France: Sécheresse et centrales nucléaires

Cet été, la sécheresse a affecté de nombreux départements et les températures du début d’automne n’ont pas arrangé la situation. De toute évidence, les médias ont pour consigne de ne pas affoler la population, mais il faut bien se rendre à l’évidence : la situation est sérieuse.  Les médias en parlent peu, mais les épisodes de sécheresse, susceptibles de se multiplier dans les prochaines années, risquent fort d’impacter le fonctionnement des centrales nucléaires dont les besoins en eau sont considérables.

Une centrale nucléaire a besoin d’eau en permanence pour évacuer la chaleur produite par la réaction nucléaire, et ce même à l’arrêt. En bord de mer ou sur les cours d’eau à fort débit, les centrales fonctionnent en circuit « ouvert » : chaque réacteur prélève près de 50 mètres cubes par seconde pour ses besoins en refroidissement. L’eau est ensuite rejetée à une température plus élevée.

Sur les cours d’eau où le débit est plus faible, les centrales nucléaires fonctionnent en circuit dit « fermé » : chaque réacteur pompe près de 2 à 3 mètres cubes par seconde dont une partie est ensuite évaporée dans les tours de refroidissement d’où s’échappe un panache blanc caractéristique ; le reste est ensuite rejeté.

Le fonctionnement des centrales nucléaires en été exige un débit suffisant, d’où certains arrangements pour conserver suffisamment d’eau dans les fleuves. J’habite en Limousin où la Vienne – qui prend sa source sur le Plateau de Millevaches – refroidit en aval la centrale de Civaux. On a l’habitude de dire que mille vaches alimentent six veaux ! Il faut savoir qu’en cas de sécheresse, EDF prélève de l’eau sur le lac de Vassivière, situé sur le Plateau, pour que la Vienne continue à refroidir la centrale de Civaux. Entre début juillet et aujourd’hui, EDF a utilisé plus de 50 % des réserves d’eau des retenues du Thaurion et de la Maulde pour soutenir le débit de la Vienne. En effet, le département de la Haute-Vienne a connu un déficit pluviométrique de 60 % par rapport à la normale en août, avec une pointe à 74 % en septembre. Cette sécheresse, associée à des températures chaudes (supérieures de 2.4° C à la normale) a eu un impact sur l’écoulement des cours d’eau.

Les rejets d’eau chaude des centrales nucléaires ne font pas le bonheur des milieux aquatiques. Ces rejets thermiques agissent comme une barrière qui réduit considérablement les chances de survie des poissons grands migrateurs comme les saumons et truites des mers. Leur impact est d’autant plus important en période de fortes chaleurs, avec des fleuves au débit réduit et à la température en hausse.

Etant donné que la loi fixe des limites au réchauffement des fleuves, EDF peut se voir contrainte de réduire la puissance de certains réacteurs et pourrait théoriquement être conduite à les arrêter en cas de trop forte chaleur, mais tout arrêt de réacteur représente un manque à gagner d’un million d’euros par jour, si bien que le fournisseur d’électricité s’efforce d’obtenir des dérogations. Ainsi, pendant la canicule de 2003, un grand nombre de centrales ont bénéficié de dérogations successives. Dans les années suivantes, chaque centrale a eu droit à une réglementation plus souple, avec une température limite en aval à ne pas dépasser basée sur une moyenne de 24heures. Si, en cas de « canicule extrême et nécessité publique », les limitations habituelles ne peuvent être respectées, un décret de 2007 autorise à modifier encore les conditions de rejets thermiques.

En temps normal, les centrales nucléaires sont autorisées à rejeter dans l’eau d’importantes quantités de substances radioactives. La chaleur favorisant la prolifération des amibes, EDF a tendance à utiliser plus de produits chimiques en été, notamment pour éviter que les tours de refroidissement se transforment en foyers de légionellose. En dessous d’un débit particulièrement bas, les rejets chimiques dans les cours d’eau sont interdits. Ces substances sont alors stockées dans de grands réservoirs en attendant des conditions plus propices. Le problème, c’est que ces stockages précaires ne permettent de tenir que quelques semaines. Bien que la situation ne se soit encore jamais présentée, EDF pourrait être contrainte d’arrêter les centrales si la sécheresse perdurait alors que ces réservoirs sont pleins. Dans tous les cas, ces substances seront rejetées plus tard dans l’année. Or un grand nombre de communes prélèvent leur eau potable dans les cours d’eau, comme Agen (Lot-et-Garonne), à seulement 20 km en aval de la centrale nucléaire de Golfech. Et bien des agriculteurs utilisent cette eau polluée pour arroser leurs cultures. Les conséquences sont faciles à imaginer.

