Capture du CO2 en Islande (suite) // CO2 capture in Iceland (continued)

L’Islande est connue depuis longtemps pour ses efforts de capture du dioxyde de carbone. Dans plusieurs articles de ce blog (17 juin 2016 ; 26 avril, 22 mai 2021, par exemple), j’ai évoqué le projet islandais CarbFix, à côté d’une centrale géothermique dans la périphérie de Reykjavik. L’objectif du projet est d’injecter du CO2 sous terre et de le stocker dans le substrat basaltique.
Le 9 septembre 2021, la société suisse Climeworks a commencé à faire fonctionner 96 turbines alimentées par une centrale géothermique voisine. Un dirigeant d’entreprise explique que dès que les turbines sont actionnées, chaque tonne de CO2 absorbée aide à lutter contre le réchauffement climatique.
Le dioxyde de carbone est d’abord aspiré dans des collecteurs, puis traité dans un local avant d’être mélangé à de l’eau. À l’intérieur d’un bâtiment en forme de dôme, il est injecté dans le sol et enfoui dans la roche où il peut rester plus de 1000 ans.
La capacité annuelle de l’usine Climeworks est de 4 000 tonnes. Bien sûr, c’est une goutte d’eau dans l’océan de dioxyde de carbone qui asphyxie la planète. Il ne faudrait pas oublier que près de 40 milliards de tonnes de CO2 sont actuellement rejetées dans l’atmosphère chaque année, en grande partie à partir d’énergies fossiles.
Les climatologues rappellent que l’élimination de ces émissions nocives suppose l’abandon des véhicules à essence, la découverte de nouveaux carburants pour propulser les avions, de nouveaux matériaux pour construire des bâtiments et la production de toute notre électricité à partir de sources renouvelables. Selon les scientifiques, la capture du carbone, si elle est développée à grande échelle, pourrait aider à gagner du temps. Climeworks compte de gros investisseurs, dont Microsoft qui met la main au portefeuille pour compenser ses propres émissions.
Climeworks n’est pas la seule entreprise à capter le CO2. Une entreprise canadienne envisage de construire une usine d’élimination du carbone dans l’ouest du Texas; elle devrait éliminer environ 1 million de tonnes de CO2 par an. United Airlines est un investisseur majeur, mais beaucoup pensent que l’élimination du carbone est encore trop coûteuse et difficile à reproduire dans le monde entier.
Tous ces efforts pour capter le CO2 sont louables, mais force est de constater qu’il n’existe actuellement aucun modèle économique crédible qui permettrait à notre planète d’atteindre une économie zéro carbone d’ici 2050.
Source : CBS News, Climeworks.

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Iceland has long been famous for its efforts to capture carbon dioxide. In several posts on this blog (June 17th, 2016; April 26th, May 22nd, 2021, for instance), I told about the Icelandic CarbFix project, located next to a geothermal power plant outside Reykjavik. The goal of the project was to inject CO2 underground and store it into basalt bedrock.

On September 9th, 2021, the Swiss company Climeworks started operating 96 fans powered by a nearby geothermal plant. A company executive explains that as soon as the fans are on, every ton of CO2 that is removed helps fighting global warming.

The carbon dioxide first gets drawn into collectors and then is processed in a room and mixed with water. Inside a domed building, it gets injected into the ground and trapped in stone. It can stay there for more than 1,000 years.

The yearly capacity of the Climeworks plant is 4,000 tons. Sure, this is a drop in the carbon dioxide ocean. One should not forget that nearly 40 billion tons of CO2 are now released into the atmosphere every year, much of it from fossil fuels.

Climate specialists say eliminating those emissions means abandoning gas-powered vehicles, finding new fuels to power airplanes, new materials to build buildings and getting all of our electricity from renewable sources. Scientists confirm that carbon capture, if dramatically scaled up, could help buy time. Climeworks has big investors, including Microsoft, which is also paying to offset its own emissions.

