La pierre ponce menace le bon fonctionnement des centrales nucléaires au Japon // Pumice threatens the good operation of nuclear plants in Japan

Dans une note publiée sur ce blog le 13 août 2021, j’expliquais qu’une éruption avait début le 12 de ce mois sur le Fukutoku-Oka-no-ba, un édifice sous-marin situé à 5 km au NE de l’île de Minami-Ioto. Selon le VAAC de Tokyo, le panache de cendre montait jusqu’à 16,4 km au-dessus du niveau de la mer et se dirigeait vers le SSO en direction des Philippines. Les autorités japonaises affirment que c’est l’une des plus importanres éruptions depuis 1945. Le volcan a émis un volume de ponce et de cendre estimé à 100 millions de mètres cubes.

Les autorités japonaises s’inquiètent aujourd’hui des conséquences de cette éruption. Des bancs de pierre ponce produits par l’éruption du mois d’août se sont échoués sur le rivage de l’île principale de la préfecture d’Okinawa et dans d’autres secteurs, affectant la pêche et les opérations maritimes. Les bancs de ponce sont également signalés dans la préfecture de Kagoshima. Le 27 octobre, un membre de l’Autorité de régulation nucléaire a expliqué que la pierre ponce pourrait affecter la prise d’eau utilisée dans les centrales nucléaires pour le refroidissement des réacteurs.
Des bancs de pierre ponce auraient commencé à s’échouer sur l’île de Kita-Daitojhima début octobre et auraient également été confirmées dans tout l’archipel d’Okinawa.
Le gouvernement japonais a déclaré qu’environ 10 tonnes de pierre ponce étaient évacuées chaque jour dans le port de pêche de Hentona, dans le village de Kunigami, mais les pierres continuent à s’échouer sans arrêt sur le rivage. Environ 750 bateaux de pêche n’ont pas pu quitter le port en raison des risques pour les moteurs des embarcations.
Les bancs de pierre ponce dérivent au gré des courants. Certains d’entre eux se sont échoués sur les rivages de la préfecture d’Okinawa. D’autres pourraient être transportés vers le nord par le courant Kuroshivo et affecter davantage de zones.
Les responsables de l’Autorité de régulation nucléaire ont déclaré que l’un des moyens les plus efficaces pour se débarrasser de la pierre ponce est celui utilisé pour éliminer les méduses quand elles deviennent envahissantes. L’installation de clôtures devant les prises d’eau est également efficace. .
Source : The Japan Times, The Watchers.

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In a post published on this blog on August 13th, 2021, I explained that an eruption had started on August 12th at Fukutoku-Oka-no-ba, an underwater volcano located 5 km NE of Minami-Ioto Island. According to the Tokyo VAAC, the ash plume rose to 16.4 km above sea level and was heading SSW toward the Philippines. Japanese authorities said it was one of the largest among all land and sea eruption in Japan since 1945. The estimated volume of ejected pumice and ash was at least 100 million cubic meters.

Japanese authorities today worry about the consequences of this eruption. A large number of pumice stones produced by the August eruption have washed ashore on the main island of Okinawa Prefecture and other places, affecting fisheries and ship operations. The pumice is also being reported in the Kagoshima Prefecture. On October 27th, a member of the Nuclear Regulation Authority warned that the pumice might affect the intake of water used for cooling nuclear reactors.

Pumice stones are said to have begun washing ashore on Kita-Daitojhima island in early October and have been confirmed throughout Okinawa Island as well.

The government said about 10 tons of pumice have been removed every day at the fishing port of Hentona in the village of Kunigami, but the stones are said to have continued washing ashore at the port seemingly endlessly. About 750 fishing boats have been unable to leave the port due to concerns about engine trouble.

The pumice stones are swept away mainly by the currents. Some of them have washed ashore in Okinawa Prefecture. Others may be carried northward by the Kuroshivo current and affect more areas.

Officials of the Nuclear Regulation Authority said one of the effective ways to get rid of pumice is the measure being taken at each plant to remove jellyfish in the event of a plague. They also say installing fences in front of the water intake equipment can work.

Source: The Japan Times, The Watchers.

Image satellitaire du panache éruptif (Source: NASA/NOAA)

Source: Japan Coast Guard

France: Sécheresse et centrales nucléaires

Cet été, la sécheresse a affecté de nombreux départements et les températures du début d’automne n’ont pas arrangé la situation. De toute évidence, les médias ont pour consigne de ne pas affoler la population, mais il faut bien se rendre à l’évidence : la situation est sérieuse.  Les médias en parlent peu, mais les épisodes de sécheresse, susceptibles de se multiplier dans les prochaines années, risquent fort d’impacter le fonctionnement des centrales nucléaires dont les besoins en eau sont considérables.

Une centrale nucléaire a besoin d’eau en permanence pour évacuer la chaleur produite par la réaction nucléaire, et ce même à l’arrêt. En bord de mer ou sur les cours d’eau à fort débit, les centrales fonctionnent en circuit « ouvert » : chaque réacteur prélève près de 50 mètres cubes par seconde pour ses besoins en refroidissement. L’eau est ensuite rejetée à une température plus élevée.

