Islande : indiscipline touristique // Iceland : tourist indiscipline

Selon les volcanologues islandais, la sismicité et la déformation du sol sur la péninsule de Reykjanes montrent qu’une éruption pourrait se produire à court terme. Elle pourrait ressembler à l’événement de 2022. La sismicité étant principalement concentrée dans la zone située entre Keilir et Kleifarvatn, la Protection civile islandaise a demandé aux touristes d’éviter de se rendre dans ce secteur.
Le 7 juillet 2023, l’Agence islandaise pour l’environnement a réaffirmé que la conduite hors piste était interdite en vertu des lois sur la protection de la nature. Des exceptions à cette interdiction s’appliquent aux opérations de recherche et de sauvetage, aux activités de la police et aux missions sur le terrain par des scientifiques autorisés.
La circulation routière entre Keilir et Fagradalsfjall reste autorisée, bien qu’il ait été demandé aux gens de ne pas traverser cette zone. Comme l’a déclaré un porte-parole de l’Agence nationale de protection civile : « On peut vraiment se demander pourquoi les gens fréquentent cette zone en sachant qu’une éruption volcanique peut potentiellement se produire ». L’expérience a montré que les interdictions d’accès ne sont pas forcément la bonne solution. « Si nous avions une maison comportant des risques, il serait facile de la fermer. Mais nous n’avons pas affaire à une maison, nous avons affaire à un vaste territoire. L’expérience nous a montré que lorsqu’une zone est interdite, les gens trouvent toujours un moyen d’y entrer. Il arrive donc que nous créions plus de problèmes en fermant la zone qu’en ne la fermant pas ».
Les habitants et les touristes ont reçu un SMS de l’Agence nationale de protection civile disant : « Péninsule de Reykjanes – séismes ! Hausse de l’activité sismique dans la région. Restez à l’écart des pentes et des falaises en raison du risque d’éboulement et de glissement de terrain. Une éruption volcanique pourrait se déclencher à brève échéance ».

La Protection civile recommande aux personnes qui se rendent dans la zone potentielle d’une éruption d’être prudentes. En cas d’éruption, elles doivent être particulièrement attentives à la contamination par les gaz. Elles ne doivent pas s’attarder dans les zones en creux où la pollution gazeuse peut s’accumuler.
Source : médias islandais.

L’activité sismique a diminué sur la péninsule au cours des dernières heures. Cela ne signifie pas pour autant qu’une éruption doit être exclue. Un déclin de la sismicité a été observé avant le début de la dernière éruption. Le point positif est que si une éruption se produit, la lave percera probablement la surface dans une zone désertique, sans menace pour la population.

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According to Icelandic volcanologists, the current seismicity and ground deformation on the Reykjanes Peninsula suggest that an eruption might occur in the short term. It might look like the 2022 event. As seismicity is mainly concentrated in the area between Keilir and Kleifarvatn, the Icelandic Civil Protection has asked tourists to avoid visiting the area.

On July 7th, 2023, the Environment Agency of Iceland reiterated that all off-road driving is prohibited by nature conservation laws, reports. Exceptions to the ban apply to search and rescue operations, police activities and research conducted by authorised scientists.

The traffic in the area between Keilir and Fagradalsfjall, although people have been asked not to travel through it. As aspokesperson for the National Civil Protection Agency said : “One can truly ponder why one needs to be somewhere knowing that a volcanic eruption may potentially occur.” Experience has shown that closures are not always a solution. “If we had a house where we knew there was a risk of entering, it would certainly be easier to close the house. But we simply don’t have a house, we have a large area of land. Experience has shown us that when an area has been closed, people find a way in. So sometimes we create more problems by closing it than by not doing so.”

Residents and tourists have received an SMS from the National Civil Protection Agency saying: “Reykjanes peninsula – earthquakes! Increased seismic activity in the area. Stay away from slopes and cliffs due to danger of rockfall and landslides. A volcanic eruption might start with short notice.”

The Civil Protection says that people who visit the potential area of an eruption should be careful. In the event of an eruption, they should pay particular attention to the contamination of the gas. They should not dwell in recesses where gas pollution may accumulate.

Source : Icelandic news media.

