Santorin (Grèce) : éruption ou pas éruption ? // Santorini (Greece) : an eruption, or no eruption ?

Il y a sur les réseaux sociaux des internautes qui voient – ou voudraient voir – des éruptions partout. Comme je l’ai écrit précédemment, nous ne savons pas prévoir les éruptions, et la situation à Santorin est en train de le confirmer. Il faut donc être très prudent avant d’affirmer qu’une éruption va, ou est susceptible de, se produire. Les scientifiques émettent des hypothèses, sans savoir si elles trouveront confirmation. Plusieurs paramètres doivent être pris en compte. La crise sismique près de Santorin en fait partie mais ne suffit pas à elle seule à affirmer qu’une éruption va se déclencher.
Un autre paramètre pré-éruptif concerne la déformation ou le soulèvement du sol. Les dernières mesures radar par satellite de la surface de l’archipel en mer Égée semblent montrer qu’une certaine inflation affecte le complexe volcanique depuis le début de la crise sismique il y a une dizaine de jours. Cependant, les scientifiques expliquent que les résultats ne sont pas encore très concluants et la déformation observée est encore relativement faible. Cela pourrait signifier que du magma s’est introduit à des niveaux moins profonds, ce qui augmenterait le risque d’une éruption volcanique à Santorin ou à proximité. Le conditionnel est de rigueur et j’ai écrit en caractères gras les mots qui montrent l’incertitude de la situation. Il est bien trop tôt pour répandre la peur d’une éruption parmi la population.

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There are some people on the social networks who see eruptions everywhere. As I put it previously, we are not yet able to predict eruptions, as confirmed by the situation in Santorin, and we should be very careful bedore writing that an eruption will happene, or is likely to happen. Several parameters need to be taken into account. The seismic crisis close to Santorini is one of them but, alone, is not sufficient to say that an eruption will occur.

Another parameter concerns ground deformation opr ground uplift. The latest satellite radar measurements of the surface of the island group in the Aegean Sea seems to show that some inflation has affected the volcanic complex since the start of the seismic crisis about 10 days ago. However, the findings are not yet very conclusive and the observed deformation is still relatively weak. This might mean that magma has intruded at shallower levels, raising the chance of a volcanic eruption in or near Santorini. The conditional is required and I have written in bold the words which show the uncertainty of the situation. It is much to soon to spread the fear of an eruption among the population.

Ça s’agite sur le Mont Spurr (Alaska) // Unrest at Mount Spurr (Alaska)

L’USGS vient de m’envoyer un message indiquant que des signes d’activité volcanique sont observés sur le Mont Spurr, un volcan recouvert de glace et de neige situé dans la partie occidentale de Cook Inlet à environ 120 km à l’ouest d’Anchorage.

Source : Alaska Volcano Observatory (AVO)

Les volcanologues pensent que la cause la plus probable de cette activité est une nouvelle arrivée de magma sous le volcan. La durée (10 mois) et la nature de l’activité montrent qu’une éruption est possible. Une hausse de la sismicité à faible profondeur sous le mont Spurr a été observée pour la première fois en avril 2024 et se poursuit actuellement. Le séisme le plus significatif avait une magnitude de M2,9 le 2 janvier 2025. Le site le plus probable d’une éruption sera la bouche éruptive de Crater Peak, qui s’est manifestée en 1992 et 1953. Il est moins probable qu’une éruption se produise au sommet du Mont Spurr.

Vue du Mont Spurr (Crédit photo: AVO)

Les éruptions passées de Crater Peak étaient souvent explosives ; Des nuages ​​de cendres et des retombées de grande ampleur peuvent être observées en cas d’éruption. Il convient de noter (voir ma note précédente sur ce volcan) qu’au début de l’été 2024, un petit lac est apparu dans le cratère au sommet du Spurr, ce qui confirme la hausse de température observée sur le volcan. Le lac s’est formé lentement, accompagné de petits effondrements et de la fonte de la glace à l’intérieur du cratère. Le lac est partiellement recouvert de glace et reste de couleur bleu-vert. On observe des fumerolles dans la zone sommitale.

Source: AVO

Si une éruption doit se produire, l’USGS s’attend à voir une hausse de l’activité sismique, des émissions de gaz et de la température de surface, ainsi que des déformations de la surface. De tels événements peuvent se produire quelques jours à quelques semaines avant une éruption, mais l’USGS explique que ce n’est pas certain et qu’une éruption peut ne pas se produire. [NDLR : Cela montre, une fois encore, que nous ne savons pas vraiment prévoir les éruptions volcaniques. ]
Les seules éruptions historiques connues du mont Spurr se sont produites en 1953 et 1992 à partir de la bouche sur le flanc du Crater Peak, à 3,5 km au sud du sommet. Ces éruptions furent brèves, explosives et produisirent des colonnes de cendres qui s’élevèrent jusqu’à 20 km au-dessus du niveau de la mer ; elles entraînèrent de légères retombées de cendres dans le centre-sud de l’Alaska. La dernière éruption sommitale du mont Spurr remonte à plus de 5 000 ans.

