Ambae (Vanuatu): impact de l’éruption de 2017-2018 // Impact of the 2017-2018 eruption

Le dernier article « Volcano Watch » publié par l’Observatoire des Volcans d’Hawaii (HVO) est consacré aux volcans d’Ambae au Vanuatu. Au début, l’article nous rappelle que le Pacifique abrite des dizaines de systèmes volcaniques actifs. La plupart des volcans boucliers basaltiques du Pacifique sont liés aux points chauds qui ont façonné les îles hawaïennes et de nombreuses chaînes d’îles polynésiennes et micronésiennes. Ces volcans boucliers volumineux issus de points chauds ont été pour la plupart édifiés par des éruptions effusives, périodiquement interrompues par des cycles d’activité explosive. Il existe d’autres grands volcans boucliers le long des zones de subduction bordant l’Océan Pacifique, mais ils peuvent se comporter très différemment du Kilauea et du Mauna Loa à Hawaii.
L’île d’Ambae est un grand volcan bouclier basaltique situé le long de la zone de subduction entre les Fidji et la Papouasie-Nouvelle-Guinée dans le Pacifique Sud. Depuis 1995, Ambae a connu plusieurs épisodes explosifs. Ambae a l’aspect d’ une version miniature du Mauna Loa. L’île mesure 14 km de large et 39 km de long avec des pentes douces et une végétation dense. Comme le Mauna Loa, le sommet a un grand cratère et plusieurs autres plus petits.
Les cratères d’Ambae sont remplis d’eau à la couleur vive qui sont le signe d’un système profond d’eaux souterraines à haute température et riches en soufre. À Ambae, ce sont ces grands lacs de cratère et les eaux souterraines qui contribuent aux éruptions phréatiques ou phréatomagmatiques.
Ambae a connu deux forts épisodes d’éruptions explosives modérées et parfois violentes en 2017-2018 qui ont fait suite à une activité mineure au cours de la décennie précédente. Le premier épisode s’est produit en octobre 2017 et a recouvert l’île de cendres, avec des gaz et des pluies acides qui ont causé des dégâts aux cultures, ainsi qu’une pollution de l’eau et des problèmes respiratoires. Ces impacts, aggravés par un manque de nouvelles précipitations pour remplacer l’eau potable qui avait été polluée, ont entraîné l’évacuation d’environ 11 000 habitants. L’activité éruptive a diminué peu de temps après, ce qui a permis à la population locale de revenir sur l’île vers le début de l’année suivante.
L’activité éruptive au Vanuatu est surveillée par le Département de météorologie et de géorisques [GeoHazards] du Vanuatu (VMGD) à l’aide de données sismiques et de visites périodiques sur le terrain par des volcanologues. Après le premier épisode éruptif, une activité volcanique de faible intensité s’est poursuivie avec de petites émissions de gaz et de cendres. A la saison des pluies d’octobre à avril, les cendres remobilisées se sont transformées en lahars.
En juillet et août 2018, le VMGD et une équipe de chercheurs basée en Nouvelle-Zélande sont arrivés à Ambae pour collecter des échantillons de cendres et d’eau, acquérir des données sismiques et acoustiques et documenter les impacts des éruptions. Au moment où les scientifiques se trouvaient sur place, ils ont été confrontés à des éruptions explosives de plus en plus nombreuses. La plus importante a généré des panaches de cendres à plus de 9100 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui a affecté le trafic aérien du Pacifique Sud.
Le réseau sismique-acoustique nouvellement déployé a enregistré la majeure partie de la deuxième phase de l’éruption et ces données ont ensuite été analysées par des chercheurs de Nouvelle-Zélande, du Vanuatu et des États-Unis. Les données ont montré en détail le moment et la taille des explosions. Elles montrent non seulement l’activité sismique provoquée par l’éruption, mais aussi les sons émis par le volcan. À l’heure actuelle, la surveillance au Vanuatu est effectuée par l’intermédiaire de l’observation en temps réel des données sismiques transmises au centre de surveillance à distance de Port Vila, la capitale. L’observation acoustique des volcans du Vanuatu n’en est qu’à ses débuts, mais le déploiement temporaire des instruments illustre l’intérêt de ces données à des fins de surveillance.
La nouvelle phase éruptive a entraîné la deuxième évacuation complète d’Ambae en août 2018. Toutefois, alors que l’éruption de 2018 sur l’île d’Hawaï a attiré l’attention du monde entier, l’éruption d’Ambae a eu un impact mondial plus important en raison de l’énorme quantité de gaz émis. Heureusement, l’éruption s’est terminée plus tard dans l’année et les habitants d’Ambae ont pu rentrer chez eux en toute sécurité. Fin septembre 2019, les scientifiques sont retournés à Ambae pour récupérer les stations sismiques et acoustiques temporaires. Les agriculteurs d’Ambae, qui étaient revenus plus tôt dans l’année, ont signalé des récoltes abondantes, peut-être en raison des sols enrichis par les dernières retombées de cendres.
Source : USGS/HVO.