Le changement climatique et la multiplication des épisodes extrêmes risquent d’aggraver la pression sur les cours d’eau. Arrivera le jour  où bon nombre de centrales ne pourront plus produire d’électricité. Des études prédisent une baisse de débit d’étiage des fleuves de 20 à 40 % d’ici à 2050, mais il ne sera sans doute pas nécessaire d’attendre cette date. Dès 1995, les commissaires-enquêteurs en charge de l’enquête publique pour la centrale de Civaux avaient émis un avis défavorable, estimant que les rejets prévus n’étaient pas compatibles avec le débit de la Vienne.

Source : Réseau Sortir du Nucléaire.

NB : On pourrait accuser l’auteur de l’article de manquer d’objectivité car on connaît la position du réseau par rapport au nucléaire. Pourtant, force est de constater que les épisodes de sécheresse à répétition vont poser de sérieux problèmes à la production d’électricité par les centrales. Il ne faudrait pas oublier non plus que les barrages hydroélectriques dépendent des rivières et que leur production pourrait être rapidement affectée si le débit des cours d’eau chute trop rapidement dans les prochaines années.

Vue de la centrale nucléaire de Civaux (Crédit photo: Wikipedia)

Quand la presse se déchaîne… // When the press gets mad…

drapeau-francaisComme je l’ai indiqué en temps utile, le Sakurajima a connu une séquence éruptive spectaculaire le 5 février, avec un panache de cendre zébré d’éclairs et des retombées de matériaux pyroclastiques sur le sommet du cratère Showa qui a été le siège de l’événement.
La presse s’est emparée de l’éruption avec des titres plus impressionnants les uns que les autres. En fait, elle n’a duré que quelques dizaines de secondes comme l’a montré la vidéo largement diffusée sur Internet. Le niveau d’alerte du volcan a été élevé de 2 à 3, mais l’événement a été qualifié de «modérément fort» par les volcanologues japonais.
On a beaucoup lu sur le fait que le volcan se trouve à quelques dizaines de kilomètres de la centrale nucléaire de Sendai (voir carte ci-dessous). En fait, une éruption comme celle du 5 février ne présente pas de risque réel pour la centrale. Il faut tout de même savoir que le Sakurajima est capable de beaucoup mieux faire, comme ce fut le cas en janvier 1914. L’éruption a alors tué plusieurs dizaines de personnes et provoqué des évacuations. Le volcan a cessé d’être une île car les matériaux émis on comblé le bras de mer qui le séparait du reste de Kyushu.
D’agissant des centrales nucléaires, je suis beaucoup plus inquiet en constatant que le Japon est un pays régulièrement soumis à de puissants séismes et qui comptait 54 réacteurs nucléaires au moment de la catastrophe de Fukushima !

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drapeau anglaisAs I indicated in due time, Sakurajima went through a dramatic eruptive sequence on February 5th, with an ash plume streaked with lightning and incandescent pyroclastic material that fell on the top of the Showa crater that was the seat of the event.
The press told about the eruption with impressive headlines. In fact, it lasted only a few tens of seconds as shown on the video released on the Internet. The volcanic alert level was raised from 2 to 3 but the event was said to be « moderately strong » by Japanese volcanologists.
A lot has been said about the fact that the volcano is a few dozen kilometres from the nuclear plant in Sendai (see map below). In fact, an eruption like that of February 5th presents no real risk to the plant. Sakurajima is capable of much better, as was the case in January 1914. By that time, the eruption killed dozens of people and caused evacuations. The volcano ceased to be an island because the materials it ejected filled the sea that separated it from the rest of Kyushu.
As far as nuclear power plants are concerned, I am much more concerned when seeing that Japan is a country regularly shaken by strong earthquakes, with 54 nuclear reactors on the eve of the Fukushima disaster!

Sendai 2

La justice japonaise arrête la remise en marche de réacteurs nucléaires // Japanese justice stops the restarting of nuclear reactors

drapeau francais Apparemment, la panne détectée sur le serveur est réparée. Nous allons donc pouvoir reprendre le cours normal des choses. Voici une note intéressante à propos du Japon et de ses relations avec le nucléaire:

Dans une note rédigée le 30 septembre 2014 et intitulée « Le Japon n’a pas retenu la leçon de Fukushima », j’indiquais que le gouvernement japonais avait déclaré ne pas vouloir revenir sur sa décision de redémarrer deux réacteurs situés à proximité de volcans actifs, même si le public reste opposé à l’énergie nucléaire après la crise de Fukushima.