Seismic activity has decreased on the peninsula in the lasr hours. This does not mean an eruption should be excluded. A lull in seismicity was observed before the start of the last eruption. The positive point is that if an eruption occurs, lava will probably pierce the surface in a desert area, with no threat to the population.

Souvenir de la dernière éruption…

Etude des Champs Phlégréens en regardant le passé // Studying the Phlegrean Fields while looking at the past

On trouve ces jours-ci dans la presse de nombreux articles sur les Champs Phlégréens – Campi Flegrei – la zone volcanique active située près de la ville italienne de Naples. Un article publié sur le site Live Science s’intitule « Le sol sous le ‘supervolcano’ s’est soulevé de 66 pieds avant la dernière éruption ». Il convient toutefois de noter que les Campi Flegrei n’appartiennent pas vraiment à la catégorie des supervolcans car l’éruption de l’Ignimbrite Campana il y a 39 000 ans n’a reçu qu’un VEI 7, contrairement au Yellowstone, par exemple, qui a atteint un VEI 8 et qui, à ce titre, peut être qualifié de supervolcan.
Quoi qu’il en soit, tout le monde sait qu’une éruption des Champs Phlégréens pourrait extrêmement destructrice car ce site volcanique se trouve à proximité d’une zone densément peuplée.
Selon une nouvelle étude publiée le 16 juin 2023 dans la revue Geophysical Research Letters, le sol autour des Campi Flegrei s’est élevé de 20 mètres avant l’éruption de 1538. L’inflation a atteint un point de rupture qui a déclenché l’éruption. Elle a enseveli le village romain de Tripergole sous un déferlement de cendres boueuses et de lave qui a donné naissance à une nouvelle montagne baptisée Monte Nuovo.

Cratère actuel du Monte Nuovo (Photo: C. Grandpey)

Les auteurs de la nouvelle étude ont cherché à mieux comprendre ce qui s’est passé lors de cette éruption historique. Ils expliquent qu’aujourd’hui, les déformations du sol associées à l’activité volcanique sont surveillées à la fois par des satellites et par des réseaux de détection au sol. On peut lire dans l’étude que « nous savons encore très peu de choses sur le comportement des volcans et leurs éruptions du passé, avant l’arrivée des nouveaux instruments de mesure ».
La zone des Campi Flegrei englobe un ensemble de 24 cratères et autres édifices à la limite ouest de Naples, dans le Golfe de Pouzzoles. Plus de 1,5 million de personnes vivent au-dessus de ce vaste complexe volcanique, et un demi-million de personnes habitent à l’intérieur de la caldeira de 11 kilomètres de diamètre qui s’est formée après l’énorme éruption d’il y a 39 000 ans.

Pouzzoles, une zone à forte densité de population (Photo: C. Grandpey)

Le volcan montre des signes d’activité depuis le milieu du 20ème siècle, avec des pics dans les années 1950, 1970 et 1980. Une nouvelle période d’activité a débuté en 2005 et se poursuit encore aujourd’hui. Au cours de cette période, le sol sous la région de Pouzzoles s’est élevé d’environ 10 centimètres chaque année, ce qui représente une hausse de 4 mètres depuis les années 1950. Ce phénomène, appelé bradysisme, est bien connu et typique de la région qui connaît également une sismicité persistante. Plus de 600 événements mineurs ont été détectés en avril 2023, ce qui représente le plus grand nombre de séismes jamais enregistrés dans la région.

Pouzzoles: Temple de Sérapis et traces de l’activité bradysismique (Photo: C. Grandpey)

