Vulcano (Iles Eoliennes / Sicile): L’éruption de 1888

Il y a quelque temps, mon ami sicilien Santo Scalia a mis en ligne sur Facebook un excellent article qui décrit la dernière éruption à Vulcano (Iles Eoliennes / Sicile) en 1888.

http://ilvulcanico.it/lultima-eruzione-di-vulcano-131-anni-fa/?fbclid=IwAR1v9HbC87XadkkSmdKc5SwiLqPnyVLRBLXgMRaH9ryitg1ZrXC10waJD

Comme le fait remarquer très justement Santo, le Vulcano n’est pas le volcan italien le plus populaire. Aux yeux des touristes, il est devancé par le Vésuve, l’Etna, le Stromboli, voire les Champs Phlégréens. La Fossa di Vulcano est pourtant un site volcanique très intéressant sur lequel j’ai effectué des recherches dans les années 1990. Les résultats de mon travail ont fait l’objet d’un mémoire que l’on peut se procurer auprès de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.).

Il y a 131 ans, dans la nuit du 2 au 3 août 1888, le Vulcano s’est réveillé, avec des grondements accompagnés de séismes, tandis qu’un épais panache de gaz et de cendre traversé par des éclairs s’élevait au-dessus du cratère, avec des retombées de matériaux sur toute l’île.  

On trouve une très intéressante description de l’éruption dans un ouvrage intitulé L’eruzione di Vulcano del 1888-1890 nelle Isole Eolie, publié par Guglielmo Manitta en 2018.

On y apprend que les anciens Grecs appelaient l’île Ἰερά – sacrée – car c’était pour eux le siège de l’atelier du dieu Héphaïstos, le Vulcain des Romains. Les éruptions du volcan sont connues depuis l’Antiquité. Thucydide (au 5ème siècle av. J.-C.), Aristote, Théophraste, Callias en font état dans leurs écrits.

Pline explique que peu de temps avant son époque, au milieu des îles Éoliennes, une nouvelle île était née et que la troisième année de la 163ème Olympiade – c’est-à-dire en 126 avand J.C. – une autre était apparue.
On ne sait que peu de choses sur les siècles du premier millénaire. Au 7ème siècle, l’abbé irlandais San Adamnàn écrivit un ouvrage intitulé De Locis Sanctis (Les Lieux Saints) dans lequel, citant le témoignage de l’évêque français Arculf, il parlait d’une activité éruptive du volcan.
Vers 943, des voyageurs arabes ont  mentionné l’île de Vulcano. Par exemple, Al-Masûdî, originaire de Bagdad, a écrit une œuvre intitulée Murûg ad-dahab dans laquelle il mentionne le «Gabal al burkân (Mont de Vulcano) qui jette le feu, en même temps que [d’autres] matériaux et de grands corps. […] L’île nommée «al-Burkân» est l’atîmah (le cratère) qui projette des «corps enflammés ressemblant à des hommes sans tête» (sic!).

Un historien originaire de Sciacca nous apprend que Thermessa (ou Therasia), autre nom sous lequel était connue l’île de Vulcano dans le passé, connaissait de l’activité volcanique en 1444. Il explique aussi que l’île de Vulcanello – qui s’est formée au deuxième siècle avant notre ère et qui était à l’origine séparée de Vulcano par une étroite bande de mer navigable – était déjà raccordée à sa voisine au 15ème siècle.
Au moins huit autres épisodes éruptifs se sont produits aux seizième, dix-septième et dix-huitième siècles. Au dix-neuvième siècle, certaines phases d’activité fumerolienne plus intenses ont été observées. Elles ont abouti à l’éruption qui a duré d’août 1888 à mars 1890.

Les autorités romaines ont envoyé Orazio Silvestri (professeur de géologie et de minéralogie à l’Université de Catane) et Giuseppe Mercalli (alors professeur de vulcanologie et de sismologie à l’Université de Naples) étudier cette éruption. En collaboration avec Giulio Grablovitz (directeur de l’observatoire de Casamicciola à Ischia) et de Clerici, chef des ingénieurs civils de Messine, ils ont rédigé un ouvrage intitulé Le eruzioni dell’Isola di Vulcano, incominciate il 3 agosto 1888 e terminate il 22 marzo 1890.

