Islande : Grindavik, une ville en sursis ? // Iceland : Grindavik, a condemned town ?

Depuis le mois de novembre 2023, les nerfs des habitants de Grindavik, petit port de pêche de 3800 habitants dans le sud-ouest de l’Islande, sont mis à rude épreuve. La sismicité quasi permanente est insupportable. Une intrusion magmatique a ouvert d’impressionnantes fractures à travers la ville et les volcanologues islandais craignent qu’un jour ou l’autre, la lave perce la surface au milieu des maisons.

Grindavik a été évacuée le 11 novembre 2023. Les éruptions du 18 décembre 2023 et surtout du 14 janvier 2024 ont montré la menace qui plane sur la bourgade. Sans une digue de terre érigée à la hâte quelques jours auparavant, elle aurait subi les assauts de la lave. Une fracture éruptive ouverte à la périphérie a détruit trois maisons. Dans un tel contexte, on est en droit de se demander si Grindavik n’est pas condamnée à plus ou moins long terme.

 

Les derniers événements sismiques et éruptifs confirment la réactivation d’une ligne de fractures sur la péninsule de Reykjanes. Cette ligne de fractures fait partie de la tectonique de l’Islande qui est soumise à un phénomène d’accrétion avec l’écartement des plaques tectoniques américaine et eurasienne. Dans un tel contexte, la présence de fractures actives est inévitable. L’éruption du 14 janvier 2024 est le cinquième événement de ce type en moins de trois ans sur la péninsule qui n’avait pas connu d’activité depuis quelque huit siècles. Les volcanologues sont persuadés que la péninsule de Reykjanes est entrée dans une nouvelle période d’activité éruptive qui pourrait dure plusieurs années, voire plusieurs décennies.

Il est intéressant de noter que les éruptions de décembre 2023 et janvier 2024 ont été précédées par peu d’activité sismique, ce qui tend à prouver que le magma mijotait près de la surface, prêt à la percer.

De plus, chacune des dernières éruptions a été suivie d’un nouveau soulèvement du sol dans la zone de Svartsengi qui est probablement la source de l’intrusion magmatique. Il n’est pas impossible que l’on assiste à d’autres épisodes éruptifs de brève durée.

La présence d’une intrusion magmatique dans la zone de failles de la péninsule de Reykjanes pourrait vite se révéler une menace pour Grindavik, mais aussi pour des structures comme la centrale électrique de Svartsengi ou le très populaire Blue lagoon qui se trouve juste à côté. La centrale de Svartsengi fournit l’électricité et l’eau chaude à 30 000 habitants. C’est lorsque les infrastructures sont menacées que la prévision éruptive montre toute son importance et il faut reconnaître que la volcanologie moderne est encore démunie dans ce domaine. Faute de savoir prévoir, on met en place le principe de précaution, ce qui a justifié l’évacuation de Grindavik et les fermetures ponctuelles du Blue Lagoon.

 

Au vu des dernières éruptions, on peut se demander si Grindavik n’est pas une ville en sursis. Les scientifiques islandais ont indiqué que de nouvelles fractures se sont ouvertes dans la ville et que d’autres se sont élargies. C’est le signe que du magma circule dans ces fractures. Les prochaines semaines seront décisives. Une fois de plus, la lave risque de percer la surface sans prévenir…

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Since November 2023, the nerves of the residents of Grindavik (pop. 3,800), a small fishing port in the southwest of Iceland, have been put to the test. The almost permanent seismicity is unbearable. A magma intrusion has opened impressive fissures across the town and Icelandic volcanologists fear that one day lava may break through the surface among the houses. Grindavik was evacuated on November 11th, 2023. The eruptions of December 18th, 2023 and above all January 14th, 2024 showed the threat hovering over the town. Without an earthen dike hastily erected a few days earlier, it would have been invaded by lava. An open eruptive fissure on the outskirts destroyed three houses. In such a context, we may wonder whether Grindavik is not doomed sooner or later.
The latest seismic and eruptive events confirm the reactivation of a fault line on the Reykjanes Peninsula. This line of fractures is part of the tectonics of Iceland which is subject to an accretion phenomenon with the separation of the American and Eurasian tectonic plates. In such a context, the presence of active fissures is inevitable. The eruption of January 14th, 2024 is the fifth event of this type in less than three years on the peninsula which had not seen any activity for eight centuries or so. Volcanologists are convinced that the Reykjanes Peninsula has entered a new period of unrest which could last several years or several decades.
Interestingly, the December 2023 and January 2024 eruptions were preceded by little seismic activity, suggesting that magma was simmering close to the surface, ready to breach it.
Furthermore, each of the latest eruptions was followed by new ground uplift in the Svartsengi area which is probably the source of the magma intrusion. Other short-term eruptive episodes are not unlikely.
The presence of a magma intrusion in the fault zone of the Reykjanes Peninsula could quickly become a threat to Grindavik, but also to structures like the Svartsengi power station or the very popular Blue lagoon which is located next to it. The Svartsengi power station provides electricity and hot water to 30,000 residents. It is when infrastructures are threatened that eruptive prediction shows all its importance and we are forced to admit that modern volcanology is still insufficient in this domain. As we are unable to predict, we resort to the precautionary principle, which justified the evacuation of Grindavik and the occasional closures of the Blue Lagoon.
In view of the latest eruptions, one might wonder if Grindavik is not a city on borrowed time. Icelandic scientists say new fissures have opened inside the town and others have widened. This is a sign that magma is travelling in these fissures. The next few weeks will be decisive. Once again, lava may piercethe surface without warning…