Source: USGS.

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USGS has just sent me a message indicating that volcanic unrest continues at Mount Spurr (Alaska), an ice- and snow-covered volcano located on the west side of Cook Inlet approximately 120 km west of Anchorage.

Local volcanologists say that the most likely cause is new magma beneath the volcano. The duration (10 months) and nature of the unrest suggest that an eruption is possible. An increase in the number of shallow earthquakes underneath Mount Spurr was first observed in April 2024 and continues. The largest of these earthquakes had a magnitude M2.9 on January 2nd, 2025. The most likely site of an eruption will be the Crater Peak vent, which erupted in 1992 and 1953. It is less likely that an eruption will occur from Spurr summit, which last erupted several thousand years ago. Past Crater Peak eruptions were often explosive ; far-traveled ash clouds and ashfall can be expected if an eruption occurs. It should be noted (see my previous post about this volcano) that in early summer 2024, a small lake appeared in the crater at Spurr summit consistent with a modest increase in heat flow. The lake has grown slowly, accompanied by small collapses and melting of ice inside the crater. The lake is partially covered by ice and remains blue-green in color. Active steaming from summit area fumaroles continues.

USGS expects to see additional seismic activity, gas emissions, and surface heating, as well as changes to surface deformation prior to an eruption, if one were to occur. Such events may provide days to a few weeks of warning before an eruption, but USGS says that is not certain.

The only known historical eruptions from Mount Spurr occurred in 1953 and 1992 from the Crater Peak flank vent located 3.5 km south of the peak’s summit. These eruptions were brief, explosive, and produced columns of ash that rose up to 20 km above sea level and deposited minor ashfall in south-central Alaska. The last known eruption from the summit of Mount Spurr was more than 5,000 years ago.

Source: USGS.

On s’ennuie sur l’île de la Réunion ! // No eruption at Reunion Island !

On s’ennuie sur l’île de la Réunion. ! En 2024, aucune éruption n’a eu lieu au Piton de la Fournaise. Les fous du volcan scrutent le ciel et vont bientôt faire des offrandes aux dieux si la situation ne se débloque pas….

Pour les rassurer, l’OVPF fait remarquer que le Piton n’est pas mort. Le dernier bulletin couvrant l’année 2024 indique que suite à la dernière éruption – 2 juillet – 10 août 2023 – deux périodes d’inflation de l’édifice volcanique ont été enregistrées en novembre 2023 et mars 2024. Elles correspondaient à une mise en pression du réservoir magmatique superficiel situé à 1,5-2 km sous la surface. La deuxième phase d’inflation de mars 2024 s’est accompagnée d’une hausse de la sismicité sous les cratères sommitaux. La mise en pression du réservoir n’a pas été suffisante pour déclencher une intrusion magmatique vers la surface.

Depuis avril 2024, l’activité sismique est restée faible sous le Piton de la Fournaise et une légère déflation de l’édifice est enregistrée.

Après consultation des archives, l’OVPF nous apprend qu’Il faut remonter à 2013 pour connaître une année sans éruption. La dernière période sans éruption avait duré 1288 jours entre le 10/12/2010 et le 20/06/2014. L’Observatoire nous rappelle que l’activité volcanique n’est pas continue ; elle présente des fluctuations majeures à l’échelle décennale avec des cycles éruptifs entrecoupés de plusieurs années sans éruption.

Source : Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF).

Photos: C. Grandpey

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People are bored on Reunion Island. ! In 2024, no eruption took place at Piton de la Fournaise. The volcano’s madmen are scanning the sky and will soon make offerings to the gods if the situation does not improve….
To reassure them, the OVPF points out that the Piton is not dead. The latest report covering the year 2024 indicates that following the last eruption – July 2nd – August 10th, 2023 – two periods of inflation of the volcanic edifice were recorded in November 2023 and March 2024. They corresponded to a pressurization of the shallow magma reservoir located 1.5-2 km below the surface. The second phase of inflation in March 2024 was accompanied by an increase in seismicity under the summit craters. The pressurization within the reservoirwas not sufficient to trigger a magmatic intrusion towards the surface.
Since April 2024, seismic activity has remained low under Piton de la Fournaise and a slight deflation of the structure has been recorded.
After consulting the archives, the OVPF informs us that we have to go back to 2013 to observe a year without an eruption. The last period without an eruption lasted 1288 days between December 10th, 2010 and June 20th, 2014. The Observatory reminds us that volcanic activity is not continuous; it presents major fluctuations on a decadal scale with eruptive cycles interspersed with several years without an eruption.
Source : Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF).

