Prévision éruptive et sismique : il reste beaucoup à faire ! // Eruptive and seismic prediction : much remains to be done !

L’éruption du 18 décembre 2023 en Islande nous a montré que la prévision volcanique est loin d’être parfaite. La lave a percé la surface quelques heures après que le Blue Lagoon ait été autorisé à rouvrir et après que la Protection civile ait déclaré que les habitants de Grindavik seraient autorisés à rentrer chez eux pour Noël.
Le 1er janvier 2024 au Japon nous a montré les faiblesses de la prévision sismique
Les scientifiques japonais ont du mal à comprendre les forces qui ont généré le séisme M-7.6 dans la région de Noto, dans la préfecture d’Ishikawa. Le fait que ce puissant événement se soit produit lors d’un essaim sismique a surpris les sismologues. En général, un essaim sismique ne produit pas de séisme d’une magnitude supérieure à M 6,0. Les japonais ont également remarqué que le séisme du 1er janvier était plus puissant que le grand séisme de Hanshin qui a frappé la région de Kobe en 1995 et coûté la vie à environ 6 400 personnes.
Les sismologues japonais pensent que l’une des causes du dernier séisme est la montée d’eau et de vapeur sous forte pression depuis les profondeurs, ce qui avait déjà déclenché un séisme de M 6,5 le 5 mai 2023.
Compte tenu de l’intensité et de l’ampleur de la dernière série de séismes, les habitants ont été invités à rester vigilants car des événements violents pourraient se produire au cours de la semaine prochaine et surtout au cours des deux à trois prochains jours. Les habitants dont les maisons ont été endommagées ont été invités à les évacuer le plus rapidement possible. Les personnes vivant dans les zones côtières ont été invitées à rester vigilantes car un tsunami dans la Mer du Japon atteint rapidement la côte après un puissant séisme.
On sait que la zone au large de la péninsule de Noto est une ligne de faille active. Cependant, même si le mécanisme qui a déclenché le dernier séisme était similaire aux séismes précédents survenus dans la péninsule de Noto, les scientifiques japonais n’ont jamais imaginé qu’un séisme d’une telle ampleur pourrait se produire dans cette zone.
Lorsque le séisme et le tsunami de Tōhoku se sont produits en 2011 sur la côte est de Honshu, avec les conséquences que l’on sait pour la centrale de Fukushima, juste en face de la préfecture d’Ishikawa sur la côte ouest, les scientifiques japonais craignaient que l’événement perturbe le Mont Fuji et provoque une éruption. Là encore, ils se sont trompés puisque aucune éruption du Mont Fuji ne s’est produite à ce jour. Aucune mention n’a été faite du Mont Fuji après le séisme du 1er janvier 2024…
Source  : médias d’information japonais.

 

Les dégâts du séisme du 1er janvier à Noto, dans la Préfecture Ishikawa, le 1er janvier 2024 (Crédit photo : Yoshinori Doi)

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The 18 December 2023 eruption in Iceland showed us that volcanic prediction is far from perfect. Lava pierced the surface a few hours after the Blue Lagoon had been allowed to reopen and after the Civil Defense said Grindavik residents would be allowed to go baxk home for Christmas.

The 1 January 2024 in Japan showed usthe weaknesses of seismic prediction.

Japanese scientists were puzzled by the forces that generated the M-7.6 earthquake in the Noto region of Ishikawa Prefecture. The fact that the powerful event occurred during an earthquake swarm caught seismologists by surprise.Generally speaking, an earthquake swarm does not produce a quake with a magnitude over M 6.0. They also noted it was stronger than the Great Hanshin Earthquake that hit the Kobe area in 1995 and claimed around 6,400 lives.

One cause of the latest earthquake is believed to be water and steam rising under intense pressure from deep underground, which triggered an M 6.5 earthquake on May 5th, 2023.

Given the intensity and magnitude of the latest series of quakes, residents were urged to be on their guard against strong events over the next week and especially over the next two to three days. Residents whose homes were damaged were urged to evacuate as soon as possible. People living in coastal areas were asked to remain vigilant as tsunami in the Sea of Japan reach shorelines quickly after a big earthquake.

The area off the coast of Noto Peninsula is known as an active fault line. However, while the latest quake mechanism was similar to past quakes in the Noto Peninsula, Japanese scientists never thought a quake of such large magnitude would occur there,

When the Tōhoku earthquake and tsunami occurred in 2011 on the eastern coast of Honshu, right in front of the Ishikawa Prefecture on the western coast, Japanese scientists feared it might disturnb Mount Fuji ansd cause an eruption. Here again, they were wrong to think so as no eruption of Mt Fuji has occurred yet since that time. No mention was made of Mt Fuji after the 1 January 2024 quake…

Source : Japanese news media.

