Glaciers : la hausse de la zone d’accumulation et ses conséquences // Glaciers : the rise of the accumulation zone and its consequences

Les glaciers sont constutués de deux zones principales : la zone d’accumulation et la zone d’ablation. La zone d’accumulation se trouve en amont ; c’est là que la neige de l’hiver s’accumule, se compacte sous son propre poids et se transforme en glace, donnant naissance au glacier. Normalement, la température y reste très froide de sorte que cette partie du glacier reste couverte de neige durant toute l’année.

La deuxième partie, en aval du glacier, est la zone d’ablation. Dans cette partie du glacier, soumise à des températures plus élevée, la neige de l’hiver fond, puis la langue de glace rétrécit, à la fois en épaisseur et en longueur.

La zone d’accumulation et la zone d’ablation sont séparées par une ligne imaginaire, la ligne d’équilibre. Il est relativement aisé de la voir à la fin de l’été. Elle se situe à la limite entre la zone restée blanche, où la neige n’a pas pu fondre, et la zone plus foncée, où la glace apparaît directement.

Pour un glacier en équilibre avec les conditions climatiques, la surface de la zone d’accumulation correspond plus ou moins à deux fois la surface de la zone d’ablation. Toutefois, la position de la ligne d’équilibre varie selon le climat et la position géographique. Plus on monte vers les hautes latitudes, plus la ligne d’équilibre s’abaisse. Elle se situe à 600 m au Groenland et au niveau de la mer en Antarctique. Dans les Alpes suisses, elle se situe, en moyenne, vers 2750 mètres d’altitude, contre 2400 mètres en moyenne dans le massif du Mont Blanc.

Avec le réchauffement climatique, on assiste à une élévation de la zone d’accumulation, Par voie de conséquence, les glaciers sont moins alimentés. Ils reculent et perdent de l’épaisseur. Le phénomène affecte toutes les chaînes de montagnes de la planète, avec des conséquences qui deviendront inévitablement catastrophiques sur le long terme .

Ainsi, le réchauffement climatique et la sécheresse font monter la limite des neiges dans l’Himalaya, ce qui entraîne des incendies de végétation plus fréquents et des pénuries d’eau inquiétantes.
Les images satellite révèlent que l’altitude de la zone d’accumulation dans l’Himalaya s’élève à un rythme anormal. Selon les observations de la NASA, cette élévation inquiète les scientifiques depuis début 2021. Entre le 11 décembre 2024 et le 28 janvier 2025, la limite des neiges s’est élevée de près de 150 mètres ! La seule année récente où la limite des neiges de janvier était proche de ses niveaux habituels était 2022.
Les glaciologues pensent qu’une grande partie de la disparition de la neige dans l’Himalaya est due à la sublimation, et non à la fonte. Cela signifie que davantage de neige s’évapore au lieu de se transformer en eau et de donner naissance à des torrents.
Les scientifiques ne cessent de tirer la sonnette d’alarme car l’élévation de la zone d’accumulation entraîne un risque accru d’incendies de végétation et une réduction de l’approvisionnement en eau pour les communautés voisines. Selon le Nepali Times, la saison des feux de forêt au Népal a commencé plus tôt en 2025. Cela est dû à des sécheresses hivernales prolongées, avec un manteau neigeux anormalement mince. La faible accumulation de neige représente un risque très sérieux de pénurie d’eau, avec des conséquences en chaîne. En effet, ces pénuries d’eau peuvent entraîner de mauvaises récoltes, avec à la clé des pénuries alimentaires.

Source: Yahoo Actualités, NASA.

