Le détournement des coulées de lave et ses limites // The diversion of lava flows and its limits

L’éruption du 14 janvier 2024 sur la péninsule islandaise de Reykjanes a montré l’utilité et l’efficacité des digues de terre pour détourner une coulée de lave et protéger une zone habitée. Cette éruption a aussi montré que dans certaines circonstances il est impossible de protéger des habitations de cette façon. La deuxième coulée de lave était trop proche de Grindavik pour intervenir et trois maisons ont été détruites.

Ce n’est pas la première fois que l’Homme tente de s’opposer aux forces de la Nature et essaye d’empêcher la lave d’envahir son territoire. Dans une note rédigée le 19 décembre 2017, je donnais plusieurs exemples de ces tentatives :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2017/12/19/detournement-des-coulees-de-lave-diversion-of-lava-flows/

En 1669, un flot de lave en provenance de l’Etna menaça la ville de Catane. La tentative de détournement de la lave fut largement infructueuse, en partie à cause de l’opposition des citoyens de Paterno.

Catane 1669

A Hawaii, des tentatives pour détourner la lave du Mauna Loa ont été réalisées en 1935 et 1942. Des digues de terre ont été construites à la hâte pour détourner des coulées du Kilauea en 1955 et 1960, sans grand succès.

Dans les années 1990, Haroun Tazieff m’avait expliqué les problèmes juridiques auxquels se heurtait le détournement d’une coulée de lave. On ne peut pas envoyer vers une terre autrement épargnée la lave qui menace un territoire. Des tentatives indépendantes pour protéger des biens sont fortement déconseillées car un tel détournement vers la propriété de quelqu’un d’autre comporte invariablement des questions de responsabilité.

Des détournements de lave ont été effectués avec succès en Italie et en Islande, mais ils ont été cautionnés par le gouvernement. De plus, le détournement de la lave n’est possible que lorsque le terrain est favorable et lorsqu’elle sera envoyée vers des terres qui n’ont guère de valeur économique, en sachant qu’il faut du temps pour prévoir et effectuer une telle opération.

Trois méthodes ont été utilisées pour détourner les coulées de lave avec succès dans le passé: (1) L’utilisation d’explosifs pour perturber l’alimentation dans les tunnels près de bouches éruptives, loin des fronts d’écoulement de la lave (Etna 1983 et 1992); (2) l’application de grandes quantités d’eau sur les fronts de coulées pour les refroidir et former des barrières de lave solidifiée, comme en Islande en 1973; et (3) la construction de structures faisant obstacle à l’avancement de la lave afin de l’orienter vers des trajectoires moins destructrices, comme en janvier 2024 en Islande.

Heimaey 1973

 

Etna 1992

Grindavik 2024

Dans le cas d’Hawaii, il faut aussi prendre en compte les avis des autochtones. La plupart des Hawaïens vous diront que « vous pouvez jouer avec Pele si vous voulez, mais la déesse n’en fera qu’à sa tête. » Les tentatives de détournement de lave à Hawaii demandent obligatoirement la présence de personnes qui connaissent bien les traditions locales et qui pourront dire à Pele ce qu’il est souhaitable qu’elle fasse. La Princesse Ruth est un bon exemple de telles pratiques. En juillet 1881, elle a parlé à Pele depuis les Halai Hills et la déesse a empêché une coulée de lave du Mauna Loa de pénétrer dans Hilo! C’est ce que j’ai expliqué dans une note rédigée le 23 décembre 2014 :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2014/12/23/detournement-de-la-lave-a-hawaii-demandez-dabord-a-pele-lava-diversion-in-hawaii-ask-pele-first/

Pélé, déesse du feu et des volcans à Hawaii

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The eruption of January 14th, 2024 on the Reykjanes peninsula showed the usefulness and effectiveness of earth dikes to divert a lava flow and protect a populated area. This eruption also showed that in certain circumstances it is impossible to protect homes in this way. The second lava flow was too close to Grindavik to intervene and three houses were destroyed.
This is not the first time that Man has tried to oppose the forces of Nature and tried to prevent lava from invading his territory. In a note written on December 19th, 2017, I gave several examples of these attempts:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2017/12/19/detournement-des-coulees-de-lave-diversion-of-lava-flows/