Dernières nouvelles d’Islande // Latest news from Iceland

Le Met Office islandais a indiqué le 2 janvier 2024 que le soulèvement du sol à Svartsengi ralentissait. Cela signifie que la pression magmatique augmente et qu’une nouvelle intrusion magmatique ou une éruption devient de plus en plus probable. La situation est semblable à celle observée le 15 décembre 2023, trois jours avant le début de l’éruption à Sundhnúkagígar.
Le premier signe d’une intrusion magmatique est une hausse soudaine de l’activité sismique, un peu comme avant l’éruption du 18 décembre. L’activité sismique est cependant restée stable ces derniers jours, avec environ 200 événements par jour. La plupart des séismes étaient inférieurs à M 1,0. 30 étaient supérieurs M 1,0 depuis le 29 décembre, le plus significatif a atteint M 2,1 au nord de Grindavík.
Les scientifiques du Met Office estiment que si une éruption se produit, ce sera à nouveau à Sundhnúkagígar, entre Stóra-Skógfell et Hagafell. Toutefois, les intrusions magmatiques ne se traduisent pas toujours par une éruption volcanique, comme cela a été observé lors de situations antérieures sur la péninsule de Reykjanes, et comme j’ai pu l’observer personnellement dans la région de Ktafla dans les années 1990.

Image webcam de l’éruption du 18 décembre 2023

Comme je l’ai écrit précédemment, le Blue Lagoon est toujours fermé, après une très brève réouverture avant l’éruption du 18 décembre. La perte de revenus rst estimée entre 4 et 4,5 milliards de couronnes islandaises.
Cela fait maintenant environ 7 semaines que le Blue Lagoon est fermé. Outre le lagon proprement dit, deux hôtels, restaurants, un spa et un laboratoire de recherche ont également été fermés.
Le nombre de touristes avait considérablement augmenté en 2023 et peut être comparé à l’année record de 2018.
Bien que le Blue Lagoon soit fermé, le gouvernement continue de percevoir des revenus du site puisque les gestionnaires continuent de payer les salaires de leurs employés, de sorte que l’État et les municipalités reçoivent une partie de ces salaires. Environ 800 personnes travaillent pour le Blue Lagoon qui est le plus gros employeur sur la péninsule de Reykjanes.

Photo: C. Grandpey

En raison de l’ouverture de fractures et de la menace d’une éruption, Grindavik a été évacuée le 10 novembre 2023, mais les habitants ont été autorisés à rentrer chez eux après l’éruption, quelques jours avant Noël.
La police conseille aux habitants de ne pas rester à Grindavík, étant donné le soulèvement du sol à Svartsengi et la probabilité d’une éruption volcanique. La police n’interdira toutefois pas aux habitants de rester dans la ville.
Les habitants de Grindavík qui ont choisi de rester dans la ville le font à leurs risques et périls. La réglementation qui régit leur accès à la ville ne sera pas modifiées pour le moment.
Source : Met Office, police, médias d’information islandais.

Grindavik sous la menace d’une éruption (Source: Iceland Monitor)

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The Icelandic Met Office indicated on January 2nd, 2024 that the crustal uplift at Svartsengi is slowing down. This is an indication that magma pressure is building and that a new magma intrusion or volcanic eruption are becoming more likely. The situation is similar to the one observed on December 15th, 2023, three days before the eruption at Sundhnúkagígar began.

The first sign of a magma intrusion is a sudden increase in seismic activity, much like before the December 18th eruption. Seismic activity has been stable in recent days, however, with around 200 earthquakes per day. Most of the quakes are under M 1.0. 30 have been above M 1.0 since December 29th, with the largest one at M 2.1 on the north side of Grindavík.

The Met Office scientists estimate that if an eruption takes place it will be at Sundhnúkagígar again, in between Stóra-Skógfell and Hagafell. Magma intrusions do not always result in a volcanic eruption, as was observed in previous situations in the Reykjanes peninsula, and as I could observe it in the Krafla area in the 1990s. .

As I put it before, the Blue Lagoon is still closed, after very briefly reopening before the 18 December eruption.The estimated loss of revenue is between ISK 4 and 4.5 billion.

The Blue Lagoon has been closed for about seven weeks now. Apart from the lagoon itself, there are two hotels, restaurants, a spa, a research lab that also have been closed.

The number of tourists has increased considerably ln 2023, but can be compared to 2018’s record year.

