Mayotte redoute la submersion de ses côtes // Mayotte fears the submersion of its coasts

Comme je l’ai expliqué dans plusieurs notes sur ce blog, la sismicité qui a ébranlé l’île de Mayotte a déclenché une vague d’angoisse parmi les habitants. Aujourd’hui, le phénomène de fortes marées vient ajouter de l’inquiétude au sein d’une population déjà angoissée par le volcan sous-marin  et les essaims sismiques. C’est ainsi que le dernier week-end du mois d’août a vu la mer submerger une partie des routes du littoral de l’île. La psychose a de nouveau gagné les habitants et beaucoup se sont demandés ce qui se passait réellement.
A première vue, la montée des eaux à Mayotte n’a aucun lien avec le phénomène sismique et le volcan sous-marin. Il s’agit d’un phénomène qui revient chaque année à la même période à l’occasion des grandes marées. Pourtant, le phénomène s’amplifie et en 2019 la mer risque d’atteindre 4,15 mètres en septembre et 4,25 mètres en  octobre, ce qui est plus que d’habitude. Conjugués à l’enfoncement de l’île, au volcan sous-marin, sans oublier l’essaim sismique, les dangers sont bien réels. L’île de Mayotte s’est enfoncée de 15 à 20 cm en un an suite à l’évacuation du magma sur le plancher de l’océan. Les scientifiques expliquent que c’est considérable ; c’est comme si on avait fait un bon de 700 ans, et aujourd’hui les infrastructures ne sont plus exploitables comme elles étaient initialement prévues.

Se pose le problème de l’information et de la communication avec les habitants. La préfecture oublie systématiquement que 50% des gens ne lisent pas le français, 50% n’ont pas Internet, et qu’il faut donc aller dans les communes et dans les villages à la rencontre de la population pour informer sur ces phénomènes. Le maire de Mamoudzou explique qu’il faudrait expliquer ce qu’est un tsunami, comment ça se passe et ce qu’il faut faire si ça arrive.

Dans ce contexte, le député de Mayotte a interpellé la ministre des outre-mer et réclamé la mise en œuvre d’un plan de sauvegarde du littoral et d’un plan d’adaptation des infrastructures de transport et aéroportuaires de Mayotte. Il attend du gouvernement qu’il prenne la pleine mesure de la situation particulière de la montée des eaux sur l’île et qu’il envisage tous les investissements nécessaires.

C’est en 2020, qu’une « vigilance vague submersion » sera mise en œuvre. Pour le reste, il faut du temps à l’Etat et aux communes pour mettre en place les moyens nécessaires contre d’éventuels risques. On a vu qu’il a fallu un an pour que les scientifiques en provenance de métropole découvrent – avec une fanfaronnade bien inutile – la cause de la sismicité à Mayotte. On m’a expliqué qu’il faut du temps pour organiser une mission du Marion Dufresne et pour accomplir toutes les formalités administratives et techniques.  Pourtant, Mayotte est un département français et devrait être traité comme ses homologues de métropole… !

A noter que les prochaines missions du navire scientifique français à Mayotte (MAYOBS) sont prévues pour la première quinzaine de mai et la deuxième quinzaine de juillet 2020.

Source : Le Journal de Mayotte.

