Persistance de la sismicité dans l’Afar (Éthiopie) // Continuing seismicity if the Afar region (Ethiopia)

Une sismicité relativement importante continue d’être enregistrée dans la région du volcan Dofen en Éthiopie depuis le 22 décembre 2024. Cette crise a été marquée par une série de séismes modérés à forts, l’ouverture d’importantes fissures dans le sol et l’apparition d’une bouche volcanique dans la région de l’Afar.
Un nouveau séisme de forte intensité et peu profond, enregistré par l’USGS avec une magnitude de M5,5, a frappé la région de l’Afar le 16 mars 2025. L’hypocentre se situait à 10 km de profondeur. L’épicentre se trouvait à 46 km au sud d’Awash et à 55 km à l’est du volcan Dofen. Le risque de victimes et de dégâts est faible. Une réplique modérée de magnitude M4,3 a également été enregistrée le 16 mars à 10 km de profondeur.
L’évacuation de 60 000 habitants a été ordonnée après le séisme de magnitude M5,7 du 4 janvier 2025, qui a provoqué l’apparition de larges fissures.
Le 3 janvier, une nouvelle bouche est apparue près du mont Dofen ; elle émettait de puissants jets de vapeur, de gaz, de roches et de boue, suscitant des inquiétudes quant à une éventuelle éruption.
L’activité sismique a par ailleurs suscité des inquiétudes quant à la stabilité structurelle du barrage de Kesem/Sabure, qui retient un volume d’eau important. Le barrage est censé résister à des séismes de magnitude M5,6. Cependant, l’activité sismique dans la région dépassant ce seuil, les scientifiques ont averti que toute défaillance structurelle pourrait entraîner des inondations catastrophiques, mettant en danger la vie de centaines de milliers d’habitants.
La région se situe dans le rift éthiopien qui fait partie du Système de rift est-africain (EARS), l’une des zones tectoniques les plus actives au monde. Cette région est sujette à de fréquents séismes, éruptions volcaniques et déformations du sol, principalement dues à l’accrétion des plaques tectoniques et à l’intrusion de magma sous la surface. Le rift africain se situe à la limite entre des plaques tectoniques divergentes, là où la plaque africaine est en train de se scinder en deux et donne naissance à la plaque somalienne et la plaque nubienne. La partie orientale de l’Afrique, autrement dit la plaque somalienne, s’éloigne du reste du continent, qui comprend la plaque nubienne. Les plaques nubienne et somalienne se séparent également de la plaque arabique au nord, créant ainsi un système de rift en « Y ». Ces plaques se croisent dans la région de l’Afar, en Éthiopie, en formant une « triple jonction ».
Source : The Watchers, USGS.

Source: USGS

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A significant seismicity has been recorded in Ethiopia’s Dofen volcano region since December 22nd, 2024. The crisis has been marked by a series of moderate to strong earthquakes, large ground fissures, and the opening of a powerful volcanic vent in the Afar region.

Another strong and shallow earthquake registered by the USGS as M5.5 hit the Afar region on March 16th, 2025. The hypocenter was located at a depth of 10 km. The epicenter was located 46 km south of Awash, and 55 km east of Dofen volcano. There is a low likelihood of casualties and damage. A moderate M4.3 aftershock was also recorded on March 16th at a depth of 10 km.

The evacuation of 60,000 residents was ordered after an M5.7 earthquake on January 4th, 2025, led to the appearance of large cracks.

On January 3rd, a new vent formed near Mount Dofen, releasing powerful jets of steam, gas, rocks, and mud, raising concerns about a potential eruption.

The seismic actuivity raised concerns about he structural stability of the Kesem/Sabure Dam which holds a substantial volume of water. The dam is supposed to withstand earthquakes up to M5.6. However, with seismic activity in the region exceeding that threshold, experts warned that any structural failure could lead to catastrophic flooding, endangering hundreds of thousands of lives.

The region lies within the Main Ethiopian Rift, part of the East African Rift System (EARS), one of the most tectonically active zones in the world. This region is prone to frequent earthquakes, volcanic eruptions, and ground deformation, mainly from ongoing tectonic plate divergence and magma intrusion beneath the surface. The rift lies on a developing divergent tectonic plate boundary where the African plate is in the process of splitting into two tectonic plates, the Somali plate and the Nubian plate. The eastern portion of Africa, the Somalian plate, is pulling away from the rest of the continent, that comprises the  Nubian plate. The Nubian and Somalian plates are also separating  from the Arabian plate in the north, thus creating a ‘Y’ shaped rifting system. These plates intersect in the Afar region of Ethiopia at what is known as a ‘triple junction’.