Climeworks is not the only company to capture CO2. A Canadian company is planning to build a carbon removal plant in West Texas; it is expected to remove about 1 million tons of CO2 a year. United Airlines is a major investor, but skeptics say carbon removal is still too expensive and complicated to replicate worldwide.

All these efforts to capture CO2 are laudable, but one is forced to admit that there is currently no credible economic model that shows the world will be achieving a net-zero carbon economy by 2050.

Source: CBS News, Climeworks.

 

Source: Climeworks

Islande : on patauge dans la sismicité ! // Iceland : wallowing in seismicity !

Heureusement qu’aucune zone habitée n’est menacée car les scientifiques islandais sont incapables d’expliquer les causes et de prévoir les conséquences de la sismicité qui affecte actuellement le sud-ouest de leur île. Un essaim sismique avec plusieurs événements significatifs a secoué la région tandis que l’éruption de Fagradalsfjall est en pause depuis près de deux semaines et personne ne sait pourquoi.
Un nouveau séisme de magnitude M 3,7 a secoué la région à 02h07 le 1er octobre 2021. Son épicentre était à 1,2 km au sud-sud-ouest du Keilir. Il a été précédé d’une autre secousse de magnitude M 3,2 à 22h10 le 30 septembre. La source se trouvait à 0,7 km au sud-sud-ouest du Keilir. Au total, sept séismes de magnitude 3 ou plus ont été enregistrés dans la région depuis le 27 septembre. .
Les images satellites InSAR les plus récentes ne montrent aucun signe d’intrusion magmatique en lien avec l’essaim sismique. Une intrusion de magma n’est cependant pas à exclure, car il faut généralement quelques jours pour que l’inflation apparaisse.
Les volcanologues islandais expliquent qu’il est trop tôt pour faire une prévision et pour dire si l’activité sismique actuelle pourrait évoluer comme elle l’a fait en février, lorsqu’elle a débouché sur l’éruption de Fagradalsfjall le 19 mars.
Ce qui est inquiétant, c’est qu’il y a eu un désaccord entre les scientifiques lors d’une réunion qui a eu lieu le 30 septembre. Certains ont déclaré que l’activité sismique actuelle impliquait une intrusion magmatique tandis que d’autres étaient sûrs qu’elle était causée par des mouvements à la limite des plaques tectoniques. Ces désaccords me rappellent les médecins du 17ème siècle qui avaient des opinions différentes sur la maladie d’un patient ! Quoi qu’il en soit, les jours à venir diront qui a raison et tort.
Comme je l’ai écrit précédemment, au cours des derniers jours, il n’y a eu aucune activité volcanique visible sur le site éruptif de Fagradalsfjall, à l’exception d’un dégazage du cratère. Lorsqu’on leur demande si l’essaim sismique actuel pourrait annoncer le début d’une nouvelle phase éruptive, les volcanologues répondent qu’il est encore trop tôt pour le dire.
Contrairement à l’essaim sismique de février, l’activité actuelle se concentre dans une zone beaucoup plus réduite. En février, ion a enregistré des séismes dans de nombreuses zones de la péninsule de Reykjanes. Il y a aussi beaucoup de similitudes.
Source : Iceland Monitor.

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It’s a good thing that no populated area is at risk, because Icelandic scientists are at a loss to predict the causes and the consequences of the seismicity that is currently affecting southwest Iceland. A seismic swarm with several significant events has been shaking the region while the Fagradalsfjall eruption has paused for nearly two weeks and nobody knows why.

Another M 3.7 earthquake shook the region at 2:07 am on October 1st, 2021. Its epicenter was 1.2 km south-southwest of Keilir mountain. It was preceded by one at 10:10 pm on September 30th with a magnitude M 3.2, the source of which was 0.7 km south-southwest of Keilir. Altogether, seven earthquakes of magnitude 3 or more have hit the area since September 27th. .