Au cours de cette dernière éruption, l’activité du cratère – baptisé la Fossa – a consisté en de puissantes émissions de cendres, de scories et de bombes à quelques heures d’intervalle. Elle était si caractéristique que l’on a donné le nom d’ « éruption vulcanienne » à des manifestations d’activité éruptive similaire sur d’autres volcans de la planète.

Pendant l’éruption (qui a duré 19 mois et autant de jours), on a observé deux phases séparées par quelques semaines de calme absolu: une première phase, caractérisée par une activité plus intense, a duré environ trois jours, du 3 au 5 août.1888; la seconde, à partir du 18 du même mois, s’est terminée le 22 mars 1890 et a présenté une activité plus modérée, avec de brèves périodes de calme.
À la fin de l’éruption, Émile Chaix (alors professeur de géographie générale et de géographie physique à Genève) a photographié l’intérieur du cratère qui était toujours en train de fumer.
Aujourd’hui, Vulcano ne présente plus qu’une activité fumerollienne – avec de très belles concrétions de soufre – plus intense le long de certaines fractures qui parcourent la lèvre sud-ouest du cratère. Dans les années 1990, quand j’ai effectué mon travail d’observation, leur température oscillait entre 300e et 400°C.

Au moment de la dernière éruption, l’île était peu habitée. Une colonie de détenus était également présente ; ces hommes purgeaient leurs peines en extrayant du soufre et de l’alun. L’entrée de ces mines est encore visible, mais il est dangereux de s’y aventurer.
Ces activités ont été fortement compromises suite à l’éruption de la fin du 19ème siècle. De gros blocs ont atteint la zone de plaine autour du port où des maisons et des installations d’extraction ont été endommagées.

Photo prise par Orazio Silvestri et montrant l’éruption le 20 août 1888 (Source :Libreria Trippini Sergio)

Bombe « en croûte de pain » projetée par la dernière éruption

Vue du cratère de la Fossa aujourd’hui

Fumerolles sur la lèvre du cratère

 Concrétion de soufre dans le cratère

 Entrée d’une galerie d’extraction de l’alun

                                                                  Vulcanello

(Photos: C. Grandpey)

 

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde.

L’éruption de White Island ( Nouvelle Zélande) le 9 décembre 2019 a fait une 21ème victime. L’une des personnes très gravement brûlées n’a pas survécu à ses blessures.

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La situation n’a pas beaucoup évolué sur la Péninsule de Reykjanes (Islande) où des essaims sismiques sont toujours enregistrés. L’inflation du Mt Þorbjörn semble s’être stabilisée. Les autorités islandaises ont renforcé les mesures de surveillance et demandé à la population de se tenir prête à une évacuation en cas d’éruption.

Aux dernières nouvelles, rien n’indique que du magma se soit accumulé près de la surface aux environs de Grindavík! C’est le résultat de mesures de gaz effectuées près du volcan Þorbjörn par des scientifiques de l’Icelandic Met Office, en coopération avec le personnel de la société  HS-Orka.
Les analyses des différents échantillons d’eau aboutissent toutes au même résultat. Les mesures effectuées sur la zone par l’Icelandic Met Office révèlent en outre que l’inflation à proximité du Þorbjörn, qui atteignait 3-4 mm par jour depuis le 21 janvier 2020, a considérablement ralenti.
Comme je l’ai écrit précédemment, l’activité sismique a augmenté le 29 janvier au matin, avec deux séismes d’une magnitude supérieure à M 3,0, suivis d’un événement de M 2,7. Aucun événement sismique significatif n’a été enregistré depuis cette date.
Par mesure de précaution, les Ponts et Chaussées islandais veillent au bon état des routes autour de Grindavík. En particulier, la route à l’ouest qui longea la côte sud sera déneigée ou salée, si besoin, sept jours sur sept.
Source: Iceland Monitor.