Crédit photo: UCLA

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Glaciers consist of two main zones: the accumulation zone and the ablation zone. The accumulation zone is located upslope; this is where winter snow accumulates, compacts under its own weight, and transforms into ice, giving rise to the glacier. Normally, the temperature remains very cold, so this part of the glacier remains covered in snow throughout the year.
The second part, downslope of the glacier, is the ablation zone. In this part of the glacier, subject to higher temperatures, the winter snow melts, and then the ice tongue shrinks, both in thickness and length.
The accumulation zone and the ablation zone are separated by an imaginary line, the equilibrium line. It is relatively easy to see it at the end of summer. It is located at the boundary between the white zone, where the snow has not melted, and the darker zone where the ice appears directly. For a glacier in equilibrium with climatic conditions, the surface area of ​​the accumulation zone corresponds roughly to twice the surface area of ​​the ablation zone. However, the position of the equilibrium line varies according to climate and location. The higher one goes towards higher latitudes, the lower the equilibrium line becomes. It is located at 600 m in Greenland and at sea level in Antarctica. In the Swiss Alps, it is located, on average, around 2750 meters above sea level, compared to an average of 2400 meters in the Mont Blanc massif.
With global warming, the accumulation zone is getting higher and higher. As a result, glaciers are less fed. They are retreating and losing thickness. This phenomenon affects all the mountain ranges on the planet, with consequences that will inevitably become disastrous in the long term. For instance, global warming and drought are causing the snowline to rise in the Himalayas, leading to more frequent wildfires and worrying water shortages.
Satellite images reveal that the elevation of the accumulation zone in the Himalayas is rising at an abnormal rate. According to NASA observations, this rise has been worrying scientists since early 2021. Between December 11, 2024, and January 28, 2025, the snowline rose nearly 150 meters! The only recent year when the January snowline was close to its usual levels was 2022.
Glaciologists believe that much of the snow loss in the Himalayas is due to sublimation, not melting. This means that more snow is evaporating instead of turning into water and creating torrents. Scientists are constantly sounding the alarm because the elevation of the accumulation zone leads to an increased risk of wildfires and a reduction in water supplies for neighboring communities. According to the Nepali Times, the forest fire season in Nepal started earlier in 2025. This is due to prolonged winter droughts, with abnormally low snowpack. Low snowpack poses a very serious risk of water shortages, with knock-on effects. Indeed, these water shortages can lead to poor harvests, leading to food shortages.

Source: Yahoo News, NASA.

22 mars 2025 : Journée Mondiale de l’Eau

Alors que le vendredi 21 mars était la Journée des Glaciers, la journée du samedi 22 mars 2025 a été décrétée Journée Mondiale de l’Eau par les Nations Unies. Il est indéniable que Glaciers et Eau vont main dans la main sur notre planète. Sans les glaciers, nous connaîtrions de sévères pénuries en eau et c’est malheureusement ce qui attend la Terre si nous laissons fondre les glaciers sans rien faire.

L’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) explique que sous les coups de boutoir du réchauffement climatique, les glaciers ont perdu en 2023 plus de 600 milliards de tonnes d’eau, soit la plus grande perte de masse enregistrée en 50 ans.
L’OMM nous rappelle aussi que 70 % de l’eau douce de la Terre se trouve sous forme de neige ou de glace. 2 milliards de personnes dépendent de l’eau des glaciers, de la fonte des neiges et du ruissellement des montagnes pour l’eau de boisson, l’agriculture et la production d’énergie. Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises, les glaciers himalayens sont le château d’eau de l’Asie. S’ils viennent à disparaître, on assistera à une catastrophes planétaires avec des migrations de populations à grande échelle. Notre planète sera-t-elle en mesure de gérer un tel événement ?
En fondant, les glaciers sont des réservoirs naturels qui libèrent progressivement de l’eau pour notamment alimenter les cours d’eau en été, lorsque les précipitations sont faibles. Ils alimentent les rivières qui irriguent les forêts, les plaines et les terres agricoles. Sans les glaciers, les rivières risquent de s’assécher en été.

Les glaciers contribuent à l’hydroélectricité dans de nombreuses régions montagneuses. Si les glaciers disparaissent, cela met en danger l’approvisionnement énergétique de nombreuses populations. J’ai expliqué à quel point le problème devenait inquiétant dans la Cordillère des Andes, en particulier dans un pays comme le Pérou.

Avec l’albédo, les glaciers réfléchissent une grande partie des rayons du soleil et permettent ainsi de maintenir des températures plus fraîches dans les régions montagneuses. Leur disparition accélère le réchauffement climatique et modifie les régimes de précipitations.

Pour terminer, il ne faudrait pas oublier que la fonte des glaciers contribue à la hausse du niveau des mers, phénomène qui menace les zones côtières.

Source : Le Centre d’Information sur l’Eau.

Photo: C. Grandpey

La NASA alerte à nouveau sur la hausse de niveau des océans // NASA’s new alert on rising sea levels