The most recent InSAR satellite pictures of the area show no sign of a magma intrusion in connection with the ongoing seismic swarm. Magma intrusion cannot be ruled out, though, since it generally takes a few days for inflation to appear.

Icelandic volcanologists explain that it is too early to predict what to expect and whether the current seismic activity could develop the way it did in February, when it culminated in an eruption by Fagradalsfjall on March 19th.

What is preoccupying is that there was a disagreement among scientists during a meeting that took place on September 30th. Some said the current seismic activity involved a magma intrusion while others were sure it was caused by movements on a tectonic plate boundary. These disagreements remind me of the doctors in the 17th century who held different opinions about a patient’s disease! Anyway, the coming days will tell who is right and wrong.

As I put it before,in the past days, there has been no visible volcanic activity at the Fagradalsfjall eruption site, except some degassing from the crater. When asked whether the current swarm of earthquakes could indicate the beginning of a new phase, volcanologists answer it is still too early to tell.

Compared with the swarm of earthquakes in February, current seismic activity is concentrated in a much smaller area. Comparatively, in February, there were earthquakes in many parts of the Reykjanes peninsula. Still, the similarities are many.

Source: Iceland Monitor.

Vue du Keilir (Crédit photo: Wikipedia)

 

Dernières nouvelles de La Palma, d’Hawaii et d’Islande // Latest news of La Palma, Hawaii and Iceland

8 heures: La lave du Cumbre Vieja (La Palmaa) continue à entrer dans la mer avec une certaines stabilité. Au cours des dernières 24 heures, la superficie occupée par le delta a doublé. Il occupe actuellement 200 000 mètres carrés.On observe quelques points de débordement à l’intérieur des terres. Les autorités maintiennent donc les restrictions d’accès, sauf pour les services d’urgence et le personnel scientifique.
Jusqu’à présent, les panaches de vapeur et de gaz sont entraînés vers la mer, mais on redoute un changement de sens du vent qui enverrait le nuage vers les terres. On a observé dans le secteur de Tazacorte des pics de SO2 qui dépassent le niveau sanitaire autorisé. Il est donc demandé à la population de rester à l’intérieur, surtout les personnes vulnérables telles que les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes souffrant de maladies respiratoires.

La presse espagnole vient de signaler qu’au cours des dernières heures, l’activité explosive du Cumbre Vieja a s’est intensifiée. On surveille une nouvelle coulée de lave en provenance du cône secondaire et qui pourrait atteindre le secteur de La Laguna. Cette nouvelle coulée rejoint celles qui atteignent déjà la mer en s’écartant du chenal qu’elle suivait jusqu’à présent.

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13 heures: L’IGN a confirmé l’ouverture d’une nouvelle bouche sur le Cumbre Vieja. Il s’agit du troisième centre éruptif et il est décrit comme « très effusif, très liquide » par les scientifiques. Une nouvelles coulée se dirige actuellement vers la mer, parallèlement au flux de lave principal, avec de nouvelles destructions en perspective. .Voici une vidéo de cette nouvelle bouche:

L’explosion a surpris trois scientifiques qui travaillaient dans le secteur La vidéo montre comment l’explosion projette des roches volcaniques et comment les scientifiques tentent de se protéger derrière un mur.
L’éruption célèbre ce vendredi son treizième jour d’activité. Selon les dernières données Copernicus, la lave a déjà détruit plus de 1 000 bâtiments à travers les municipalités d’El Paso, Los Llanos de Aridane et Tazacorte.

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17 heures : Depuis le début de l’éruption le 19 septembre 2021, le Cumbre Vieja a émis 80 millions de mètres cubes de matériaux, soit plus du double du Teneguía pendant l’éruption de 1971, et en deux fois moins de temps.
La nouvelle coulée de lave, parallèle à celle qui existait déjà (il y a une distance d’environ 450 m entre les deux), a été filmée par des drones , ce qui permet de se rendre compte de sa trajectoire, mais aussi de son débit à la source. On constate malheureusemenr que de nombreuses maisons se trouvent sous la menace de la lave:

https://twitter.com/i/status/1443910528166993941

https://twitter.com/i/status/1443939349331124229

Les autorités de La Palma ont diffusé une carte montrant le contour de la lave émise par le Cumbre Vieja:

 

Source: Médias espagnols.

