Selfies mortels! // Deadly selfies

Une étude réalisée en 2021 par la Fondation espagnole iO a révélé qu’au moins 379 personnes sont mortes en prenant des selfies – autrement dit des auto-portraits –  entre 2008 et 2021. Cela représente un accident mortel tous les 12,5 jours ! Selon cette même étude, les États-Unis sont le deuxième pays – après l’Inde – pour les décès par selfie avec au moins 39 incidents mortels. Les décès par selfie les plus courants (environ 50% du total) se produisent à proximité de chutes d’eau et de falaises.

Aux Etats Unis, les parcs nationaux ont connu un important nombre de décès liés à la prise de photos. En 2018, des touristes à Yosemite ont trouvé un appareil photo sur un trépied abandonné au sommet de Taft Point. Ils ont alerté les autorités du parc qui, quelque 25 mètres plus bas, ont localisé les corps d’un couple juste marié, originaire d’Inde, champion des selfies au bord des voies ferrées. Des touristes avaient déjà aperçu les jeunes gens la veille près du bord non protégé de la falaise.

Le Grand Canyon est un autre point chaud pour les décès liés à la photo. Par exemple, un touriste chinois a fait une chute de 300 mètres depuis le bord du canyon en mars 2019 alors qu’il prenait des photos. À la suite de cet accident, le National Park Service a décidé d’organiser le « Safe Park Selfie Day » et a créé un site Web exhortant les visiteurs à faire preuve de prudence lorsqu’ils prennent des photos dans des endroits dangereux.

Certains chercheurs espèrent avoir trouvé une solution avec le développement d’une application qui pourrait alerter ses utilisateurs des dangers tels que les falaises. L’algorithme ainsi créé utilise un ensemble de services de localisation et de technologie d’imagerie pour déterminer quand les utilisateurs se trouvent dans une situation dangereuse. Les chercheurs estiment que l’application est actuellement précise à environ 70%.

En attendant une plus grande précision, le président de la Fondation iO propose d’évaluer les zones potentiellement dangereuses, afin de créer des mises en garde plus efficaces à l’attention des randonneurs. Pour sa part, le National Park Service exhorte les randonneurs à faire attention où ils mettent les pieds, à ne pas reculer lorsqu’ils prennent des photos, à rester à l’écart des falaises et à mettre éventuellement en garde les autres photographes sur le danger encouru. Cela pourrait permettre d’éviter des chutes mortelles.

En voyageant en Islande l’an dernier j’ai eu à plusieurs reprises l’occasion d’observer le comportement des touristes à la plage de Reynisfjara, à Gullfoss et sur le Jokulsarlon. Je dois dire que ce que j’ai vu dépasse l’entendement. J’ai vu des gens prendre des photos – pas seulement des selfies – en prenant des risques incroyables. Le mot « extrême » fait désormais partie du vocabulaire actuel. La télévision contribue largement à le répandre en montrant chaque jour un grand nombre de situations « extrêmes » que les gens ont envie d’imiter. C’est pourquoi le bilan évoqué précédemment n’est pas vraiment une surprise. Alors soyez prudents avant de prendre des photos et de faire un de ces sacro-saints selfies empreints d’un profond narcissisme. Les accidents n’arrivent pas qu’aux autres!

Source : Service des parcs nationaux aux Etats Unis.

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A 2021 study by Spain’s iO Foundation found at least 379 people died from selfies between 2008 and 2021. That’s one fatal accident every 12.5 days!

According to this same study, the United States was the second leading nation -after India – for selfie deaths with at least 39 deadly incidents. The most common selfie deaths were from falls off waterfalls and cliffs, accounting for about 50% of incidents.

The United States’ national parks have seen their fair share of photo-related fatalities. In 2018, tourists in Yosemite found a camera on a tripod at the top of Taft Point. They alerted park authorities who, some 25 meters below, located the bodies of a married couple from India – champion of selfies close to railways – who visitors had spotted near the unprotected edge of the cliff the day before. The Grand Canyon has been another hotspot for photo-related deaths. For instance, a Chinese tourist plunged 300 meters off the rim of the canyon in March 2019 while taking pictures. In the wake of that incident, the National Park Service announced it would observe « Safe Park Selfie Day » and launched a website urging visitors to exercise care while taking photos in dangerous spots.

Some researchers hope for a technological solution with the development of an app that could alert users to dangers like cliffs. The team’s current algorithm utilizes a mixture of location services and imaging technology to determine when users are in an unsafe situation; they estimate it is currently about 70% accurate.

In the meantime, the president of the iO Foundation suggests evaluating particularly dangerous areas, in order to create more effective warnings to hikers. For its part, the National Park Service urges hikers to watch their step, try not to step backwards while taking photographs, stay away from cliff areas, and be considerate of other photographers. Doing so could help to eliminate a deadly fall.

