Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : la lave a traversé la RN2 !

Comme le 11 mars 2026, la pause dans la progression de la coulée en provenance des Grandes Pentes a été de courte durée et la lave a atteint la RN 2 ce 13 mars vers 6 heures du matin (heure locale), entre Saint-Philippe et Sainte-Rose, après avoir repris sa progression vers 23h40 dans la nuit. Comme je l’indiquais précédemment, cela fait 20 ans qu’un tel événement ne s’était pas produit pendant une éruption du volcan.

Vers 8h, le premier bras de coulée a fini par franchir entièrement la route, une traversée très rapide puisque, selon la presse locale, elle a duré une quinzaine de secondes seulement. Un second bras de coulée a coupé la RN2, une demi-heure plus tard. Ce front est actuellement 60 mètres en aval de la route, à 670m de l’océan.

Crédit photo: Ophélie Maraval / Réunion la 1ère

Arrivé sur place, le Préfet s’est assuré que toutes les normes de sécurité étaient en place. Il a autorisé un petit nombre de chanceux à s’approcher rapidement de la coulée, puis a fait reculer les barrières de protection. En effet, un troisième bras de coulée descendant les Grandes Pentes pouvait prendre au piège les personnes présentes. Le Préfet a tout de même veillé à ce que les barrières soient installées à des endroits d’où les gens pourraient quand même apercevoir la lave.

Crédit photo: OVPF

Des scientifiques de l’OVPF ont réalisé des prélèvements de lave, même si c’est à la source de l’éruption que la lave et les gaz sont les plus révélateurs de leur composition.

Sur le plan volcanologique, les instruments de surveillance indiquent que l’inflation de l’édifice volcanique se poursuit, signe d’une alimentation toujours active du système magmatique. La sismicité reste faible.

Comme je l’écrivais dans ma note précédente à propos de l’éruption, reste à savoir maintenant ce qui va se passer. La lave atteindra-t-elle l’océan qui n’est distant que de 800 ou 900 mètres de l’endroit où la route a été coupée. En extrapolant et en supposant que la coulée progresse à raison d’une vingtaine de mètres par heure, elle pourrait atteindre le trait de côte d’ici environ 48 heures, autrement dit dans la matinée du 15 mars. Toutefois, comme le fait remarquer Philippe Kowalski de l’OVPF, une telle prévision est hasardeuse car de nombreux facteurs peuvent intervenir et modifier le temps de parcours théorique. L’OVPF précise ce matin que le front de coulée est actuellement estimé à environ 700 m de l’océan, et que d »autres bras de coulées vont probablement franchir la route dans la journée.

Source: OVPF

Éruption du Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : Et maintenant ?

Si certains attendent avec impatience que la lave traverse la RN2, pour d’autres, la situation n’est guère réjouissante. La circulation a été interdite par la Préfecture entre Sainte Rose et Saint Philippe Cela signifie que les habitants de ces deux localités voient leurs déplacements chamboulés. Ils auront parfois à faire le tour de l’île pour atteindre leur destination ! Ainsi, ceux qui habitent à Saint-Philippe et travaillent dans l’Est se retrouvent dès aujourd’hui désemparés. Comme l’explique un article sur le site Réunion la 1ère, il existe deux solutions : aller jusqu’à la Plaine-des-Cafres et emprunter la route des Plaines, ou passer par le littoral et Saint-Denis. Peu importe laquelle, ces deux solutions rallongent le trajet de façon conséquente. On a l’exemple d’une professeure de SVT à Piton Sainte-Rose, mais qui habite Saint-Joseph. La fermeture de la route l’inquiète grandement, alors que la rentrée scolaire est prévue le 16 mars. Il y a la solution du covoiturage, mais qui n’est pas l’idéal non plus. La professeure envisage davantage de se faire héberger sur son lieu de travail le temps de l’interruption de la route par la coulée de lave. Ou bien elle essaiera d’btenir une emploi du temps avec des heures groupées, ce qui éviterait les aller-retour quotidiens.

Le même problème se pose dans l’autre sens, pour les gens qui habitent Saint Rose et voudraient se rendre dans le Sud. Les habitants qui travaillent sur Saint-Joseph vont être obligés de faire le grand tour. Comme je l’ai indiqué précédemment, la lave avait déjà coupé la RN2 en 2007.

Je me pose une autre question : La lave atteindra-t-elle la littoral qui n’est distant que de 800 ou 900 mètres de l’endroit où la route sera coupée. En extrapolant et en supposant que la coulée progresse à raison d’une vingtaine de mètres par heure, elle pourrait atteindre le trait de côte d’ici environ 48 heures, autrement dit dans la soirée du 14 mars. Toutefois, comme le fait remarquer Philippe Kowalski de l’OVPF, une telle prévision est hasardeuse car de nombreux facteurs peuvent intervenir et modifier le temps de parcours théorique.