 

Source: PEVOLCA

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22 heures : L’éruption du Cumbre Vieja est vraiment impressionnante et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le volcan a déjà émis 80 millions de mètres cubes de lave. C’est deux fois plus que l’éruption du Teneguía en 1971, en moitié moins de temps. Selon les données Copernicus, la lave a déjà gagné 19 hectares sur la mer. Sur sa trajectoire vers l’océan, la lave a détruit plus de 1 000 bâtiments. L’éruption a ouvert une nouvelle bouche avec deux nouvelles coulées qui se dirigent vers Los Llanos de Aridane, la commune la plus peuplée de l’île. Certains quartiers de cette ville, où vivent environ 20.000 personnes, ont déjà été évacués et dévastés par le magma, comme c’est le cas de Todoque.

A l’heure actuelle, on observe trois centres d’émission actifs à l’intérieur du cratère principal et deux autres situés dans le secteur nord-ouest du flanc du cône.Il n’est pas exclu que de nouvelles bouches s’ouvrent dans les prochains jours.

Source: El Pais.

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L’éruption du Kilauea (Hawaï) se poursuit. La lave est émise par plusieurs bouches sur le plancher et la paroi ouest du cratère de l’Halema’uma’u. L’activité reste confinée à l’intérieur du cratère. Les émissions de SO2 restent élevées et étaient estimées à environ 85 000 tonnes par jour juste après le début de l’éruption. La sismicité est élevée mais stable. Les inclinomètres au sommet continuent d’enregistrer une tendance déflationniste en baisse.
Le niveau du lac de lave monte d’environ un mètre par heure depuis le début de l’éruption. La hauteur maximale des fontaines à sa surface est estimée à 25-30 m, bien que la plupart d’entre elles ne mesurent que quelques mètres de haut.
Aucune activité significative n’a été enregistrée dans l’East Rift Zone.

Source : HVO.

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Rien de nouveau sur la Péninsule de Reykjanes (Islande) ce matin. Les questions demeurent quant à l’origine de l’activité sismique observée ces derniers jours. Volcanique? Tectonique? Les avis des scientifiques islandais divergent. La grande question est de savoir si elle est liée à l’éruption de Fagradalsfjall qui est au point mort depuis quasiment deux semaines. L’éruption est-elle terminée? Y-a-il une migration du magma dans les profondeurs? Personne n’est en mesure de répondre à cette question. La prévision sismique ou volcanique reste à un niveau très bas. Heureusement, aucune population ne serait vraiment menacée à court terme si la lave décidait de percer la surface dans cette partie de l’Islande.

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08:00 am: Lava from Cumbre Vieja (La Palmaa) continues to enter the sea with some stability. In the past 24 hours, the area of the delta has doubled, with 200,000 square meters. There are a few lava overflows inland. The authorities therefore maintain access restrictions, except for emergency services and scientific staff.
So far, the gas and steam plumes have been blown out to sea, but there is concern that the wind direction will shift, which would send the cloud towards the land. SO2 peaks that exceed the authorized sanitary level have been observed in the Tazacorte sector. The population is therefore asked to stay indoors, especially vulnerable people such as children, the elderly, pregnant women and people with respiratory problems.

The Spanish press has just reported that during the last hours, the explosive activity of Cumbre Vieja has intensified. There is concern about a new lava flow coming from the secondary cone and which could reach the La Laguna area. This new flow joins those which already reach the sea by deviating from the channel which it followed until now.

Source: Spanish media.

