Le trafic maritime dans l’Arctique // Shipping in the Arctic

drapeau-francaisDire que l’Arctique est en train de fondre n’est pas un scoop. L’étendue de glace de mer en Octobre 2015 a été l’une des plus faibles jamais enregistrées. On le sait depuis longtemps : La situation actuelle suscite un regain d’intérêt pour le transport maritime dans l’Arctique. Il a augmenté de façon constante au cours des dernières années, jusqu’à l’an dernier où il a connu une forte baisse. Les chiffres pour 2015 ne sont pas encore disponibles, mais l’Arctique a probablement enregistré de nouveau une augmentation du nombre de navires opérant dans la région. Cosco, la plus grande compagnie maritime de Chine, vient d’annoncer qu’elle va mettre en place un service de transport régulier sur la voie maritime qui longe le nord de la Russie.
La Corée du Sud et l’Islande sont parmi les autres nations qui lorgnent sur cette voie maritime. Au cours d’une réunion qui a eu lieu en Corée début novembre, les présidents des deux pays se sont mis d’accord pour établir conjointement une route maritime dans l’Océan Arctique. Elle pourrait être disponible pendant toute l’année en 2030, et raccourcirait d’une dizaine de jours le temps de navigation pour des cargos coréens.
Mais tout n’est pas rose pour la navigation dans l’Arctique. Jusqu’à maintenant, l’essentiel du trafic maritime au nord de la Russie concernait le transport de combustibles fossiles. Le problème, c’est que la production de pétrole russe dans l’Arctique est en chute libre, en raison d’un manque d’infrastructures. Dans le même temps, un chantier naval de Louisiane a annulé la construction de deux brise-glace suite à la décision de Shell de cesser ses opérations de forage au large des côtes de l’Alaska dans le proche avenir (voir ma note du 29 septembre 2015).
Source: Alaska Dispatch News.

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drapeau-anglaisSaying the Arctic is melting has become commonplace. The extent of Arctic sea ice this October has been one of the lowest on record. The current situation has fuelled renewed interest in Arctic shipping, which has grown steadily in recent years, until last year, when it suffered a sharp one-year decline. Figures for 2015 aren’t yet available, but the Arctic will likely see an increase in the number of ships operating in the region. China’s largest shipping company, Cosco, has just announced that it will launch regularly scheduled shipping services along Russia’s Northern Sea Route.
South Korea and Iceland are among other nations eyeing such a route. Presidents of both countries agreed at a meeting in Korea to establish an Arctic Ocean shipping route together. It could be available year-round by 2030, and would shave sailing time for Korean cargo vessels by about 10 days.
But not all signs point to an immediate spike in Arctic shipping. Up to now, most traffic on Russia’s Northern Sea Route consisted of fossil fuel shipments. However, Russia’s Arctic oil output is declining, due to a lack of infrastructure. Meanwhile, a Louisiana shipbuilder cancelled work a pair of polar class icebreakers, a move that comes in the wake of Shell’s decision to halt its operations offshore Alaska for the foreseeable future (see my note of 29 September 2015).
Source: Alaska Dispatch News.

Groenland-blog

Photo: C. Grandpey

Trois photos pour le dire…

En remettant de l’ordre dans mes archives photographiques, j’ai mis la main sur plusieurs photos alpines qui permettent de se rendre compte de l’évolution du Glacier des Bossons et de la Mer de Glace au cours des dernières décennies. J’ai choisi pour chaque site trois clichés réalisés en 1956, 1982 et 2015. Ceux de 1956 ont été réalisés par mon père car j’étais encore un peu jeune pour tenir un appareil photo !
Comme je l’ai fait remarqué à plusieurs reprises, on se rend compte que l’impact du réchauffement climatique s’est accéléré dans les années 1980. Entre 1950 et 1980, les modifications sont moins significatives. Depuis les années 80, la perte de volume glaciaire est spectaculaire. Cette impression est confirmée par les panneaux qui indiquent les niveaux atteints par la Mer de Glace au fil des ans. Autres faits marquants : La jonction entre les glaciers des Bossons et du Taconnaz est une chose du passé et la langue terminale du Glacier des Bossons s’est effondrée au printemps 2014.
Aussi alarmantes que puissent être ces photos – auxquelles je pourrais ajouter celles du recul des glaciers en Alaska et la réduction de la banquise en Arctique – je ne suis pas certain que les chefs d’états présents à la prochaine conférence de Paris sur les changements climatiques comprendront l’urgence de la situation. Une réaction rapide de leur part se heurterait immédiatement à des enjeux économiques.