Pour mieux comprendre l’activité actuelle du volcan, les scientifiques se sont tournés vers son passé. Ils ont introduit des données provenant de sources géologiques, archéologiques et historiques dans un modèle mathématique qui a estimé les flux de magma sous la surface des Campi Flegrei. Il en ressort que l’éruption de 1538 a été précédée d’une intense déformation du sol qui a d’abord concerné la région de Pouzzoles, puis a migré vers la zone de la future éruption, avec un soulèvement atteignant une vingtaine de mètres. Les gaz volcanique se sont infiltrés dans la croûte sous la surface du Campi Flegrei, ce qui a provoqué son étirement et déclenché des séismes. Une fois qu’une quantité suffisante de gaz s’est accumulée, la croûte s’est rompue, faisant jaillir une colonne de magma dont la source se trouvait à 6,4 km de profondeur.
Les chercheurs expliquent que l’éruption a été suivie d’une période d’affaissement du sol, puis d’un nouveau soulèvement, avant que le volcan entre dans une phase de repos jusqu’au 20ème siècle.
Si les Campi Flegrei devaient entrer en éruption connue il y a 39 000 ans, il se pourrait que l’événement envoie des roches en fusion et des gaz volcaniques très haut dans la stratosphère, avec des tsunamis de plus de 30 mètres de haut, et un panache de gaz et de cendres qui pourrait plonger la Terre dans un hiver volcanique pendant des années, avec anéantissement des récoltes et extinctions de masses.
Mais nous n’en sommes pas encore là ! Les chercheurs ont découvert que les explosions des Campi Flegrei ne sont pas toujours aussi cataclysmiques. Ils ont en particulier découvert qu’un centième seulement du magma accumulé à l’intérieur du volcan avant l’éruption de 1538 était remonté à la surface, ce qui signifie que les éruptions peuvent arriver à leur terme sans que le volcan n’exploite toute sa puissance destructrice.
Source : Yahoo Actualités.

Vue de la Solfatara, l’une des zones les plus actives des Champs Phlégréens (Photo: C. Grandpey)

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There are many articles in the media these days about the Phlegrean Fields, the volvanic field close to the Italian city of Naples. An article published ion the Live Science website is entitled « Ground beneath Italy’s ‘supervolcano’ rose 66 feet before its last eruption. » However it should be noted that the Campi Flegrei do not really belong to the category of supervolcanoes as the Ignimbrite Campana eruption 39.000 years ago only was classified as VEI 7, unlike the Yellowstone that reached a VEI 8 and, as such, can be called a supervolcano.

Anuway, evrybody knows that an eruption of the Phlegrean Fields would be highly destructive as the volcanic field lies close to a densely populated area.

According to a new studypublished on June 16th, 2023 in the journal Geophysical Research Letters, , the ground around the Campi Flegrei rose by up to 20 meters before the 1538 eruption, It swelled to a breaking point then burst, burying the Roman-era village of Tripergole beneath a torrent of muddy ash and lava that became a new mountain named Monte Nuovo.

The authors of the new study sought to better understand what happened during that historical eruption. They explain that today the ground deformations associated with volcanic activity are monitored both with satellites and with detection networks installed on the ground.  » However, we still know very little about the behaviour of volcanoes and their eruptions that took place in the past, before the advent of the instrumental age. »

The Campi Flegrei include a network of 24 craters and edifices that stretch at the western edge of Naples, into the nearby Gulf of Pozzuoli. More than 1.5 million people live above the vast volcano complex, and half a million people have their homes inside the 11 kilometer-wide caldera, which was formed after the enormous eruption 39,000 years ago.

The volcano has been stirring since the mid-20th century, with bursts of heightened activity in the 1950s, 1970s and 1980s. Another period of unrest began in 2005 and is still ongoing. Since then, the ground below Pozzuoli has risen by about 10 centimeters each year, adding up to a 4-meter change in elevation since the 1950s. The phenomenon, called, braduseism, is typical of the area. Campi Flegrei is also experiencing persistent small earthquakes, with more than 600 detected in April 2023, breaking its largest monthly total ever recorded in the region.

To better understand the volcano’s current unrest, scientists turned to its past; feeding data from geological, archaeological and historical sources into a mathematical model that estimated the flows of magma below Campi Flegrei’s surface. It emerged that the 1538 eruption was preceded by an intense deformation of the ground which first concerned the area of Pozzuoli, then localized in the area of the future eruptive vent, reaching an elevation of 20 meters..Volcanic gas seeped into the crust deep beneath Campi Flegrei’s surface, causing it to stretch, triggering earthquakes. Once enough gas had accumulated, the crust ruptured, sending a column of magma from 6.4 km deep bursting to the surface.

The researchers also explain that the eruption was followed by a period of ground subsidence and another of renewed uplift, before the volcano finally grew dormant until the 20th century.