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1:00 p.m .: IGN has confirmed the opening of a new mvent on Cumbre Vieja. This is the third eruptive center and it is described as « very effusive, very liquid » by scientists. A new flow is currently heading towards the sea, parallel to the main lava flow, with further destruction in prospect. Here is a video of this new mouth:
https://twitter.com/i/status/1443871260803584010

The explosion surprised three scientists who worked in the area.The video shows how the explosion throws volcanic rocks and how scientists try to protect themselves behind a wall.
The eruption is celebrating its thirteenth day of activity this Friday. According to the latest Copernicus data, lava has already destroyed more than 1,000 structures across the municipalities of El Paso, Los Llanos de Aridane and Tazacorte.

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5:00 p.m .: Since the eruption began on September 19th, 2021, Cumbre Vieja has emitted 80 million cubic meters of material, more than twice as much as Teneguía during the 1971 eruption, and in half the time.

The new lava flow, parallel to the one that already existed (there is a distance of about 450 m between the two), was filmed by drones (see videos above) . One can see its route, but also the output at the source. Unfortunately, many houses are under the threat of lava.

Authorities in La Palma have released a map showing the outline of the lava emitted by Cumbre Vieja.

Source: Spanish news media.

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10 p.m .: The eruption of Cumbre Vieja is truly impressive and the numbers speak for themselves. The volcano has already emitted 80 million cubic meters of lava. This is twice as much as the Teneguía eruption in 1971, in half the time. According to Copernicus data, the lava has already gained 19 hectares on the sea. On its path towards the ocean, the lava has destroyed more than 1,000 buildings. The eruption has opened a new vent with two new flows heading towards Los Llanos de Aridane, the most populous municipality on the island. Some districts of this city, where about 20,000 people live, have already been evacuated and devastated by magma, as is the case of Todoque.

At present, there are three active emission centers inside the main crater and two others located in the north-western sector of the flank of the cone. It is not excluded that new vents will open in the next days.

Source: El Pais.

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The eruption of Kilauea (Hawaii) continues. Lava is erupting from multiple vents along the floor and western wall of Halemaʻumaʻu Crater. Activity is confined within the crater. SO2 emission rates remain high and were estimated at around 85,000 tonnes per day just after the eruption started. Seismicity is elevated but stable. Summit tiltmeters continue to record slowing deflationary trend.
The lava lake has been rising approximately one meter per hour since the eruption began. The maximum fountain height is estimated at 25-30 m, though most fountains are currently only a few meters high.
No unusual activity has been noted in the East Rift Zone.
Source: HVO.

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Nothing new on the Reykjanes Peninsula (Iceland) this morning. Questions remain as to the source of the seismic activity observed in recent days. Is it volcanic or tectonic? The opinions of Icelandic scientists diverge. The big question is to know whether it is linked to the Fagradalsfjall eruption which has been at a standstill for almost two weeks. Is the eruption over? Is there a migration of magma in the depths of the Earth? No one is able to answer this question. The seismic or volcanic prediction remains at a very low level. Fortunately, no population would be really threatened in the short term if lava decided to break through the surface in this part of Iceland.

