Microbes glaciaires // Glacial microbes

Une équipe de chercheurs américains et chinois avait publié le 7 janvier 2020 une étude mettant en garde sur les conséquences du réchauffement climatique (voir ma note du 23 février 2021). Partis il y a 5 ans pour forer des glaciers de l’Himalaya, ces scientifiques ont extrait deux carottes de glace qui leur ont permis de mettre au jour pas moins de 33 virus dont 5 seulement étaient connus du monde scientifique. Les glaciers comportaient un grand nombre de formes de vie, avec des bactéries, des algues, des champignons, ou encore des archées. Ces micro-organismes de petite taille sans noyau ne se distinguent pas des bactéries sur le plan morphologique, mais ils jouent un rôle important dans l’écologie des glaciers.

En 2022, une équipe de scientifiques chinois a découvert sur le Plateau Tibétain 968 espèces différentes de microbes capables de se développer dans des conditions extrêmes. Ils peuvent supporter de très basses températures, un haut niveau de radiation solaire, sans avoir vraiment besoin de nourriture. Ils ont la capacité de se congeler et se décongeler en fonction des températures.

Surnommé le château d’eau de l’Asie, le Plateau Tibétain et ses 2,5 millions de kilomètres carrés, est une source importante d’approvisionnement en eau pour les villes asiatiques qui le bordent. Avec 46.000 glaciers, cette région du monde regroupe la troisième plus grande concentration de glace sur Terre, après les pôles. Le problème, c’est que le Plateau se réchauffe trois fois plus vite que la moyenne mondiale. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), «la majeure partie du Plateau Tibétain a accusé une diminution moyenne des jours d’enneigement, entre 1980 et 2016, de moins de 2 jours/an sur près de la moitié de la région, et de plus de 4 jours/an dans certaines zones». Le réchauffement climatique a déjà provoqué le rétrécissement de 80 % des glaciers du Plateau.

Les scientifiques estiment qu’il est nécessaire de répertorier les microbes présents à l’intérieur de ces glaciers car la fonte de la glace va inévitablement provoquer leur dispersion. Ils ont déjà comptabilisé 3.241 génomes en provenance de 21 glaciers entre 2016 et 2020. Quelque 82 % des génomes sont de nouvelles espèces.11 % de ces espèces ont été découvertes sur le même glacier et 10 % ont été retrouvées sur tous les glaciers étudiés. Selon les chercheurs, ces glaciers sont de véritables « enregistreurs » de la vie du passé, puisqu’ils piègent des microbes vieux de 10.000 ans qui peuvent reprendre vie lorsque les conditions sont adéquates. En 2021, une autre étude effectuée par des scientifiques chinois avait permis d’identifier 33 virus (dont 28 inconnus) piégés dans le plateau de glace Guliya au Tibet. L’âge de certains de ces virus avait été estimé à plus de 15.000 ans.

Il ne faudrait pas oublier, non plus, que ces glaciers renferment d’importantes quantités de carbone et de méthane. On estime à 12 millions de tonnes le carbone prisonnier des glaces tibétaines. La fonte des glaces présente donc un danger multiple : la dispersion dans l’atmosphère de ces gaz à effet de serre qui vont à nouveau aggraver le réchauffement, mais aussi des microbes dont on ignore le comportement lorsqu’ils se retrouveront à l’air libre. Je garde en mémoire la découverte du virus de la grippe espagnole encore bien vivant dans les cadavres de jeunes mineurs enterrés au Svalbard en 1918 (voir ma note du 16 avril 2020).

Source: plusieurs organes de presse scientifique dont Futura Sciences.