Islande : éruption imminente? // Iceland : an eruption in the very short term?

14 janvier 2024 – 8 heures : Un essaim sismique est en cours sur la péninsule de Reykjanes. L’événement a commencé au niveau du cratère Sundhnúksgígar vers 03h00 UTC. La sismicité s’est déplacée vers la ville de Grindavík. Jusqu’à présent, le séisme le plus significatif a une magnitude de M 3,5 à Hagafell, à une profondeur de 3,2 km. .
Toutes les observations confirment une intrusion magmatique la région. Le Met Office indique que la probabilité d’une éruption est très forte et qu’elle pourrait survenir de manière imminente.

En raison de la situation en Islande, j’ai reporté la publication d’un article sur l’éruption de 1974 à Hawaii.

Image de la zone susceptible d’être le site d’une éruption

Source: Met Office

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14 January 2024 – 8:00 am : A seismic swarm is ongoing on the Reykjanes Peninsula. An intense series of earthquakes began at the Sundhnúksgígar crater row at around 03:00 UTC. The seismicity has moved towards the town of Grindavík. So far, the largest recorded earthquake is M 3.5 at Hagafell at a depth of 3.2 km. .

All observations confirm that magma is moving within the region.

The Met Office indicates that the possibility of an eruption is high, and that it could occur imminently.

Because of the situation in Iceland, I have posponed the publication of a post about thr 1974 eruption in Hawaii.

Quelques nouvelles d’Islande // Some news from Iceland

Le 3 janvier 2024, un séisme de M 4,5, suivi d’un événement de M 3,9, s’est produit près de Trölladyngja, un volcan situé sur la péninsule de Reykjanes entre Grindavík et la capitale, avec une série de répliques. Le Met Office précise que les séismes se sont produits à environ 20 km au NNE de Svartsengi, à une profondeur d’environ 5 km et ont probablement été déclenchés suite à la libération de contraintes dans le sol sur la péninsule de Reykjanes. Les secousses ont été ressenties dans toute la région sud-ouest de l’Islande. Quelques 640 autres séismes ont été enregistrés depuis le séisme du 3 janvier, mais leur fréquence a rapidement diminué. Aucune anomalie géologique n’a été observé à Svartsengi lors de la dernière activité sismique. De la même manière, le Met Office indique que le soulèvement du sol à proximité de la centrale électrique de Svartsengi se poursuit, même si la vitesse de soulèvement a considérablement ralenti ces derniers jours.
Suite aux séismes du 3 janvier, certaines personnes ont évoqué la construction de digues de protection dans la partie la plus occidentale de Hafnarfjörður, étant donné que l’activité sismique pourrait indiquer une possible activité éruptive près de la ville dans les années à venir. Cependant, le département de Protection civile a fait savoir que toute discussion à propos de digues de protection pour la zone de la capitale était prématurée. De toute façon, une évaluation complète des risques liés à l’activité volcanique dans la région est en cours depuis 2012.

Source : Iceland Review, Met Office.