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Le niveau d’alerte du Taal (Philippines) est maintenu à 3, sur une échelle de 5. Le Main Crater continue à émettre de volumineux panaches de vapeur qui montent à 600-800 mètres de hauteur. Les émissions de SO2 restent faibles. La sismicité a beaucoup décliné depuis le début de l’activité éruptive.

A voir sur le site de l’agence 80 Jours Voyages, une très bonne vidéo, réalisée à l’aide d’un drone, du lac de cratère du Taal où l’eau a disparu:

https://youtu.be/mCou8T69f5I

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 La sismicité s’est intensifiée après l’éruption d’environ 9 heures observée le 12 janvier 2020 sur l’île Fernandina (Galapago). L’IG a enregistré des séismes sporadiques d’une magnitude allant jusqu’à M 4,2 ainsi que de petits essaims. La plupart des événements étaient peu profonds, même si certains ont été localisés à des profondeurs supérieures à 10 km. Une déformation d’environ 35 cm a été détectée autour des fractures qui ont produit les coulées de lave du 12 janvier qui ont couvertune superficie de 3,8 kilomètres carrés.
Source: Instituto Geofisico.

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L’activité éruptive se poursuit sur l’Etna (Sicile) au niveau de la Voragine, du Nouveau Cratère Sud-Est (NCSE) et du Cratère Nord-Est (CNE). Le cône dans la Voragine produit des explosions stromboliennes dont la fréquence a augmenté et a entraîné une croissance rapide du cône. La lave avance le long du flanc S du cône et se déverse dans la Bocca Nuova adjacente, remplissant son cratère E (BN-2). L’activité du CNE se caractérise par une activité strombolienne discontinue et des émissions périodiques de panaches de cendre. Plusieurs épisodes d’émissions de cendre ont également été observés dans le NCSE.
Source: INGV.

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 L’activité éruptive reste soutenue sur l’île Nishinoshima (Japon). Le cône central continue de vomir des coulées de lave qui atteignent l’océan. La NASA a mis en ligne des images satellites montrant parfaitement la situation éruptive actuelle.

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Here is some news of volcanic activity around the world.

The White Island (New Zealand) eruption on December 9th, 2019 killed a 21st person. One of the very seriously burned people did not survive his injuries.

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The situation has not changed much on the Reykjanes Peninsula (Iceland) where seismic swarms are still recorded. Inflation of Mt Þorbjörn seems to have stabilized. The Icelandic authorities have stepped up surveillance measures and asked the population to be ready for an evacuation in the event of an eruption.

Latest news ! There is no indication of magma having accumulated near the surface of the earth in the vicinity of Grindavík! This is the result of gas measurements done near Þorbjörn mountain by specialists from the Icelandic Met Office, in cooperation with staff from HS-Orka energy company.

The analysis of water samples shows the same result. Monitoring of the area by the Icelandic Met Office furthermore reveals that inflation near Þorbjörn mountain, which had amounted to 3-4 mm a day since January 21st, 2020 has slowed down considerably.

As I put it before, seismic activity increased on Janyary 29th in the morning, with two earthquakes above M 3.0, followed by an M 2.7 event.

As a precautionary measure, the Icelandic Road Administration has increased service of roads from the town of Grindavík. The road along the south coast to the west will be ploughed or salted, if needed, seven days a week.

Source: Iceland Monitor.

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The alert level of Taal Volcano (Philippines) is kept at 3, on a scale of 5. The Main Crater continues to emit voluminous steam plumes rising up to 600-800 meters high. SO2 emissions remain low. Seismicity has declined significantly since the start of eruptive activity.

Here is a nice video shot with a drone and showing the now empty lake at Taal’s Main Crater :

https://youtu.be/mCou8T69f5I

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Seismicity increased after the 9-hour eruption on January 12th, 2020 at Fernandina (Galapago). It included sporadic earthquakes with magnitudes up to M 4.2 and small swarms. Most of the events were shallow though some were located at depths greater than 10 km. Deformation of about 35 cm was detected around the fissures that produced the 12 January lava flows which covered an area of 3.8 square kilometres.