Sur les cours d’eau où le débit est plus faible, les centrales nucléaires fonctionnent en circuit dit « fermé » : chaque réacteur pompe près de 2 à 3 mètres cubes par seconde dont une partie est ensuite évaporée dans les tours de refroidissement d’où s’échappe un panache blanc caractéristique ; le reste est ensuite rejeté.

Le fonctionnement des centrales nucléaires en été exige un débit suffisant, d’où certains arrangements pour conserver suffisamment d’eau dans les fleuves. J’habite en Limousin où la Vienne – qui prend sa source sur le Plateau de Millevaches – refroidit en aval la centrale de Civaux. On a l’habitude de dire que mille vaches alimentent six veaux ! Il faut savoir qu’en cas de sécheresse, EDF prélève de l’eau sur le lac de Vassivière, situé sur le Plateau, pour que la Vienne continue à refroidir la centrale de Civaux. Entre début juillet et aujourd’hui, EDF a utilisé plus de 50 % des réserves d’eau des retenues du Thaurion et de la Maulde pour soutenir le débit de la Vienne. En effet, le département de la Haute-Vienne a connu un déficit pluviométrique de 60 % par rapport à la normale en août, avec une pointe à 74 % en septembre. Cette sécheresse, associée à des températures chaudes (supérieures de 2.4° C à la normale) a eu un impact sur l’écoulement des cours d’eau.

Les rejets d’eau chaude des centrales nucléaires ne font pas le bonheur des milieux aquatiques. Ces rejets thermiques agissent comme une barrière qui réduit considérablement les chances de survie des poissons grands migrateurs comme les saumons et truites des mers. Leur impact est d’autant plus important en période de fortes chaleurs, avec des fleuves au débit réduit et à la température en hausse.

Etant donné que la loi fixe des limites au réchauffement des fleuves, EDF peut se voir contrainte de réduire la puissance de certains réacteurs et pourrait théoriquement être conduite à les arrêter en cas de trop forte chaleur, mais tout arrêt de réacteur représente un manque à gagner d’un million d’euros par jour, si bien que le fournisseur d’électricité s’efforce d’obtenir des dérogations. Ainsi, pendant la canicule de 2003, un grand nombre de centrales ont bénéficié de dérogations successives. Dans les années suivantes, chaque centrale a eu droit à une réglementation plus souple, avec une température limite en aval à ne pas dépasser basée sur une moyenne de 24heures. Si, en cas de « canicule extrême et nécessité publique », les limitations habituelles ne peuvent être respectées, un décret de 2007 autorise à modifier encore les conditions de rejets thermiques.

En temps normal, les centrales nucléaires sont autorisées à rejeter dans l’eau d’importantes quantités de substances radioactives. La chaleur favorisant la prolifération des amibes, EDF a tendance à utiliser plus de produits chimiques en été, notamment pour éviter que les tours de refroidissement se transforment en foyers de légionellose. En dessous d’un débit particulièrement bas, les rejets chimiques dans les cours d’eau sont interdits. Ces substances sont alors stockées dans de grands réservoirs en attendant des conditions plus propices. Le problème, c’est que ces stockages précaires ne permettent de tenir que quelques semaines. Bien que la situation ne se soit encore jamais présentée, EDF pourrait être contrainte d’arrêter les centrales si la sécheresse perdurait alors que ces réservoirs sont pleins. Dans tous les cas, ces substances seront rejetées plus tard dans l’année. Or un grand nombre de communes prélèvent leur eau potable dans les cours d’eau, comme Agen (Lot-et-Garonne), à seulement 20 km en aval de la centrale nucléaire de Golfech. Et bien des agriculteurs utilisent cette eau polluée pour arroser leurs cultures. Les conséquences sont faciles à imaginer.

Le changement climatique et la multiplication des épisodes extrêmes risquent d’aggraver la pression sur les cours d’eau. Arrivera le jour  où bon nombre de centrales ne pourront plus produire d’électricité. Des études prédisent une baisse de débit d’étiage des fleuves de 20 à 40 % d’ici à 2050, mais il ne sera sans doute pas nécessaire d’attendre cette date. Dès 1995, les commissaires-enquêteurs en charge de l’enquête publique pour la centrale de Civaux avaient émis un avis défavorable, estimant que les rejets prévus n’étaient pas compatibles avec le débit de la Vienne.

Source : Réseau Sortir du Nucléaire.

NB : On pourrait accuser l’auteur de l’article de manquer d’objectivité car on connaît la position du réseau par rapport au nucléaire. Pourtant, force est de constater que les épisodes de sécheresse à répétition vont poser de sérieux problèmes à la production d’électricité par les centrales. Il ne faudrait pas oublier non plus que les barrages hydroélectriques dépendent des rivières et que leur production pourrait être rapidement affectée si le débit des cours d’eau chute trop rapidement dans les prochaines années.

