Les radeaux de pierre ponce peuvent être une nuisance // Pumice rafts can be a nuisance

Dans ma dernière note résumant l’activité volcanique dans le monde. Je faisais état d’importants radeaux de pierre ponce émis pendant l’éruption de Titan Ridge dans la Mer de Bismarck, au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Source : NASA

Ces radeaux s’échouent sur les côtes des îles de l’Amirauté au nord-ouest, rendant parfois l’accès par bateau difficile, voire impossible. Les habitants ont signalé des perturbations au niveau de la pêche, des marchés, de l’accès aux soins de santé et des pénuries potentielles de nourriture et d’eau douce car la pierre ponce a atteint les villages côtiers de l’île Manus. Par ailleurs, ces radeaux de ponce endommagent les récifs et les herbiers, provoquant la mort des poissons.

https://youtu.be/j0DuVaodXH0

°°°°°°°°°°

Ce n’est pas la première fois que des radeaux de pierre ponce posent des problèmes. En juillet 2012, le volcan sous-marin Havre Seamount dans les îles Kermadec, à environ 800 km au nord de la Nouvelle-Zélande, est entré en éruption à une profondeur de 700 mètres et il a vomi d’importantes quantités de pierre ponce qui ont formé un radeau de la taille de la Belgique.


Source : presse internationale

Après avoir été ballotté pendant un an par les vents et les marées, ce radeau de pierre ponce géant s’est divisé en milliers de petits morceaux qui, dans les derniers jours du mois d’août 2013, ont commencé à s’échouer sur des îles à 14 miles nautiques de Port Douglas dans le Queensland du nord (Australie) et à environ 4000 km du site de l’éruption.
Certains de ces morceaux de ponce étaient très gros, de la taille d’une tête d’homme, et en y regardant mieux on peut voir qu’ils hébergent une abondante vie marine avec des balanes, des mollusques, des anémones, différents types de vers, des hydroïdes et des crabes. Les scientifiques évoquaient le risque de parasites marins.

À l’époque de l’éruption du Havre Seamount en 2012, un article intitulé « On the fate of pumice rafts formed during the 2012 Havre submarine eruption » publié dans la revue Nature Communications révélait qu’une technique a été mise au point par des chercheurs du Centre d’Océanographie et de l’Université de Southampton afin de mieux prévoir la trajectoire et le mode de dispersion de grands bancs de pierre ponce générés par des éruptions volcaniques en mer.
Ces grandes accumulations de pierre ponce peuvent affecter une superficie considérable de l’océan, endommager les navires et perturber les routes de navigation pendant des mois, voire des années. La capacité à prévoir où ces radeaux finiront leur course pourrait donner suffisamment de temps pour mettre en place des mesures de protection sur les routes de navigation ainsi que dans les ports où la présence de la pierre ponce n’est pas sans risque.

En utilisant un modèle haute résolution de la circulation océanique globale, les scientifiques de Southampton ont simulé la trajectoire dérivante du banc de ponce de 400 kilomètres carrés en provenance du Havre Seamount. Ils ont ensuite comparé ces résultats avec les images fournies par les satellites et avec les observations directes des équipages des navires. Ils ont finalement prouvé qu’ils pouvaient reproduire avec précision la trajectoire d’un banc de ponce à la surface de l’océan en utilisant cette méthode.
Dans la conclusion de l’étude, les chercheurs expliquaient que cette technique pourrait être utilisée pour prévoir la trajectoire et le mode de dispersion de bancs de ponce potentiellement dangereux émis lors de futures éruptions.

De toute évidence, les conclusions de cette étude n’ont pas été mises en pratique lors de l’éruption de Titan Ridge… !

Source: presse australienne.

———————————————-

In my last post summarizing global volcanic activity, I mentioned the large rafts of pumice emitted during the eruption of Titan Ridge in the Bismarck Sea, off the coast of Papua New Guinea. These rafts are washing up on the shores of the Admiralty Islands in the northwest, sometimes making access by boat difficult or even impossible. Residents have reported disruptions to fishing, markets, access to healthcare, and potential shortages of food and fresh water as the pumice has reached coastal villages on Manus Island. Furthermore, these pumice rafts are damaging reefs and seagrass beds, causing fish deaths.

https://youtu.be/j0DuVaodXH0

°°°°°°°°°°

This is not the first time that pumice rafts have caused problems. In July 2012, the Havre Seamount underwater volcano in the Kermadec Islands, about 800 km north of New Zealand, erupted at a depth of 700 meters, spewing out large quantities of pumice that formed a raft the size of Belgium.
After being tossed about for a year by winds and tides, this giant pumice raft broke into thousands of smaller pieces which, in the last days of August 2013, began washing up on islands 14 nautical miles from Port Douglas in Northern Queensland, Australia, and about 4,000 km from the eruption site.
Some of these pumice fragments were very large, the size of a man’s head, and upon closer inspection, they could be seen to harbor abundant marine life, including barnacles, mollusks, anemones, various types of worms, hydroids, and crabs. Scientists raised concerns about the risk of marine pests.