Ce n’est pas une surprise : la NASA vient de confirmer que le niveau des océans à travers le monde a augmenté plus que prévu en 2024, l’année la plus chaude jamais enregistrée sur Terre. Sur son site web, l’Administration explique que  »l’augmentation de l’année dernière est due à un réchauffement inhabituel des océans, combiné à la fonte des eaux provenant des glaces sur Terre, comme les glaciers. »
Selon l’analyse effectuée par la NASA, qui surveille la montée des eaux grâce à l’imagerie satellite, leur niveau a augmenté de 0,59 cm en 2024, bien au-delà des 0,43 cm prévus par les scientifiques. Un chercheur du Jet Propulsion Laboratory a déclaré : « Chaque année est un peu différente, mais il est clair que le niveau des océans continue de monter, et que le rythme s’accélère.»
L’élévation du niveau des océans est l’une des conséquences du réchauffement climatique d’origine humaine, et ce niveau s’est élevé parallèlement à la hausse de la température moyenne à la surface de la Terre, un changement lui-même causé par les émissions de gaz à effet de serre.
Au cours des trois dernières décennies, de 1993 à 2023, le niveau moyen de la mer à l’échelle mondiale a augmenté d’environ 10 cm. Selon la NASA, ce phénomène est principalement dû à deux facteurs : la fonte des glaciers et des calottes polaires, qui augmente l’afflux d’eau douce dans les océans ; et la dilatation thermique des océans due à la hausse de la température de l’eau de mer. Ces dernières années, l’élévation du niveau de la mer était principalement due au premier facteur et, dans une moindre mesure, au second. Cependant, en 2024, la situation s’est inversée : les deux tiers de l’élévation du niveau de la mer provenaient de la dilatation thermique.
On peut lire dans la conclusion du rapport de la NASA : « L’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée depuis le début de ces relevés en 1850. Le niveau de la mer devrait encore augmenter, car l’humanité continue d’émettre des gaz à effet de serre, menaçant de nombreuses habitées sur des îles ou le long des côtes. »

C’est au moment des tempêtes de grandes marées que les effets de la hausse de niveau des océans est visible sur les côtes, comme ici au nord de Royan (France)  [Photo: C. Grandpey]

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It was highly likely, but NASA has just confirmed the piece od news : Global sea levels rose more than expected in 2024, Earth’s hottest year on record. On its website, the Administration explains that last year’s increase « was due to an unusual amount of ocean warming, combined with meltwater from land-based ice such as glaciers. »

According to the analysis led by NASA, which monitors rising water levels using satellite imagery, the world’s seas rose by 0.59 centimeters in 2024, well above the 0.43 cm predicted by scientists. A researcher at NASA’s Jet Propulsion Laboratory said : « Every year is a little bit different, but what’s clear is that the ocean continues to rise, and the rate of rise is getting faster and faster. »

Rising sea levels are among the consequences of human-induced global warming, and oceans have risen in line with the increase in the Earth’s average surface temperature, a change which itself is caused by greenhouse gas emissions.

Over a recent three-decade period, from 1993 to 2023, average sea levels around the globe have risen by some 10 cm in total. According to NASA, the phenomenon is caused primarily by two factors: the melting of glaciers and polar ice caps, which increases the flow of freshwater into oceans; and the thermal expansion of the oceans due to the ncreasing temperature of sea water. In recent years, the observed rise in sea levels has been mainly caused by the first factor and less by the second. However, in 2024, those contributions flipped, with two-thirds of sea level rise coming from thermal expansion.

One can read in the conclusion of NASA’s report :  »The year 2024 was the warmest on record since such recordkeeping began in 1850. Sea levels are expected to rise further as humanity continues to emit greenhouse gases, threatening vast populations living on islands or along coastlines. »

L’Alaska a trop chaud // The weather is too hot in Alaska

Il y a quelques jours, j’expliquais sur ce blog que le départ de l’Iditarod, une course de chiens de traîneau très populaire en Alaska, avait dû être déplacé d’Anchorage à Frairbanks, à environ 575 kilomètres au nord, en raison d’un manque de neige. Cet événement confirme une tendance générale en Alaska : les hivers deviennent de plus en plus chauds avec le réchauffement climatique.
Après un épisode de réchauffement dû à El Niño, notre planète est entrée dans une phase La Niña censée apporter des températures plus fraîches et un hiver plus froid que la moyenne en Alaska. Ce ne fut pas le cas ces derniers mois, car des conditions relativement chaudes ont affecté le 49ème État de l’Union. L’hiver a été plus chaud que la moyenne en Alaska pendant les deux premiers mois de la saison. La période de décembre à janvier a été la deuxième plus chaude jamais enregistrée, avec 6,6 degrés Celsius au-dessus de la moyenne.
Au cours des trois premières semaines de février, Anchorage n’a reçu qu’un saupoudrage de neige, avec une couche de près de 30 centimètres en dessous de la moyenne. La ville n’a reçu qu’un peu plus de 10 centimètres depuis le 1er décembre 2024. Cela signifie que les chutes de neige hivernales à Anchorage ont été de plus de 95 centimètres inférieures à la moyenne. Certains habitants ont remarqué que leurs chiens perdaient prématurément leur fourrure d’hiver.
La cause de ce temps chaud en Alaska est un flux d’air chaud, en provenance du sud, au-dessus de l’océan Pacifique. Comme je l’ai écrit précédemment, cet air chaud a atteint le pôle Nord où les températures ont été légèrement au-dessus du point de congélation. En conséquence, près de la moitié des précipitations à Anchorage jusqu’au milieu de l’hiver ont été sous forme de pluie.
Les météorologues locaux indiquent que si des hivers chauds se sont déjà produits dans le passé, leur fréquence augmente aujourd’hui. Ils se sont produits trois ou quatre fois depuis l’an 2000.
Une étude de Climate Central a analysé 245 sites à travers les États-Unis pour déterminer quelle saison se réchauffait le plus rapidement. Elle a révélé que l’hiver était la saison qui se réchauffait le plus rapidement pour 76 % des régions.
Les conséquences sont à grande échelle. Le réchauffement climatique perturbe les régimes de chutes de neige, ce qui à son tour risque de limiter les réserves d’eau alimentées par la neige, essentielles pour les populations, l’agriculture et les écosystèmes. Les accumulations insuffisantes de neige réduisent la quantité d’eau stockée pour la boisson, l’énergie hydraulique et l’irrigation. L’Institut de recherche sociale et économique de l’Université d’Alaska à Anchorage a estimé que les impacts économiques du réchauffement climatique sur l’Alaska se situent entre 340 et 700 millions de dollars par an. Cela représente 0,6 à 1,3 % du produit intérieur brut de l’État.
Pour montrer l’impact du réchauffement climatique en Alaska, la presse locale a choisi le glacier Columbia. Selon l’U.S. Geological Survey, il a reculé d’environ 20 kilomètres et a perdu plus de la moitié de son volume depuis les années 1980. C’est l’un des glaciers qui reculent le plus rapidement de la planète. J’ai eu l’occasion de me rendre compte de son recul à trois reprises, en 2009, 2013 et 2020. Voici les images satellite de la NASA correspondant à ces années.Elles sont impressionnantes. J’ai diffusé mes photos dans des notes précédentes.