In 1669, a flow of lava from Mt Etna threatened the city of Catania. The attempt to divert the lava was largely unsuccessful, in part due to opposition from the citizens of Paterno.
In Hawaii, attempts to divert lava from Mauna Loa were made in 1935 and 1942. Earthen dikes were hastily constructed to divert flows from Kilauea in 1955 and 1960, without much success.
In the 1990s, Haroun Tazieff explained to me the legal problems linked to the diversion of a lava flow. One cannot send the lava that threatens a territory to a land otherwise spared. Independent attempts to protect property are strongly discouraged because such diversion into someone else’s property invariably involves questions of liability.

Lava diversions have been carried out successfully in Italy and Iceland, but they were agreed by the government. Furthermore, the diversion of lava is only possible when the terrain is favorable and when it will be sent to lands that have little economic value, knowing that it takes time to predict and carry out such operation.
Three methods have been used to divert lava flows successfully in the past: (1) The use of explosives to disrupt the feed in tunnels near eruptive vents, away from the lava flow fronts (Etna 1983 and 1992); (2) the application of large quantities of water to flow fronts to cool them and form solidified lava barriers, as in Iceland in 1973; and (3) the construction of structures preventing the advancement of lava in order to direct it towards less destructive trajectories, as in January 2024 in Iceland.
In the case of Hawaii, the opinions of the natives must also be taken into account. Most Hawaiians will tell you that “you can play with Pele if you want, but the goddess will have her way. » Attempts to divert lava in Hawaii necessarily require the presence of people who are familiar with local traditions and who can tell Pele what it is desirable for her to do. Princess Ruth is a good example of such practices. In July 1881, she spoke to Pele from the Halai Hills and the goddess stopped a lava flow from Mauna Loa from entering Hilo! This is what I explained in a note written on December 23rd, 2014:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2014/12/23/detournement-de-la-lave-a-hawaii-demandez-dabord-a-pele-lava-diversion-in-hawaii-ask-pele-first/

Rencontre rapprochée avec Io, la lune de Jupiter // Close encounter with Io, Jupiter’s moon

Le samedi 30 décembre 2023, la sonde spatiale Juno de la NASA effectuera le survol le plus proche de la lune de Jupiter, Io, jamais réalisé depuis plus de 20 ans. Passant à environ 1 500 kilomètres au-dessus de la surface volcanique de Io, le vaisseau spatial et sa batterie d’instruments devraient permettre de générer une foule de données.
En combinant les données collectées lors de ce survol avec des observations précédentes, l’équipe scientifique en charge de Juno étudiera l’évolution de l’activité volcanique sur Io. Les chercheurs pourront analyser la fréquence des éruptions, le comportement des coulées de lave et dans quelle mesure l’activité d’Io est liée au flux de particules chargées dans la magnétosphère de Jupiter.
Un deuxième survol ultra-rapproché d’Io est prévu le 3 février 2024. Juno se retrouvera à nouveau à environ 1 500 kilomètres de la surface de la lune de Jupiter.
Jusqu’à présent, Juno a observé l’activité volcanique d’Io à des distances allant d’environ 11 000 à plus de 100 000 kilomètres et a fourni les premières vues des pôles nord et sud de la lune. Le vaisseau spatial a également effectué des survols rapprochés de Ganymède et Europe, les lunes glacées de Jupiter.
Avec les deux survols rapprochés de décembre et février, Juno étudiera la source de l’intense activité volcanique de Io, cherchera à savoir si un océan de magma existe sous sa croûte et étudiera l’impact des forces de marée de Jupiter, qui affectent sans relâche la lune.
Source : NASA.