Although the Blue Lagoon is closed, the government still earns revenue from the site as the managers are still paying their employees’ wages, so the state and municipalities receive revenue from those wages. About 800 people work for the Blue Lagoon, the largest employer in the Reykjanes peninsula.

Because of the opening of fissures and the threat of an eruption, Grindavik was evacuated on November 10th, 2023, but residents were allowed to return to their homes after the eruption just days before Christmas.

The police advises townspeople not to stay in Grindavík, given the landrise at Svartsengi and the increased likelihood of a volcanic eruption. It will not however ban people from staying in the town.

Residents of Grindavík are living at their own risk in the town and the rules regarding their access to town will not be changed at this time.

Source : Met Office, police, Icelandic news media.

Islande : la peur d’une éruption // Iceland : the fear of an eruption

Les autorités islandaises craignent une éruption à court terme sur la péninsule de Reykjanes. Le sol continue de se soulever à Svartsengi et atteint maintenant la même hauteur qu’avant l’éruption du 18 décembre. Il est impossible de savoir quelle pression est nécessaire pour que que le magma commence à se déplacer vers la surface. Il convient de noter que le soulèvement du sol actuel ne s’accompagne pas d’une activité sismique aussi intense qu’auparavant.
Selon le Met Office, à mesure que l’accumulation de magma se poursuit sous le secteur de Svartsengi, la probabilité d’une nouvelle intrusion et d’une éruption augmente chaque jour. Il est fort probable que la prochaine éruption se produira entre Stóra-Skógfell et Hagafell. Il est cependant important de noter que les intrusions de magma ne conduisent pas forcément à une éruption, comme j’ai pu l’observer dans la région du Krafla dans les années 1990.
Le risque de possibles coulées de lave et de pollution par les gaz a été ajouté à la carte des risques publiée par le Met Office le 29 décembre 2023. La carte (voir ci-dessous) sera valable jusqu’au 5 janvier 2024. La raison de ces changements est la forte probabilité d’une éruption au nord de Grindavík. Les changements concernent la zone numéro 4 sur la carte.

Des digues de protection seront érigées à proximité de Grindavík pour protéger la bourgade et ses 3800 habitants d’une éventuelle éruption. Les travaux ont déjà commencé et le projet coûtera environ 40 millions d’euros. Les digues seront édifiées au nord de Grindavík. Leur but est de dévier le cours de la lave de manière à ce qu’elle ne se dirige pas vers les maisons. Elles auront une empreinte sur la nature autour de la ville, un peu comme les pare-avalanches dans de nombreuses villes islandaises. Les autorités locales affirment que là où les enjeux de sécurité sont importants, notamment ceux concernant les bâtiments, le port, etc., les intérêts environnementaux passent au second plan.
Au cours de la première étape de construction, les digues de protection seront deux fois moins hautes qu’une fois terminées. Cette première étape coûtera 3,3 millions d’euros. Les digues n’atteindront leur hauteur définitive et ne seront achevées qu’au printemps.
Source  : Met Office, médias d’information islandais.

 

Nouvelle carte de risques (Source : Met Office)

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Icelandic authorities fear an eruption in the short termok the Reykjanes Peninsula. The ground continues to inflate at Svartsengi and has now reached a similar height as measured just before the eruption on 18 December. Uncertainty remains about how much magma pressure needs to build up before magma starts moving towards the surface. It should be noted that the current uplift is not accompanied by as much seismic activity as before.

According to the Met Office, as magma accumulation continues under Svartsengi, the likelihood of another magma intrusion and an eruption increases with each passing day. It is most likely that the next eruption will occur in the Sundhnúkur, between Stóra-Skógfell and Hagafell. However, it is important to note that magma intrusions do not always lead to an eruption, as I could observe it in the Krafla area in the 1990s.

The dangers of possible lava flow and gas pollution have been added to the hazard assessment map issued by the Icelandic Met Office on December 29th, 2023. The map (see below) will be valid until January 5th, 2024. The reason for the changes is increased likelihood of a volcanic eruption north of Grindavík. The changes cover the area number 4 on the map.

Protective barriers will be built in the vicinity of the town of Grindavík to protect it from a potential volcanic eruption. Work has already started on the barriers and the project will cost about 40 million euros. The barriers will be placed north of Grindavík. They are expected to direct the lava so it doesn’t flow straight into the town, but away from it. They will affect the nature surrounding the town, much like avalanche barriers do in many Icelandic towns. Local officials say that where is this much at stake, including man-made structures, the harbour and so forth, environmental concerns need to be put aside.

During the first stage of construction, the barriers will only be half as tall as they will eventually become. This first stage will cost 3.3 million euros. The barriers will only reach their full height and be completed in the spring months.