Crédit photo: OVPF

Attention ! L’utilisation des drones est interdite, hormis quelques dérogations. Pour des raisons de sécurité et pour éviter le risque de collision entre drones et aéronefs, hélicoptères par exemple, une zone interdite temporaire de survols de drones est mise en place sur l’ensemble de l’Enclos jusqu’à 1000 mètres en mer. La restriction est applicable du jeudi 12 mars à 16h00 au lundi 16 mars à 16h00.

L’IFREMER explore les abysses // IFREMER explores the abyss

Les deux premiers prototypes de flotteurs-profileurs Argo Deep-6000, développés par l’Ifremer, ont effectué avec succès leurs premières plongées en autonomie en haute mer, au nord des Antilles. Depuis le 11 janvier 2026, chacun des deux profileurs a effectué cinq cycles complets jusqu’à 6 000 mètres de profondeur, transmettant pour la première fois des données inédites sur les abysses. La France devient ainsi le troisième pays au monde, après les États-Unis et la Chine, à concevoir des profileurs Argo capables d’explorer ces profondeurs extrêmes. D’ici à 2028, 30 de ces profileurs grands fonds rejoindront la flotte internationale de 4000 profileurs pour couvrir plus de 98% du volume de l’Océan mondial.

L’Ifremer précise sur son site que ces nouveaux profileurs Argo Deep-6000 permettront de mesurer en temps réel la salinité, la température, l’oxygène et la pression des grands fonds, afin de mieux connaître l’impact du réchauffement climatique jusqu’à 6000 mètres de profondeur. Les chercheurs pourront également obtenir des informations sur la circulation océanique profonde qui contribue au stockage dans l’océan profond des signaux climatiques comme la chaleur ou le carbone, et affiner les modèles de prévisions océaniques.

Argo est un exemple de coopération internationale remarquable, avec plus de 60 pays qui y contribuent.

Comme je l’explique souvent sur ce blog, nous connaissons mieux la surface de la planète Mars que les profondeurs de nos propres océans. Ce sont pourtant dans les abysses que se trouvent les zones de subduction, facteur déclencheur des séismes les plus puissants et les plus destructeurs. L’Ifremer confirme que l’Océan abyssal est encore largement méconnu et très peu échantillonné.

Pourtant, environ 10% du réchauffement total de l’Océan est situé en dessous de 2000 mètres de profondeur, et les rares données dont nous disposons indiquent un fort signal de réchauffement sous 4000 mètres dans l’Océan Austral qui commence à se propager vers le nord dans les Océans Pacifique, Atlantique et Indien. Passer le cap des grands fonds est donc essentiel pour la communauté scientifique qui va rapidement bénéficier d’un jeu de données complet permettant de suivre à la fois l’évolution temporelle de ce réchauffement et sa propagation spatiale dans les eaux les plus profondes. Les données recueillies permettront également de mieux connaître la contribution des zones abyssales à l’augmentation du niveau de la mer.

L’Ifremer explique sur son site web que le développement des profileurs Argo Deep-6000 a nécessité de lever des verrous techniques liés à la très importante pression exercée par la colonne d’eau dans les grandes profondeurs.

Ces profileurs sont capables de plonger et remonter en autonomie sur des cycles de dix jours, comme leurs homologues qui plongent entre 2000 et 4000 mètres. Afin de résister aux conditions des abysses, un matériau composite a été préféré au titane. Chaque flotteur pèse 40 kilogrammes contre 20 kilogrammes pour les flotteurs classiques, pour résister aux conditions extrêmes auxquelles il sera exposé.

Source : Ifremer.

————————————-

The first two prototypes of the Argo Deep-6000 profiler floats, developed by Ifremer, have successfully completed their first autonomous dives in the open ocean, north of the Antilles. Since January 11, 2026, each of the two profilers has completed five full cycles to a depth of 6,000 meters, transmitting unprecedented data on the abyssal zone for the first time. France thus becomes the third country in the world, after the United States and China, to develop Argo profilers capable of exploring these extreme depths. By 2028, 30 of these deep-sea profilers will join the international fleet of 4,000 profilers to cover more than 98% of the world’s ocean volume.

Ifremer explains on its website that these new Argo Deep-6000 profilers will allow for real-time measurement of salinity, temperature, oxygen, and pressure in the deep sea, in order to better understand the impact of global warming down to depths of 6,000 meters. Researchers will also be able to obtain information on deep ocean circulation, which contributes to the storage of climate signals such as heat and carbon in the deep ocean, and refine ocean forecasting models.

Argo is an example of remarkable international cooperation, with more than 60 countries contributing to the project.