At the time of the 2012 Havre Seamount eruption, an article entitled « On the fate of pumice rafts formed during the 2012 Havre submarine eruption, » published in the journal Nature Communications, revealed that a technique had been developed by researchers at the Centre for Oceanography and the University of Southampton to better predict the trajectory and dispersal of large pumice rafts generated by volcanic eruptions at sea. These large accumulations of pumice can affect a considerable area of the ocean, damage ships, and disrupt shipping lanes for months or even years. The ability to predict where these rafts will end up could provide sufficient time to implement protective measures on shipping lanes and in ports where the presence of pumice poses a risk.
Using a high-resolution model of global ocean circulation, scientists in Southampton simulated the drifting trajectory of a 400-square-kilometer pumice bank originating from the Havre Seamount. They then compared these results with satellite imagery and direct observations from ship crews. They ultimately proved that they could accurately reproduce the trajectory of a pumice bank on the ocean surface using this method.
In the study’s conclusion, the researchers explained that this technique could be used to predict the trajectory and dispersal pattern of potentially hazardous pumice banks released during future eruptions.
Clearly, the findings of this study were not put into practice during the Titan Ridge eruption…!
Source: Australian press.

Nouvelles découvertes à Pompéi (Italie) // New discoveries in Pompeii (Italy)

La Région IX est une zone du site de Pompéi où les fouilles sont particulièrement actives. Au départ, elles ont été lancées pour empêcher l’effondrement du périmètre extérieur. Elles ont récemment fourni certaines des découvertes les plus importantes jamais faites dans la ville antique. Les archéologues ont découvert une pléthore de bâtiments et d’objets anciens, notamment une boulangerie, une maison en cours de rénovation et des pièces décorées de belles fresques.

 Carte des fouilles archéologiques de Pompéi, avec la Région IX au centre (extrait de la brochure fournie par le Parc aux visiteurs)

Les restes des squelettes d’un homme et d’une femme viennent également d’être mis au jour dans la région IX, ainsi qu’un coffret contenant des pièces de monnaie et des bijoux précieux. Grâce à cette dernière découverte on obtient plus de détails sur ce qu’était la vie dans la ville avant l’éruption d’octobre 79. Les corps ont été retrouvés dans une petite chambre qui servait de lieu de couchage temporaire pendant que le reste de la maison était en rénovation.

La femme a été retrouvée sur le lit. Elle teneit, serré entre ses mains, un petit coffret contenant des pièces d’or, d’argent et de bronze, ainsi que des boucles d’oreilles en or avec des perles.

Crédit photo : Parc archéologique de Pompéi

Les archéologues pensent que les deux personnes ont choisi la pièce comme refuge, en attendant la fin des retombées de pierre ponce qui, depuis des heures, remplissait progressivement les espaces ouverts dans le reste de la maison. La porte étant fermée, la pièce n’a pas été envahie par la pierre ponce, mais le couple est resté coincé à l’intérieur. Leur mort a été causée par la coulée pyroclastique qui a enseveli leur demeure et ne leur a laissé aucune chance de survie.
La pièce contenait un lit en bois, un tabouret, un coffre et une table recouverte de marbre. Elle était située près de la salle du Sanctuaire (sacrarium) Bleu qui a été mise au jour en juin de cette année, et à côté du grand salon décoré de fresques. Les archéologues ont également trouvé des objets en bronze, en verre et en céramique encore en place sur la table. Un grand candélabre en bronze a été trouvé sur le sol.

 Salle du Sanctuaire Bleu (Crédit photo : Parc archéologique de Pompéi)

Selon le directeur du Parc archéologique de Pompéi, « la possibilité d’analyser les précieuses données anthropologiques relatives aux deux victimes retrouvées dans le contexte archéologique qui a marqué leur fin tragique, nous permet de récupérer une quantité considérable d’informations sur la vie quotidienne des Pompéiens et sur les micro-histoires de certains d’entre eux, avec une documentation précise qui confirme le caractère unique du territoire vésuvien ». Il a ajouté : « Les fouilles sont un travail dans lequel archéologues, anthropologues et volcanologues travaillent ensemble pour reconstituer les derniers moments de la vie d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont péri lors d’une des plus grandes catastrophes naturelles de l’Antiquité ».
Source : Médias d’information internationaux, Parc Archéologique de Pompéi.

——————————————————-

Region IX is an area of Pompeii were excavations are very active. They were initially started to prevent the outer perimeter of the site from collapsing. They have recently provided some of the most important discoveries ever made in the ancient city. Archeologists have uncovered a plethora of ancient buildings and artifacts, including a bakery, a home renovation and rooms decorated with elaborate drawings.

