéro du 8 août 2010, le Figaro Magazine proposait à ses lecteurs un article intitulé « Au cœur du Nyiragongo, rendez-vous avec le diable ».

La présentation du document commence en ces termes : « En juin dernier, une équipe de scientifiques et de passionnés de volcans a mis le pied sur la rive du lac de lave qui bouillonne au fond du cratère du Nyiragongo, au coeur de l’Afrique des Grands Lacs. Notre photographe Olivier Grünewald s’est approché à un mètre de la matière en fusion. Il nous livre des images encore jamais réalisées ».

Certes, les images d’Olivier sont très belles – comme d’habitude – même si on retrouve le défaut que j’avais remarqué sur les photos de l’Eyjafjallajökull: le préposé à la photogravure du Figaro Magazine trafique les photos d’Olivier en leur donnant une accentuation exagérée qui leur fait perdre une grande partie de leur beauté.  Le problème est autre: l’auteur de l’article – en l’occurrence sa compagne – aurait dû se documenter avant d’écrire que ce sont « des images encore jamais réalisées ». Si elle avait lu, par exemple, le livre d’Haroun Tazieff Volcans paru chez Bordas en 1996, elle aurait découvert le chapitre 10 (pages 61 à 70) intitulé « Descente dans le puits de feu » où le célèbre volcanologue raconte et illustre sa descente sur la berge du lac de lave en 1958-59. De plus, si ma mémoire est bonne, Maurice Krafft s’est approché et a photographié lui aussi de très près le lac de lave du Nyiragongo.

S’agissant de la descente dans le cratère en juin dernier, il aurait été intéressant de réaliser des prélèvements de lave ou de gaz pendant cette approche du lac, comme le faisaient les membres de l’équipe Tazieff. Faire du sensationnel pour une revue ne doit pas empêcher de faire avancer la science !

Quoi qu’il en soit, l’approche d’un lac de lave est toujours fascinante. J’ai eu la chance de voir à deux reprises celui du Pu’u O’o à Hawaii et je suis partant pour un troisième spectacle !

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Bouillonnement de lave dans le lac du Pu’u O’o en juillet 2006.
(Photo: C. Grandpey)