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The latest « Volcano Watch » article released by the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) is dedicated to the volcanoes of Ambae in Vanuatu. To begin with, the article reminds us that the Pacific is home to dozens of active volcanic systems. Most basaltic shield volcanoes in the Pacific are related to the hotspots that created the Hawaiian Islands and many of the Polynesian and Micronesian island chains. These massive hotspot shield volcanoes are built largely by eruptions of lava that are periodically interrupted by cycles of explosive activity. There are other large shield volcanoes found along subduction zones rimming the Pacific Ocean, but they can behave very differently from Kilauea and Mauna Loa.

The island of Ambae is a large basaltic shield volcano that lies along the subduction zone between Fiji and Papua New Guinea in the South Pacific. Since 1995, Ambae has experienced several explosive episodes. Ambae looks like a smaller version of Mauna Loa. The island is14 km wide and 39 km across with gentle slopes and dense vegetation. Like Mauna Loa, the summit has more than one large crater.

The craters at Ambae are filled with colorful lake water which testifies to a deep system of heated, sulfur-rich groundwater beneath the summit. At Ambae, these large crater lakes and associated groundwater contribute to phreatic or phreatomagmatic eruptions.

Ambae had two strong episodes of moderate to large explosive eruptions in 2017–2018 after mostly minor activity during the previous decade. The first episode occurred in October 2017 and covered the island with ash, gas, and acid rain causing crop damage, water pollution, and respiratory problems. These impacts, compounded by a lack of new rainfall to replace affected drinking water, forced the evacuation of about 11,000 residents. Eruptive activity waned shortly after, which prompted the local population to begin to return to the island around the start of the new year.

Eruptions and their impacts in Vanuatu are monitored by the Vanuatu Meteorology and Geohazards Department (VMGD) using transmitted seismograph data and periodic island site visits by volcano scientists. After the first episode, low-level volcanic activity continued with minor gas and ash discharge from the volcano. Remobilized ash also turned into mudflow lahars throughout the rainy season, from October to April.

In July and August 2018, VMGD and a New Zealand-based research team arrived at Ambae to collect ash and water samples, acquire seismograph and acoustic data, and document the impacts of the eruptions. By coincidence, the field teams and local residents were met by new and increasing explosive eruptions. The largest of these eruptions produced ash plumes over 9,100 meters above sea level which affected South Pacific air traffic.

The newly deployed seismic-acoustic array captured most of the second phase of eruption and these data were subsequently analyzed by researchers from New Zealand, Vanuatu, and the United States. The data showed in detail the timing and size of explosions on the volcano. They show not only the ground shaking from the eruption but also the sounds of the volcano. At present, monitoring in Vanuatu is conducted by real-time observation of transmitted seismic data to the remote monitoring center in the capital of Port Vila. Acoustic observation of Vanuatu volcanoes is in its infancy, but the temporary deployment illustrates the value of such data for monitoring purposes.

The new eruption phase ultimately forced the second full evacuation of Ambae in August 2018. Interestingly, while the 2018 eruption on the Island of Hawaii received global attention, the Ambae eruption had a larger global impact due to the huge amount of gas released. Fortunately, the eruption ended later that year and local Ambae residents were able to return safely to their homes. In late September 2019, scientists returned to Ambae to remove the temporary seismic and acoustic stations. Local farmers, who had returned earlier in the year reported abundant crops, possibly a result of the newly rejuvenated ash-rich soils.

Source: USGS / HVO.