Mer de Glace blog 01

Mer de Glace en 1956

Mer de Glace blog 02

Mer de Glace en 1982

Mer de Glace 2015 blog 03

Mer de Glace en 2015

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Glacier des Bossons en 1956

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Le Glacier des Bossons en 1982

Bossons 2015 web

Le Glacier des Bossons en 2015

(Photos: G & C. Grandpey)

Poursuite du recul de la banquise arctique // The Arctic sea ice keeps receding

drapeau francaisLes dernières données satellitaires montrent que la banquise arctique continue à régresser. Son niveau en 2015 est le quatrième plus bas enregistré depuis le début des observations effectuées depuis l’espace dans les années 1980.
Les chercheurs de la NASA et du Centre National de Données sur la Neige et la Glace à l’Université du Colorado à Boulder ont relevé un minimum de 4,41 millions de kilomètres carrés le 11 septembre 2015. Cela représente environ 1 810 000 kilomètres carrés de moins que la moyenne minimale pour la période1981-2010.
Habituellement, la couverture minimale de la glace est liée à l’impact météorologique. Cependant, cette année, il semble que ce ne soit pas le cas car il n’y a pas eu d’événement météorologique majeur ou d’épisode météorologique de longue durée dans l’Arctique pendant l’été qui pourrait expliquer cette faible étendue de la glace, comme cela arrive fréquemment. Il a fait un peu plus chaud que l’an dernier dans certaines zones, mais il a aussi fait plus froid dans d’autres. En 2012, l’année avec la plus faible étendue de glace jamais enregistrée, l’Arctique a subi les assauts d’un puissant cyclone en août, ce qui a fracturé la couverture de glace et accéléré sa disparition.
D’une manière générale, le recul de la banquise s’est accéléré depuis 1996. Dix minima de surface couverte par la glace ont été observés au cours des 11 dernières années. La banquise, qui constituait autrefois un rempart quasiment infranchissable, est maintenant fragmentée en petits morceaux qui sont plus exposés aux eaux chaudes de l’océan. Dans le passé, la banquise arctique était comme une forteresse ; l’océan ne pouvait l’attaquer que sur les côtés alors que maintenant elle fond de l’intérieur.
On ne sait pas si cette année la présence d’El Niño a joué un rôle dans la fonte de la banquise de l’Arctique, même si les recherches ont établi un lien entre El Niño et l’étendue de la banquise autour de l’Antarctique. C’est probablement la raison pour laquelle la couverture de glace de l’Antarctique – qui se dirigeait vers une taille record pour 2015 – a chuté en dessous de son niveau normal vers la mi-août.
Pour valider les mesures satellitaires actuelles, l’opération IceBridge de la NASA – mission aérienne d’observation de la glace polaire – effectuera des survols de la banquise arctique à partir du 21 septembre.

La NASA a publié une vidéo en accéléré montrant les mouvements de la banquise dans l’Arctique entre janvier et la mi-septembre 2015:
https://www.youtube.com/watch?v=OpwM6PfcIbg&feature=youtu.be

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drapeau anglaisThe latest satellite data show the Arctic sea ice minimum extent of the year 2015 is the fourth lowest recorded since the beginning of the observations from space in the 1980s.
Researchers from NASA and the National Snow and Ice Data Center (NSIDC) at the University of Colorado at Boulder observed the annual minimum extent of 4.41 million square kilometres on September 11th, 2015. This number makes the minimum of 2015 about 1.81 million square kilometres lower than the minimum average in the period between 1981 – 2010.
Usually the low minimum ice extent is related to meteorological impact, however, this year it seems there has not been any major weather event or persistent weather pattern in the Arctic this summer that helped push the extent lower as often happens. It was a bit warmer in some areas than last year, but it was cooler in other places, too. 2012, the lowest year on record so far, was under the influence of a strong August cyclone that fractured the ice cover, accelerating its decline.
Generally speaking, decline of the sea ice coverage has accelerated since 1996. 10 lowest minimum extents have been observed during the last 11 years. The sea ice cap, which used to be a solid sheet of ice, now is fragmented into smaller floes that are more exposed to warm ocean waters. In the past, Arctic sea ice was like a fortress. The ocean could only attack it from the sides whereas now the ice pack melts from within.
It’s still uncertain if this year’s El Niño influenced the sea ice melting in the Arctic sea, although the research has established a strong link between.El Niño event and the sea ice cover extent around Antarctica. This is likely a good explanation why the growth of the Antarctic sea ice cover, which was climbing toward its yearly maximum extent through most of the 2015, has rapidly fallen below its normal levels during mid-August.
To validate current satellite measurements, NASA’s Operation IceBridge, an airborne survey of polar ice, will be carrying flights over sea ice across Arctic, as of September 21st.

