Sismicité à Mayotte (Archipel des Comores) : Ça continue ! // Seismicity continues at Mayotte (Comoro Islands)

La sismicité continue à Mayotte où les habitants vivent dans l’inquiétude. J’ai détaillé la situation à plusieurs reprises dans ce blog (voir mes notes du 4 juillet, du 4 et du 21 décembre 2018). Il semble malheureusement qu’aucun progrès n’ait été fait dans l’étude du phénomène qui persiste depuis plusieurs mois. Je sais bien que pour beaucoup Paris est le centre du monde, mais il ne faudrait pas oublier que Mayotte est un département d’outre-mer (DOM) qui mérite autant de considération que l’Ile-de-France.

Dans la nuit du 29 au 30 décembre 2018, vers 2h30 du matin, un séisme de magnitude M 4,7 a de nouveau été ressenti par la population. Il a été localisé à 10 km de profondeur, à 18 km au sud-est de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte. Plusieurs témoins font état d’« un tremblement soutenu. » D’autres personnes parlent de « verres qui ont tremblé fortement dans le salon. » Des habitants s’étonnent de la magnitude qui leur semble faible au regard de ce qu’ils ont ressenti :

Depuis plusieurs mois, Mayotte est régulièrement secouée par des séismes qui se présentent souvent sous forme d’essaims. Le plus fort a été enregistré le 15 mai 2018 avec une magnitude de M 5,8. Comme je l’ai indiqué dans ma dernière note à propos de Mayotte, le BRGM a lancé des études pour tenter de déterminer les causes de ces séismes à répétition. Le 11 novembre dernier, les sismographes du monde entier ont enregistré un signal atypique à très basse fréquence, détecté par les réseaux du monde entier. Le signal se répétait sous forme d’onde toutes les 17 secondes environ et durait une vingtaine de minutes.

Depuis la mi-juillet, les stations GPS installées sur l’île de Mayotte ont enregistré son comportement et enregistré un glissement de plus de 61 mm à l’est et de 30 mm au sud. Ces mesures semblent montrer qu’une poche magmatique d’environ 1,4 km3 se fraye un chemin sous la surface près de Mayotte, mais ce n’est qu’une simple hypothèse.

Source : France Info et presse locale.

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Seismicity continues at Mayotte where residents are worried. I have detailed the situation several times in this blog (see my notes of 4 July, 4 and 21 December 2018). Unfortunately, it seems that no progress has been made in the study of the phenomenon that has persisted for several months. I know that for many Paris is the centre of the world, but it should not be forgotten that Mayotte is an overseas department (DOM) that deserves as much consideration as Ile-de-France.
On the night of December 29th – 30th, 2018, at about 2.30 am, an M 4.7 earthquake was again felt by the population. It was located at a depth of 10 km, 18 km southeast of Mamoudzou, the capital of Mayotte. Several witnesses reported “a sustained tremor”. Other people talked about “glasses that shook in the living room”. People are surprised by the low magnitude compared to what they felt:
For several months, Mayotte has been regularly struck by earthquakes often in the form of swarms. The strongest was recorded on May 15th, 2018 with a magnitude of M 5.8. As I indicated in my last note about Mayotte, the BRGM has launched studies to try to determine the causes of these repeated earthquakes. On November 11th, seismographs around the world recorded an atypical signal at very low frequency, detected by networks around the world. The signal was repeated in the form of a wave every 17 seconds and lasted about twenty minutes.
Since mid-July, the GPS stations installed on the island of Mayotte have recorded its behaviour and recorded a slip of more than 61 mm in the east and 30 mm in the south. These measurements seem to show that a magma pocket of about 1.4 cubic kilometres is making its way under the surface near Mayotte, but this is only a hypothesis.
Source: France Info and local press

Epicentre du dernier séisme (Source : France Info)

Séisme aux Philippines: L’Indonésie repousse l’alerte tsunami américaine // Earthquake in the Philippines: Indonesia refutes the US tsunami warning

Quelques jours après avoir mal évalué la menace de tsunami dans le Détroit de la Sonde suite à l’effondrement du flanc SO de l’Anak Krakatau, les autorités indonésiennes ont refusé de prendre en compte une alerte tsunami émise par les Américains.
Le samedi 29 décembre 2018, le Centre d’alerte des tsunamis dans le Pacifique (il est basé à Hawaii) a lancé une alerte tsunami pour les Philippines et l’Indonésie suite au puissant séisme d’une magnitude de M 6,9 ​​enregistré à proximité de l’île de Mindanao, à une profondeur de 10 km. Le bulletin d’alerte indiquait qu’un tsunami était susceptible d’atteindre les côtes situées à moins de 300 km de l’épicentre du séisme.
L’Agence indonésienne de météorologie, de climatologie et de géophysique (BMKG) a fait état le même jour d’un séisme de magnitude M 7,1 dans la partie nord de Talaud, dans le nord de l’île Sulawesi, à une profondeur de 69 km, mais l’Agence n’a pas émis d’alerte au tsunami. Le responsable de la division tsunami et séisme au BMKG a déclaré que le séisme ne déclencherait pas de tsunami. Selon lui, il était « conseillé aux habitants des îles Sangihe et Talaud de rester calmes et à ne pas prêter attention à des propos irresponsables, car le séisme n’avait pas le potentiel de déclencher un tsunami en Indonésie ».
A noter que Mindanao se trouve à 201 km de Talaud et à 288 km de Sangihe, au nord de Sulawesi.