Apparemment, la justice japonaise n’est pas du même avis ! Elle vient de s’opposer à la remise en marche des réacteurs n°3 et n°4 de la centrale nucléaire de Takahama, gérée par la société Kansai Electric Power.

Les réacteurs de Takahama, situés dans la préfecture de Fukui, sur la côte de la mer du Japon, ont pourtant satisfait aux nouvelles réglementations sur la sécurité fixées par l’autorité de contrôle du nucléaire et devaient être remis en service courant de l’année.

L’injonction du tribunal de district de Fukui a donc été rendue au moment où le gouvernement de Tokyo cherche à relancer le parc des centrales nucléaires à l’arrêt, quatre ans après la catastrophe de Fukushima.

L’opinion publique reste majoritairement hostile à une remise en marche de la cinquantaine de réacteurs japonais en raison des craintes pour la sécurité.

Source : Radio Télévision Suisse (RTS).

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drapeau anglaisIt seems the problem which had been detected on the system is now solved so that everything will be back to normal with my notes. Here is one about the relationships between Japan and nuclear energy:

In a note written on September 30th, 2014 and entitled « Japan has not learnt the lesson of Fukushima, » I indicated that the Japanese government said it would not reverse its decision to restart two reactors located near active volcanoes even though the public remains opposed to nuclear power after the Fukushima crisis.
Apparently, Japanese justice does not share the same opinion! It has just opposed the restart of reactors 3 and 4 of the Takahama nuclear plant, managed by the Kansai Electric Power Company.
The Takahama reactors, located in the Fukui Prefecture, on the coast of the Sea of ​​Japan, met the new safety regulations set by Japan’s Nuclear Regulation Authority (NRA) and were due to restarted this year.
The order of the Fukui District Court has been pronounced at the moment when the Tokyo government is seeking to restart the nuclear power plants that are still stopped, four years after the Fukushima disaster.
Public opinion remains largely hostile to the restart the fifty Japanese reactors because of security fears.
Source: Radio Télévision Suisse (RTS).

Les volcans vont-ils empêcher le redémarrage des centrales nucléaires japonaises ? // Will volcanoes be an obstacle to the restart of Japan’s nuclear plants?

drapeau francaisDans les trois années qui ont suivi la catastrophe de Fukushima, les distributeurs d’électricité japonais ont dépensé 15 milliards de dollars pour renforcer la protection des centrales nucléaires contre les séismes, les tsunamis, les tornades et les menaces terroristes.
Au moment où l’agence de sécurité nucléaire japonaise s’apprête à décider si le premier des 48 réacteurs à l’arrêt dans le pays peut recommencer à fonctionner, le débat sur la sécurité qui a fait suite à la catastrophe de Fukushima se trouve confronté à un autre risque : les volcans .
L’Autorité de Régulation Nucléaire ( NRA) a déjà indiqué que le risque d’une activité volcanique au cours de la durée de vie de la centrale nucléaire Kyushu Electric Power à Sendai (Préfecture de Kagoshima) était négligeable, ce qui suggère qu’elle va lui donner le feu vert. La centrale, à environ 1000 km au sud de Tokyo, se trouve dans une région volcanique active.
Les critiques disent que l’agence refuse de prendre en compte la chaîne dévastatrice – quoique peu probable – d’événements qui a entraîné une catastrophe à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi en 2011, quand un tsunami a fracassé la structure.
Pendant la période où les réacteurs ont été mis à l’arrêt, le Japon a dû dépenser environ 87 milliards de dollars en combustible de remplacement. En effet, avant 2011, le Japon produisait environ 30 pour cent de son électricité à partir du nucléaire.
Comme Kyushu Electric a perdu 5,9 milliards de dollars au cours des trois dernières années, ses gestionnaires sont impatients de voir redémarrer les deux réacteurs de la centrale.
Le problème est que les volcans ne sont pas loin de cette centrale et le risque d’une éruption ne peut pas être mis de côté. Sendai se trouve à l’extrémité sud de l’île de Kyushu, à 50 km du Sakurajima. La région héberge également cinq caldeiras géantes et la plus proche est à seulement 40 km de la centrale de Sendai.
Il y a de fortes chances pour que le risque volcanique n’ait jamais vraiment été abordé au cours des débats et discussions. Ceux qui défendent le redémarrage de Sendai expliquent que les éruptions qui donnent naissance aux caldeiras sont dévastatrices, mais extrêmement rares. Les scientifiques évaluent à moins de 1 sur 10 000 le risque d’une éruption majeure de ce type au Japon en une année donnée. La plus récente méga éruption dans le sud du Japon se trouve dans la caldeira sous-marine de Kikai qui a été formée par une éruption violente il y a environ 7300 ans. L’éruption a recouvert le sud de Kyushu de plus de 60 centimètres de cendre.
Dans un modèle présenté par Kyushu Electric, une éruption semblable à celle qui a eu lieu il y a 12 000 ans couvrirait la centrale de Sendai de 15 centimètres de cendre et bloquerait les routes. Le distributeur d’électricité qui gère la centrale a déclaré qu’il serait en mesure de dégager la cendre et que Sendai pourrait continuer à fonctionner. Il a également déclaré qu’il installerait de nouveaux équipements de surveillance autour des caldeiras proximité et qu’il élaborerait des plans pour déplacer les combustibles hautement radioactifs vers un site plus sûr si la menace d’une éruption était détectée.
Le problème est que la science n’est pas en mesure de prévoir  les éruptions. Comme l’a déclaré le président de la commission de surveillance des éruptions volcaniques de l’Agence Météorologique Japonaise:  » Il n’existe aucun moyen réel de prévoir les éruptions. La question est de savoir quand l’éruption va se produire, et nous n’avons pas la technologie pour le faire. »
Dès que la NRA donnera le feu vert au redémarrage de la centrale nucléaire de Sendai, les localités situées à proximité organiseront des réunions publiques. Le gouvernement japonais a dit qu’il s’en remettrait à la préfecture et aux autorités locales avant de prendre la décision finale concernant le redémarrage de la centrale de Sendai.
Source : Agence Reuters.

