Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : C’était inévitable !

Suite au décès des deux étudiants réunionnais sur le site de l’éruption du Piton de la Fournaise, la surveillance du volcan et de ses abords va être renforcée. La gendarmerie avertit que les randonneurs et automobilistes seront particulièrement surveillés. Les pandores seront vigilants sur le stationnement sur site, en particulier sur le chemin qui mène au parking Foc-Foc, point de départ du sentier qui conduit au point d’observation du Piton de Bert.

L’accès à l’Enclos est strictement interdit par arrêté préfectoral. Le respect strict du couvre-feu sera également étroitement surveillé avec l’interdiction formelle des bivouacs nocturnes. Les gendarmes préviennent qu’ils assureront une présence sur site très tard le soir et très tôt le matin.

Stationnement sauvage, accès à l’Enclos alors qu’il est interdit et non respect du couvre-feu seront donc systématiquement verbalisés à compter du 24 avril 2021. Une convention a également été mise en place avec le sous-préfet de Saint-Pierre pour coordonner toutes les brigades du Sud jusqu’à Saint-Rose et assurer ainsi une présence sur le terrain des gendarmes et policiers municipaux.

Source : Le Journal de l’Ile.

Les explications particulièrement vagues données par le procureure le 23 avril 2021 – « exposition thermique et toxique » – demandent des compléments d’information. Il n’est, bien sûr, pas question d’avoir des détails techniques – qui seront remis aux familles – sur le déroulement des autopsies, mais on aimerait en savoir plus sur les résultats des analyses, de sang en particulier. Elles permettront de connaître les concentrations de gaz (SO2, CO2). En effet, ce n’est pas une simple approche du site éruptif qui a pu provoquer la mort simultanée des deux jeunes. Dans ce cas, il y aurait déjà eu des centaines de morts sur les sites volcaniques de la planète. Il s’est forcément produit quelque chose de particulier. Une simple exposition au SO2 et à la chaleur n’entraîne pas la mort.

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Dans le même temps l’éruption se poursuit. Le tremor reste à un niveau stable. Les très mauvaises conditions météo n’ont pas permis à l’OVPF de faire des observations sur le terrain.

Photo : C. GRandpey

Piton de la Fournaise : «L’exposition thermique et toxique» serait la cause de la mort des randonneurs

Les résultats de l’autopsie des deux randonneurs qui ont perdu la vie sur le Piton de la Fournaise ne vont pas dans le sens de l’hypothèse que j’ai formulée précédemment. Ce ne serait pas la foudre qui aurait provoqué la mort des deux jeunes. La procureure a annoncé que leur décès était dû « à l’exposition thermique et toxique liée à la proximité du volcan », donc à la chaleur et aux gaz. Elle a ajouté : « Ce n’est pas encore très précis », et d’autres analyses de prélèvements complémentaires doivent avoir lieu. Ces premiers éléments restent encore à être affinés. Néanmoins la famille tient à ce que peu d’informations précises soient diffusées. Quoi qu’il en soit, il n’y a eu aucune intervention extérieure d’un tiers dans le décès de ces deux étudiants. Il n’y aura donc pas d’enquête criminelle.

Ce rapport d’autopsie semble (ce n’est qu’une hypothèse) vouloir dire que les deux garçons se sont aventurés au cœur des coulées et des nuages de gaz sans la moindre protection. S’ils portaient des masques à gaz, cela signifie qu’ils étaient inadaptés ou insuffisants. Il faut toutefois se montrer très prudent et ne rien affirmer tant que les résultats complets des analyses ne seront pas communiqués. Le lieu exact de la découverte des corps n’a pas été précisé non plus.

Cette tragédie est l’occasion – avec le risque de me faire traiter de rabat-joie – de rappeler quelques consignes de prudence avant de s’aventurer sur un volcan.

La première est de respecter les consignes officielles, à savoir l’autorisation ou l’interdiction d’accès au site éruptif. L’interdiction va sembler « liberticide » (le mot à la mode) aux yeux de certains, mais elle peut être cruciale quand il va s’agir des assurances. La plupart des compagnies refuseront de mette la main au portefeuille pour des individus qui n’ont pas respecté la loi ! Dans le cas présent, la porte d’accès à l’Enclos Fouqué était fermée. Une conséquence inévitable du drame va être le renforcement des contrôles par la gendarmerie, avec des verbalisations à la clé.

Une autre consigne de prudence élémentaire est de consulter les bulletins météo (météo montagne de préférence) avant d’entamer une randonner sur un site volcanique. Même si la foudre ne semble pas être la cause du drame à la Réunion, il ne faut jamais partir en montagne – et encore moins sur un volcan – si des orages sont annoncés. (La Réunion était en vigilance pluies et orages ces derniers jours). Certaines laves sont riches en fer et se trouver dans de telles zones au moment d’un orage est suicidaire. Mon expérience de l’Etna me l’a vite fait comprendre. Un jour que je me trouvais sur la Montagnola en compagnie d’un scientifique français, il m’a montré les impacts de foudre sur la roche. Comme je l’indiquais précédemment, j’ai assisté au rapatriement de deux jeunes randonneurs tués par un orage que j’avais évité de justesse sur le volcan. Les services météorologiques réunionnais ont recensé 500 impacts de foudre pendant la nuit du 22 au 23 avril.