Source: NASA

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NASA’s Juno spacecraft will on Saturday, December 30th, 2023 make the closest flyby of Jupiter’s moon Io that any spacecraft has made in over 20 years. Coming within roughly 1,500 kilometers from the surface of the most volcanic world in our solar system, the pass is expected to allow Juno instruments to generate a firehose of data.

By combining data from this flyby with previous observations, the Juno science team is studying how Io’s volcanoes vary. The researchers are looking for how often they erupt, how the shape of the lava flow changes, and how Io’s activity is connected to the flow of charged particles in Jupiter’s magnetosphere.

A second ultra-close flyby of Io is scheduled for February 3rd, 2024, in which Juno will again come within about 1,500 kilometers of the surface.

The spacecraft has been monitoring Io’s volcanic activity from distances ranging from about 11,000 to over 100,000 kilometers, and has provided the first views of the moon’s north and south poles. The spacecraft has also performed close flybys of Jupiter’s icy moons Ganymede and Europa.

With the two close flybys in December and February, Juno will investigate the source of Io’s massive volcanic activity, whether a magma ocean exists underneath its crust, and the importance of tidal forces from Jupiter, which are relentlessly affecting the moon.

Source : NASA.

Source: NASA

Islande : vers la fin de l’éruption? // Iceland : is the eruption coming to an end?

21 décembre – 6 heures : Il semble bien que l’éruption sur la péninsule de Reykjanes soit en train de toucher à sa fin. Il faut attendre la confirmation de Met Office, mais la petite activité strombolienne observée hier soir au niveau de la seule bouche active semble avoir cessé ce matin. On ne voit que quelques points résiduels d’incandescence sur le champ de lave. La sismicité est faible. Prudence tout de même. On a vu le 18 décembre qu’un afflux inattendu de magma peut changer la donne et modifier les prévisions sur le plan pratique. Les habitants de Grindavik seront-ils autorisés à revenir chez eux  et le Blue Lagoon rouvrira-t-il pour Noël ? Seule la Madame Pélé islandaise connaît la réponse… !

Dernières nouvelles à midi : Le Met Office indique aujourd’hui à midi qu’il est trop tôt pour déclarer officiellement la fin de l’éruption car il pourrait encore y avoir de l’activité dans des tunnels de lave.

Captures d’écrans webcams à 7 heures et 11 heures le 21 décembre 2023

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December 21st – 6 a.m.: It looks as if the eruption on the Reykjanes Peninsula is coming to an end. We need to wait for confirmation from the Met Office, but the small Strombolian activity observed last night at the only active vent seems to have stopped this morning. One can only see a few residual points of incandescence on the lava field. Seismicity is low. However, one should be careful. On December 18th, an unexpected influx of magma changed the situation and modified predictions on a practical level. Will Grindavik residents be allowed to return home and will the Blue Lagoon reopen for Christmas? Only Icelandic Madame Pélé knows the answer…!

Latest news at midday : The Met Office indicates today at midday that it is too early to declare the eruption officially over as there could still be activity in closed lava channels.

Éruption islandaise : pas de risque pour le trafic aérien // Eruption in Iceland : no risk for air traffic

A l’approche des vacances de Noël, certains se demandent si l’éruption en cours sur la péninsule islandaise de Reykjanes ne risque pas de perturber le trafic aérien comme en 2010 avec l’éruption de l’Eyjafjallajokull. Ces personnes n’ont pas à s’inquiéter car les deux éruptions sont très différentes.
Aucune des récentes éruptions sur la péninsule de Reykjanes n’a perturbé le trafic aérien, malgré la proximité de l’aéroport de Keflavik. Dans sa phase initiale, l’éruption actuelle a semblé plus importante et plus puissante que celles des dernières années, mais il est peu probable maintenant qu’elle ait un impact sur le trafic aérien.
Personne ne peut oublier les énormes perturbations survenues en 2010 lorsque l’Eyjafjallajokull a vomi de volumineux panaches de cendres qui ont transité au-dessus de l’Europe. Quelque 100 000 vols ont été cloués au sol, des millions de voyageurs ont été bloqués et le trafic aérien a été interrompu pendant plusieurs jours car on craignait que les fines particules de cendre endommagent les moteurs des aéronefs.

