Fin de vie de l’iceberg A23a // End of life for iceberg A23a

Depuis novembre 2023, j’ai publié plusieurs notes à propos de l’A23a, l’un des icebergs les plus volumineux et les plus anciens jamais suivis par les scientifiques.

Source: NASA

Aujourd’hui, en janvier 2026, l’iceberg est toujours en vie, mais il a pris une belle couleur bleue et la NASA indique qu’il est « au bord de la désintégration complète ».
L’A23a, un immense bloc de glace qui faisait autrefois deux fois la superficie de l’État du Rhode Island aux États Unis, est entouré d’eau de fonte bleue alors qu’il dérive dans l’Atlantique Sud, au large de la pointe orientale de l’Amérique du Sud.
Un satellite de la NASA a capturé une image de l’iceberg en train de se désintégrer le lendemain de Noël. On peut voir des flaques d’eau de fonte bleue à sa surface.

Image satellite montrant la masse bleue d’A23a le 26 décembre 2025 (Source : NASA)

Le lendemain, un astronaute à bord de la Station spatiale internationale a pris une photo au téléobjectif ; on y voit une flaque d’eau de fonte encore plus grande.

Source : ISS

L’image satellite de la NASA révèle que l’iceberg A23a a également « une zone de fuite» En effet, le poids de l’eau accumulée à son sommet a percé la glace. Un moulin est apparu, comme cela se produit fréquemment à la surface d’un glacier
Selon les scientifiques, tout indique que ce méga iceberg pourrait se désintégrer complètement d’ici quelques jours ou quelques semaines, emporté par les courants vers des eaux encore plus chaudes de l’océan Austral. La hausse des températures saisonnières pourrait également accélérer la fonte de l’A23a et le faire disparaître dans une zone que les scientifiques ont baptisée « cimetière d’icebergs. »
La NASA explique que les motifs linéaires bleus et blancs visibles à la surface de l’A23a sont probablement les restes de reliefs dessinés il y a des centaines d’années, lorsque l’iceberg faisait partie du socle rocheux antarctique. « Ces stries se sont formées parallèlement au sens du courant, faisant apparaître de subtiles crêtes et vallées à la surface de l’iceberg ; elles dirigent désormais l’écoulement des eaux de fonte. »

Lorsque l’iceberg s’est détaché du continent antarctique en 1986, il couvrait une surface d’environ 4 000 kilomètres carrés et abritait une station de recherche soviétique qui a dû être déplacée à l’aide de skis et installée sur un terrain plus sûr.

Crédit photo : BAS

L’iceberg A23a est resté coincé pendant plus de 30 ans avant de finalement se libérer en 2020. Sa lente progression vers le nord a parfois été ralentie par les courants et tourbillons océaniques. En 2023, le British Antarctic Survey a publié une série d’images satellites en accéléré montrant la trajectoire de l’iceberg. En janvier 2025, les scientifiques ont craint qu’il entre en collision avec la Géorgie du Sud et vienne menacer une colonie de manchots, mais heureusement, il n’y a pas eu d’impact.

Durant l’été 2025, plusieurs gros blocs de glace se sont détachés de l’A23a alors qu’il connaissait des conditions estivales relativement chaudes. D’après les estimations du NSIDC début janvier 2026, la superficie de l’iceberg A23A serait de 1 182 kilomètres carrés, donc supérieure à celle de la ville de New York, mais bien inférieure à sa taille initiale.
Au bout du compte, l’A23a connaîtra le même sort que les autres icebergs antarctiques, mais son parcours a été remarquablement long et mouvementé. Un scientifique de la NASA a déclaré : « On a du mal à croire qu’il ne sera bientôt plus parmi nous.»
Source : CBS News, NASA, NSIDC.

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Starting in November 2023, I have written several posts about A23a, one of the largest and oldest icebergs ever tracked by scientists.

Today in January 2026, the iceberg is still alive but it has turned blue and NASA says it is « on the verge of complete disintegration. »

A23a, a massive wall of ice that was once twice the size of Rhode Island, is drenched in blue meltwater as it drifts in the South Atlantic off the eastern tip of South America.

A NASA satellite captured an image of the fading berg the day after Christmas, showing pools of blue meltwater on its surface. (see image above)

A day later, an astronaut aboard the International Space Station captured a photograph showing a closer view of the iceberg, with an even larger melt pool. (see image above)

The NASA satellite image suggests that the A23a has also « sprung a leak, » as the weight of the water pooling at the top of the berg punched through the ice.

Scientists say all signs indicate the so-called « megaberg » could be just days or weeks from totally disintegrating as it rides currents that are pushing it toward even warmer waters. Warmer air temperatures during this season could also speed up A23a’s demise in an area that ice experts have dubbed a « graveyard » for icebergs.