While travelling in Iceland I could observe the behaviour of tourists at the Reynisfjara beach, at Gullfoss ansd at Jokulsarlon. I must say what I saw goes beyond understanding. I could see people taking photos – not only selfies- while taking incredible risks. The word « extreme  » has become part of today’s volcabulary and television shows eveyday an high number of « extreme » situations that people feel like imitating. So, the current death toll does not really come as a surprise. Please watch your step before taking photos!

Source: National Park Service.

Paris, 2014 (Crédit photo: Wikipedia)

Inconscience: un mal à la mode // Recklessness : a fashionable evil

J’aimerais vous faire partager un article qu’un visiteur de mon blog a eu la bonne idée d’insérer sur ma page Facebook. Il se rapporte à la sécurité sur les sites naturels et en particulier les glaciers.

L’article rapporte les propos d’un guide islandais qui fait part de son expérience sur le Sólheimajökull, l’une des ramifications du Myrdalsjökukk dans le sud de l’Islande. Ce glacier souffre du même mal que ses congénères ailleurs dans le monde: il recule à une vitesse très inquiétante. Quand je l’ai visité au mois de juillet 2021, je n’ai pas reconnu le site où je m’étais rendu quelque dix ans auparavant.

Aujourd’hui, les abords du Sólheimajökull ont été aménagés, avec un parking et un large sentier qui permet d’accéder en une quinzaine de minutes à proximité du front du glacier. « A proximité » est important, car aller plus loin peut devenir dangereux. Il ne faut pas oublier qu’un glacier est une rivière de glace en mouvement et que son front se modifie en permanence, avec des effondrements parfois spectaculaires.

L’auteur de l’article regrette le comportement de certains touristes – pas tous heureusement – qui n’ont aucune conscience du danger. Il a vu certaines personnes s’aventurer à la surface du Sólheimajökull sans équipement adéquat. Les images qui illustrent l’article sont très révélatrices. Elles montrent parfaitement qu’un moment agréable peut virer au drame. C’est ce que j’ai expliqué à propos de la plage de Reynisfjara, elle aussi dans le sud de l’Islande, où des lames de fond emportent régulièrement les touristes qui ne peuvent survivre dans l’eau très froide.

Source : Clément Coudeyre / Iceland Geology | Seismic & Volcanic Activity in Iceland

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I would like to share an article that a visitor to my blog had the good idea to post on my Facebook page. It deals with safety on natural sites and in particular on glaciers.
The article reports the words of an Icelandic guide who shared his experience on Sólheimajökull, one of the branches of Myrdalsjökukk in southern Iceland. This glacier suffers from the same disease as its congeners elsewhere in the world: it is retreating at a very worrying speed. When I visited it in July 2021, I did not recognize the site I had visited some ten years before.
Today, the surroundings of Sólheimajökull have been developed, with a parking lot and a wide path which allows access in about fifteen minutes near the front of the glacier. « Near the front » is important, because going further can be dangerous. One should not forget that a glacier is a moving river of ice and that its front is constantly changing, with sometimes dramatic collapses.
The author of the article regrets the behaviour of some tourists – not all fortunately – who are unaware of the danger. He saw some people venture to the surface of Sólheimajökull without proper equipment. The images that illustrate the article are very revealing. They perfectly show that a good time can turn into a drama. This is what I explained about Reynisfjara beach, also in the south of Iceland, where rip currents regularly wash away tourists who cannot survive in very cold water..

Source: Clément Coudeyre / Iceland Geology | Seismic & Volcanic Activity in Iceland

Source: Clément Coudeyre

Front du Sólheimajökull en juillet 2021 (Photo: C. Grandpey)

Nouvelles d’Islande // News from Iceland

Le 17 novembre, j’indiquais que, selon un rapport publié le 16 novembre 2021, une phase d’inflation avait été détectée en profondeur sous la montagne Fagradalsfjall. Cette inflation pourrait signifier qu’une activité éruptive est susceptible de reprendre dans la région, mais personne ne sait quand une telle éruption est susceptible de commencer
Aujourd’hui, les médias islandais nous informent qu’un séisme de magnitude M 3.0 a été enregistré sur la péninsule de Reykjanes, dans la soirée du 17 novembre. L’épicentre se trouvait à 3,5 km au nord-est de Grindavík. Quelques répliques ont également été enregistrées. De plus, un essaim sismique a débuté le même jour près dans le secteur de Þrengsli (sud-ouest de l’Islande) avec un événement de M 3,3.
Le Met Office islandais affirme que les habitants de Grindavik ne doivent pas être inquiets.De tels séismes sont probablement dus à la position de la région à la limite des plaques tectoniques, de sorte que l’activité sismique n’y est pas rare. Selon le Met Office, cette sismicité n’a aucun lien avec une activité volcanique.

