Les sargasses perturbent le Vendée Globe !

J’ai alerté à plusieurs reprises sur la présence de vastes bancs de sargasses aux Antilles et sur le risque sanitaire pour la population quand ces algues viennent s’échouer sur le rivage.

Ces grandes algues brunes, de plus en plus abondantes à cause du réchauffement des eaux océaniques, ont posé de sérieux problèmes à certains navigateurs du Vendée Globe au moment où ils avançaient à hauteur de l’arc antillais à l’ouest et des îles du Cap Vert à l’est. :

Clément Giraud à bord du bateau Compagnie du Lit – Jiliti raconte : « Il y a encore beaucoup d’algues, des sargasses. Je ne fais que relever l’hydrogénérateur. Je les voyais bien sur les plages aux Antilles quand j’étais petit, mais je ne les voyais pas en autant de quantité. Je dois souvent arrêter le bateau, il faut à chaque fois enlever les algues coincées dans tous les appendices. Il y en a partout, le bateau ressemble à une poissonnerie, ça sent très fort. C’est des guirlandes de Noël sur les filières. »

De son côté, Benjamin Dutreux qui barre OMIA-Water Family a été, lui aussi, confronté aux sargasses : « Le jour va se lever dans quatre heures environ, mais le gros problème en fait, ce sont les sargasses ! Il y en a partout et je passe mon temps à les enlever de l’hydrogénérateur… Je verrais mieux de jour, mais c’est vraiment un gros problème : peut-être que j’ai traversé une zone où il y en a beaucoup, mais là, c’est impressionnant. Je fais des marches arrière… et je m’inquiète de mon hydrogénérateur parce que mon moteur est mal en point : c’est pour cela que ces algues me gênent beaucoup parce que mon énergie vient essentiellement de cet accessoire indispensable… »

Echouage de sargasses à la Martinique (Photo : C. Grandpey)

La hausse du niveau des océans de plus en plus préoccupante // Ocean rise is more and more a problem

L’élévation du niveau des océans est perçue comme l’une des conséquences les plus dangereuses du réchauffement climatique, avec le risque de rendre inhabitables des centaines de milliers de kilomètres de côtes et de déplacer plus de 100 millions de personnes dans le monde d’ici la fin du siècle.

L’ampleur de cette menace dépend de la hausse du niveau des océans au cours des prochaines décennies. Les estimations exactes de cette hausse restent aléatoires ; elles vont de 30 centimètres à plusieurs mètres. Cette différence est pourtant d’une importance cruciale car, selon les chiffres, elle implique le déplacement de dizaines de millions ou de centaines de millions de personnes.

Une nouvelle étude intitulée « L’élévation du niveau de la mer au 21ème siècle pourrait dépasser les projections du GIEC pour un avenir à fort réchauffement » a été publiée en décembre 2020. Elle explique que si le réchauffement climatique se poursuit au rythme actuel, l’élévation du niveau de la mer dépassera probablement les estimations qui viennent d’être mentionnées.

Depuis la fin des années 1800, le niveau de la mer a augmenté en moyenne d’environ 25 centimètres dans le monde, mais cette hausse varie d’une région à l’autre. Le siècle dernier, le principal facteur responsable de l’élévation du niveau des océans a été leur dilatation thermique.

Aujourd’hui, la fonte des calottes glaciaires, principalement du Groenland et de l’Antarctique, prend une autre proportion. En effet, il y a suffisamment de glace au Groenland et en Antarctique pour provoquer une élévation du niveau de la mer de 63 mètres si cette glace fondait dans sa totalité. Aucun scientifique ne s’attend toutefois à un tel événement au cours de ce siècle, mais on sait qu’une fois que les calottes glaciaires ont atteint un certain niveau de réchauffement, elles deviennent moins stables et moins prévisibles, avec des points de basculement qui entrent en jeu.

Dans le dernier rapport du GIEC sur le changement climatique, les projections d’élévation moyenne du niveau de la mer d’ici la fin du siècle vont de 40 à 60 centimètres, par rapport au niveau moyen de 1986 à 2005. La nouvelle étude parie sur une hausse supérieure et affirme que les projections du GIEC sont probablement trop basses. Le graphique ci-dessous, basé sur le rapport du GIEC, montre les différents facteurs participant à l’élévation du niveau de la mer. Les projections vont jusqu’à la fin du siècle. La contribution de l’Antarctique est indiquée en bleu turquoise.