NASA explains that the blue and white linear patterns visible on A23a are likely related to striations, which are ridges that were scoured hundreds of years ago when the iceberg was part of the Antarctic bedrock. « The striations formed parallel to the direction of flow, which ultimately created subtle ridges and valleys on the top of the iceberg that now direct the flow of meltwater. »

When the berg detached from Antarctica in 1986, it was about 4,000 square kilometers and hosted a Soviet research station which had to be removed on skis and installed on safer ground. (see image above)

A23a remained stuck for over 30 years before finally breaking free in 2020, its slow journey north sometimes held up by ocean forces that stopped its movement. In 2023, the British Antarctic Survey posted a time-lapse of satellite imagery, showing the iceberg’s movement. In January 2025, it was on a collision course with South Georgia, threatening a penguin colony, but fortunately, it did not make impact.

In the summer 2025, multiple large chunks of ice broke off A23a as it moved into relatively warm summer conditions. According to current estimates from the NSIDC, in early January 2026, the berg’s area is 1,182 square kilometers, still larger than New York City but a fraction of its initial size.

In the end, A-23A will face the same fate as other Antarctic bergs, but its path has been remarkably long and eventful. Said one NASA scientist :  » It’s hard to believe it won’t be with us much longer. »

Source : CBS News, NASA, NSIDC.

Champs Phlégréens (Italie) : nouvelle méthode de surveillance thermique depuis l’espace // Campi Flegrei (Italy) : new method of thermal monitoring from space

Une étude menée par des chercheurs de l’INGV propose l’utilisation des  données thermiques fournies par la Station spatiale internationale (ISS) pour alerter sur la sismicité dans les Champs Phlégréens.
Les Champs Phlégréens sont l’une des zones volcaniques les plus actives au monde et, ces dernières années, leur sismicité a considérablement augmenté. L’étude de l’INGV a été publiée dans la revue Remote Sensing Letters. Elle est intitulée « Un nouvel algorithme de surveillance thermique utilisant les séries temporelles ECOSTRESS : le cas des Champs Phlégréens, à Naples, en Italie ». L’étude décrit une méthode d’analyse des images thermiques prises par l’ISS capable de détecter les variations de température significatives précédant les séismes les plus intenses dans cette région.
La méthode utilise les données collectées par ECOSTRESS, un capteur du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA installé à bord de l’ISS. Cet outil estime la température de surface avec une haute résolution spatiale d’environ 70 m au cours de passages fréquents au-dessus de la même zone pendant environ trois jours.
Les scientifiques ont généré deux séries historiques de températures extraites d’images thermiques de deux zones de la Solfatare entre 2021 et 2024. La différence de température entre les deux zones a été analysée avec deux méthodes statistiques distinctes, permettant de comparer les anomalies détectées aux principaux événements sismiques enregistrés dans la zone.

Vues de la Solfatara (Photos: C. Grandpey)

Un chercheur de l’INGV et co-auteur de l’étude a déclaré : « Nous avons détecté des variations de température anormales dans la Solfatare ayant précédé certains séismes de plus grande intensité, avec une anticipation allant de quelques jours à quelques semaines.» Par exemple, le 17 mai 2024, une augmentation de température de 5°C a précédé de trois jours un séisme de magnitude M4,4. S’agissant de l’événement de magnitude M4,2 du 27 septembre 2023, l’augmentation de température observée le 21 septembre a dépassé 7°C. La deuxième méthode statistique a également mis en évidence des anomalies de température pour ces deux événements apparus respectivement le 12 avril 2024 et le 6 septembre 2023. De plus, la valeur moyenne de l’écart de température a augmenté ces dernières années, en parallèle avec la hausse d’autres signaux déjà observés dans la région, tels que l’élévation du sol provoquée par le bradyséisme et les émissions de dioxyde de carbone.
Les anomalies de température mises en évidence par deux analyses statistiques différentes conforte les chercheurs dans l’idée qu’il existe un lien possible entre la fluctuation de la température de surface et l’activité sismique de la région.
L’étude complète peut être consultée en cliquant sur ce lien :
https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/2150704X.2025.2459213

À mon avis, cette étude est intéressante dans la mesure où la technique utilisée permettrait d’anticiper les séismesdans les Champs Phlégréens. Cependant, elle ne donne aucune indication sur la magnitude des séismes prévus et n’indique donc pas aux autorités compétentes si des mesures doivent être prises pour assurer la sécurité de la population.