NASA has released a time lapse video showing the movements of the ice in the Arctic between January and mid-September 2015:
https://www.youtube.com/watch?v=OpwM6PfcIbg&feature=youtu.be

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« La banquise est maintenant fragmentée en petits morceaux… »  (Photo: C. Grandpey)

L’Arctique, région de tous les dangers // The Arctic, the place of all dangers

drapeau-francaisLors de la conférence GLACIER à Anchorage, le président Barack Obama a proposé d’accélérer l’acquisition et la construction de nouveaux brise-glaces destinés à la Garde côtière. Ces navires, qui sont opérationnels toute l’année dans les régions polaires, permettront de combler le retard entre les Etats-Unis et d’autres nations, en particulier la Russie, dans la course à l’Arctique, région du monde qui connaît de rapides changements suite au réchauffement climatique.
La proposition d’Obama est motivée par l’un des effets les plus profonds du changement climatique. En effet, le recul de la banquise arctique a créé de nouvelles opportunités pour le commerce maritime, le tourisme, la pêche et l’exploration des ressources minérales et, avec elles, une intensification du trafic maritime qui va entraîner de « nouvelles difficultés ». Obama a déclaré: «Les écosystèmes arctiques sont parmi les espaces vierges les moins étudiés dans le monde, ce qui signifie qu’une augmentation de l’activité commerciale entraînera des risques importants pour l’environnement. La croissance de l’activité humaine dans l’Arctique exigera la mise en place de moyens importants pour garantir l’ouverture des mers au commerce mondial et à la recherche scientifique, pour permettre les activités de sauvetage, et pour assurer la paix et la stabilité dans cette région. »
Obama va proposer un plan de construction de nouveaux brise-glaces et il demandera au Congrès de fournir des « ressources suffisantes » pour leur financement. En outre, le Président va demander à la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) et la Garde côtière de cartographier la mer de Béring, la mer des Tchouktches et la mer de Beaufort qui viennent de se libérer des glaces. La NOAA installera dans un proche avenir de nouveaux équipements dans l’Arctique afin de surveiller les effets du changement climatique et d’améliorer la sécurité maritime, sans oublier des stations de surveillance de la montée du niveau de la mer et « le contrôle de l’épaisseur des glaces de mer par satellite. »
Certains analystes et responsables gouvernementaux affirment que les États-Unis sont à la traîne par rapport à d’autres pays pour faire face aux nouvelles réalités environnementales, économiques et géopolitiques de l’Arctique.
Source: Alaska Dispatch News.

En écoutant le discours de Barack Obama à Anchorage, on pourrait penser que ses propos ont pour seul but le bien-être de l’humanité. Cependant, je crains fort que tous les efforts déployés pour contrôler les mers arctiques ne soient pas uniquement destinés à la recherche scientifique et à la surveillance du changement climatique. Je suis sûr que les Etats-Unis, la Russie et la Chine auront d’autres motivations. Il y a trop de ressources énergétiques à exploiter sous le plancher océanique de l’Arctique et l’environnement ne tardera pas à passer après les intérêts économiques et financiers. De plus, il ne faudrait pas oublier que l’ « intensification de l’activité commerciale » générera forcément de la pollution dans les écosystèmes « les plus vierges » de la planète. Les « activités de sauvetage » mentionnées dans le discours du Président sous-entendent que des accidents comme les marées noires sont susceptibles de se produire.

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drapeau-anglaisAt the GLACIER conference in Anchorage, President Barack Obama proposed speeding the acquisition and building of new Coast Guard icebreakers that can operate year-round in the nation’s polar regions, part of an effort to close the gap between the United States and other nations, especially Russia, in a global competition to gain a foothold in the rapidly changing Arctic because of global warming.

Obama’s proposal touches on one of the most profound effects of climate change. The retreat of Arctic sea ice has created opportunities for shipping, tourism, mineral exploration and fishing – and with it, a rush of marine traffic that is bringing “new difficulties”. Obama said: “Arctic ecosystems are among the most pristine and understudied in the world, meaning increased commercial activity comes with significant risks to the environment. The growth of human activity in the Arctic region will require highly engaged stewardship to maintain the open seas necessary for global commerce and scientific research, allow for search and rescue activities, and provide for regional peace and stability.”

Obama will propose that planning begin on the construction of new icebreakers, asking Congress to provide “sufficient resources” to fund them. In addition, Obama will announce an initiative by the National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) and the Coast Guard to map and chart the newly open Bering, Chukchi and Beaufort Seas. The agency will also install new equipment in the Arctic in the “near future” to monitor climate-change effects and enhance marine safety, including stations to monitor sea-level rise and “a sea-ice thickness satellite product.”

Some analysts and government officials say the United States is lagging other nations in preparing for the new environmental, economic and geopolitical realities in the Arctic.

Source: Alaska Dispatch News.

Listening to Obama in Anchorage, one might think that his proposals are directed to the welfare of humanity. However, I fear that all the efforts made to control Arctic seas will not only be for scientific research and the monitoring of climate change. I am sure that the U.S., Russia and China will have other motivations. There are too many energy resources to exploit under the sea floor and the environment will rapidly come after economic interests and big money.. Besides, one should not forget that the “increased commercial activity” will generate pollution in “the most pristine” ecosystems of the world. The “search and rescue activities” mentioned in his speech might well refer to accidents like oil spills.

Photo: C. Grandpey