Voyage au centre de la Terre // Journey to the centre of the Earth

Comme je l’ai souvent écrit sur ce blog, nous connaissons plein de détails sur la surface d’autres planètes comme Mars, Jupiter ou Vénus, mais nous ne savons que très peu de choses sur le fond de nos océans, et encore moins sur la structure interne de notre propre planète. En particulier, nous n’avons jamais observé le magma sous la surface de la Terre. Un projet sur le point de débuter en Islande pourrait contribuer à améliorer nos connaissances dans ce domaine.
Le site choisi pour ce projet est Víti, un petit cratère avec un lac à l’intérieur, dans la caldeira de 10 kilomètres du volcan Krafla, dans le nord-est de l’Islande.
En 2009, un forage dont le but était de faire remonter de l’eau chaude pour l’énergie géothermique dans cette région de l’Islande a accidentellement percé une chambre magmatique dont personne ne soupçonnait l’existence. L’incident a provoqué l’émission d’un puissant panache de vapeur et d’éclats de verre volcanique. Le forage a créé le puits géothermique le plus chaud de tous les temps, jusqu’au jour où le tubage s’est brisé. Les échantillons de verre volcanique collectés ont laissé supposer que le magma était non seulement liquide, mais aussi qu’il circulait. Mais peu de choses ont été révélées sur la taille de la chambre magmatique ou sur sa durée d’existence.
Avec le nouveau projet, les chercheurs vont utiliser un équipement plus robuste et créer le seul pôle d’observation du magma dans le monde. Les résultats obtenus pourraient expliquer comment le magma se déplace à travers la croûte, mais aussi améliorer la prévision éruptive. Ils pourraient également apporter une lumière sur la formation et la croissance des continents.
Le projet baptisé Krafla Magma Testbed (KMT) est financé par l’International Continental Scientific Drilling Program. Avec ce soutien, ainsi que plusieurs millions de dollars de financement d’organismes islandais et d’autres agences scientifiques européennes, le projet vient d’entrer dans sa phase de préparation.. Le premier forage, d’un coût de 25 millions de dollars, pourrait commencer dès 2023.
Comme ils n’ont pas la possibilité d’étudier directement le magma dans les profondeurs de la Terre, les volcanologues s’appuient sur les mesures de surface des sismomètres, des capteurs GPS et des satellites radar pour essayer de deviner ses mouvements. Ils peuvent examiner d’anciennes chambres magmatiques solidifiées, mais ces restes géologiques ne fournissent pas suffisamment d’éléments. Ils peuvent étudier la lave à la surface, mais les échantillons qu’ils collectent ont perdu la plupart des gaz qui provoquent les éruptions et dont dépendent la température, la pression et la composition d’origine du magma. Les cristaux, les inclusions et les bulles dans la lave durcie contiennent toutefois des indices sur son état d’origine. Un échantillon de la chambre magmatique du Krafla indiquera aux chercheurs si ces estimations sont vraiment fiables. Obtenir un tel échantillon révélera également la vraie nature de la chambre magmatique.
Le projet KMT pourrait permettre de répondre aux questions de base sur la matière première de la croûte continentale. Les fonds marins dans le monde et une grande partie de l’Islande prennent forme à partir de magma basaltique, c’est à dire à peu près la même substance qui existe dans le manteau. Mais les roches granitiques des continents se forment à partir d’un magma rhyolitique riche en silice qui se trouve probablement sous le site du projet KMT. Personne n’est sûr de l’origine du magma qui forme les continents ; on pense que le magma basaltique altéré par l’eau de mer est soumis à une nouvelle fusion et finit par être émis par les volcans sous forme de rhyolite. Des échantillons de rhyolite provenant d’Islande – où le basalte est majoritaire – pourraient fournir une fenêtre sur le fonctionnement de ce processus dans le monde.
Un but du projet KMT est de collecter plusieurs échantillons au fil du temps et d’intégrer des capteurs dans et à proximité du magma pour mesurer la chaleur, la pression et même la chimie malgré des températures supérieures à 1000°C. Les partenaires de forage de KMT testent des techniques qui pourraient permettre au revêtement en acier du puits de se dilater et de se contracter en cas de chaleur extrême. D’autres partenaires développent une électronique innovante pour résister à la chaleur et à la pression. Une telle technologie pourrait un jour être utilisée sur Vénus.
Ces innovations technologiques pourraient également profiter aux nombreuses entreprises islandaises qui s’investissent dans l’énergie géothermique. Se rapprocher d’une poche magmatique pourrait augmenter considérablement le potentiel énergétique des puits individuels, comme on a pu le voir avec le puits foré 2009 qui, à lui seul, aurait pu alimenter une petite ville.
Il est probable que les grandes quantités d’eau injectées dans le puits pour refroidir et lubrifier la foreuse perturberont un peu le système volcanique, et les géophysiciens surveilleront de près l’évolution du forage. Il ne faudrait pas que l’entreprise déclenche une éruption!