Les médias islandais informent également le public que le sol a recommencé à se soulever sur la péninsule de Reykjanes. L’inflation a été détectée au nord du mont Keilir et au sud du site de l’éruption du Fagradalsfjall.
Le sol autour du Fagradalsfjall a montré une déflation pendant l’éruption elle-même, très probablement parce que le magma quittait la chambre magmatique pour s’écouler en surface. D’après les mesures GPS, la déflation a commencé à s’atténuer fin août, puis à s’intensifier vers la mi-septembre. Elle est toutefois minime et n’atteint que un à deux centimètres maximum.
Selon les modèles du Met Office, l’accumulation de magma en profondeur est la cause la plus probable de l’inflation, bien que les scientifiques pensent également qu’elle peut être liée à l’activité sismique enregistrée pendant un mois au sud de Keilir à la fin septembre. Aucun mouvement de terrain laissant supposer que le magma se rapproche de la surface n’a été observé. Aucune coulée de lave n’a été observée sur le Fagradalsfjall depuis le 18 septembre. Des émissions de gaz en très faible quantité sont toujours détectées sur le site de l’éruption.

Le Center for Disease Control (CDC) aux États-Unis a élevé cette semaine l’Islande niveau 4, autrement dit à très haut risque, en raison du nombre élevé de cas de COVID-19 dans le pays. Le niveau 4 est attribué aux pays ayant enregistré plus de 500 cas pour 100 000 habitants au cours des 28 derniers jours.
La République tchèque, la Hongrie et Guernesey ont également été classées au niveau 4 dans le même temps. La Belgique, les Pays-Bas, Singapour, la Turquie et les îles Vierges font partie des 70 destinations dans le monde que le CDC considère comme étant à très haut risque en ce moment.
Le CDC conseille aux résidents américains de ne pas se rendre en Islande actuellement. Ils doivent entreprendre le voyage uniquement s’ils sont vaccinés (comme l’exige également l’Islande) et suivre les réglementations locales sur le port du masque et la distanciation sociale.

Sources: Iceland Monitor, Iceland Review.

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On November 17th, I indicated that, according to a news report published on November 16th, 2021, inflation had been detected deep under Fagradalsfjall mountain. This inflation suggests that an eruption might start again in Fagradalsfjall, but it remains impossible to know when such an eruption might start

Today, Icelandic news media inform us that an M 3.0 earthquake hit the Reykjanes peninsula, in the evening of November 17th . Its source was 3.5 km northeast of Grindavík. Some aftershocks were also recorded. In addition, a seismic swarm began on the same day near the Þrengsli area (southwest Iceland) with an event measuring M 3.3.

A Met Office says there is no reason for Grindavik residents to be too worried. The cause of the quakes is probably due to the tectonic plate boundary in the region, and seismic activity in the area is not at all uncommon. He adds there is no indication of a connection to any volcanic activity.

Icelandic news media also inform the public that land has started rising again on the Reykjanes peninsula. The uplift has been detected north of Mt. Keilir and south of the Fagradalsfjall eruption site.

The land around Fagradalsfjall fell during the eruption itself, most likely because of the magma streaming out of the chamber beneath the surface. According to GPS measurements, land fall began to subside at the end of August and then rise again around the middle of September. The uplift is, however, minimal: only one to two centimetres at the highest points.

According to the Met Office’s models, the magma accumulation deep within the earth is the most likely cause of the uplift, although scientists also believe that it is connected to a month-long wave of seismic activity that began at the southern end of Keilir at the end of September. No dislocation has been observed on the surface as of this time, which might mean that magma is getting closer to the surface. There has been no lava flow at Fagradalsfjall since September 18th. Gas emissions are still being detected at the eruption site, but only in very small quantities.

The United States’ Center for Disease Control (CDC) has just designated Iceland Level 4, or Very High Risk, for travellers this week, due to the nation’s high COVID-19 rates. Level 4 is a designation reserved for nations with more than 500 cases per 100,000 residents in the past 28 days.

The Czech Republic, Hungary, and Guernsey were also listed as Level 4 at the same time. Belgium, The Netherlands, Singapore, Turkey, and the US Virgin Islands are among the 70 destinations around the world that the CDC has designated as Very High Risk at this time.

The CDC advises US residents not to travel to Iceland at this time. Americans who do choose to travel to Iceland are advised only to do so if vaccinated (as required by Iceland as well) and to follow local regulations on mask wearing and social distancing.

Sources: Iceland Monitor, Iceland Review.

On n’observe qu’un faible dégazage sur le site de Fagradalsfjall.