Source : The Watchers, USGS.

Sismicité et bradyséisme dans les Champs Phlégréens (Italie) : la réalité scientifique // Seismicity and bradyseism in the Phlegraean Fields (Italie) : scientific reality

Suite au dernier séisme qui a secoué la région des Champs Phlégréens et de Naples le 13 mars 2025, beaucoup de gens redoutent une éruption volcanique qui serait un désastre étant donné la très forte densité de population dans cette région.

Comme toujours dans un contexte anxiogène, il faut garder la tête froide et prendre en compte la réalité sur le terrain. Pour cela, il suffit de consulter le site de l’INGV qui met en ligne les paramètres scientifiques concernant les Champs Phlégréens et donne un avis sur l’évolution de la situation.

https://www.ov.ingv.it/index.php/monitoraggio-e-infrastrutture/bollettini-tutti/boll-sett-flegrei

Dans le bulletin du 11 mars 2025, l’INGV explique qu’au cours de la semaine du 3 au 9 mars 2025 (donc quelques jours avant l’événement du 13 mars), on a enregistré 89 séismes de magnitude Md≥0,0 (Mdmax=3,2 ± 0,3) dans la région des Campi Flegrei. Cette tendance correspond à la situation des derniers mois, en sachant que certains séismes sont susceptibles de présenter une intensité supérieure à celle mentionnée dans le bulletin.
S’agissant de la déformation du sol, les données des 3 dernières semaines montrent une reprise du soulèvement du sol, avec une valeur préliminaire de vitesse moyenne mensuelle d’environ 30±5 mm/mois. Cette valeur est préliminaire et sera affinée en fonction des données supplémentaires disponibles dans les prochaines semaines.

Pouzzoles: Temple de Sérapis et traces de l’activité bradysismique

Aucune variation significative des paramètres géochimiques n’a été signalée. Le capteur de température installé à proximité de la fumerolle de Pisciarelli a montré une valeur moyenne d’environ 96 °C.

Sur la base de l’activité volcanique décrite ci-dessus, l’INGV indique qu’ « aucun élément n’émerge de nature à suggérer des évolutions significatives à court terme. »
En bref, les paramètres géophysiques et géochimiques n’incitent pas à la panique. Toutefois, des essaims sismiques comme ceux observés à la mi-février 2025, ou des secousses de plus forte intensité comme celle du 13 mars ne sauraient être exclus, et on ne peut malheureusement pas prévoir le moment de leur déclenchement.

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Une équipe de chercheurs de l’INGV a analysé l’évolution de la déformation du sol et de l’activité sismique dans les Campi Flegrei de 2000 à 2023. Elle a quantifié leur accélération au fil du temps et établi une relation exponentielle entre le soulèvement maximal de la caldeira et le nombre cumulé d’événements sismiques. L’étude a été publiée dans la revue Communications Earth & Environment. Un aspect particulièrement intéressant concerne la relation entre la déformation du sol et le nombre de séismes enregistrés. L’étude a mis en évidence une relation exponentielle claire entre le soulèvement maximal de la caldeira et le nombre cumulé de séismes enregistrés. Cette relation diffère de la relation linéaire observée lors de la dernière crise bradysismique de 1982-1984. De plus, cette relation exponentielle s’est renforcée à partir de 2020 environ, c’est-à-dire à mesure que le soulèvement de la caldeira s’approchait du niveau maximal atteint lors de la crise de 1982-1984. Cette relation explique pourquoi le soulèvement de la caldeira enregistré ces dernières années s’est accompagné d’une activité sismique plus intense que les années précédentes.

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Following the recent earthquake that shook the Phlegraean Fields and the Naples region on March 13th, 2025, many people fear a volcanic eruption which would be disastrous given the region’s very high population density.
As always, in an anxiety-provoking context, we must keep a cool head and consider the reality on the field. To do this, we just need to have a look at the INGV website, which provides the scientific parameters concerning the Phlegraean Fields and provides a conclusion on the evolving situation.
https://www.ov.ingv.it/index.php/monitoraggio-e-infrastrutture/bollettini-tutti/boll-sett-flegrei

In the bulletin released on March 11th, 2025, INGV explains that during the week of March 3 to 9, 2025 (i.e., a few days before the event of March 13), 89 earthquakes with magnitudes Md≥0.0 (Mdmax=3.2 ± 0.3) were recorded in the Campi Flegrei area. This trend corresponds to the situation of recent months, bearing in mind that some earthquakes are likely to be of greater intensity than that mentioned in the bulletin.
Regarding ground deformation, data from the last 3 weeks show a resumption of ground uplift, with a preliminary monthly average velocity value of approximately 30 ± 5 mm/month. This value is preliminary and will be refined based on additional data available in the coming weeks.
No significant variations in geochemical parameters have been reported. The temperature sensor installed near the Pisciarelli fumarole showed an average value of approximately 96°.