The skeletal remains of a man and a woman have also been unearthed in Region IX, along with a cache of coins and precious jewelry. The latest discovery adds more detail to the picture of what life was like in the city before the eruption in 79A.D. The bodies were found in a small bedroom that was used as a temporary sleeping space while the large home was undergoing renovation.

The woman was found on the bed. Clutched in her hands was a small cache of gold, silver and bronze coins, as well as gold and pearl earrings.

Archeologists explain that the room was chosen as a refuge by the two people, while waiting for the end of the fall of pumice that had been gradually filling the open spaces for hours in the rest of the house. Because the door was closed, the room remained free of pumice, but the couple were trapped inside. Their deaths were caused by the pyroclastic flow that buried them.

The room contained a wooden bed, stool, chest and marble topped tableIt was located near the Blue Shrine room which was unearthed in June of this year, and next to the large living area decorated with frescoes. Archeologists also found bronze, glass and ceramic objects still in place on the table. A large bronze candelabrum was found on the floor.

According to the director of the Archeological Park of Pompeii,“the opportunity to analyze the invaluable anthropological data relating to the two victims found within the archeological context that marked their tragic end, allows us to recover a considerable amount of information about the daily life of the ancient Pompeiians and the micro-histories of some of them, with precise and timely documentation, confirming the uniqueness of the Vesuvian territory.” He added : “The excavations are a work in which archaeologists, anthropologists and volcanologists work together to reconstruct the last moments of the lives of men, women and children who perished during one of the greatest natural catastrophes of antiquity.”

Source : International news media, Archeological Park of Pompeii.

Les nuages de cendre du Novarupta (Alaska) // Ash clouds from Novarupta (Alasla)

En Alaska, l’éruption de Novarupta a été la plus puissante du 20ème siècle et se classe parmi les plus importantes de l’histoire. L’événement, qui a duré trois jours, a commencé le 6 juin 1912 et a envoyé des cendres jusqu’à 30 000 mètres au-dessus de la région du Katmai, à environ 400 kilomètres au sud-ouest d’Anchorage. On estime que l’éruption a produit 15 kilomètres cubes de matériaux, soit 30 fois plus que le mont St. Helens en 1980. La pierre ponce a recouvert une zone baptisée Vallée des Dix Mille Fumées, avec une couche pouvant atteindre par endroits 180 mètres d’épaisseur.
Bien que l’éruption soit terminée et que Novarupta n’ait montré aucun signe de réveil, la cendre cause toujours des problèmes dans la région. Un bulletin d’alerte a été émis à la mi-novembre, signalant qu’un nuage de cendre se dirigeait vers l’île de Kodiak. L’île a une population d’environ 13000 habitants et abrite une grande base de la garde côtière américaine. Elle est accessible uniquement par avion et par ferry. La pêche est la principale activité.

Les retombées de cendres à Kodiak était dues à de forts vents du nord-ouest qui ont balayé la Vallée des Dix Mille Fumées; ils ont soulevé les nuages de cendre et les ont emportés jusqu’à l’île qui se trouve à 160 kilomètres de distance. Une alerte à destination de l’aviation a été émise. Les scientifiques ont estimé toutefois que le nuage ne dépasserait pas 2 100 mètres d’altitude.
Des vents violents et des conditions sèches et sans neige produisent ces nuages de cendres par intermittence, mais il n’y a pas d’éruption dans la région. L’Alaska Volcano Observatory indique que les sept volcans du Katmai, y compris le Novarupta, restent au niveau d’alerte le plus bas.
Source: Médias américains.

————————————-

In Alaska, the Novarupta eruption was the most powerful of the 20th century and ranks among the largest in recorded history. The three-day event began on June 6th, 1912, and sent ash as high as 30,000 meters above the Katmai region, about 400 kilometers southwest of Anchorage. It is estimated that the eruption produced 15 cubic kilometers of material, about 30 times what spewed from Mount St. Helens in 1980.The ash was deposited in the Valley of Ten Thousand Smokes, with layers of pumice as high ass180 meters.

Although the eruption is over and Novarupta has shown no other signs of life, the ash is still causing problems to the region. A warning was issued by mid-November that a cloud of ash was headed toward Kodiak Island. The island has a population of about 13,000 and is home to a large U.S. Coast Guard base. It is accessible only by airplane and ferry boats. The fishing industry is the predominant business on the mountainous island. The ashfall in Kodiak was due to strong northwesterly winds in the Valley of Ten Thousand Smokes; they kicked up the loose volcano ash in the Valley and carried it away as far as the island which is located 160 kilometers away. An aviation alert was issued to aircraft. Scientists estimated the cloud would not go above 2,100 meters.