Archipel du Vanuatu et modélisation de l’île d’Ambae (Source: Wikipedia)

Cumbre Vieja (La Palma) : nouvelles de l’éruption // News of the eruption

11 heures : La lave du Cumbre Vieja poursuit sa progression et son travail de destruction. Ele couvre déjà une superficie de 525,77 hectares, a touché 1 281 bâtiments et endommagé 132 hectares de cultures. La lave a épargné quelques zones de végétation et créé des kipukas comme à Hawaii. Les scientifiques surveillent notamment l’une des branches de la coulée nord dans le parc industriel de Los Llanos de Aridane. La zone de La Laguna; où les coulées de lave se déplacent à certains endroits à 700 mètres par heure est particulièrement préoccupante. Elles ont déjà touché les bananeraies, la zone industrielle et les maisons.

La colonne de cendre émise par le volcan atteignait 3500 m de hauteur le 10 octobre. Malgré l’amélioration des conditions météorologiques ces dernières heures, un virage du vent vers l’ouest est attendu ce lundi, ce qui provoquera un déplacement du nuage de cendres et pourrait affecter l’activité de l’aéroport de La Palma.

Source: Presse espagnole.

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20 heures : La lave du Cumbre Vieja poursuit sa progression. Selon les dernières estimations, elle a recouvert une superficie de 591,1 hectares, a endommagé ou détruit 1 281 bâtiments et affecté 150 hectares de cultures. L’une des branches de la coulée nord a provoqué un incendie dans la cimenterie du parc industriel de Los Llanos de Aridane. L’événement a entraîné le confinement de près de 3 000 habitants à jusqu’à ce que la qualité de l’air de la zone puisse être analysée.

Source: Pevolca.

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23 heures : Le satellite Sentinel-2 Copernicus a transmis une image des coulées de lave émises par le Cumbre Vieja. On peut voir les nouvelles coulées générées au nord du flux précédent en raison de l’effondrement du cratère le 9 octobre.

Dans l’après-midi du 11 octobre 2021, les scientifiques de l’Institut de volcanologie des îles Canaries (Involcan) ont été témoins d’un épisode de foudre volcanique, phénomène qui ne s’était pas produit jusqu’à présent.
L’Institut a rappelé que « les cendres et les matériaux pyroclastiques libérés par le volcan sont initialement neutres (sans charge électrique), mais la friction entre eux dans un environnement hostile provoque la libération d’ions dans le panache volcanique. »

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11:00 am :The lava from Cumbre Vieja keeps moving forward and destroying everything on its path. It already covers an area of 525.77 hectares, has affected 1,281 buildings and damaged 132 hectares of crops. The lava has spared some areas of vegetation and created kipukas like in Hawaii. Scientists are monitoring one of the branches of the north flow in the Los Llanos de Aridane industrial park. The La Laguna area; where lava flows move in some places at 700 meters per hour is of particular concern. They have already affected banana plantations, the industrial zone and houses.
The ash column emitted by the volcano was 3500 m high on October 10th. Despite better weather conditions in recent hours, a westerly wind shift is expected today Monday, which will cause the ash cloud to shift and could affect activity at La Palma airport.
Source: Spanish press.

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8:00 p.m .: Lava from Cumbre Vieja keeps moving forward. According to the latest estimates, it has covered an area of 591.1 hectares, damaged or destroyed 1,281 buildings and affected 150 hectares of crops. One of the branches of the north flow caused a fire in the cement plant in the Los Llanos de Aridane industrial park. The event caused the confinement of nearly 3,000 residents until air quality in the area could be analyzed.
Source: Pevolca.

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11:00 pm : The Copernicus Sentinel-2 satellite has sent an image of the lava flows emitted by Cumbre Vieja. One can see the new flows generated north of the previous one due to the crater collapse on October 9th, 2021. (see image above)

In the afternoon of October 11th, 2021, scientists from the Institute of Volcanology of the Canary Islands (Involcan) witnessed an episode of volcanic lightning, a phenomenon that had not occurred until now.
The Institute recalled that « the ash and pyroclastic materials released by the volcano are initially neutral (without an electric charge), but the friction between them in a hostile environment causes the release of ions in the volcanic plume. » (see image above)

La lave a provisoirement cessé d’entrer dans la mer mais les coulées en amont continuent leur progression vers l’océan (captures écran webcam)