Source: Instituto Geofisico.

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Eruptive activity continues at Mt Etna’s Voragine, New Southeast Crater (NSEC), and Northeast Crater (NEC). The cone in VOR produced Strombolian explosions which increased in frequency and resulted in rapid cone growth. Lava travels down the S flank of the cone and into the adjacent Bocca Nuova, filling the E crater (BN-2). Activity at the NEC is characterized by discontinuous Strombolian activity and periodic emissions of diffuse ash plumes. Several episodes of ash emissions have also been observed at the NSEC.

Source : INGV.

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Eruptive activity remains elevated on Nishinoshima Island (Japan). The central cone continues to emit lava flows that reach the ocean. NASA has posted satellite images perfectly showing the current eruptive situation.

Image satellite de Nishinoshima le 26 janvier 2020 ( Source : NASA)

 

Péninsule de Reykjanes (Islande) : Au cas où…// Reykjanes Peninsula (Iceland) : Just in case…

Comme je l’ai écrit précédemment, la sismicité est toujours relativement importante sur la Péninsule de Reykjanes. Les scientifiques locaux ont renforcé la surveillance, en particulier celle concernant l’inflation du Mont Þorbjörn qui pourrait être causée par une accumulation de magma. .
De nouveaux instruments ont été installés par l’Icelandic Met Office (IMO) qui a désormais accès aux données fournies par d’autres équipements de surveillance. L’IMO prévoit d’installer deux GPS, un sur le Mt Þorbjörn et un autre à l’ouest de la montagne. L’inflation dans la région a atteint environ 3 cm, après avoir progressé de 3-4 mm par jour depuis le 21 janvier 2020
L’Icelandic Met Office possède un sismomètre à l’ouest de Grindavík, un autre à l’extrémité nord de la Péninsule de Reykjanes ainsi qu’à Vogar et Krýsuvík. De plus, l’IMO aura accès aux données de trois ou quatre sismomètres supplémentaires qui sont utilisés pour un projet de recherche indépendant.
Des images satellites ainsi que la technologie InSAR sont également utilisées pour contrôler et évaluer l’inflation.
L’Icelandic Met Office dispose d’un réseau GPS dans toute la péninsule afin de pouvoir mesurer les mouvements à la surface de la terre. Par ailleurs, il pourra accéder aux données GPS de l’Institut des Sciences de la Terre.
L’accélération de la gravité sera mesurée par l’Islande GeoSurvey (Ísor) pour déterminer si le magma est toujours en train de s’accumuler.
Si une éruption devait se produire, une station radar, située sur le plateau de Miðnesheiði, fournirait des informations sur les panaches de cendre volcanique. Une autre station radar, actuellement implantée ailleurs sur l’île, sera installée à Reykjanes. Enfin, un LiDAR, utilisé pour mesurer les concentrations de cendre volcanique dans l’air, sera installé dans la zone. En cas d’éruption, il sera important de décider si les aéroports peuvent rester ouverts.
Source: Iceland Monitor.

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As I put it before, seismicity is still significant on the Reykjanes Peninsula, and local scientists want to better monitor the situation, including the inflation of Mt Þorbjörn which might be caused by magma accumulation. .

Additional monitoring equipment has been installed by the Icelandic Met Office (IMO)  and access to data from other monitoring equipment will be obtained. IMO expects to install two GPS devices – one on Þorbjörn volcano, and another one west of the mountain. Inflation in the area has reached about 3 cm, after amounting to 3-4 mm a day since January 21st, 2020

The Icelandic Met Office has one seismometer west of Grindavík, another one on the northernmost tip of Reykjanes as well as in Vogar and Krýsuvík. In addition, the Met Office will obtain access to data from three or four additional seismometers that have been used for a special research project.

Satellite pictures as well as InSAR technology are used as well to assess the inflation.