If Campi Flegrei were to reenact its largest known eruption 39,000 years ago, it could send molten rock and volcanic gases high into the stratosphere, unleash tsunamis more than 30 meters high and spread a plume of gas and ash that could plunge Earth into global winter for years, killing crops and causing mass extinctions.

Yet the researchers have found that blasts from Campi Flegrei are not always so cataclysmic. They discovered that just one hundredth of the magma that had accumulated inside the volcano prior to the 1538 eruption burst to the surface; meaning that eruptions can easily peter out without the volcano tapping into its full destructive power.

Source : Yahoo News.

Kilauea (Hawaii) : pas d’éruption et rappel des dangers // No eruption and a reminder of the dangers

Mauvaise nouvelle pour les touristes qui envisagent de se rendre à Hawaii pour assister à une éruption. L’Observatoire des Volcans d’Hawaii (HVO) confirme que le Kilauea n’est pas en éruption. L’éruption sommitale, dans le cratère de l’ Halema’uma’u, s’est officiellement arrêtée le 7 mars 2023. La lave ne coule plus sur le plancher du cratère. L’Observatoire avertit toutefois qu’une reprise de l’activité éruptive peut se produire dans un avenir proche, sans prévenir ou presque. La prévision volcanique ne permet pas d’en savoir plus sur le comportement du volcan. Aucun changement significatif n’a été observé le long des zones de rift. Les autres paramètres montrent qu’une éruption du Kilauea n’est pas à l’ordre du jour. On observe une faible déformation du sol et peu de sismicité sur le volcan. Les dernières mesures du SO2 on révélé environ 155 tonnes par jour le 21 mars 2023.

Une vidéo en direct du lac de lave inactif est accessible à l’adresse suivante :

 https://www.youtube.com/usgs/live.

Le HVO profite de cette période de calme sur le Kilauea pour rappeler aux visiteurs les dangers qu’ils peuvent rencontrer sur le volcan.
Les gaz volcaniques restent le principal risque car ils peuvent causer des problèmes dans les zones sous le vent. De grandes quantités de gaz – principalement de la vapeur d’eau (H2O), du dioxyde de carbone (CO2) et du dioxyde de soufre (SO2) – sont émises en permanence pendant les éruptions du Kilauea. Lorsque le SO2 est émis au sommet, il réagit dans l’atmosphère pour créer une brume connue localement sous le nom de vog (contraction de volcanic smog) qui est observée dans les secteurs sous le vent. Le vog peut présenter un danger pour les habitants et les touristes : les gaz et pluies acides endommagent également les cultures et autres plantes, et affectent le bétail.
D’autres dangers sont dus aux cheveux de Pelé en provenance des fontaines de lave qui tombent dans les zones sous le vent , sans oublier la poussière du sol jusqu’à à plusieurs centaines de mètres de la fissure ou de la bouche éruptive.
D’autres dangers sont également présents autour de la caldeira du Kilauea en raison de l’instabilité des parois du cratère de l’Halemaʻumaʻu. Il y a des fissures au sol et un risque de chutes de pierres. C’est pour cela que la zone est strictement interdite au public depuis début 2008.
Source : USGS/HVO.

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Bad news for tourists who are planning to go to Hawaii to see an eruption. The Hawaiian Volcano Observatory (HVO) confirms that Kilauea is not erupting. The summit eruption, within Halemaʻumaʻu crater, officially paused on March 7th, 2023. Lava is no longer flowing on the crater floor. The Observatory warns that resumption of eruptive activity may occur in the near future with little or no warning. Volcanic prediction does not allow to know more about the behaviour of the volcano. No significant changes have been observed along the volcano’s rift zones.  The other parameters show that Kilauea is not ready for an eruption. Low rates of ground deformation and modest rates of seismicity continue across the volcano. The last SO2 emission rate of approximately 155 tonnes per day was measured on March 21st, 2023.

A live-stream video of the inactive western lava lake area is available at :

 https://www.youtube.com/usgs/live.

HVO takes advantage of this inactivity to remind visitors of the hazards they may encounter on the volcano.