Eruption du Cumbre Vieja (La Palma) : dernières nouvelles // Latest news

8 heures : Comme indiqué précédemment, la face nord du cône du Cumbre Vieja s’est partiellement effondrée dans la matinée du 9 octobre 2021. L’effondrement a provoqué une émission de lave dans plusieurs directions. Quelques heures plus tard, dans l’après-midi, le flanc nord s’est définitivement effondré.
Selon INVOLCAN, la nouvelle coulée de lave génère d’énormes destructions dans son sillage et elle rend difficile le déplacement des équipes scientifiques dans la zone. Elle a emporté un nombre important de maisons, mais on ne sait pas si elle a atteint la zone industrielle.La nouvelle coulée de lave se trouve dans la zone qui a été évacuée à la hâte après l’éruption du 19 septembre, lorsque 6000 habitants ont été contraints de fuir leurs maisons et leurs fermes. La police a autorisé les personnes dont les maisons pourraient être menacées par la lave à sauver ce qui pourrait l’être. Des camions sont repartis de la zone avec des matelas, des meubles et d’autres effets personnels.
Dans le même temps, la branche qui s’était détachée de la coulée principale a réussi à atteindre l’océan, avec une bande de lave qui pourrait s’effondrer si elle avançait à de plus grandes profondeurs. Les scientifiques expliquent qu’un tel effondrement provoquerait des explosions et de grosses vagues, mais ne présenterait pas de danger puisque la zone immédiate a été évacuée.
Dans la journée de samedi, la qualité de l’air sur l’île a également suscité des inquiétudes. Un processus d’inversion thermique se situe entre 700 et 900 mètres. Les vents faibles compliquent la dispersion des particules polluantes. C’est pour cela que les cendres ont atteint divers points du nord de Tenerife, affectant le trafic aérien.

Source: Presse espagnole.

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17 heures : Alors que l’éruption du Cumbre Vieja continue sans changement significatif, l’IGN indique que le changement de direction du vent et d’orientation du panache de gaz et de cendres prévu pour le 11 octobre 2021 pourrait affecter le fonctionnement de l’aéroport de La Palma et peut-être aussi celui de Tenerife.

La nouvelle coulée de lave, dont la température atteint parfois 1 240°C, a détruit les quelques bâtiments qui restaient debout au nord de Todoque. La lave a actuellement recouvert 497 hectares et touché 1 281 bâtiments. 1 186 ont été détruits et 95 ont été endommagés. Voici une vidéo qui montre la progression impressionnante de la coulée :

Au cours des dernières heures, l’IGN a détecté 21 séismes sur l’île, avec un événement de M3,8 à 34 kilomètres de profondeur dans la municipalité de Mazo.

Source: IGN, El Pais.

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8:00 am : As previously reported, the north face of the Cumbre Vieja cone partially collapsed on the morning of October 9th, 2021. The collapse caused lava emission in several directions. A few hours later, in the afternoon, the northern flank definitely collapsed.
According to INVOLCAN, the new lava flow generates enormous destruction in its wake and makes it difficult for scientific teams to move around the area. It engulfed a significant number of houses, but it is not known whether it reached the industrial area.The new lava flow is in the area that was hastily evacuated after the eruption on September 19th, when 6,000 residents were forced to flee their homes and farms. Police have allowed people whose homes may be threatened by lava to save what may be. Trucks left the area with mattresses, furniture and other personal belongings.
At the same time, the branch that had broken away from the main flow managed to reach the ocean, with a band of lava that could collapse if it advanced to greater depths. Scientists explain that such a collapse would cause explosions and large waves, but would not present a danger since the immediate area has been evacuated.
On Saturday, the air quality on the island also raised concerns. A thermal inversion process is between 700 and 900 meters a.s.l. Light winds make it difficult to disperse polluting particles. This is why the ash reached various points in the north of Tenerife, affecting air traffic.
Source: Spanish press.

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5:00 p.m .: As the Cumbre Vieja eruption continues without significant changes, IGN indicates that the change in wind direction and orientation of the gas and ash plume expected on October 11th, 2021 could affect the operation of the airport of La Palma and maybe also that of Tenerife.
The new lava flow, whose temperature sometimes reaches 1,240 ° C, destroyed the few buildings that remained standing north of Todoque. The lava has currently covered 497 hectares and affected 1,281 buildings. 1,186 were destroyed and 95 were damaged.
During the last hours, IGN has detected 21 earthquakes on the island, with an event of M3.8 at a depth of 34 kilometers in the municipality of Mazo.
Source: IGN, El Pais.

Avant et après l’effondrement du cône

Eruption de White Island (Nouvelle Zélande) : GNS Science devant la justice ! // White Island eruption : GNS Science in court !