Encore un mort sur la plage de Reynisfjara (Islande) // Another dead person on Reynisfjara beach (Iceland)

Les autorités islandaises ont beau mettre en garde en permanence contre les dangers de la plage de Reynisfjara ; elles ont beau installer des panneaux explicatifs rappelant le danger des vagues, des courants et autres lames de fond, rien n’y fait et des touristes perdent la vie chaque année sur cette plage de la côte sud de l’Islande.
Une jeune Chinoise a été emportée par les vagues de Reynisfjara le 10 novembre 2021. Son corps a été retrouvé plus tard dans l’après-midi. Trois autres femmes ont également été emportées par les vagues mais ont réussi à atteindre la terre ferme. L’hélicoptère des garde-côtes islandais a découvert le corps de la femme dans la mer au large de la côte de Reynisfjara.
Un guide local qui a été témoin du drame a déclaré qu’environ 150 à 200 personnes se trouvaient sur la plage de sable noir et que plusieurs d’entre elles se tenaient près de l’eau.
Ce n’est pas le premier accident mortel à Reynisfjara. Les autorités ont pris des mesures pour essayer d’empêcher de tels incidents. Le 17 février 2020, j’ai écrit une note intitulée « Reynisfjara (Islande) : La plage de tous les dangers « :
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2020/02/17/reynisfjara-islande-la-plage-de-tous-les-dangers-the-beach-of-all-dangers/

Des secouristes avaient déjà été appelés le 5 novembre 2021 après qu’un touriste, qui voyageait seul, s’était retrouvé coincé dans une grotte sur la plage de Reynisfjara. C’était la marée haute et le temps s’était détérioré depuis que l’homme avait commencé son voyage. Les conditions météorologiques étaient mauvaises lorsque les sauveteurs sont intervenus. Ils ont réussi à le localiser, et ont pu le contacté. Il était habillé chaudement et s’était réfugié dans un endroit sûr. Les sauveteurs ont décidé d’attendre le moment opportun qui s’est présenté peu avant 22 heures. Un secouriste a alors pu atteindre l’homme et le conduire dans un endroit plus sûr. L’homme a été piégé pendant cinq heures au total, mais il s’en est sorti indemne.
Source : Médias islandais.

La plage de Reynisfjara est un site superbe et très intéressant d’un point de vue géologique avec ses superbes colonnes de basalte. Il est fréquenté quotidiennement par des centaines de touristes, mais il suffit de regarder les vagues déferler sur la plage pour se rendre compte du danger. En juillet 2021, pendant que le photographiais le site, je gardais en permanence un oeil sur la mer et il n’était pas question pour moi d’aller tutoyer les vagues. Plusieurs panneaux mettent en garde et expliquent le danger des « rip currents » qui, si vous vous approchez trop près du littoral, risquent de vous attirer vers le large sans que vous puissiez leur résister. C’est comme si les trolls de Reynisfjara vous attiraient à jamais dans leur demeure…

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Even though Icelandic authorities publish warning after warning, even though they set up signposts warning about the danger of waves and rip currents, tourists die every year on this beach on Iceland’s south coast.

A young Chinese woman was swept out to sea by waves at Reynisfjara beach on November 10th, 2021 and was found dead later in the afternoon. Three other women were also swept off their feet by the waves but managed to reach land. The Icelandic Coast Guard’s helicopter discovered the woman’s body in the sea off the Reynisfjara coast.

A guide in Reynisfjara who witnessed the accident said that around 150-200 people were at the black sand beach, and that several people were standing close to the water.

This is not the first fatal accident at Reynisfjara, and authorities have taken steps to try to prevent such incidents. On Fevrier 17th, 2020, I wrote a post entitled « Reynisfjara (Iceland): The beach of all dangers: »

Reynisfjara (Islande): la plage de tous les dangers // The beach of all dangers

Rescue workers had already been called on November 5th, 2021 after a tourist, who was travelling alone, had become trapped in a cave on Reynisfjara beach. It was high tide, and the weather had worsened since the man began his trip. The weather conditions were poor when the rescuers intervened. They succeeded in locating him, and soon they contacted him. He was warmly dressed and in a safe place, so they decided to wait for a chance to get to where he was.” That opportunity suddenly presented itself shortly before 10 pm, when a rescue worker was able to reach his location and get him to a safe location. The man was trapped for a total of five hours, but escaped unharmed.

Source: Icelandic news media.

Reynisfjara beach is a superb site and very interesting from a geological point of view with its superb basalt columns. It is visited daily by hundreds of tourists, but you only have to look at the waves crashing on the beach to realize the danger. In July 2021, while photographing the site, I was constantly keeping an eye on the sea and there was no question for me to go familiar with the waves. Several signs warn and explain the danger of « rip currents » which, if you get too close to the coast, may draw you out to sea without you being able to resist them. It is as if the trolls of Reynisfjara pulled you to their home forever …

 
 
 

Photos : C. Grandpey