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A study conducted by researchers at INGV suggests the use of thermal data from the International Space Station in seismic alerting of the Phlegraean area

The Campi Flegrei are one of the most active volcanic areas in the world and, in recent years, their seismicity has increased significantly. The INGV study was published in the magazine Remote Sensing Letters. It is entitled “A novel algorithm for thermal monitoring using ECOSTRESS time series : the case of Campi Flegrei, Naples, Italy”. It describes a method of analysis of thermal images taken by the International Space Station (ISS) capable of detecting significant temperature variations that precede the most intense earthquakes in the Phlegraean area.

The method uses the data collected by the tool ECOSTRESS, a NASA-Jet Propulsion Laboratory (JPL) sensor installed on the ISS, which estimates surface temperature with a high spatial resolution of about 70 m and frequent passes over the same area around three days.

Scientists have generated two historical temperature series extracted from thermal images of two areas of the Solfatara between 2021 and 2024. The temperature difference between the two areas was analyzed with two distinct statistical methods, allowing the detected anomalies to be compared with the main seismic events recorded in the area.

An INGV researcher and first author of the article said : « We have detected anomalous temperature variations in the Solfatara emission zone that preceded some earthquakes of greater intensity, with an advance ranging from a few days to a few weeks. » For example, on May 17, 2024, a temperature increase of 5°C anticipated an M4.4 earthquake by three days. For the M4.2 event on September 27, 2023, the temperature increase observed on September 21 exceeded 7°C. The second statistical method also highlighted temperature anomalies for these two events that appeared on April 12, 2024 and September 6, 2023, respectively. Furthermore, the average value of the temperature difference has increased in recent years, consistently with the increase in other signals already observed in the area, such as ground rise with bradyseism and carbon dioxide emissions.

The temperature anomalies highlighted through two different statistical analyses make researchers more confident about the possible link between the surface temperature fluctuation and the seismic activity of the area.

The whole study can be found by clicking on this link :

https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/2150704X.2025.2459213

Le méthane, un poison pour le climat (2ème partie) // Methane, a poison for the climate (part 2)

À l’aide de l’EMIT (Earth Surface Mineral Dust Source Investigation), un outil conçu pour étudier l’impact de la poussière sur le climat, les scientifiques de la NASA ont identifié plus de 50 sites émetteurs de méthane dans le monde. Cette technologie pourrait aider à lutter contre le puissant gaz à effet de serre. Depuis son installation en juillet 2022 à bord de la Station spatiale internationale, l’outil a détecté des « super-émetteurs » de méthane en Asie centrale, au Moyen-Orient et dans le sud-ouest des États-Unis.
Les sites émetteurs de méthane nouvellement détectés – certains déjà connus et d’autres récemment découverts – comprennent de vastes installations pétrolières et gazières et de grands sites d’enfouissement des ordures. L’instrument de la NASA permettra de localiser les super-émetteurs de méthane afin que ces émissions puissent être stoppées à la source.
Effectuant une rotation autour de la Terre toutes les 90 minutes à bord de la Station spatiale à quelque 400 km d’altitude, l’EMIT est capable de scanner de vastes étendues de la planète sur des dizaines de kilomètres, avec la capacité de se concentrer sur des zones de la taille d’un terrain de football.
L’instrument, baptisé « spectromètre imageur », a été conçu principalement pour identifier la composition minérale de la poussière envoyée dans l’atmosphère terrestre par les déserts et d’autres régions arides, mais il s’est avéré apte à détecter d’importantes émissions de méthane.
Parmi les super-émetteurs de méthane nouvellement imagés, on relève un groupe de 12 panaches provenant d’infrastructures pétrolières et gazières au Turkménistan. Certains panaches s’étirent sur plus de 32 km. Les scientifiques estiment qu’ensemble des panaches du Turkménistan envoient dans l’atmosphère du méthane à raison de 50 400 kg par heure. C’est du même ordre que le débit de pointe du champ gazier d’Aliso Canyon en 2015 près de Los Angeles, qui est l’un des plus grands rejets accidentels de méthane de l’histoire des États-Unis.
Deux autres grands émetteurs sont un champ pétrolifère au Nouveau-Mexique et un complexe de traitement des déchets en Iran. Ils émettent ensemble près de 29 000 kg de méthane par heure. Le panache de méthane au sud de Téhéran mesure au moins 4,8 km de long. Aucun des deux sites n’était auparavant connu des scientifiques.
Source : Al Jazeera et agences de presse.

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Using the Earth Surface Mineral Dust Source Investigation (EMIT), a tool designed to study how dust affects climate, NASA scientists have identified more than 50 methane-emitting hotspots around the world, a development that could help combat the potent greenhouse gas. Since the tool was installed in July onboard the International Space Station it has detected methane “super-emitters” in Central Asia, the Middle East and the southwestern United States.