Les étoiles vertes indiquent les 2 principaux séismes du 3 janvier 2024 (Source: Met Office)

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On January 3rd, 2024, an M 4.5 earthquake, followed by another M 3.9 event occurred near Trölladyngja, a volcano located on the Reykjanes peninsula between Grindavík and the capital area, with a series of aftershocks. The Met Office specifies that the earthquakes occurred about 20 km NNE of Svartsengi, at a depth of approximately 5 km and were likely triggered in response to stress released from earth movement elsewhere on the Reykjanes Peninsula. These earthquakes were widely felt in the southwest region of Iceland. In all, about 640 tremors have been recorded since the earthquake, but their frequency rapidly decreased. No signs of geological unrest were observed in Svartsengi during the latest seismic activity. In the same way, the Met Office indicates that land uplift near the Svartsengi Power Station continues, although the rate has significantly slowed in recent days.

Following the 3 January quakes, there was discussion about the construction of protective barriers in the westernmost part of Hafnarfjörður given that the seismic activity might indicate possible eruptions near the town in the coming years. However, the Department of Civil Protection said that any discussion of protective barriers for the capital area was premature while a comprehensive hazard assessment for volcanic activity in the area has been underway since 2012. .

Source : Iceland Review, Met Office.

Hawaii : éruption en vue sur le Kilauea ? // Hawaii: eruption in sight on Kilauea Volcano ?

Les scientifiques en poste à l’Observatoire des Volcans Hawaïens (HVO) sont comme ceux qui travaillent au Met Office islandais : les instruments installés sur les volcans leur permettent d’observer ce qui se passe mais ils sont incapables de faire des prévisions sur l’activité éruptive.
Ils ont observé une hausse de la sismicité au sud du sommet du Kilauea à partir du 30 décembre 2023 vers 13h10. et l’activité continue. La sismicité, très intense, à des profondeurs de 1,6 à 4 km, avec des magnitudes allant de M 1,0 à M 2,5. fait suite à une forte augmentation du soulèvement du sol dans le secteur de Sand Hill.
De tels essaims sismiques peuvent précéder les éruptions, mais on n’observe pas de migration latérale ou ascendante de la sismicité montrant que le magma se déplace vers la surface. Il n’y a actuellement aucun signe d’une éruption imminente sur le Kilauea. Il faut toutefois être très prudent. Dans les prévisions car la région sommitale reste instable, avec un niveau d’inflation élevé et une activité sismique continue.
Le HVO prévient qu’une activité éruptive sommitale est possible sans vraiment prévenir. Aucune activité inhabituelle n’a été observée le long de la zone de rift est ou de la zone de rift sud-ouest du Kilauea. Le niveau d’alerte volcanique reste à Advisory (surveillance conseillée) et la couleur de l’alerte aérienne est maintenue au Jaune.
La dernière éruption du Kilauea s’est terminée le 16 septembre 2023 mais a été suivie d’une intrusion significative au sud-ouest de la caldeira (voir image ci-dessous). Les derniers épisodes de sismicité ont alterné entre la caldeira sommitale et l’Upper East Rift Zone.
Une carte de l’intrusion observée au mois d’octobre est disponible à cette adresse :
https://www.usgs.gov/maps/october-12-2023-summary-map-intrusive-activity-kilauea-volcano

Source : HVO.

Source: HVO

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Scientists at the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) are like those working at the Icelandic Met Office : instruments set up on the volcanoes allow thme to observe what is happening but they are unable to make predictions about eruptive acticity.

Elevated unrest and increased seismicity to the south of Kilauea’s summit started on December 30th, 2023 around 1:10 p.m. and is continuing. The seismicity, at depths of 1.6 – 4 km, with magnitudes ranging from M 1.0 to M 2.5,. followed a sharp increase in the rate of inflation on the Sand Hill tiltmeter.

Earthquake swarms like this can precede eruptions, but there is no lateral or upward migration of earthquakes that would suggest magma is moving toward the surface at this time, There are currently no signs of an imminent eruption at Kilauea, but one should be very careful to make predictions as the volcano’s summit region remains unsettled, with a high level of inflation and continued seismic activity.

HVO warns that eruptive activity at the summit is possible with little or no warning. No unusual activity has been noted along Kilauea’s East Rift Zone or Southwest Rift Zone. The current Volcano Alert Level remains at Advisory and the Aviation Color Code is kept at Yellow.

The most recent eruption at Kilauea summit ended on September 16th, 2023 but was followed by a significant intrusion to the southwest of the caldera (see image above). Most recent seismicity has alternated between the summit caldera and the upper East Rift Zone.

A map of the October intrusive activity is available here:

https://www.usgs.gov/maps/october-12-2023-summary-map-intrusive-activity-kilauea-volcano

Source : HVO.