High levels of volcanic gas are the primary hazard of concern, as this hazard can have far-reaching effects downwind. Large amounts of volcanic gas – primarily water vapor (H2O), carbon dioxide (CO2), and sulfur dioxide (SO2) – are continuously released during eruptions of Kilauea. As SO2 is released from the summit, it reacts in the atmosphere to create the visible haze known as vog (volcanic smog) that has been observed downwind of the volcano. Vog may become dangerous to residents and visitors, acid gas and rain also damage agricultural crops and other plants, and affects livestock.
Additional hazards include Pele’s hair from lava fountains that fall downwind, and dust from the ground within a few hundred meters from the erupting fissure and vent.
Other significant hazards also remain around the Kilauea caldera because of Halemaʻumaʻu crater wall instability, ground cracking, and rockfalls that can be enhanced by earthquakes. It is the reason why the area has been closed to the public since early 2008.

Source : USGS / HVO.

Le Kilauea au début de l’année 2023

Le dégel du permafrost de roche dans les Alpes (2ème partie) // The thawing of rock permafrost in the Alps (part 2)

Pour étudier le comportement du permafrost de roche, des capteurs de température ont d’abord été placés à l’Aiguille du Midi en 2005. A l’époque, les scientifiques passaient leurs journées à effectuer trois forages de 10 m de profondeur dans la paroi granitique. Aujourd’hui, les données de ces nombreux capteurs montrent de quelle manière le permafrost profond est affecté par la hausse des températures. Les mesures révèlent que les changements les plus destructeurs dans le permafrost se produisent généralement à six mètres ou plus sous la surface de la roche, là où les vagues de chaleur estivales font monter la température entre -2°C et 0°C.
Le dégel du permafrost peut entraîner le détachement d’un grand volume de roche de plusieurs façons. Le plus souvent, c’est l’eau accumulée dans une fissure existante qui crée une pression hydrostatique suffisamment forte pour élargir ou briser la fissure. Dans d’autres endroits, le permafrost peut être le seul élément qui maintient deux couches de roche collées l’une contre l’autre.
Les scientifiques tentent maintenant de mieux comprendre les processus physiques qui gèrent les effondrements de parois rocheuses. Par exemple, ils essayent de savoir quelle quantité d’eau pénètre dans la roche et d’où elle vient. Pour voir quelle quantité d’eau provient de la fonte de la neige, les scientifiques teignent les différentes accumulations de neige avec des couleurs fluorescentes. Ensuite, ils utilisent différentes méthodes pour connaître le temps mis par l’eau pour traverser la roche. Si elle est très ancienne, cela peut indiquer que c’est un vieux permafrost qui est en train de dégeler.
Dans les Alpes suisses, des chercheurs collectent des données sur le permafrost à partir d’un autre laboratoire de terrain : le Cervin et ses 4 478 m d’altitude. Alertés par les chutes de pierres survenues après la canicule de 2003, les scientifiques suisses ont commencé à mettre en place un réseau de capteurs sans fil en 2006. La tâche était plus difficile que sur l’Aiguille du Midi car il n’y a pas de téléphérique pour atteindre le sommet du Cervin. Au cours des 10 années suivantes, ils ont malgré tout réussi à mettre en place un réseau de 17 types de capteurs différents qui ont permis de collecter plus de 154 millions de points de données. Installé autour des emplacements de chutes de pierres les plus fréquents, le réseau comprend des capteurs de température, des caméras, des « fissuromètres » qui mesurent l’élargissement des fissures, des inclinomètres, des capteurs GPS et des capteurs sismiques qui permettent de mesurer la formation et la fonte de la glace dans les fractures profondes à l’intérieur de la roche.
Ces mesures sur le terrain et le travail en laboratoire permettent d’élaborer des modèles informatiques pour essayer de prévoir le comportement du permafrost de roche avec la hausse des températures. Les chercheurs espèrent que cela leur permettra d’identifier les endroits les plus dangereux dans d’autres chaînes de montagnes, à des altitudes similaires.
Toutefois, ce travail prendra probablement une vingtaine d’années et il faudra beaucoup plus de données avant que de tels modèles puissent être assez fiables pour prévoir d’importantes chutes de pierres. Ces données contribueront à rendre l’escalade plus sûre sur le Cervin. Le 22 juillet 2019, deux alpinistes – un guide de haute montagne et son client – sont décédés après être tombés d’une paroi. Au moment du drame, les deux hommes se déplaçaient, encordés, à une altitude d’environ 4300 mètres.
Certaines découvertes contribuent déjà à assurer la sécurité des alpinistes. Par exemple, on sait que les chutes de pierres les plus fréquentes dans les faces nord des Alpes se produisent à une altitude plus basse et avec une fréquence plus élevée que sur les faces sud. Grâce au réseau de capteurs, les scientifiques ont identifié le moment le moins dangereux de la journée pour traverser le couloir du Goûter en été – de 9h à 10h – même si les randonneurs doivent vérifier les conditions avant d’entreprendre l’ascension du Mont Blanc.