The Icelandic Met Office has a system of GPS devices throughout Reykjanes, measuring movements on the earth’s surface. The Met Office will obtain access to GPS data from the Institute of Earth Sciences.

In addition, gravity acceleration of the earth will be measured by Iceland GeoSurvey (Ísor) to help determine whether magma is accumulating.

In xase of an eruption, a radar station, located on Miðnesheiði plateau, would provide information about volcanic ash plumes. Another radar station, currently located elsewhere, will be installed in Reykjanes. Finally, a LiDAR, used to measure volcanic ash in the air, will be installed in the area. It would be important when determining whether airports can remain open.

Source : Iceland Monitor.

Vue de Grindavík et du volcan Þorbjörn (Crédit photo mbl.is / Kristinn Magnússon)

Volcan Taal (Philippines) : Prévision éruptive…ou pilotage à vue ?

Au cours de ma conférence « Volcans et risques volcaniques », j’explique que, malgré les outils technologiques ultra modernes (systèmes GPS, observations satellitaires, etc) dont disposent les scientifiques, la prévision volcanique reste très aléatoire, pour ne pas dire inexistante, surtout sur les volcans gris, les plus explosifs, donc les plus dangereux. Les terres étant très fertiles, des centaines de milliers de personnes vivent sur leurs pentes ou à proximité.

Lorsqu’un événement majeur se produit, les autorités mettent en général d’emblée en place le principe de précaution. On a tiré les leçons des éruptions meurtrières du passé et on n’attend plus de savoir si le volcan va se mettre vraiment en colère pour évacuer les populations menacées. La dernière éruption du Taal aux Philippines vient confirmer cette stratégie. Il suffit d’observer le déroulement des événements pour s’en rendre compte. Examinons les bulletins d’information émis par le PHIVOLCS (Philippine Institute of Volcanology and Seismomogy) pendant les jours qui ont précédé le réveil du volcan.

Dans un bulletin émis le 8 janvier 2020 à 8 heures du matin, le PHIVOLCS indiquait que le réseau sismique du Taal avait enregistré 29 séismes d’origine volcanique au cours des dernières 24 heures. Les dernières mesures effectuée début janvier révélaient une légère baisse de la température du lac dans le Main Crater (cratère principal), de 31.6°C à 31.5°C. On observait aussi une baisse du niveau de l’eau de 0.34 mètre, contre 0.27 mètre précédemment. L’acidité de l’eau avait augmenté et était passée d’un pH de 2.81 à un pH de 2.75. Le réseau GPS montrait aussi une inflation du volcan, mais sans changement significatif par rapport aux mesures précédentes sur le long terme. Au vu de ces paramètres, le PHIVOLCS avait mis en place le niveau d’alerte à 1, sur une échelle de 5. Cela signifiait qu’ « une éruption dangereuse n’était pas imminente. »

Le bulletin émis le 9 janvier à 8 heures était en grande partie identique à celui de la veille.

Même son de cloche le 10 janvier au matin où le PHIVOLCS signalait toutefois deux séismes susceptibles d’avoir été ressentis par la population.

Bis repetita les 11 et 12 janvier à 8 heures. Les bulletins émis par le PHIVOLCS étaient en tout point identique à ceux des jours précédents. Le niveau d’alerte volcanique était maintenu à 1.

Changement de décor dans le bulletin du 12 janvier à 14h30 ! Le PHIVOLCS signalait des émissions de vapeur dans le Main Crater, probablement générés par une activité phréatique. Rien de vraiment significatif dans l’activité sismique et la déformation du volcan. L’Institut signalait une augmentation régulière de la teneur en CO2 de l’eau du lac de cratère depuis février 2019. Par précaution, le niveau d’alerte volcanique passait de 1 à 2 (probable intrusion magmatique pouvant conduire à une éruption).  Il était demandé à la population de ne pas s’approcher du Main Crater.