Nuage éruptif de l’Eyjafjoll en 2010 (Source: Wikipedia)

Aujourd’hui, les volcanologues expliquent que l’éruption à 3 km au nord de Grindavik ne devrait pas produire beaucoup de cendres ni provoquer une perturbation d’une ampleur similaire.
Contrairement à ce qui avait été promis en 2010, aucun effort n’a été fait et aucune mesure n’a été prise pour installer des détecteurs de cendre à bord des avions. En 2014, alors que j’allais en Alaska à bord d’un Boeing 727 de British Airways, et que, passant à proximité de l’Islande, on pouvait voir le nuage éruptif planer au-dessus de l’île, le pilote m’a dit que son avion n’était pas équipé d’un tel instrument et qu’il n’avait jamais été informé de l’éruption !
Les scientifiques affirment qu’il n’y a actuellement aucun risque que la lave atteigne la ville de Grindavik ou des structures comme la centrale électrique de Svartsengi. Les habitants de la zone ont été évacués et la plupart des routes environnantes restent fermées.

Grindavik sous la menace de l’éruption? (Crédit photo: Iceland Monitor)

Cependant, les scientifiques préviennent que la situation pourrait changer et qu’il est trop tôt pour dire combien de temps durera l’éruption. On ne sait pas, non plus, quand les habitants de Grindavik pourront réintégrer leurs maisons. Même si la lave n’est pas sortie dans la bourgade, ni dans la centrale de Svartsengi, ni dans le Blue Lagoon, les coulées de lave ne sont qu’à quelques kilomètres et on craint toujours qu’elles atteignent ces sites sensibles.
Les gaz émis par l ‘éruption peuvent également accroître le risque de mauvaise qualité de l’air dans la région en raison de la présence de SO2. Le Met Office explique qu’une pollution gazeuse pourrait être détectée dans la région de Reykjavik dans les prochains jours.

L’éruption le 19 décembre (image webcam)

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As the Christmas holidays approach, some people are wondering whether the current eruption on the Reykjanes Peninsula in Iceland might dirupt air trafic like in 2010 with the eruption of Eyjafjallajokull. These people do net need to worry as the two eruptions are very different.

None of the recent eruptions on the Reykjanes Peninsula caused damage or disruptions to flights, despite the area’s proximity to Keflavik Airport. Though the current eruption appeared to be larger and more powerful than those in recent years at the beginning, it is unlikely to impact air travel.

Nobody can forget the huge disruptions to international aviation in 2010, when Eyjafjallajokull, spewed giant clouds of ash high into the atmosphere over Europe. Some 100,000 flights were grounded, millions of international travelers stranded and air travel was halted for days because of concerns the fine ash could damage jet engines.

Experts say the location and features of the current eruption mean it is not expected to produce much ash or cause a similar scale of disruption.

Contrary to what had been promised in 2010, no efforts or measures have been taken to install ash detecting instruments on board aircraft. In 2014, while I was travelling to Alaska onboard a British Airways Boeing 727, and one could see the eruption cloud hovering above Iceland, the pilot told me his plane was not equipped with such equipment and he had never been told about the eruption !

Scientists say that there is no current threat that the lava will reach the town of Grindavik or key structures like nearby power plants. The residents from the area have been evacuated and most surrounding roads remain closed.

However, the scientists warn the situation could change and that it’s too early to say how long the eruption will last or when local residents could move back into their homes. Even though the lava did not erupt into the town of Grindavik, or at the nearby power plant, or at the Blue Lagoon, the lava flows are still only a few kilometers away and there is still concern of lavas reaching these key locations.

The eruptive gases can also heighten the risk of poor air quality in the region because of the increased SO2 content in the air. The Met Office explains that gas pollution may be detected in the area of Reykjavik in the next few days.