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drapeau anglaisIn the three years since the Fukushima disaster, Japan’s utilities have spent $15 billion to reinforce their nuclear plants against earthquakes, tsunamis, tornadoes and terrorist attacks.

But as Japan’s nuclear safety agency prepares to decide on whether the first of the country’s 48 idled reactors is ready to start again, the post-Fukushima debate about safety has turned to another risk: volcanoes.

The Nuclear Regulation Authority (NRA) has already said the chance of volcanic activity during the lifespan of Kyushu Electric Power’s nuclear plant at Sendai (Kagoshima Prefecture) was negligible, suggesting it will give it the green light. The plant, some 1,000 km south of Tokyo, lies in an active volcanic region.

Critics say that the agency do not want to take into account the unlikely but potentially devastating chain of events that sent the Fukushima Daiichi plant into nuclear disaster in 2011 when a tsunami crashed into the facility.

While reactors have been offline, Japan has had to spend around $87 billion on replacement fuel. Indeed, before 2011, Japan got about 30 percent of its electricity from nuclear power.

As Kyushu Electric has lost $5.9 billion over the past three years, the facility is eager to have its two-reactor facility at Sendai restarted.

The problem is that volcanoes are not far from the nuclear plant and the risk of an eruption may not be put aside. Sendai is located at the southern end of the island of Kyushu, is 50 km from Sakurajima. Five giant calderas are also in the region, the closest one just 40 km from the Sendai plant.

The odds are that volcanic risks have never been adequately discussed. Those who defend the restart of the Sendai facility explain that eruptions that form calderas are devastating, but extremely rare. Scientists believe the odds of a massive caldera-forming eruption happening in Japan are less than 1 in 10,000 in any given year. Evidence of the most recent mega-eruption in southern Japan is the underwater Kikai caldera, which was formed by a violent eruption around 7,300 years ago. The eruption covered southern Kyushu with more than 60 centimetres of ash.

In one model presented by Kyushu Electric, an eruption similar to one 12,000 years ago would cover the Sendai facility with 15 centimetres of ash and block roads. The utility said it would be able to clear the ash and Sendai could still function. Kyushu Electric also said it would install new monitoring equipment around nearby calderas and develop plans to remove highly radioactive fuel to a safer site if the threat of an eruption is detected.

The problem is that science is not yet able to predict eruption. As the head of the Japan Meteorological Agency’s volcanic eruption monitoring committee put it: “There is no demonstrated way to predict eruptions. The question is to know when an eruption will occur, and we don’t have the technology to predict that. »

As soon as the NRA gives the Sendai nuclear plant the go ahead, local communities close to the facility will hold public hearings. The government has said it will defer to the prefecture and the host city to make the final decision.

Source : Reuters press agency.

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Centrale nucléaire Kyushu Electric à Sendai.