Un autre article, également publié en décembre dans la revue Nature arrive à une conclusion identique en se basant sur le Groenland. En se référant aux derniers modèles utilisés pour le prochain rapport du GIEC, les auteurs ont constaté que dans un scénario de fort réchauffement, le Groenland pourrait ajouter 7,5 centimètres à l’élévation du niveau de la mer d’ici la fin du siècle, par rapport à l’ancien rapport du GIEC. Cette élévation supplémentaire du niveau de la mer serait due au réchauffement de 1 degré Celsius projeté par les nouveaux modèles climatiques de l’Arctique.

Ce qui préoccupe le plus les auteurs de la première étude, c’est le comportement non linéaire de l’élévation du niveau de la mer. Ces dernières années, la hausse du niveau des océans s’est accélérée. Dans les années 1990, les océans ont connu une hausse d’environ 2 millimètres par an. De 2000 à 2015, la moyenne était de 3,2 millimètres par an. Au cours des dernières années, le rythme s’est accéléré pour atteindre 4,8 millimètres par an. Au rythme actuel, on peut s’attendre à au moins 37 centimètres d’élévation du niveau de la mer d’ici 2100. En plus, comme cela a été le cas au cours des dernières décennies, le rythme d’élévation du niveau de la mer devrait continuer à s’accélérer pendant l’avenir prévisible. Il en ressort que 37 centimètres est une prévision probablement en dessous de la vérité.

Étant donné que la Terre s’est déjà réchauffée de plus d’un degré Celsius depuis la fin des années 1800, nous savons qu’une élévation substantielle du niveau de la mer est déjà en train de se produire, que nous arrêtions ou non le réchauffement climatique. Les scientifiques ne savent pas combien de temps cette hausse prendra, ni à quelle vitesse elle se produira. Toutefois, en extrapolant, les glaciologues expliquent que lorsque nous sommes sortis de la dernière période glaciaire, le niveau de la mer a augmenté à une vitesse pouvant atteindre 37 cm par siècle. Le fait qu’il y ait beaucoup moins de glace sur Terre aujourd’hui qu’il y a 20 000 ans signifie que l’élévation du niveau de la mer par degré Celsius serait probablement moins importante maintenant. Malgré tout, même avec un rythme d’élévation qui serait la moitié du maximum historique, on assisterait à une catastrophe sur notre  planète où vivent des milliards de personnes qui dépendent de la stabilité du niveau des océans.

Source: CBS News.

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Sea-level rise is known to be among the most dangerous consequences of global warming, with the risk of making hundreds of thousands of square kilometres of coastline uninhabitable and potentially displacing over 100 million people worldwide by the end of the century.

The magnitude of this threat depends on how much the oceans will rise in the coming decades. However, exact estimates remain elusive, ranging from 30 centimetres to several metres above current levels. That disparity is of crucial importance because it ranges between tens of millions of people and hundreds of millions forced from their homes

A new study entitled « Twenty-first century sea-level rise could exceed IPCC projections for strong-warming futures » and published in December 2020 warns that if global warming continues at the current pace, sea-level rise will probably surpass these projections.

Since the late 1800s, sea level has risen an average of about 25 centimetres globally, but the amount varies from region to region. Last century the largest contributor to the rise of the oceans was their thermal expansion. But now the melting of ice sheets, mainly from Greenland and Antarctica, constitutes a greater proportion, and that fraction will only grow.

Indeed, there is enough ice locked up in Greenland and Antarctica to cause a sea-level rise of 63 metres if it happens to melt. No scientist is expecting such an event this century, but after a certain level of warming, ice sheets become less stable and less predictable, with potential tipping points coming into play.

In the most recent IPCC report on climate change, the median sea-level rise projections by the end of the century range from 40 to 60 centimetres, as compared to the average sea level from 1986-2005. The new study bets on upper estimate, saying it is likely too low.

The graphic below, based on the IPCC report, shows the various contributors to sea-level rise. It is projected out to the end of the century. Antarctica’s contribution is shown in turquoise blue.

Another paper, also published in December in the journal Nature makes a similar case, focused on the evidence from Greenland. Employing the latest models used to inform the next IPCC report, the authors found that in a high-warming scenario Greenland may contribute an extra 7.5 centimetres to sea-level rise by the end of the century, when compared to the former version of models used by the IPCC. This extra sea-level rise is due to an additional 1 degree Celsius of warming projected by the new climate models in the Arctic.

A big concern of the authors of the first study for our future is the non-linear behaviour of sea-level rise. In recent years the pace of sea-level rise has been accelerating. In the 1990s the oceans rose at about 2 millimetres per year. From 2000 to 2015 the average was 3.2 millimetres per year. But over the past few years the pace has quickened to 4.8 millimetres per year. At the current pace, we can expect at least 37 more centimetres of sea-level rise by the year 2100. But, as has been the case for the past few decades, the pace of sea-level rise is expected to continue to increase for the foreseeable future. So,37 centimetres is extremely unlikely.