As I often explain on this blog, we know more about the surface of Mars than the depths of our own oceans. Yet, it is in the abyssal zone that subduction zones are found, the trigger for the most powerful and destructive earthquakes. Ifremer confirms that the abyssal ocean remains largely unknown and very poorly sampled.

However, approximately 10% of total ocean warming occurs below 2,000 meters, and the limited data available indicates a strong warming signal below 4,000 meters in the Southern Ocean, which is beginning to propagate northward into the Pacific, Atlantic, and Indian Oceans. Therefore, reaching the deep sea is essential for the scientific community, which will soon benefit from a comprehensive dataset enabling it to track both the temporal evolution of this warming and its spatial propagation in the deepest waters. The data collected will also provide a better understanding of the contribution of abyssal zones to sea-level rise.

Ifremer explains on its website that the development of the Argo Deep-6000 profilers required overcoming technical challenges related to the very high pressure exerted by the water column in the deep sea.

These profilers are capable of autonomous dives and ascents on ten-day cycles, like their counterparts that dive between 2,000 and 4,000 meters. To withstand the conditions of the deep sea, a composite material was chosen over titanium. Each float weighs 40 kilograms, compared to 20 kilograms for conventional floats, to withstand the extreme conditions to which it will be exposed.

Source: Ifremer.

Désastre climatique en Alaska // Climate disaster in Alaska

Les médias français ont à peine évoqué la catastrophe qui vient de frapper l’ouest et le sud-ouest de l’Alaska. Suite au passage du typhon Halong, qui a pris naissance dans le nord de la mer des Philippines le 5 octobre 2025, des inondations désastreuses ont ravagé des communautés isolées dans l’ouest de l’Alaska, avec des centaines d’évacuations qui pourraient durer encore plusieurs jours. Voici une vidéo illustrant la situation :

https://www.facebook.com/watch/?v=2321075508351194

Les restes du typhon Halong ont provoqué des inondations à grande échelle dans l’ouest de l’Alaska le week-end dernier.

La houle a fait s’élever le niveau de l’océan qui a recouvert les terres parfois sur une hauteur de deux mètres. Outre les inondations côtières, des rafales de vent ont atteint 80 à 160 km/h dans certaines des 49 localités touchées.

 

Les bourgades côtières isolées ont été les plus durement touchées par les inondations, notamment Kipnuk, située à environ 800 kilomètres d’Anchorage. 264 personnes avaient été évacuées par la Garde nationale d’Alaska le 16 octobre et 211 le 15 octobre dans les localités touchées par les inondations. Les évacuations se poursuivront pendant plusieurs jours, car il reste probablement des centaines de personnes en grande difficulté. Des agences locales et des charters privés sont mobilisés pour ces évacuations.
Au moins une personne est décédée et deux autres sont toujours portées disparues. Cependant, les autorités ont déclaré qu’il n’y avait actuellement aucune crainte de nouvelles disparitions. Des photos de la Garde nationale d’Alaska montrent environ 300 personnes déplacées entassées dans un avion C-17.


Selon la Fondation communautaire d’Alaska, au moins 2 000 personnes des zones rurales d’Alaska ont été déplacées. Le gouverneur de l’Alaska a déclaré avoir signé une demande de déclaration de catastrophe et demandé au président Trump de « déclarer l’état de catastrophe majeure pour l’Alaska, », ce qui permettrait d’avoir des aides fédérales Les évacuations se déroulent dans une course contre la montre car l’hiver s’est déjà installé en Alaska avec des températures très froides.

La crise humanitaire dans le sud-ouest de l’Alaska a attiré l’attention sur les coupes drastiques opérées par l’administration Trump dans les subventions destinées à aider les petits villages, majoritairement autochtones, à se préparer aux tempêtes ou à atténuer les risques de catastrophe.
Par exemple, une subvention de 20 millions de dollars accordée par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) à Kipnuk, inondée aujourd’hui par la montée de l’océan, a été annulée par l’administration Trump, une décision violemment contestée par les groupes environnementaux. Cette subvention était destinée à protéger les passages en caillebotis que les habitants empruntent pour se déplacer, ainsi que les équipements destinés à protéger la localité contre l’érosion de la rivière locale.
Bien sûr, la Nature est la plus forte et aucun projet n’était susceptible d’empêcher les dernières inondations qui montrent les effets du réchauffement climatique sur le niveau des océans. Cependant, les travaux visant à retirer les réservoirs de carburant abandonnés et autres matériaux afin d’éviter leur déversement dans la rivière auraient pu être réalisables en 2025 si les subventions fédérales n’avaient pas été supprimées. Selon les autorités locales, « la situation à Kipnuk illustre le coût réel du retrait du soutien fédéral qui avait été promis aux communautés les plus exposées aux tempêtes. Ces subventions étaient destinées à aider les collectivités locales à se préparer et à s’adapter aux effets croissants du réchauffement climatique. Le non-respect de cet engagement met en péril la sécurité, les habitations et l’avenir des populations. » Les autorités locales – de tendance politique républicaine – affirment également que, malgré ces inondations d’une ampleur record, les prévisions météorologiques étaient exactes et que les météorologues recevaient des données fiables. Cependant, comme je l’ai déjà expliqué, les coupes budgétaires ont empêché les météorologues locaux de disposer du nombre suffisant de ballons-sondes pour effectuer des prévisions plus précises.