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As I explained in several posts on this blog, the seismicity that shook the island of Mayotte triggered a wave of anxiety among the inhabitants. Today, the phenomenon of high tides adds anxiety to a population already worried by the submarine volcano and the seismic swarms. During the last weekend of August, the sea submerged some of the coastal roads of the island. The inhabitants got anxious again and many wondered what was really happening.
At first glance, the rise of water in Mayotte has no connection with the seismic phenomenon and the submarine volcano. It happens every year at the same period during the very high tides. However, the phenomenon is increasing and in 2019 the sea is likely to reach 4.15 metres in September and 4.25 metres in October, which is more than usual. Combined with the sinking of the island, the submarine volcano, not to mention the seismic swarm, the dangers are very real. The island of Mayotte sank by 15 to 20 cm in one year following the evacuation of magma on the ocean floor. Scientists explain that it is considerable; it’s like making a leap of 700 years, and today the infrastructure is no longer usable as originally planned.
There is the problem of information and communication with the inhabitants. The prefecture systematically forgets that 50% of people can’t read French, 50% do not have Internet, and that it is therefore necessary to go to the towns and villages to meet the population to inform about these phenomena. The Mayor of Mamoudzou explains that we should explain what a tsunami is, and what to do if it happens.
In this context, the Mayotte MP asked the Overseas Minister for the implementation of a coastal protection plan and an adaptation plan for transport and airport infrastructure in Mayotte. He expects the government to take full measure of the particular situation of rising water on the island and consider all the necessary investments.
A « wave submersion plan » will be implemented in 2020. The problem is that it takes time for the state and municipalities to implement the necessary means against possible risks. We have seen that it took French scientists a year to discover – with a useless boastfulness – the cause of seismicity in Mayotte. I was explained that it takes time to organize a Marion Dufresne mission and to complete all the administrative and technical red tape. Yet, Mayotte is a French department and should be treated like its counterparts on the continent …!
The next missions of the French scientific ship in Mayotte (MAYOBS) are scheduled for the first half of May and the second half of July 2020.
Source: Le Journal de Mayotte.

Localisation du volcan sous-marin et de la source de la sismicité à Mayotte (Google Maps)

Quatre bonnes adresses sur l’Ile de la Réunion: 3) Un vol en ULM avec PLANETAIR 974

Basée à l’aéroport de Pierrefond, pas très loin de Saint Pierre, la compagnie Planetair 974 propose des survols de l’île de la Réunion à bord d’ULM, appareils dotés de moteurs de 100 CV et qui ressemblent à de petits avions. Il y a plusieurs avantages par rapport à un survol en hélicoptère: les vols sont beaucoup moins onéreux (moitié prix) et on voyage en solo avec les pilotes qui sont particulièrement sympathiques et compétents chez Planetair 974. Il est vrai que l’on a affaire à d’anciens pilotes de chasse de l’armée de l’air. Les ULM sont en parfait état et la sécurité est le maître mot dans cette agence. Plusieurs formules sont proposées. J’avais personnellement opté pour un survol du Piton de la Fournaise et des trois cirques. Bruno a tout de suite compris mon attirance pour les volcans et en a rajouté un peu lors du survol du volcan. Quand je vous disais qu’ils sont très sympa…!

Vous trouverez tous les renseignements à cette adresse :

www.planetair974.fr

Voici quelques images glanées au cours de ce périple d’une heure au-dessus de la Réunion…

Photos: C. Grandpey

Des nouvelles du volcan sous-marin de Mayotte // Some news of Mayotte’s submarine volcano

Une activité sismique affecte l’île de Mayotte depuis le début du mois de mai 2018. Depuis le mois de juillet  2018, l’activité sismique a diminué mais une sismicité persiste, avec des événements parfois ressentis par la population. Les données fournies par les stations GPS installées sur l’île de Mayotte indiquent toujours depuis le mois de juillet 2018 un déplacement d’ensemble vers l’est (d’environ 20 cm depuis juillet 2018) et une subsidence d’environ 7-15 cm selon les sites au cours de cette même période.

Une première campagne de mesures océanographiques (MAYOBS 1) à bord du Marion Dufresne du 2 au 18 mai 2019 a permis une découverte majeure avec la naissance d’un nouveau volcan sous-marin à l’Est de Mayotte. Une deuxième campagne (MAYOBS 2) a été organisée du 11 au 17 juin 2019. Le but de cette nouvelle mission était de poursuivre les acquisitions de données suite aux récentes découvertes de la précédente, en procédant notamment à une nouvelle récupération et au redéploiement des sismomètres de fond de mer, à une nouvelle bathymétrie et à la mesure de la réflectivité sur les zones cartographiées au cours de MAYOBS 1, dans le but de détecter de possibles évolutions des reliefs sous-marins.