Based on the volcanic activity described above, INGV states that « no evidence has emerged that would suggest significant changes in the short term. »
In short, the geophysical and geochemical parameters do not give rise to panic. However, seismic swarms like those observed in mid-February 2025, or more intense tremors like the one on March 13, cannot be ruled out, and unfortunately, the timing of their onset cannot be predicted.

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A team of INGV researchers analyzed the evolution of ground deformation and seismic activity in the Campi Flegrei from 2000 to 2023. They quantified their acceleration over time and established an exponential relationship between the maximum caldera uplift and the cumulative number of seismic events. The study was published in the journal Communications Earth & Environment. A particularly interesting aspect concerns the relationship between ground deformation and the number of recorded earthquakes. The study reveals a clear exponential relationship between the maximum caldera uplift and the cumulative number of recorded earthquakes. This relationship differs from the linear relationship observed during the last bradyseismic crisis of 1982-1984. Moreover, this exponential relationship strengthened from around 2020 onwards, i.e., as caldera uplift approached the maximum level reached during the 1982-1984 crisis. This relationship explains why caldera uplift recorded in recent years has been accompanied by more intense seismic activity than in previous years.

Nouveau séisme dans les Champs Phlégréens (Italie)

Un séisme relativement intense a été ressenti vers 1h25 le 13 mars 2025 dans les Champs Phlégréens et à Naples. Il a déclenché un mouvement de panique au sein de la population et beaucoup de personnes sont descendues dans la rue. La magnitude du séisme a été évaluée à M4,4, avec l’épicentre à Pouzzoles où les habitants ont quitté leurs maisons au milieu de la nuit pour se rassembler dehors sous une pluie battante. La première secousse a été suivie de six répliques ; la plus forte, d’une magnitude de M1,6, a été enregistrée à 1h40 du matin, toujours avec son épicentre dans la région des Campi Flegrei. Le dernier événement, à 3h26, avait une magnitude de M1,1.

Vue de Pouzzoles (Photo: C. Grandpey)

Le maire de Pouzzoles a décidé de fermer les écoles, de la ville. Une décision identique a été prise à Bagnoli et Fuorigrotta. Le séisme le plus puissant a été ressenti dans une vaste zone, et pour la première fois dans toute la ville de Naples, ainsi que dans plusieurs zones de Campanie.
Le séisme du 13 mars avait la même intensité que celui enregistré le 20 mai 2024, considéré comme le plus fort des 40 dernières années dans la région phlégréenne. Ce fut également le plus important en termes de magnitude depuis que le bradyséisme a recommencé à se faire sentir de manière significative dans la zone entre Pouzzoles et Naples.
Les pompiers sont intervenus à Bagnoli où un faux plafond s’est effondré à l’intérieur d’un appartement et une personne s’est retrouvée piégée dans la maison. Selon les pompiers, inondés d’appels téléphoniques de la population, les seuls cas recensés concernent principalement de chutes de débris et quelques cas de panique. Il n’est fait état d’aucun blessé.
Le préfet de Naples a convoqué tous les responsables des services d’urgence à la préfecture pour faire le point sur la situation. Le maire de Pouzzoles. a invité les citoyens à signaler tout dommage ou inconvénient,

Le séisme du 13 mars ressemble aux ceux qui ont secoué cette région de Campanie au cours des derniers mois. Il devrait, une fois encore, servir de piqûre de rappel à la population et montrer aux habitants des Champs Phlégréens qu’ils habitent au-dessus d’une cocote-minute prête à exploser. Les derniers séismes sont des événements « pour rire » avec une magnitude somme toute raisonnable. Un jour ou l’autre, les autorités seront confrontées à une situation beaucoup plus sérieuses qui obligera à des évacuations. Des plans existent, mais le fossé est énorme entre la théorie et la pratique. Connaissant les infrastructures urbaines à Pouzzones et dans les autres localités des Champs Phlégréens, je me dis que les opérations d’évacuation se feront forcément dans le douleur. Croisons les doigts pour que les Campi Flegrei ne décident pas d’entrer en éruption… !