Source: The Jakarta Post.

NDLR : Un tel désaccord entre des agences de ce type est fort regrettable car il peut aboutir à des situations catastrophiques. Aucun tsunami significatif ne s’est produit suite au séisme à Mindanao, mais il est indispensable que les agences parlent d’une seule voix et mettent en garde la population, même s’il ne se passe rien.

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A few days after misinterpreting the tsunami in the Sunda Strait, the Indonesian authorities have disapproved a tsunami warning issued by the Americans.

On Saturday, December 29th, 2018, the US Pacific Tsunami Warning Center issued a tsunami warning for the Philippines and Indonesia following a powerful M 6.9-earthquake that struck near the island of Mindanao in the Philippines, with a depth of 10 km. The warning stated that tsunami waves were possible for coasts located within 300 km of the earthquake’s epicentre.

Indonesia’s Meteorology, Climatology and Geophysics Agency (BMKG) announced on that same day that an M 7.1 earthquake occurred at the northern part of Talaud, North Sulawesi, at a depth of 69 kilometres, but did not issue a tsunami warning. The head of the tsunami and earthquake division at the BMKG said that the earthquake would not trigger tsunami. In his opinion, “the Sangihe and Talaud Islands residents are encouraged to remain calm and not be provoked by irresponsible issues, because the earthquake has no potential for a tsunami in Indonesia.”

Mindanao lies 201 kilometres from Talaud and 288 kilometres from Sangihe, North Sulawesi.

Source: The Jakarta Post.

Personal note: Such disagreement among agencies of this type is highly regrettable as it can lead to disastrous situations. No significant tsunami occurred following the earthquake in Mindanao, but it is essential that the agencies speak with one voice and warn the population, even if nothing happens.

Zones habitées potentiellement menacées par le séisme de Mindanao (Source: PTWC).

Etna (Sicile) : Vers un retour à la normale ? // Back to normal ?

Au cours des dernières heures, on a observé une baisse de la sismicité ainsi que du tremor éruptif. Cela signifie que la pression du magma est moins forte dans les conduits d’alimentation du volcan et que l’activité strombolienne est en train de décliner dans les cratères sommitaux. La lave a cessé de couler depuis plusieurs jours dans la Valle del Bove. S’agit-il d’une simple pause ou d’un début de calme susceptible de durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois ? Nul ne le sait. L’INGV reste vigilant car les scientifiques n’excluaient pas ces dernières heures une reprise d’activité à plus basse altitude.

Qu’il y ait reprise d’activité ou non, le dernier épisode éruptif laissera des marques. Le séisme de M 4,8 dont l’épicentre a été localisé dans la région de Viagrande n’était certes pas directement lié à l’activité volcanique mais, comme je l’ai indiqué précédemment, la secousse a probablement été provoquée par des contraintes et des déformations exercées sur les flancs du volcan par le magma au cours de son ascension. Il ne faudrait pas oublier que le versant oriental de l’Etna est parcouru de failles dont le mouvement a déjà provoqué des séismes dévastateurs (voir ma note précédente).

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In recent hours, there has been a decline in both seismicity and the eruptive tremor. This means that magma pressure is lower in the volcano feeding system and strombolian activity is declining in the summit craters. The lava has stopped flowing for several days in the Valle del Bove. Is this a simple pause or the beginning of a period of quiescence likely to last several weeks, or even months? Nobody knows. INGV remains vigilant as scientists did not exclude a resumption of activity at lower altitude.
Whether there is resumption of activity or not, the last eruptive episode will leave marks. The M 4.8 earthquake whose epicentre was located in the Viagrande area was certainly not directly related to volcanic activity but, as I indicated earlier, the quake was probably caused by constraints and deformations exerted on the flanks of the volcano by the magma during its ascent. It should not be forgotten that the eastern slopes of Mount Etna are crossed by faults whose movement has already caused devastating earthquakes (see my previous note).