Source : Met Office, Icelandic news media.

Péninsule de Reykjanes (Islande) : soulèvement du sol et nouvelles fissures // Reykjanes Peninsula (Iceland) : ground uplift and new fissures

Comme je l’ai écrit précédemment, personne ne sait comment la situation dans la péninsule de Reykjanes évoluera dans les prochains jours, les prochaines semaines ou les prochains mois. La sismicité est toujours présente, bien que faible pour le moment, mais le soulèvement du sol est important, à raison d’environ un demi-centimètre à un centimètre par jour à Svartsengi. Si cela continue, le sol atteindra d’ici le 2 ou le 3 janvier le même niveau qu’avant la forte activité sismique du 10 novembre et l’éruption du 18 décembre 2023.
Le Met Office précise que les résultats de la modélisation géodésique indiquent que plus de 10 millions de mètres cubes de magma ont alimenté l’intrusion qui s’est formée le 18 décembre dans le secteur de Svartsengi et a conduit à l’éruption. Sur la base de la vitesse de soulèvement actuel, il faudra une à deux semaines pour que la même quantité de magma s’accumule à nouveau sous le secteur de Svartsengi. Il existe toutefois une grande incertitude quant au moment où la pression magmatique sera suffisante pour déclencher la prochaine intrusion magmatique.
Il convient de noter que l’intrusion magmatique de départ, qui s’est formée le 10 novembre, s’étendait sur 15 km de Kálfafellsheiði au nord jusqu’au sud-ouest en mer, au large de Grindavík. Cela signifie que le magma s’est propagé en profondeur sous toute la zone, y compris sous la ville de Grindavík.

Parallèlement au soulèvement actuel du sol dans la région de Svartsengi, de nouvelles fissures se sont formées sur la Grindavíkurvegur depuis le 27 décembre. D’autres fissures sur la route se sont également élargies. L’Administration routière indique sur son site Internet que les effets du soulèvement du sol à Svartsengi sont visibles sur la route. Il est à noter que des fissures se sont formées plus près de Grindavík qu’auparavant. En outre, des fissures ont commencé à se former là où des réparations ont été effectuées, à proximité de l’endroit où le sol se soulève actuellement.
Pour le moment, il n’est pas nécessaire de fermer la route, mais l’évolution de la situation est étroitement surveillée en collaboration avec la police et la Protection civile.
Source  : Iceland Monitor, Met Office.

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As I put it before, nobody knows how the situation on the Reykjanes Peninsula will develop in the next days, weeks or months. Seismicity is still present, although low for the moment, but ground uplift is significant, at a rate of about half to one-centimetre per day at Svartsengi. If this continues, the land will reach the same height by January 2nd or 3rd it had reached before the strong seismic activity on November 10th and the volcanic eruption on December 18th, 2023.

The Met Office indicates that geodetic modelling results indicate that over 10 million m3 of magma were sourced from beneath Svartsengi to feed the intrusion that formed on December 18th,and led to the eruption. Based on the ongoing uplift rate, it will take one to two weeks for the same amount of magma to accumulate again underneath Svartsengi. There is still significant uncertainty on when the built-up in magma pressure will be sufficient to trigger the next magma intrusion.

It should be noted that the original magma intrusion, which formed on November 10th, extended 15 km from Kálfafellsheiði in the north to the southwest of Grindavík, just offshore. This means that magma propagated at depth beneath the entire area, including the town of Grindavík.

Parallel with the current ground uplist in the Svartsengi area, new fissures have formed on Grindavíkurvegur road since December 27th. Other fissures on the road have also widened somewhat. The Road and Coastal Administration reports on their website that the effects of the land rise at Svartsengi can be seen on the road. It is noted that cracks have formed closer to Grindavík than before. In addition, cracks have started to form in the site of the repairs, near the site where the land is rising now.

There is no need to close the road but the developments are closely monitored in collaboration with the police and Civil Defence.

Source : Iceland Monitor, Met Office.

Source: Met Office

Graphique montrant le mouvement du sol à Svartsengi entre le 25 octobre et le 25 décembre 2023 : stabilité entre lz 25 octobre et le 10 novembre. Soulèvement du sol entre le 10 novembre et le 18 décembre, jour de l’éruption. Rapide déflation au moment de l’éruption et reprise du soulèvement du sol dès la fin de l’événement.

Graph showing ground movement in Svartsengi between October 25th and December 25th, 2023 : stability between October 25th and November 10th. Ground uplift between November 10th and December 18th, the day of the eruption. Rapid deflation at the time of the eruption and resumption of ground uplift at the end of the event.