Considering that Earth has already warmed more than 1 degree Celsius since the late 1800s, we know that substantial sea-level rise is already baked in, regardless of whether we stop global warming. Scientists just don’t know exactly how long it will take to see the rise or how fast it will occur. But using proxy records, glaciologists can see that as we emerged from the last Ice Age, sea level rose at remarkable rates, as fast as 37 cm per century at times. The fact that there is a lot less ice on Earth today than there was 20,000 years ago means the amount of sea-level rise per degree would likely be less now, and the maximum pace may be tempered as well. But even a pace that is half the historical maximum would still be catastrophic to an Earth with billions of people who depend on stability.

Source: CBS News.

Accélération du niveau des océans au cours des dernières décennies (Source : John Englander)

Novembre 2020 encore beaucoup trop chaud // November 2020 still much too hot

Selon la NOAA, novembre 2020 a été le deuxième mois de novembre le plus chaud, derrière 2015, depuis le début des relevés à l’échelle de la planète en 1880. La température à la surface des terres et des océans en novembre 2020 se situe à 0,97°C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle (12,9°C).

Pour la NASA, novembre 2020 a été le plus chaud jamais enregistré. C’est aussi l’avis du programme européen Copernicus. L’Agence Météorologique Japonaise (JMA), quant à elle, a classé novembre 2020 en deuxième position.

Novembre 2020 a été le 44ème mois de novembre consécutif et le 431ème mois consécutif avec des températures supérieures à la moyenne du 20ème siècle. Les 10 mois de novembre les plus chauds ont tous eu lieu depuis 2004. Les cinq plus chauds ont eu lieu depuis 2013.

Pour la période septembre-octobre-novembre, l’hémisphère nord a connu son deuxième automne le plus chaud, avec une différence de seulement 0,01°C avec le record établi en 2015. L’hémisphère sud a connu son neuvième printemps le plus chaud.

Les 11 mois de janvier à novembre se situent à 1,0°C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle. Cette période de 11 mois est la deuxième plus chaude jamais enregistrée, avec seulement 0,01°C de différence avec le record établi en 2016.

Si l’on prend en compte l’ensemble des relevés de la NASA, la NOAA, des NCEP, ERA5, RSS et de l’UAH, novembre 2020 a été le mois de novembre le plus chaud, avec 0,64°C au-dessus de la moyenne 1981-2010 (voir graphique ci-dessous)

L’année 2020 est pratiquement certaine de figurer parmi les cinq années les plus chaudes jamais enregistrées. Il est important de noter que chacune des années civiles entre 2014 et 2020 compte parmi les sept années les plus chaudes jamais enregistrées depuis 1880.

La température de l’océan à l’échelle de la planète en novembre 2020 a été la quatrième plus chaude jamais enregistrée. En revanche, la température sur la terre ferme a été la plus chaude jamais enregistrée.

On sait que les records de température sont plus susceptibles d’être établis lors de forts événements El Niño qui réchauffe les eaux de surface dans le Pacifique tropical. Ce qui est remarquable actuellement, c’est que les records de chaleur de 2020 sont établis pendant une transition entre un El Niño faible et un événement La Niña modéré, c’est-à-dire à un moment où le refroidissement du Pacifique tropical devrait contribuer au refroidissement des températures globales, ce qui n’est pas la cas ! Le fait que la chaleur record de 2020 se produise dans ces conditions montre bien le rôle exercé par le réchauffement climatique d’origine humaine.

Source : NOAA, NASA.

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According to NOAA, November 2020 was the second warmest November since global record keeping began in 1880, behind the record set in 2015. The November 2020 global land and ocean surface temperature was 0.97°C above the 20th-century average of 12.9°C.

NASA rated the month as the warmest November on record, as did the European Copernicus Climate Change Service. The Japan Meteorological Agency rated it as the second-warmest.

November 2020 marked the 44th consecutive November and the 431st consecutive month with temperatures above the 20th-century average. The 10 warmest Novembers have all occurred since 2004. The five warmest Novembers have occurred since 2013.

For the period September-October-November, the Northern Hemisphere had its second warmest autumn, only 0.01°C behind the record set in 2015. The Southern Hemisphere had its ninth warmest spring on record.

The 11 months of January through November were 1.0 degree Celsius above the 20th-century average. That 11-month period ranks as the second-warmest such period on record, only 0.01°C behind the record set in 2016.