L’analyse de données sismiques réalisée à bord confirme une localisation toujours relativement profonde des séismes (entre 25 et 50km de profondeur), avec un essaim principal à environ 10 km à l’est de Petite-Terre. Les levés bathymétriques réalisés au-dessus du nouveau volcan ont montré que sa taille n’avait pas évolué depuis la campagne MAYOBS 1. En outre, au sud de ce volcan, un nouveau relief a été identifié. Cette nouvelle zone d’activité volcanique s’étend sur une surface couvrant 8,71 km², et sa hauteur varie de 25 à 75 mètres. Ce vaste épanchement représente un volume de 0,2 km3, suffisant pour recouvrir une ville de la taille de Paris d’une couche de 2 mètres de matière en fusion. Il ne figurait pas sur les relevés qui avaient été effectués quatre semaines auparavant ; cela implique qu’il soit apparu entre-temps, et cela donne une idée de l’ampleur du phénomène volcanique, qui focalise aujourd’hui l’attention des chercheurs.

Que ce soit sur la zone de l’essaim principal ou du volcan, les nouveaux levés ont confirmé la présence de panaches visibles dans les colonnes d’eau mais n’atteignant pas la surface.

Source : OVPF, IPGP.

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Seismic activity has affected the island of Mayotte since the beginning of May 2018. Since July 2018, this seismic activity has decreased but still persists, with events sometimes felt by the population. The data provided by the GPS stations installed on the island of Mayotte have indicated since July 2018 a total displacement to the east (about 20 cm since July 2018) and a subsidence of about 7-15 cm according to the sites during this same period.
A first campaign of oceanographic measurements (MAYOBS 1) aboard the Marion Dufresne from May 2nd  to 18th, 2019, led to a major discovery with the birth of a new submarine volcano east of Mayotte. A second campaign (MAYOBS 2) was organized from June 11th to 17th, 2019. The purpose of this new mission was to continue the data acquisition following the recent discoveries of the previous one, including the recovery and the redeployment of seismometers on the seabed, a new bathymetry and the measurement of the reflectivity on the areas mapped during MAYOBS 1, in order to detect possible evolutions of the submarine reliefs.
The analysis of seismic data carried on board confirms the relatively deep location of earthquakes (between 25 and 50 km deep), with a main swarm about 10km east of Petite-Terre. The bathymetric surveys carried out above the new volcano have shown that its size has not changed since the MAYOBS 1 campaign. In addition, south of this volcano, a new relief has been identified. This new area of ​​volcanic activity extends over 8.71 km², and its height varies from 25 to 75 metres. This large effusion represents a volume of 0.2 km3, sufficient to cover a city the size of Paris with a layer of 2 metres of molten material. This area was not on the surveys that had been done four weeks ago; this implies that it has appeared in the meantime, and this gives an idea of ​​the magnitude of the volcanic phenomenon, which is now attracting the attention of researchers.
Whether in the area of ​​the main swarm or the volcano, the new surveys confirmed the presence of plumes visible in the water columns but not reaching the surface.
Source: OVPF, IPGP.

Le glacier Pichillancahue (Volcan Villarrica / Chili) // Pichillancahue glacier (Villarrica Volcano / Chile)

Le Villarrica est le volcan le plus actif du sud Chili. Vous pourrez voir ci-dessous deux images du volcan acquises par le système Advanced Land Imager sur le satellite EO-1 de la NASA les 22 février et 5 mars 2015, avant et après l’épisode éruptif du 3 mars. Le Villarrica,  stratovolcan qui culmine à  2 582 mètres, est habituellement recouvert de glaciers sur une surface de 30 kilomètres carrés. Le 3 mars 2015, l’éruption a envoyé un panache avec des retombées de cendre sur le glacier Pichillancahue, sur les flancs N et E du volcan, où de petits lahars ont été observés par la suite dans ravines. Les pentes occidentales du Villarrica sont parcourues d’innombrables ravines empruntées par la lave et les lahars. Plus loin, le volcan est entouré de forêts; la région est un parc national.
Au cours des récentes éruptions, les coulées de lave ont fait fondre les glaciers et ont généré des lahars qui se sont déplacés à une vitesse de 30 à 40 km / heure en direction du Lago Villarrica et du Lago Calafquéen (en bas à gauche).