Le réchauffement climatique a également un impact sur le pergélisol qui recouvre une grande partie de la toundra en Alaska et dans l’Arctique dans son ensemble. Le dégel du pergélisol est l’une des raisons pour lesquelles plusieurs rivières d’Alaska ont commencé à virer à l’orange. Le phénomène permet aux métaux toxiques de pénétrer dans les eaux, les colorant au point qu’elles sont visibles depuis l’espace.

Crédit photo: USGS

Source : médias d’information en Alaska

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A few days ago, I explained on this blog that the start of the Iditarod, a very popular sled dog race in Alaska, had to be transfered from Anchorage to Frairbanks, about 575 kilometers to the north, due to a lack of snow. T/his event confirms a general tendency in Alaska : winters are getting warmer and warmer with global warming.

After an El Niño warming episode, our planet has entered a La Niña phase supposed to bring cooler temperatures and a colder-than-average winter in Alaska. This was not the case in the past months as relatively warm conditions blanketed the 49th State. Winter was warmer than average for Alaska for the first two months of the season. The period of December through January was the State’s second-warmest on record, with 6.6 degrees Celsius above average.

Through the first three weeks of February, Anchorage had received just a trace of snowfall, nearly 30 centimeters below average. The city had also received only a little more than 10 centimeters since December 1st, 2024. That means Anchorage’s winter snowfall was just over 95 centimeters below average. Some Alaskans have noticed that their dogs are shedding their winter fur prematurely.

The cause of the warm weather in Alaska is a southerly flow of air over the relatively warm Pacific Ocean. As I put it before, this warm air reached the north Pole where temperatures were recorded slightly above the freezing point. As a consequence, nearly half the precipitation in Anchorage through the middle of winter has been rain.

Local meteorologists indicate that while warm winters have occurred in the past, their frequency has increased. They have happened three or four times since about the year 2000.

A Climate Central study analyzed 245 locations across the United States to find which season has been warming the fastest. It found winter was the fastest-warming of all four seasons for 76% of the areas.

The consequences are large-scale. Warming winters can disrupt snowfall patterns, which can in turn limit snowfed water supplies critical for people, agriculture, and ecosystems. Limited snowpack accumulations reduce the amount of water stored for drinking, hydropower, and irrigation. The University of Alaska Anchorage’s Institute of Social and Economic Research has estimated that the economic impacts of the overheating planet on Alaska are between 340 million and 700 million dollars per year. That represents 0.6-1.3% of the state’s gross domestic product.

In order to show the impact of global warming in Alaska, the regional newspapers have chosen the Columbia Glacier. According to the U.S. Geological Survey, the Columbia Glacier has retreated about 20 kilometers and lost more than half its volume since the 1980s. It is one of the fastest-retreating glaciers on the planet.I had the opportunity to observe its retreat on three occasions, in 2009, 2013 and 2020. Here above, you will see the NASA satellite images corresponding to these years.

Global warming also has an impact on the permafrost that covers a large part of the tundra in Alaska and the Arctic as a whole. Thawing permafrost is one reason why several rivers in Alaska have started to turn orange. This allows toxic metals to enter the waters, staining them to the point that it’s visible from space.

Source : Alaska’s news media.