Vue de la centrale nucléaire de Civaux (Crédit photo: Wikipedia)

Quand la presse se déchaîne… // When the press gets mad…

drapeau-francaisComme je l’ai indiqué en temps utile, le Sakurajima a connu une séquence éruptive spectaculaire le 5 février, avec un panache de cendre zébré d’éclairs et des retombées de matériaux pyroclastiques sur le sommet du cratère Showa qui a été le siège de l’événement.
La presse s’est emparée de l’éruption avec des titres plus impressionnants les uns que les autres. En fait, elle n’a duré que quelques dizaines de secondes comme l’a montré la vidéo largement diffusée sur Internet. Le niveau d’alerte du volcan a été élevé de 2 à 3, mais l’événement a été qualifié de «modérément fort» par les volcanologues japonais.
On a beaucoup lu sur le fait que le volcan se trouve à quelques dizaines de kilomètres de la centrale nucléaire de Sendai (voir carte ci-dessous). En fait, une éruption comme celle du 5 février ne présente pas de risque réel pour la centrale. Il faut tout de même savoir que le Sakurajima est capable de beaucoup mieux faire, comme ce fut le cas en janvier 1914. L’éruption a alors tué plusieurs dizaines de personnes et provoqué des évacuations. Le volcan a cessé d’être une île car les matériaux émis on comblé le bras de mer qui le séparait du reste de Kyushu.
D’agissant des centrales nucléaires, je suis beaucoup plus inquiet en constatant que le Japon est un pays régulièrement soumis à de puissants séismes et qui comptait 54 réacteurs nucléaires au moment de la catastrophe de Fukushima !

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drapeau anglaisAs I indicated in due time, Sakurajima went through a dramatic eruptive sequence on February 5th, with an ash plume streaked with lightning and incandescent pyroclastic material that fell on the top of the Showa crater that was the seat of the event.
The press told about the eruption with impressive headlines. In fact, it lasted only a few tens of seconds as shown on the video released on the Internet. The volcanic alert level was raised from 2 to 3 but the event was said to be « moderately strong » by Japanese volcanologists.
A lot has been said about the fact that the volcano is a few dozen kilometres from the nuclear plant in Sendai (see map below). In fact, an eruption like that of February 5th presents no real risk to the plant. Sakurajima is capable of much better, as was the case in January 1914. By that time, the eruption killed dozens of people and caused evacuations. The volcano ceased to be an island because the materials it ejected filled the sea that separated it from the rest of Kyushu.
As far as nuclear power plants are concerned, I am much more concerned when seeing that Japan is a country regularly shaken by strong earthquakes, with 54 nuclear reactors on the eve of the Fukushima disaster!

Sendai 2

La justice japonaise arrête la remise en marche de réacteurs nucléaires // Japanese justice stops the restarting of nuclear reactors

drapeau francais Apparemment, la panne détectée sur le serveur est réparée. Nous allons donc pouvoir reprendre le cours normal des choses. Voici une note intéressante à propos du Japon et de ses relations avec le nucléaire:

Dans une note rédigée le 30 septembre 2014 et intitulée « Le Japon n’a pas retenu la leçon de Fukushima », j’indiquais que le gouvernement japonais avait déclaré ne pas vouloir revenir sur sa décision de redémarrer deux réacteurs situés à proximité de volcans actifs, même si le public reste opposé à l’énergie nucléaire après la crise de Fukushima.

Apparemment, la justice japonaise n’est pas du même avis ! Elle vient de s’opposer à la remise en marche des réacteurs n°3 et n°4 de la centrale nucléaire de Takahama, gérée par la société Kansai Electric Power.

Les réacteurs de Takahama, situés dans la préfecture de Fukui, sur la côte de la mer du Japon, ont pourtant satisfait aux nouvelles réglementations sur la sécurité fixées par l’autorité de contrôle du nucléaire et devaient être remis en service courant de l’année.

L’injonction du tribunal de district de Fukui a donc été rendue au moment où le gouvernement de Tokyo cherche à relancer le parc des centrales nucléaires à l’arrêt, quatre ans après la catastrophe de Fukushima.

L’opinion publique reste majoritairement hostile à une remise en marche de la cinquantaine de réacteurs japonais en raison des craintes pour la sécurité.

Source : Radio Télévision Suisse (RTS).

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drapeau anglaisIt seems the problem which had been detected on the system is now solved so that everything will be back to normal with my notes. Here is one about the relationships between Japan and nuclear energy:

In a note written on September 30th, 2014 and entitled « Japan has not learnt the lesson of Fukushima, » I indicated that the Japanese government said it would not reverse its decision to restart two reactors located near active volcanoes even though the public remains opposed to nuclear power after the Fukushima crisis.
Apparently, Japanese justice does not share the same opinion! It has just opposed the restart of reactors 3 and 4 of the Takahama nuclear plant, managed by the Kansai Electric Power Company.
The Takahama reactors, located in the Fukui Prefecture, on the coast of the Sea of ​​Japan, met the new safety regulations set by Japan’s Nuclear Regulation Authority (NRA) and were due to restarted this year.
The order of the Fukui District Court has been pronounced at the moment when the Tokyo government is seeking to restart the nuclear power plants that are still stopped, four years after the Fukushima disaster.
Public opinion remains largely hostile to the restart the fifty Japanese reactors because of security fears.
Source: Radio Télévision Suisse (RTS).