A côté des éruptions, le changement climatique affecte aussi les glaciers du sud Chili. Ainsi, les mesures sur le terrain ont montré que le front du glacier Pichillancahue sur le Villarrica a reculé de 500 mètres depuis 2002.

Le Villarrica n’est pas une exception. La plupart des glaciers du sud Chili ont reculé et ont perdu de leur volume au cours des dernières décennies en raison du réchauffement de la planète et de la diminution des précipitations. Cependant, les fluctuations de certains glaciers sont directement associées à l’activité effusive et géothermale car ils se trouvent sur des volcans actifs largement répandus dans la région. Afin d’analyser ces effets, un programme d’études glaciologiques et géologiques a été réalisé sur le Villarrica.
Entre 1961 et 2004, on a observé une perte de glace de 0,81 ± 0,45 m par an et la réduction annuelle de la surface du glacier Pichillancahue a atteint 0,090 ± 0,034 km² entre 1976 et 2005. L’épaisseur de la glace a également été mesurée, avec un maximum de 195 mètres La structure interne de la glace présentait une certaine complexité en raison de la présence de couches de cendres et de pierre ponce intra et supraglaciaires, réduisant la capacité de réflexion du sol. La glace atteint un volume d’eau équivalent à 4,2 ± 1,8 km³, ce qui est beaucoup plus faible et plus précis que les estimations précédentes. Ces estimations permettront de mieux apprécier le risque de lahar sur le Villarrica..

Source : NASA, Proyecto Observación Volcán Villarrica (POV).

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Villarrica is the most active volcano of South Chile. It is pictured here below in two images acquired by the Advanced Land Imager on NASA’s EO-1 satellite on February 22nd and March 5th, 2015. The 2,582-metre stratovolcano is usually mantled by a 30-square-kilometre glacier field, most of it amassed south and east of the summit in a basin made by a caldera depression.The 3 March 2015 eruption sent a plume which spread ash on the Pichillancahue  glacier around the N and E flanks of the volcano where small lahars were later observed in drainages. The western slopes of Villarrica are streaked with innumerable gullies, the paths of lava and lahars. Farther away, the volcano is surrounded by forests; the area is a national park.

During the recent eruptions, lava flows melted glaciers and generated lahars that spread at speeds of 30–40 kilometres per hour toward Lago Villarrica and toward Lago Calafquéen (lower left).

In addition to the eruptions, climate change also affects glaciers in southern Chile. Thus, field measurements have shown that the Pichillancahue glacier front on Villarrica has retreated by 500 metres since 2002.
Villarrica is no exception. Most glaciers in southern Chile have retreated and lost volume in recent decades as a result of global warming and reduced precipitation. However, fluctuations in some glaciers are directly associated with effusive and geothermal activity which occur on active volcanoes that are widespread in the region. In order to analyze these effects, a program of glaciological and geological studies was carried out on Villarrica.
Between 1961 and 2004, an ice loss of 0.81 ± 0.45 metres per year was observed and the annual reduction in Pichillancahuay glacier surface area was 0.090 ± 0.034 km² between 1976 and 2005. The thickness of the ice was also measured, with a maximum of 195 meters The internal structure of the ice had a certain complexity because of the presence of layers of ash and pumice, reducing the capacity of reflection of the soil. Ice reaches a volume of water equivalent to 4.2 ± 1.8 km³, which is much smaller and more accurate than previous estimates. The latest estimates will help to better assess the risk of lahar on Villarrica.
Source: NASA, Proyecto Observación Volcan Villarrica (POV).

Le Villarrica avant et après l’éruption du 3 mars 2015 (Crédit photo : NASA)

Les limites du glacier Pichillancahue-Turbio sont indiquées en noir (2005) et en pointillé (1976).

Photos illustrant le recul glaciaire sur le Villarrica (Source : POV)