The newly measured methane hotspots – some previously known and others just discovered – include sprawling oil and gas facilities and large landfill sites. NASA’s instrument will help “pinpoint” methane super-emitters so that such emissions can be stopped “at the source”.

Circling Earth every 90 minutes from its perch onboard the space station some 400km high, EMIT is able to scan vast tracts of the planet dozens of kilometres across while also focusing in on areas as small as a football field.

The instrument, called an imaging spectrometer, was built primarily to identify the mineral composition of dust blown into Earth’s atmosphere from deserts and other arid regions, but it has proven adept at detecting large methane emissions.

Examples of the newly-imaged methane super-emitters include a cluster of 12 plumes from oil and gas infrastructure in Turkmenistan, some plumes stretching more than 32 km. Scientists estimate the Turkmenistan plumes collectively spew methane at a rate of 50,400 kg per hour, rivalling the peak flow from the 2015 Aliso Canyon gas field blowout near Los Angeles that ranks as one of the largest accidental methane releases in US history.

Two other large emitters were an oilfield in New Mexico and a waste-processing complex in Iran, emitting nearly 29,000 kg of methane per hour combined. The methane plume south of the Iranian capital Tehran was at least 4.8 km long. Neither site were previously known to scientists.

Source: Al Jazeera and news agencies.

Image d’une source de méthane obtenue avec l’EMIT (Source: NASA)

Une coulée de lave de 75 km ! // A 75-kilometer-long lava flow !

La NASA a réussi à capturer dans sa totalité le Carrizozo Malpaís, une formation de lave longue de… 75 kilomètres. Sa largeur varie de 1 kilomètre dans sa partie la plus étroite à 5 kilomètres au niveau des extrémités. L’Administration a dû assembler quatre clichés pour capturer la coulée dans toute son ampleur. Les photos ont été réalisées depuis la Station spatiale internationale (ISS). Sur le montage final, on peut voir le Carrizozo Malpaís, une grande coulée de lave basaltique au Nouveau-Mexique.

Les différents clichés, pris le 30 juin 2022, couvrent les quelque 33.700 hectares et 75 kilomètres de long de la formation. Selon l’USGS, cette coulée de lave, en plein cœur du désert de Chihuahua, a été produite en une seule fois par une éruption il y a environ 5200 ans; elle aurait duré entre 20 et 30 ans. La source est un cône de 27 mètres de hauteur que les locaux appellent «Little Black Peak. Il est l’un des points culminants d’un volcan bouclier aujourd’hui inactif. L’USGS explique que « la coulée est l’une des plus longues connues à avoir surgi sur Terre au cours des 10 000 dernières années. » Sa composition lui a permis d’avancer facilement dans le Tularosa Basin. Une autre coulée, moins visible dans le paysage, a été émise par le Broken Back Crater au nord.

Connu depuis longtemps, le Carrizozo Malpaís n’avait pas pu être capturé dans sa totalité et en détail. Les derniers clichés constituent les images aériennes les plus détaillées jamais prises de la coulée de lave. Contrairement à ce que l’on pourrait penser en regardant la couleur très sombre de la lave, elle n’est pas dépourvue de vie. Un certain nombre d’espèces de plantes, caractéristiques des milieux désertiques, comme le figuier de Barbarie ou encore le genévrier, ont élu domicile sur la coulée.

Source: NASA.

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NASA has managed to capture the Carrizozo Malpaís in its entirety, a lava formation 75 kilometers long. Its width varies from 1 kilometer in its narrowest part to 5 kilometers at the extremities. The Administration had to put together four shots to capture the full extent of the flow. The photos were taken from the International Space Station (ISS). On the final montage, one can see the Carrizozo Malpaís, a large basaltic lava flow in New Mexico.
The various shots, taken on June 30th, 2022, cover the approximately 33,700 hectares and 75 kilometers long of the formation. According to USGS, this lava flow, in the heart of the Chihuahua Desert, was produced in one go by an eruption about 5200 years ago; it probably lasted between 20 and 30 years. The source was a 27 meter tall cone that locals call “Little Black Peak. It is one of the highest points of a now inactive shield volcano. USGS explains that « the flow is one of the longest known on Earth in the past 10,000 years. » Its composition allowed it to easily advance in the Tularosa Basin. Another flow, less visible in the landscape, was emitted from the Broken Back Crater to the north.
Known for a long time, the Carrizozo Malpaís could not be captured in its entirety and in detail. The latest snaps are the most detailed aerial images ever taken of the lava flow. Contrary to what one might think looking at the very dark color of the lava, it is not devoid of life. A number of plant species, characteristic of desert environments, such as the prickly pear or even the juniper, have taken up residence on the lava flow.
Source: NASA.

Source: NASA