En 2019, une soudaine éruption explosive à White Island (Nouvelle-Zélande) a causé la mort de 22 touristes qui visitaient le volcan et en a blessé 25 autres. Aujourd’hui, GNS Science est poursuivie en justice et est accusée de ne pas avoir prédit l’événement. L’agence de recherche scientifique néo-zélandaise plaide non coupable.
Les agences scientifiques ont rarement fait l’objet d’accusations criminelles à la suite de catastrophes naturelles. Certains scientifiques craignent qu’une plainte contre une telle agence à propos des informations qu’elle diffuse ait un effet paralysant sur la capacité des organisations scientifiques à fournir des conseils pour gérer les risques naturels. D’autres scientifiques pensent que l’issue du procès pourrait clarifier le rôle et la responsabilité de GNS Science et de ses coaccusés pour assurer la sécurité des habitants et les informer des dangers potentiels. Un avocat néo-zélandais a déclaré : « L’une des questions que soulève cette affaire est de savoir jusqu’où une organisation scientifique doit aller pour présenter des informations d’une manière accessible au public, et comment évaluer si elle l’a fait correctement. »
Selon un vulcanologue australien, la tragédie de 2019 était « une catastrophe inévitable ». Il signale qu’une éruption semblable s’était produite en avril 2016, mais de nuit, alors que personne n’était présent dans le cratère.
En novembre 2020, WorkSafe New Zealand, organisme qui régit et réglemente la santé et la sécurité au travail en NZ, a porté deux accusations contre GNS Science. Elles couvrent une période allant d’avril 2016 à décembre 2019 et les deux dernières éruptions. Chacune de ces accusations est passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 1,5 million de dollars néo-zélandais (1 million de dollars américains).
C’est la première fois qu’une agence scientifique est inculpée en vertu de la loi néo-zélandaise de 2015 sur la santé et la sécurité au travail. Cette loi s’applique en général aux lieux de travail tels que les usines. Les responsables de WorkSafe New Zealand expliquent que même si l’éruption a été soudaine, elle n’était pas imprévisible. Toute organisation ou personne impliquée dans l’envoi de personnes sur l’île avait le devoir de protéger les personnes dont elle avait la charge.
Les co-accusés dans cette affaire comprennent sept voyagistes et la NEMA (National Emergency Management Agency) qui gère les situations d’urgence en NZ. La première accusation allègue que GNS Science n’a pas assuré la sécurité des pilotes d’hélicoptère embauchés pour conduire son personnel sur l’île. La seconde accusation allègue que GNS Science aurait dû consulter et collaborer avec d’autres agences et voyagistes, et examiner et « analyser le contenu et la diffusion de ses bulletins d’alerte volcanique » pour s’assurer qu’ils « informent réellement sur les conséquences de l’activité volcanique ».
GNS Science publie via le service GeoNet des bulletins d’alerte volcanique pour les 11 volcans actifs de Nouvelle-Zélande et le champ volcanique qui sommeille sous la ville d’ Auckland. GeoNet diffuse ces bulletins auprès des médias et de la NEMA, mais aussi du public. Les bulletins contiennent des observations sur l’activité volcanique et incluent le niveau d’alerte volcanique qui comprend une échelle de 0 à 5.
Le public pense souvent, à tort, que le niveau d’alerte volcanique fournit une prévision éruptive, mais ce n’est pas le cas en Nouvelle-Zélande. Il fournit uniquement une indication sur la situation volcanique à un moment donné. Il n’indique pas de risque futur. On ne sait pas actuellement à qui incombe la responsabilité d’évaluer les risques associés aux visites et aux travaux effectués sur White Island. Ce point va être éclairci devant les tribunaux.
Si GNS Science devait être déclaré coupable, cela pourrait conduire d’autres agences scientifiques qui fournissent des informations sur les risques naturels, tels que les séismes, les inondations et les incendies de forêt, à se demander quelles informations elles peuvent fournir sans être traînées devant la justice, et comment les communiquer.
Ce qui se passe en ce moment en NZ rappelle la situation en Italie à la suite du séisme de L’Aquila qui a fait 309 morts en 2009. Six scientifiques ont été reconnus coupables d’homicide involontaire avant d’être acquittés en appel. L’affaire a conduit la communauté géoscientifique internationale à réfléchir sur la meilleure façon de communiquer les risques au public.
Au Japon, contrairement aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande ou en Italie, la Japan Meteorological Agency (JMA) émet des alertes volcaniques qui lient explicitement l’alerte à des niveaux de danger bien précis. Les alertes comprennent également des mesures, telles que l’évacuation, que la population doit respecter.
En Italie, suite à l’affaire de L’Aquila, les rôles et les responsabilités des scientifiques et de la Protection Civile en matière de gestion et communication des risques sont désormais clairement définis.
Les visites de White Island sont suspendues depuis l’éruption de 2019, et il y a un débat sur leur reprise.
Source : Nature.