Séisme lent en Nouvelle Zélande // Slow slip event (SSE) in New Zealand

J’ai mentionné à plusieurs reprises sur ce blog l’existence de séismes lents – slow slip events, SSE, en anglais – en Nouvelle-Zélande (note du 29 janvier 2023) et à Hawaï (note du 28 mars 2018). Un séisme lent est un événement discontinu qui libère de l’énergie sur une période de quelques heures à quelques mois, et non pas quelques secondes ou quelques minutes comme un séisme classique. Lors d’un SSE, le sol ne présente pas les secousses associées à l’activité sismique conventionnelle. Les SSE soulagent les contraintes qui s’exercent dans certains secteurs d’une zone de subduction, mais peuvent aussi augmenter les contraintes dans les régions adjacentes. L’interaction peut déclencher des séismes de faible intensité et peu profonds. Plusieurs événements avec des magnitudes M2,0 et M4,0 ont déjà été enregistrés près de la péninsule de Mahia, en corrélation avec le SSE qui se déroule actuellement.

Processus de subduction au niveau de l’Île du Nord en Nouvelle-Zélande (Source : Te Ara, l’Encyclopédie de la Nouvelle-Zélande)

Un séisme lent est observé depuis début décembre 2024 dans la zone de subduction de Hikurangi, une frontière tectonique entre les plaques australienne et pacifique, qui longe la côte est de l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande. La zone de subduction constitue la plus grande faille de Nouvelle-Zélande et la plaque pacifique se déplace à raison de 2 à 6 cm par an. Les premiers SSE ont été détectés dans la région en 2002 après que GeoNet ait déployé des stations GNSS permanentes le long de la côte.
Les stations GNSS (Global Navigation Satellite System) situées au nord de Hawke’s Bay ont enregistré des déplacements du sol d’environ 4 cm vers l’est et 1 cm vers le sud, au cours des 3 dernières semaines de décembre. Les stations entre Wairoa et Tolaga Bay ont montré des mouvements similaires; certains sites se se sont déplacés parfois de 5 à 8 cm. Cela représente jusqu’à 2 ans de mouvement de plaques tectoniques en seulement 3 semaines.
Le dernier séisme lent enregistré dans la région s’est produit en juin 2023, ce qui montre le caractère récurrent de ces phénomènes dans le secteur nord de Hawke’s Bay et de Mahia.

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous pourrez voir une excellente vidéo de 3 »41 » (en anglais) qui explique clairement, en plusieurs chapitres, ce qu’est un séisme lent et pourquoi il se produit en Nouvelle-Zélande ; quelles en sont les conséquences sismiques et quelles sont les recherches menées pour comprendre cette situation.
https://youtu.be/xgk2zBvdOgw

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I have mentioned several times on this blog the existence of slow-slip earthquake events (SSE) about New Zealand (29 January 2023). and Hawaii (28 March 2018). A slow earthquake is a discontinuous, earthquake-like event that releases energy over a period of hours to months, rather than the seconds to minutes characteristic of a typical earthquake. As a consequence, during a SSE, the ground does not show the shaking associated with conventional seismic activity. SSEs relieve stress in some areas of a subduction zone but may increase stress in adjacent regions. The interaction can trigger smaller, shallow earthquakes. Multiple earthquakes between magnitudes M2.0 and M4.0 have already been recorded near the Mahia Peninsula, correlated with the current SSE.

A slow-slip earthquake event has been taking place since early December in the Hikurangi Subduction Zone, a tectonic boundary between the Australian and Pacific plates. This zone runs along the east coast of New Zealand’s North Island. The Subduction Zone is the largest fault in New Zealand and experiences Pacific Plate movement at rates of 2 to 6 cm per year. SSEs were first detected here in 2002 after GeoNet deployed permanent GNSS stations along the coast.

Global Navigation Satellite System (GNSS) stations located north of Hawke’s Bay, recorded land displacements of approximately 4 cm eastward and 1 cm southward, within the last 3 weeks of December. Stations between Wairoa and Tolaga Bay exhibited similar movements with some sites moving up to 5 to 8 cm. It represents up to 2 years’ worth of tectonic plate motion occurring in just 3 weeks

The last recorded slow-slip earthquake in the area occurred in June 2023, showing the recurring nature of these phenomena in the Northern Hawke’s Bay and Mahia regions.

Here is an excellent video (3 »41 ») that explains in several chapters what a slow-slip event is and why it is occurring in New Zealand ; what the seismic consequences are, and the research made to understand the situation.

https://youtu.be/xgk2zBvdOgw