A côté des orages, le brouillard et les fortes intempéries peuvent mettre en détresse un randonneur. La technologie ayant évolué, il est recommandé d’avoir avec soi un bon GPS de randonnée. La fonction retour et l’utilisation des waypoints permettent de retrouver facilement son chemin. Cela suppose, évidemment, que l’on a prévu des vêtements chauds en cas de besoin, ainsi que de l’eau et quelque nourriture, comme des barres énergétiques, le temps que le temps se découvre, ou que des secours arrivent.

Les gaz volcaniques peuvent représenter un autre danger. J’ai toujours dans mon sac à dos un masque à gaz avec les cartouches appropriées, en complément du casque traditionnel qui permet de se protéger d’éventuelles projections de petites bombes et autres lapilli. Le gaz le plus dangereux est le CO2, même si les concentrations ne semblent pas mortelles sur le Piton de la Fournaise. Ce sont surtout les nuages de SO2 qui peuvent poser le plus de problèmes, mais le port d’un bon masque permet en général de s’en protéger.

S’agissant de la lave émise par un volcan effusif comme le Piton de la Fournaise à la Réunion ou le Kilauea à Hawaii, le principal risque est de se faire encercler par des coulées. L’autre risque est de faire trempette dans la lave si la voûte trop fragile d’un tunnel cède sous votre poids. Pour le reste, la chaleur insupportable de la lave indique les zones dans lesquelles il est déconseillé de pénétrer. Il faut bien sûr regarder où l’on met les pieds et veiller à ne par chuter dans une fracture éruptive comme cela est arrivé sur le Piton de la Fournaise en 2003 et a coûté la vie à un étudiant de 22 ans.

Photo: C. Grandpey

Morts sur le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion)

Les corps de deux jeunes randonneurs âgés de 19 ans, étudiants de l’Université de La Réunion, ont été découverts le jeudi 22 avril au matin sur le Piton de la Fournaise, à proximité du site éruptif. Des autopsies doivent être réalisées le 23 avril.

Disparus depuis le 20 avril, les deux garçons étaient recherchés depuis le lever du jour. Les corps ont finalement été découverts vers 11h50 à proximité du cône éruptif. Selon la procureure, il est impossible pour l’heure de connaître l’origine de la mort qui pourrait aussi bien être due à des gaz toxiques qu’à la foudre. Selon le commandant du PGHM, les randonneurs étaient partis avec du matériel pour dormir, de quoi s’alimenter et un réchaud.

Cette tragédie ne va pas accélérer l’ouverture de l’Enclos Fouqué en période éruptive, comme certains l’ont demandé à plusieurs reprises. Les autorités rappellent que l’accès à l’Enclos reste interdit depuis le début de l’éruption, le 9 avril dernier. Elles appellent à la responsabilité de tous les randonneurs et rappellent également l’interdiction de bivouac et de circulation après 18h. Les forces de l’ordre préviennent qu’elles n’hésiteront pas à faire de la répression à l’avenir.

Les gendarmes expliquent que le volcan est une zone extrêmement étendue, sans végétation. Avec le brouillard, on peut se perdre facilement. Le contexte orageux de ces derniers jours était un danger supplémentaire.

Le commandant du PGHM insiste sur le message de prévention autour des randonnées à l’intérieur de l’Enclos. Elles sont interdites en période d’éruption, comme c’est le cas ces jours-ci. La meilleure solution est d’aller voir le volcan la journée, ou tôt le matin à partir de 6h, au niveau du Piton de Bert.

Source : Presse réunionnaise.

Personnellement, même si je ne connais pas les circonstances de la découverte des corps, je pense que les deux jeunes ont été foudroyés. Il y a une vingtaine d’années, j’ai eu l’occasion d’aider à la recherche de deux jeunes randonneurs qui ont été foudroyés côte à côte sur l’Etna. C’est le sujet de l’une des Volcanecdotes que je raconte dans un ouvrage aujourd’hui épuisé. Si les randonneurs avaient été tués par les gaz sur ce volcan, ils ne seraient pas morts aussi vite ensemble. Le SO2 n’entraîne pas une mort aussi rapide en milieu ouvert et ventilé, comme c’est le cas sur le Piton. Seule une nappe de CO2 aurait pu tuer aussi vite. Que je sache, on ne relève pas de telles concentrations de ce gaz sur le volcan. Il va être très intéressant d’avoir les résultats des autopsies.

Photo : C. Grandpey

Au cœur de la lave du Piton de la Fournaise : nouvelles photos

Alors que le tremor éruptif reste relativement stable, l’éruption du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) se poursuit. L’OVPF indique que le front de coulée n’avance pas et se situe toujours dans la partie supérieure des Grandes Pentes. La lave s’écoule désormais sur le plateau en aval du site éruptif, avec la mise en place de tunnels montrant de nombreuses résurgences. Les trois cônes éruptifs sont entièrement clos latéralement et ne laissent échapper la lave que par leur bouche sommitale et par des tunnels. Une fusion entre les deux cônes les plus en aval est en train de s’opérer..

Source : OVPF.

Christian Holveck vient de m’adresse une nouvelle série de photos de l’éruption, prises le 15 avril 2021. Christian nous fait vraiment entrer au cœur de la lave. Il écrit que « cette éruption qui avait débuté de manière classique et assez peu tumultueuse nous réserve des surprises. Ainsi, j’ai vu de superbes débordements et des coulées éclatantes, un vrai bonheur. ».

D’autres images, toujours aussi somptueuses, sont à voir sur son site : http://www.christianholveck.com/

Photos : Christian Holveck