NB: Comme je l’ai expliqué dans des notes précédentes (voir en particulier celles du 14 juin et du 3 décembre 2020) , l’affaire de White Island est aussi une affaire de gros sous. Les familles des personnes disparues pendant la catastrophes ainsi que les personnes blessées ont attaqué en justice les différents protagonistes.

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In 2019, a sudden explosive eruption of White Island (New Zealand) caused the deaths of 22 tourists who were visiting the volcano and injured 25 others.Today, GNS Science is going to court and is accused of not having predicting the event. The science research agency has pleaded not guilty to the criminal charges laid in the wake of the eruption.

Science agencies have rarely faced criminal charges following natural disasters. Some experts fear that pressing charges against a science agency in relation to the information it releases could have a chilling effect on the ability of scientific organizations to provide advice used to manage natural hazards. Others say that the trial’s outcome might clarify the roles and responsibilities of GNS Science and its co-defendants in keeping people on the island safe and informed of potential dangers. A NZ lawyer said : “One of the questions this case raises is how far a scientific organization has to go in terms of presenting information in a manner that is accessible to the public, and how you would assess if they have done so.”

According to an Australian volcanologist, the 2019 tragedy was “a disaster waiting to happen”. He points to an eruption in April 2016 that was comparable in size, but happened to occur at night, when no one was present.

In November 2020, the country’s workplace health and safety regulator, WorkSafe New Zealand, laid two charges against GNS Science. They cover a period from April 2016 until December 2019, spanning both recent eruptions. Each carries a penalty of a fine of up to NZ$1.5 million (US$1 million).

This is the first time a scientific agency has been charged under New Zealand’s Health and Safety at Work Act of 2015, which is usually applied in workplaces such as factories. WorkSafe New Zealand officials explain that although the eruption was unexpected, it was not unforeseeable, and any organization or individual involved in getting people to the island had a duty to protect those under their care.

Co-defendants in the case include seven tour operators and the National Emergency Management Agency (NEMA). The first charge alleges that GNS Science failed to ensure the health and safety of helicopter pilots it hired to take its employees to the island. The second alleges that GNS Science should have consulted and coordinated with other agencies and tour operators, and reviewed “the structure, content and delivery of its volcanic alert bulletins” to ensure that they “effectively communicated the implications of volcanic activity”.

GNS Science issues volcanic alert bulletins for New Zealand’s 11 active volcanoes and the volcanic field that sits beneath Auckland, through a service called GeoNet, which disseminates them to registered media and emergency-response agencies and to the public. The bulletins contain observations about volcanic activity and include the volcanic alert level which includes a scale from 0 to 5.

One common public misconception is that volcanic alert level systems provide a forecast, but that’s not the case in New Zealand. They are simply a measure of what’s going on with a volcano at the time. New Zealand’s volcanic alert level system does not indicate future risk, and it is currently unclear where the responsibility lies for assessing risks associated with visiting or working on White Island. This point is going to get tested in court.

A guilty verdict for GNS Science could leave other scientific agencies that provide information about natural hazards, such as earthquakes, floods and wildfires, questioning what information they can provide without incurring liability, and how to communicate it.

The current case brings to mind what happened in Italy following the 2009 L’Aquila earthquake which killed 309 people. Six scientists and one government official were initially convicted of manslaughter. The scientists’ convictions were overturned on appeal, but the case led to a reckoning in the international geoscience community over how best to communicate risk to the public.

In Japan — unlike the United States, New Zealand or Italy — the national meteorological agency issues volcanic warnings that explicitly link the alert to specified danger levels. The warnings also include measures, such as evacuation, that residents and others must take.

In Italy, the upshot of the L’Aquila case was that the roles and responsibilities of scientists and the Department of Civil Protection in regards to managing and communicating risk are now clearly defined, says.

Tours of White Island have been suspended since the 2019 eruption, and there is debate about whether they should resume.

Source : Nature.

NB: As I explained in previous posts (see in particular those of June 14th and December 3rd, 2020), the White Island case is also a matter of big money. The families of people who died during the disaster as well as those injured took legal action against the various protagonists.

Photo: C. Grandpey