Taking into account NASA, NOAA, NCEP, ERA5, RSS, UAH, November 2020 was the warmest month of November, with 0.64°C above the average 1981-2010 (see graph below)

The year 2020 is virtually certain to rank among the five warmest years on record, making each of the seven calendar years 2014 through 2020 one of the seven warmest years on record, dating back to 1880.

Global ocean temperatures during November 2020 were the fourth warmest on record, and global land temperatures were the warmest on record.

Global temperature records are more likely to be set during strong El Niño events. Remarkably, the record warmth of 2020 has occurred during the transition from a weak El Niño to a moderate La Niña event, when cooling of the tropical Pacific Ocean helps cool global temperatures. That the record warmth of 2020 occurred under those circumstances underscores the dominant role of human-caused global warming in heating the planet.

Source : NOAA, NASA

Source : global-climat

Nations Unies : « Nous sommes proches d’une catastrophe climatique »

Je suis en attente des statistiques de la NASA et de la NOAA sur les températures à la surface des terres et des océans pour le mois de novembre 2020 ; elles devraient arriver vers le milieu du mois de décembre, mais on sait d’ores et déjà qu’elles continueront à être inquiétantes.

Dans son dernier discours sur l’état de la planète, le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a réaffirmé que nous sommes proches d’une catastrophe climatique ».

Selon les premières estimations, on sait déjà que l’année 2020 sera très probablement parmi les trois années les plus chaudes depuis l’ère préindustrielle. Elle se situerait à 1,2°C au-dessus de la température moyenne de l’ère préindustrielle. Cela signifie que la limite de 1,5°C préconisée par l’Accord de Paris de 2015 pourrait être atteinte, voire dépassée, dès 2024 !

Les confinements causés par la pandémie de Covid-19 ont certes provoqué une baisse drastique de la pollution et des émissions de gaz à effet de serre, mais cela n’a pas freiné la hausse de leur concentration dans l’atmosphère. Car c’est bien le mot « concentration » qui est le plus important et le plus inquiétant, comme le confirme en permanence la Courbe de Keeling.

Le rapport de l’ONU examine les effets du réchauffement climatiques sur plusieurs secteurs :

Températures : de janvier à octobre 2020, les températures globales de notre planète se situaient à 1,2 degré Celsius au-dessus de l’ère préindustrielle. La dernière décennie, 2011-2020, est la plus chaude jamais enregistrée.

Vagues de chaleur : Comme je l’ai rappelé à plusieurs reprises, 2020 a été une année exceptionnellement chaude en Russie, tout particulièrement en Sibérie. La période de janvier à août 2020 a été 3,7 degrés au-dessus de la moyenne de la région, pulvérisant le record établi en 2007, avec des dépassements atteignant parfois 5 degrés Celsius.

Réchauffement des océans : les deux dernières décennies ont connu une augmentation constante des températures océaniques. En 2020, 82 % de l’océan a connu au moins une vague de chaleur. On sait que ce réchauffement des eaux de surface océaniques contribue à intensifier la puissance des ouragans et autres typhons

Acidification des océans : les océans absorbent environ 23 % des émissions anthropiques de CO2 chaque année, mais cela provoque leur acidification, avec de lourdes conséquences sur les écosystèmes marins.

Catastrophes naturelles : la presse internationale a longuement parlé des incendies d’une ampleur exceptionnelle qui ont ravagé la Californie durant l’été, mais aussi l’Australie entre fin 2019 et début 2020. Tous ont été causés par le réchauffement climatique qui a asséché la végétation. A côté de ces incendies, l’ONU pointe aussi des événements comme les inondations importantes en Asie, et des sécheresses en Afrique du Sud.

Montée des eaux : le niveau de la mer s’élève en moyenne de 3,29 millimètres chaque année, « avec un pic en 2020 » selon le rapport onusien. Fin 2020, cette hausse du niveau des océans a été tempérée par le retour de La Niña dans les eaux du Pacifique tropical.

Banquise : 152 gigatonnes de glace ont été perdues par la fonte de calottes glaciaires entre septembre 2019 et août 2020. Comme je l’ai expliqué précédemment, l’étendue annuelle minimale de banquise arctique a été la deuxième plus faible jamais enregistrée, avec des records en juillet et octobre 2020. En août 2020, l’Arctique canadien a perdu sa dernière barrière de glace qui était restée intacte jusqu’à présent.

En Antarctique, l’étendue de la banquise est restée plutôt constante.

Comme je l’ai indiqué dans l’introduction, ll s’agit d’une version préliminaire du rapport de l’ONU qui s’appuie sur des données allant jusqu’à l’automne 2020. La version définitive sera publiée en mars 2021.

Source : ONU.