High winds and dry, snow-free conditions produce these ash clouds intermittently, but there is no eruption. The Alaska Volcano Observatory indicates that all seven of the volcanos in the Katmai area, including Novarupta, remain at the lowest level of green, or normal.

La Vallée des 10 000 Fumées, avec ses falaises de ponce est l’un des endroits les plus extraordinaires que j’ai visités. Sans oublier les ours qui fréquentent la région. Le voyage vers le Katmai est déjà une aventure en soi… (Photos : C. Grandpey)

La pierre ponce menace le bon fonctionnement des centrales nucléaires au Japon // Pumice threatens the good operation of nuclear plants in Japan

Dans une note publiée sur ce blog le 13 août 2021, j’expliquais qu’une éruption avait début le 12 de ce mois sur le Fukutoku-Oka-no-ba, un édifice sous-marin situé à 5 km au NE de l’île de Minami-Ioto. Selon le VAAC de Tokyo, le panache de cendre montait jusqu’à 16,4 km au-dessus du niveau de la mer et se dirigeait vers le SSO en direction des Philippines. Les autorités japonaises affirment que c’est l’une des plus importanres éruptions depuis 1945. Le volcan a émis un volume de ponce et de cendre estimé à 100 millions de mètres cubes.

Les autorités japonaises s’inquiètent aujourd’hui des conséquences de cette éruption. Des bancs de pierre ponce produits par l’éruption du mois d’août se sont échoués sur le rivage de l’île principale de la préfecture d’Okinawa et dans d’autres secteurs, affectant la pêche et les opérations maritimes. Les bancs de ponce sont également signalés dans la préfecture de Kagoshima. Le 27 octobre, un membre de l’Autorité de régulation nucléaire a expliqué que la pierre ponce pourrait affecter la prise d’eau utilisée dans les centrales nucléaires pour le refroidissement des réacteurs.
Des bancs de pierre ponce auraient commencé à s’échouer sur l’île de Kita-Daitojhima début octobre et auraient également été confirmées dans tout l’archipel d’Okinawa.
Le gouvernement japonais a déclaré qu’environ 10 tonnes de pierre ponce étaient évacuées chaque jour dans le port de pêche de Hentona, dans le village de Kunigami, mais les pierres continuent à s’échouer sans arrêt sur le rivage. Environ 750 bateaux de pêche n’ont pas pu quitter le port en raison des risques pour les moteurs des embarcations.
Les bancs de pierre ponce dérivent au gré des courants. Certains d’entre eux se sont échoués sur les rivages de la préfecture d’Okinawa. D’autres pourraient être transportés vers le nord par le courant Kuroshivo et affecter davantage de zones.
Les responsables de l’Autorité de régulation nucléaire ont déclaré que l’un des moyens les plus efficaces pour se débarrasser de la pierre ponce est celui utilisé pour éliminer les méduses quand elles deviennent envahissantes. L’installation de clôtures devant les prises d’eau est également efficace. .
Source : The Japan Times, The Watchers.

————————————-

In a post published on this blog on August 13th, 2021, I explained that an eruption had started on August 12th at Fukutoku-Oka-no-ba, an underwater volcano located 5 km NE of Minami-Ioto Island. According to the Tokyo VAAC, the ash plume rose to 16.4 km above sea level and was heading SSW toward the Philippines. Japanese authorities said it was one of the largest among all land and sea eruption in Japan since 1945. The estimated volume of ejected pumice and ash was at least 100 million cubic meters.

Japanese authorities today worry about the consequences of this eruption. A large number of pumice stones produced by the August eruption have washed ashore on the main island of Okinawa Prefecture and other places, affecting fisheries and ship operations. The pumice is also being reported in the Kagoshima Prefecture. On October 27th, a member of the Nuclear Regulation Authority warned that the pumice might affect the intake of water used for cooling nuclear reactors.

Pumice stones are said to have begun washing ashore on Kita-Daitojhima island in early October and have been confirmed throughout Okinawa Island as well.

The government said about 10 tons of pumice have been removed every day at the fishing port of Hentona in the village of Kunigami, but the stones are said to have continued washing ashore at the port seemingly endlessly. About 750 fishing boats have been unable to leave the port due to concerns about engine trouble.

The pumice stones are swept away mainly by the currents. Some of them have washed ashore in Okinawa Prefecture. Others may be carried northward by the Kuroshivo current and affect more areas.

Officials of the Nuclear Regulation Authority said one of the effective ways to get rid of pumice is the measure being taken at each plant to remove jellyfish in the event of a plague. They also say installing fences in front of the water intake equipment can work.

Source: The Japan Times, The Watchers.

Image satellitaire du panache éruptif (Source: NASA/NOAA)

Source: Japan Coast Guard