Source : presse italienne.

Carte des zones à risques dans les Champs Phlégréens (Source: Protection Civile)

Menace d’une répétition du séisme de Tohoku au Japon ? // Threat of a repeat of the Tohoku earthquake in Japan?

L’être humain a un grave défaut : il a tendance à oublier. Pourtant certains événements du passé doivent rester présents dans notre esprit. Ainsi, personne ne devrait oublier le très puissant séisme de Tohoku qui a secoué le Japon le 11 mars 2011 et déclenché un tsunami ravageur.

Le 11 mars 2025 marquait le 14ème anniversaire de ces événements qui ont fait près de 16 000 morts et 2 526 disparus. La catastrophe a été déclenchée par un méga-séisme de magnitude M9,0 qui a généré un tsunami de près de 15 mètres de haut, provoquant la catastrophe nucléaire de Fukushima, le deuxième accident nucléaire le plus grave au monde après celui de Tchernobyl en 1986. Le séisme de Tohoku est le quatrième plus puissant jamais enregistré au monde ; c’est aussi le plus puissant à frapper le Japon depuis l’avènement de la sismologie moderne. Le séisme a été ressenti jusqu’au Kamchatka, à Taïwan et en Chine.
Des chercheurs des universités de Tohoku et d’Hokkaido et de l’Agence japonaise pour les sciences et technologies marines et terrestres (JAMSTEC) ont publié les résultats d’une étude sur cinq ans de la fosse de Chishima (Chishima Trench), au large d’Hokkaido.

Les résultats de cette étude indiquent que l’accumulation de contraintes due aux mouvements des plaques tectoniques pourrait entraîner un méga-séisme dans un avenir proche. Grâce à des stations GPS installées en 2019 au fond de la mer, l’équipe scientifique a observé que, dans un phénomène de subduction, la plaque Pacifique glisse sous la plaque d’Okhotsk à un rythme d’environ 8 centimètres par an. Une station installée sur la plaque continentale confirme ce mouvement. Cela montre que les plaques sont verrouillées et que la tension monte.

Ces observations font écho à des schémas réalisés avant le séisme qui a secoué la région au 17ème siècle. Les scientifiques craignent une répétition d’un tel scénario.
Alors que le gouvernement estime entre 7 et 40 % la probabilité d’un séisme de magnitude M8,8 ou plus d’ici 30 ans, les chercheurs préviennent qu’une libération soudaine de cette tension entre les plaques tectoniques pourrait déclencher une catastrophe de magnitude M9,0, susceptible de déclencher des tsunamis et de menacer des dizaines de milliers de vies le long des côtes d’Hokkaido.
L’équipe scientifique prévoit de mener des recherches plus approfondies sur un autre site au large d’Hokkaido afin de recueillir des données supplémentaires.
Source : The Japan Times.

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Human beings have a serious flaw: they tend to forget. Yet, some past eventsshould remain fresh in our minds. For example, no one should forget the powerful Tohoku earthquake that shook Japan on March 11th, 2011, triggering a devastating tsunami.

March 11th, 2025 marked the 14th anniversary of these events which claimed nearly 16 000 lives and left 2 526 people missing. The disaster was triggered by an M9.0 mega-quake that generated a nearly 15-meter-high tsunami, causing the Fukushima nuclear disaster, the world’s second-worst nuclear accident after Chernobyl in 1986. It was the fourth most powerful earthquake ever recorded in the world and the strongest to strike Japan since the advent of modern seismology. The quake was felt as far away as Kamchatka,Taiwan; and China.

Researchers from Tohoku and Hokkaido universities and the Japan Agency for Marine-Earth Science and Technology (JAMSTEC) have released the results of their five-year study of the Chishima Trench off Hokkaido.

The results indicate that strain accumulation due to plate movements could lead to a mega-quake in the near future. Using seabed GPS stations installed in 2019, the team observed that the Pacific Plate is sliding toward the Okhotsk Plate at roughly 8 centimeters per year, while a station on the continental plate mirrors this movement. This suggests the plates are locked and building tension.

This echoes patterns seen before the 17th-century quake believed to have rocked the region, raising concerns of a repeat event.

With the government estimating a 7% to 40% chance of an M8.8 or higher quake within 30 years, researchers warn that a sudden release of this strain could trigger an M9.0 disaster, potentially unleashing tsunamis and threatening tens of thousands of lives along Hokkaido’s coast.

The scientific team plans to conduct further research at another location off Hokkaido to collect additional data.

Source : The Japan Times.