Selon les scientifiques, le problème du permafrost dans les Alpes est beaucoup plus large et ne se limite pas aux simples parois rocheuses. Dans les Alpes françaises, il existe 947 infrastructure telles que des refuges de montagne ou des téléphériques dans les stations de ski qui sont sous la menace du dégel du permafrost. En conséquence, assurer la sécurité des Alpes et des nombreuses personnes qui les visitent sera un défi de plus en plus grand dans les prochaines années.
Source : La BBC.

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In order to study the behaviour of rock permafrost, temperature sensors were first placed at Aiguille du Midi in 2005. Back then, the scientists spent days drilling three 10m-deep boreholes in the granite wall. Now, data from numerous types of sensors is providing a clearer view of how this deep permafrost is affected by rising temperatures. The readings reveal that the most destructive changes to the permafrost are usually happening six or more meters beneath the rock surface as summer heatwaves cause the temperature there to rise to between -2°C and 0°C.

There are a few ways in which the thawing of ice can cause the detachment of a large volume of rock. Most commonly, water accumulated in an existing fracture can build hydrostatic pressure strong enough to widen or break the crack. In other places, the permafrost may be the only thing keeping two rock layers glued together.

Scientists are now trying to learn more about the physical processes involved in rockface collapses. For instance, they want to know how much water is going into rock and where it is coming from. To see what amount of the water is coming from the snow melt, scientists are dyeing the different snow packs with fluorescent colours. Next, cientists apply different methods to find out how much time the water they are collecting has spent in the rock. If it is very old, then it might indicate that ancient permafrost is now melting.

In the Swiss Alps, reserachers collect data from another remarkable permafrost field laboratory : the 4,478m-high Matterhorn. Motivated by rockfalls that occurred after the 2003 heatwave, Swiss scientists started setting up a wireless sensor network in 2006. The task was more difficult than on the French Aiguille du Midi because there is no cable car that leads to the top of Matterhorn. Over the following 10 years, however, they managed to build a network comprised of 17 different sensor types, which have allowed to gather more than 154 million data points. Built around the worst of the rockfall locations, the network includes temperature sensors, cameras, « crackmeters » that measure the widening of the fractures, inclinometers, GPS sensors and seismic sensors that help them measure the formation and melting of ice in fractures deep within the rock.

All these field measurements and laboratory experiments are contributing to computer models to help predict the behaviour of the mountain permafrost in rising temperatures. Researchers hope it will allow them to identify the most dangerous locations in any mountain range at similar altitudes.

But it could take another 20 years, and a lot more data, until such models could be good enough to forecast large rockfalls. This data would help make rock climbing safer on the Matterhorn. On July 22nd, 2019, two climbers – a mountain guide and his client – died after falling from a rock. At the time of the tragedy, the two men were moving, roped, at an altitude of about 4300 meters.

Meanwhile, some of the findings are already directly helping to keep mountaineers safe. For example, it’s known that the most frequent rockfalls in the north faces in the Alps occur at a lower elevation and with higher frequency than on the south faces. Thanks to the sensor network, scientists have identified the least dangerous time of the day for crossing the Goûter couloir in summer – from 9am to 10am – although climbers are still encouraged to check conditions before setting off.

Scientists warn that the problem about permafrost is much wider. In the French Alps, there are 947 elements of infrastructure located in the permafrost regions, from mountain huts to ski resort cable cars. Some of them were already affected by thawing. As a consequence, ensuring safety of the Alps and the many people who visit them will only be a growing challenge.

Source : The BBC.

En Suisse, le Cervin est une zone à risques pour les alpinistes (Photo: C. Grandpey)