Les changements dans la vitesse des ondes sismiques après le forage pourraient donner des indications sur l’étendue du magma. L’observation de ces changements subtils pourrait également aider à prévoir les futures éruptions rhyolitiques. Bien que les scientifiques aient progressé dans la détection des signes avant-coureurs d’une éruption volcanique, il reste beaucoup à faire car les fausses alertes sont nombreuses.
Source : Adapté d’un article publié sur le site Science.org.

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As I often wrote on this blog, we know details about the surface of other planets like Mars, Jupiter or Venus, but we know very little about the bottom of our oceans or about the inner structure of our own planet. In particular, we have never observed magma below the Earth’s surface.A project about to start in Iceland might help to improve our knowledge in that field.

The site of the research is the Víti crater, a small craterfilled with a lake within Krafla volcano’s 10-kilometre caldera.

In 2009, drillers trying to tap hot water for geothermal energy in this region of Iceland accidentally pierced a hidden magma chamber. Following a powerful emission of steam and glass shards from quenched magma, the borehole created the hottest geothermal well ever measured, until the casing failed. However, the glassy bits from the 2009 drilling campaign hinted that the magma was not only liquid, but also circulating, interacting with melt lower down. But little was revealed about the magma chamber’s size or how long it had persisted.

This time, researchers are going to use hardier equipment to create the world’s only long-term magma observatory. Results could help explain how magma moves through the crust, while improving eruption forecasts. They could also shed light on how the continents formed and grew.

The project called Krafla Magma Testbed (KMT) is financed by the International Continental Scientific Drilling Program. With that support, along with several million dollars in funding from Iceland and other European science agencies, the project has just entered its preparation phase. The first borehole, costing as much as $25 million, could begin as soon as 2023.

As they are unable to study magma directly, volcanologists rely on surface measurements from seismometers, GPS sensors, and radar satellites to guess its movements. They can examine ancient solidified magma chambers, but those remnants are incomplete,They can study lava at the surface, but the samples they collect have lost most of the trapped gases that drive eruptions and influence the magma’s original temperature, pressure, and composition. Crystals, inclusions, and bubbles in the hardened lava hold clues to its original state. But a sample from the Krafla chamber will tell researchers whether those estimates really reliable. Getting a sample will also reveal the true nature of the magma chamber.

KMT will also help answer basic questions about the raw material of continental crust. The world’s sea floors, and much of Iceland, take shape from basaltic magma, much the same stuff that exists in the mantle. But the granite rocks of the continents form from a silica-rich “rhyolitic” magma that is thought to lie below the KMT site. No one is sure how the continent-forming magma originates; one idea is that basaltic magma gets altered by seawater, remelts, and eventually erupts from volcanoes as rhyolite. Samples of rhyolite from basalt-dominated Iceland could provide a window on how this process works worldwide.

KMT intends to collect multiple samples over time and embed sensors in and near the magma to measure heat, pressure, and even chemistry despite temperatures of more than 1000°C. KMT’s drilling partners are testing flexible couplings that can allow the steel liner of the well to expand and contract with extreme heat. And others are developing innovative electronics to withstand the heat and pressure, which could someday be used on Venus.

The technologies could also benefit Iceland’s many geothermal energy companies. Getting closer to magma could dramatically increase the power potential of individual wells, as was clearly seen with the accidental 2009 well, which on its own could have powered a small city.

The large amounts of water injected to cool and lubricate the drill will likely perturb the volcanic system a bit, and geophysicists will be watching closely. Changes in the speed of seismic waves after drilling could reveal the magma’s extent, Watching these subtle changes could also help with predicting future rhyolite eruptions. Although scientists have made progress at detecting a volcano’s warning signs, false alarms abound.

Source: Adapted from an article published on the website Science.org.

 

Le lac Viti

Géothermie dans la région du Krafla

Dans la caldeira du Krafla

Photos: C. Grandpey