Le principal obstacle pendant la tempête a été la distance et le manque de moyens de communication. Les routes sont très rares et elles ont toutes été inondées, ainsi que les pistes des quelques petits aéroports. Le seul moyen d’évacuer les personnes était la voie aérienne. Environ 300 personnes ont été transportées à Anchorage qui se trouve à environ 800 kilomètres à l’est des villages côtiers sinistrés. Certaines ont été accueillies dans un abri temporaire installé à l’Alaska Airlines Center, une salle omnisports d’Anchorage.

Source des différentes illustrations : presse américaine

Beaucoup de personnes ignorent si elles pourront un jour retourner dans leurs villages. Certaines maisons ne peuvent être réoccupées, même avec des réparations d’urgence, et d’autres pourraient ne plus être habitables d’ici l’hiver.
Source (texte et images) : médias d’information américains.

——————————————-

French news media hardly mentioned the disaster that is occurring in western and southwestern Alaska. In the aftermath of Typhoon Halong, which originated in the northern Philippine Sea on October 5th, 2025, historic floodwaters have destroyed remote communities across western Alaska, causing hundreds of evacuations that could continue for days.Here is a video illustrating the situation :

https://www.facebook.com/watch/?v=2321075508351194

The remnants of the typhoon brought the massive flooding to these western regions of Alaska last weekend, sweeping across the west coast of the state on Monday and dumping nearly 2 meters of water in some areas. Along with coastal flooding, wind gusts reached 80 to 160 kmph in some of the 49 communities affected.

Remote, coastal towns have been hit the hardest by the floods, including Kipnuk which is about 800 kilometers from Anchorage. So far, 264 people were evacuated on 16 October and 211 on 15 October from these impacted communities by the Alaska National Guard. The evacuations of these flooded-out, smaller communities will continue « for days » as there are likely hundreds left to be evacuated. Both local agencies and private charters are being used for the evacuations.

At least one person has died from these floods, with two people remaining missing. But, officials said there is currently no concern that additional people may be missing. Photos from the Alaska photoNational Guard show around 300 displaced individuals taking shelter in a C-17 aircraft.

At least 2,000 people from rural Alaska have been displaced, according to the Alaska Community Foundation. Alaska’s Governor has said that he signed an application for a Presidential Disaster Declaration, asking President Donald Trump to « declare a major disaster for Alaska » as a result of this storm. The evacuations are arace against time as winter is arriving in Alaska with very cold temperatures.

The crisis unfolding in southwest Alaska has drawn attention to Trump administration cuts to grants aimed at helping small, mostly Indigenous villages prepare for storms or mitigate disaster risks.

For example, a $20 million U.S. Environmental Protection Agency grant to Kipnuk, which was inundated by floodwaters, was cancelled by the Trump administration, a move challenged by environmental groups. The grant was intended to protect the boardwalk residents use to get around the community as well as river from erosion.

Of course, no single project was likely to prevent the recent flood. However, work to remove abandoned fuel tanks and other material to prevent it from falling into the river might have been feasible during the 2025 construction season. According to local authorities, »what’s happening in Kipnuk shows the real cost of pulling back support that was already promised to front line communities. These grants were designed to help local governments prepare for and adapt to the growing effects of climate change. When that commitment is broken, it puts people’s safety, homes and futures at risk. »

Local authorities also say that while some of the flooding was record-level, the weather forecasting was accurate, and they received the normal weather predictions and had the right data. However, as I put it before,the administration cuts prevented local weather forecasters from having the adequate number of balloons to make more accurate predictions.

The major obstacle during the storm was the distance and the lack of means of communication. There are very fes roads and they were all inundated. The only way to evacuated people was by air. About 300 evacuees were brought to Anchorage, about 800 kilometers east of the battered coastline villages. Sme evacuees were received at a temporary shelter set up at the Alaska Airlines Center, an arena in Anchorage. Many of these persons do not know whethers they will ever be able to return to their villages. Some homes cannot be reoccupied, even with emergency repairs, and others may not be livable by winter.

Source : U.S. News media.