Ce même jour à 16 heures, le PHIVOLCS faisait passer le niveau d’alerte de 2 à 3 car l’activité éruptive s’intensifiait avec un panache de 1 km de hauteur et une hausse de la sismicité. L’Institut expliquait qu’il se produisait probablement une intrusion magmatique et conseillait l’évacuation des barangays (unités administratives) d’Agoncillo et Laurel dans la province de Batangas à cause du risque de coulées pyroclastiques et de tsunami.

Une heure trente plus tard, à 17h30, le niveau d’alerte passait de 3 à 4 (dangereuse éruption imminente). L’éruption s’était intensifiée depuis le précédent bulletin, avec un panache de 10 à 15 km de hauteur et des retombées de cendre vers le nord du volcan. Le PHIVOLCS notait la présence de tremor et une hausse de l’activité sismique. Des fissures s’étaient ouvertes et d’autres s’étaient agrandies. Le PHIVOLCS s’attendait à une éruption majeure « dans les prochaines heures ou les prochains jours.» En conséquence, l’Institut conseillait fortement l’évacuation totale de Volcano Island et de la population dans un rayon de 14 km du Main Crater.

L’activité éruptive s’est poursuivie les jours suivants, sans que l’on assiste toutefois à l’éruption cataclysmale annoncée par le PHIVOLCS. Le niveau d’alerte était maintenu à 4 sur 5.

Le 25 janvier 2020, sismicité, déformation de l’édifice volcanique et émissions de SO2 poursuivant leur décrue, le PHIVOLCS a décidé de ramener le niveau d’alerte à 3, sans exclure une baisse à 2 les jours suivant si la baisse d’activité se confirme. Les personnes évacuées ont été en grande partie autorisées à rentrer chez elle. Les écoles primaires et secondaires de la province de Batangas restent toutefois fermées car elles hébergent les habitants de Agoncillo et Laurel, localités qui n’ont pas été jugées suffisamment sures par l’Institut.

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Les événements que je viens de mentionner montrent que la sismicité est restée intense pendant plusieurs jours avant de décliner progressivement. La cendre a envahi Volcano Island qui, selon les autorités, est en passe de devenir un no man’s land où toute implantation de population devrait être officiellement interdite, mais on sait d’avance qu’une telle mesure sera difficile à mettre en place.

Une évacuation à grande échelle a été décrétée sur une zone d’un rayon de 14 km par rapport au Main Crater. La carte à risque du Taal montre qu’environ 460 000 personnes habitent dans cette zone. Le 21 janvier, 148 987 personnes séjournaient dans 493 centres d’évacuation, en sachant que des milliers d’autres s’étaient réfugiées chez des parents et amis ailleurs dans le pays. La population et l’armée empêchaient les habitants évacués de revenir chez eux.

Ces événements confirment que la gestion de l’éruption s’est faite au jour le jour, au vu des paramètres du moment, surtout en fonction de l’intensité du panache éruptif et des retombées de cendre. L’éruption majeure envisagée par le PHIVOLCS n’a jamais eu lieu. Le principe de précaution a toutefois permis de mettre des dizaines de milliers de personnes à l’abri d’une possible éruption de grande ampleur. Les autorités philippines avaient sûrement en tête l’éruption du Pinatubo en 1991. L’événement avait alors tué quelque 800 personnes, un bilan relativement modéré au vu de la puissance de l’éruption.

Etant donné notre incapacité à réellement prévoir l’évolution d’une éruption sur un volcan explosif de la Ceinture de Feu du Pacifique, l’adoption du principe de précaution est à mes yeux une sage décision. Les autorités philippines ont par ailleurs eu la bonne idée de décréter une évacuation à grande échelle dès le début de l’activité éruptive. En 2010, j’avais critiqué l’évacuation pas à pas décidée par les autorités indonésiennes lors de l’éruption du Mérapi et ses quelque 340 morts. Dans le cas du Taal, aucune victime n’est à déplorer à ce jour. Il est vrai que le volcan a eu la bonne idée de ne pas envoyer de coulées pyroclastiques, ce qui est une différence majeure avec l’éruption du Merapi.

Source: Disaster Risk Reduction Management Council