Profil du tremor éruptif au cours des dernières heures (Source: INGV)

La Sicile, une île sismique // Sicily, a seismic island

Les derniers séismes enregistrés le 26 décembre 2018 dans la région de Catane et de l’Etna font partie d’une longue série et on sait depuis longtemps que la Sicile est une région du monde où la Terre tremble fréquemment. La partie orientale de l’île a été frappée par des secousses catastrophiques en 1169, en 1542, en 1693 – un événement terrible pour lequel encore aujourd’hui on prie dans les églises le 11 janvier – et en 1848.
Le 13 décembre 1990, les provinces de Catane, Syracuse et Raguse ont été touchées par un séisme dont l’épicentre se trouvait au fond de la mer, au large d’Augusta. Baptisé « séisme de la Sainte Lucie », ses blessures ne se sont que récemment cicatrisées. A l’époque, les sismologue craignaient que ce séisme soit le signe annonciateur d’un événement beaucoup plus dévastateur. Par bonheur, ce dernier ne s’est pas produit. Il ne faudrait toutefois pas baisser la garde. C’est pour cela que des chercheurs de l’INGV organisent des réunions d’information dans les écoles, ainsi que des conférences sur le risque sismique en Sicile orientale.

La cause de ces séismes se trouve dans la mer Ionienne, où il existe les structures sismogènes les plus importantes de Méditerranée centrale, et ces structures peuvent produire des séismes dévastateurs. Il y a en particulier la faille ibleo-maltaise qui fut à l’origine du séisme du 13 décembre 1990. On ne peut oublier, non plus, le terrible tremblement de terre du 11 janvier 1693, qui a détruit les villes entre Messine et Raguse. L’événement a non seulement dévasté les villes de l’est de la Sicile, mais il a eu des répercussions à Palerme, détruit des maisons en Calabre et a également été ressenti en Afrique. D’une magnitude de M 7,4, il fut beaucoup plus catastrophique que les séismes qui ont frappé le centre de l’Italie pendant l’été 2016. Il fut provoqué par un effondrement d’une trentaine de mètres au niveau de la faille ibléo-maltaise.

Ces différents séismes ont fait ressortir les lacunes de la Sicile en matière de constructions parasismiques. Si des bâtiments s’effondrent, c’est parce qu’ils ne sont pas en mesure de résister aux séismes, même modestes. Dans de nombreuses municipalités de Sicile, la capacité des édifices à résister aux séismes est quasiment nulle. La Sicile est à l’opposé du Japon dans ce domaine. A l’avenir, il faudra absolument que les ingénieurs et les architectes prennent en compte le risque sismique quand ils construiront des maisons et autres édifices. Récemment, la Protection Civile régionale a enfin commencé à fournir aux  architectes et géologues les éléments nécessaires à une meilleure construction. Il est grand temps que de telles initiatives soient prises. La Sicile se trouve dans une zone fortement sismique, avec l’Etna qui n’arrange pas la situation. Même si les scientifiques ne savent pas prévoir les séismes, ils savent que la Sicile sera de nouveau soumise à de tels événements dans les prochaines années.

Adapté d’un article paru dans le journal La Sicilia.

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The latest earthquakes recorded on December 26th, 2018 in the region of Catania and Mt Etna are part of a long series and it has long been known that Sicily is a region of the world where the Earth trembles frequently. The eastern part of the island was hit by disastrous quakes in 1169, in 1542, in 1693 – a terrible event that still sends today people praying in churches on January 11th – and in 1848.
On 13 December 1990, the provinces of Catania, Syracuse and Ragusa were hit by an earthquake whose epicentre was at the bottom of the sea off Augusta. Called the « Saint Lucia earthquake », its wounds have only recently healed. At the time, the seismologists feared that this earthquake might be the harbinger of a much more devastating event. Fortunately, it did not happen. However, we should not let our guard down. For this reason, researchers at the INGV organize information meetings in schools, as well as conferences on the seismic risk in eastern Sicily.
The cause of these earthquakes is in the Ionian Sea, where there are the most important seismogenic structures of the central Mediterranean, and these structures can produce devastating earthquakes. There is in particular the iblean-maltese fault which was at the cause of the earthquake of December 13th, 1990. One can not forget, either, the terrible earthquake of January 11th, 1693, which destroyed the cities between Messina and Ragusa . The event not only devastated the cities of eastern Sicily, but it had repercussions in Palermo, destroyed homes in Calabria and was also felt in Africa. With a magnitude of M 7.4, it was much more catastrophic than the earthquakes that hit central Italy during the summer of 2016. It was caused by a collapse of about thirty metres along the Iblean-Maltese faultline.
These different earthquakes highlighted Sicily’s deficiencies in earthquake-resistant constructions. If buildings collapse, it is because they are not able to withstand earthquakes, even modest ones. In many municipalities in Sicily, the capacity of buildings to resist earthquakes is inexistent. Sicily is the opposite of Japan in this area. In the future, it will be essential for engineers and architects to take into account the seismic risk when they build houses and other buildings. Recently, the Regional Civil Protection began to provide architects and geologists with the necessary elements for a better construction. It is high time such initiatives were taken. Sicily is in a highly seismic zone, with Etna which does not help the situation. Even if scientists are not able to predict earthquakes, they know that Sicily will be hit again by such events in the coming years.
Adapted from an article in the newspaper La Sicilia.

Photos: C. Grandpey