A team of American and Chinese researchers published a study on January 7th, 2020 warning of the consequences of global warming (see my note of February 23rd, 2021). While drilling the Himalayan glaciers over the past 5 years, these scientists extracted two ice cores which allowed them to uncover no less than 33 viruses of which only 5 were known to the scientific world. The glaciers contained a large number of life forms, with bacteria, algae, fungi, and even archaea. These small, nucleusless microorganisms are morphologically indistinguishable from bacteria, but they play an important role in glacier ecology.
In 2022, a team of Chinese scientists discovered 968 different species of microbes on the Tibetan Plateau, capable of growing in extreme conditions. They can withstand very low temperatures, high levels of solar radiation, without really needing food. They have the ability to freeze and thaw depending on the temperatures.
Nicknamed the water tower of Asia, the Tibetan Plateau and its 2.5 million square kilometers, is an important source of water supply for the Asian cities that border it. With 46,000 glaciers, this region of the world has the third largest concentration of ice on Earth, after the poles. The problem is that the Plateau is warming three times faster than the global average. According to the World Meteorological Organization (WMO), « most of the Tibetan Plateau has shown an average decrease in snow days, between 1980 and 2016, of less than 2 days/year over almost half of the region, and more than 4 days/year in certain areas”. Global warming has already caused 80% of the Plateau’s glaciers to shrink.
Scientists believe that it is necessary to list the microbes present inside these glaciers because the melting of the ice will inevitably cause their dispersion. They have already counted 3,241 genomes from 21 glaciers between 2016 and 2020. Some 82% of the genomes are new species. 11% of these species were discovered on the same glacier and 10% were found on all the glaciers of the study. According to the researchers, these glaciers are true « recorders » of life in the past, since they trapped 10,000-year-old microbes that can come back to life when the conditions are right. In 2021, another study by Chinese scientists identified 33 viruses (including 28 unknown) trapped in the Guliya plateau in Tibet. The age of some of these viruses were estimated at more than 15,000 years.
We should not forget, either, that these glaciers contain significant quantities of carbon and methane. It is estimated that 12 million tons of carbon are trapped in Tibetan ice. The melting of the ice therefore presents a multiple danger: the dispersion in the atmosphere of these greenhouse gases which will aggravate global warming, but also microbes whose behavior is unknown when they find themselves in the open air. I cannot forget the discovery of the Spanish flu virus still very much alive in the corpses of young miners buried in Svalbard in 1918 (see my note of April 16th, 2020).
Source: Scientific press including Futura Sciences.

Plateau Tibétain (Source: Wikipedia)

 

 

La fonte des glaciers alpins dans les médias

Les médias français semblent avoir enfin pris conscience de la gravité de la situation glaciaire dans les Alpes et de plus en plus de reportages sont consacrés à ce sujet. Ainsi, BFMTV explique que le réchauffement climatique a un effet dévastateur et que les glaciers fondent à vue d’oeil, avec jusqu’à cinq centimètres d’épaisseur perdus par jour., et des conséquences parfois irréversibles.

La fonte glaciaire dans les Alpes dépasse les prévisions les plus optimistes des scientifiques. On pense maintenant qu’ils pourraient connaître leur plus forte perte de masse depuis au moins 60 ans, autrement dit depuis que les relevés sont effectués dans le massif.

Comme je l’ai rappelé à plusieurs reprises, pour avoir une idée de la santé d’un glacier, il faut observer sa zone d’accumulation – là où il prend naissance – et le débit de l’eau de fonte à son front. Un équilibre doit exister entre les deux zones, or ce n’est plus le cas. En observant la différence entre la quantité de neige tombée en hiver et la quantité de glace qui fond en été, les scientifiques s’aperçoivent que le glacier rejette un volume d’eau plus important que celui correspondant à la neige de l’amont.

Les chaleurs extrêmes et les nombreux épisodes caniculaires ont affaibli les glaciers des Alpes. L’hiver dernier a apporté relativement peu de neige sur le massif qui a ensuite subi deux grandes vagues de chaleur en début d’été 2022. Le thermomètre a frôlé les 30 degrés dans certaines zones montagneuses. En juillet, l’isotherme zéro degré s’est calé à 5184 mètres d’altitude, alors que le niveau habituel se situe entre 3000 et 3500 mètres. C’est presque 500 mètres plus haut que le Mont Blanc!

Les glaciers des Alpes sont petits, comparés à ceux des zones arctiques ou himalayennes. Ils sont donc plus vulnérables au changement climatique. Les températures dans les Alpes se réchauffent d’environ 0,3°C par décennie, soit environ deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Les conséquences sont terribles. D’ici 2100, les glaciers des Alpes devraient perdre plus de 80% de leur masse actuelle et il est trop tard pour faire machine arrière. Rien n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et, en supposant que des mesures soient prises, la fonte se poursuivra encore pendant des décennies.

Exemple de la fonte glaciaire ultra rapide dans les Alpes, le glacier suisse de Morteratsch s’est aminci de 200 mètres et a reculé à certains endroits de trois kilomètres. Le glacier voisin et parallèle Pers a aujourd’hui tellement reculé qu’une bande de sable le sépare de Morteratsch.

Beaucoup de glaciers ne sont plus recouverts de leur couche de neige protectrice et subissent donc de plein fouet les rayons de soleil et les températures douces. Les données montrent que le Morteratsch perd actuellement environ cinq centimètres par jour. La couverture des glaciers à l’aide de bâches blanches est une solution très provisoire. C’est mettre un emplâtre sur une jambe de bois.

Outre l’inquiétude environnementale, la disparition de glaciers révèle aussi des craintes économiques et patrimoniales pour les habitants des Alpes. Des conflits territoriaux ont commencé à voir le jour. L’accès à certains villages pourrait devenir trop dangereux et instable, alors que des stations de ski dépendent des glaciers.

C’est anecdotique et, en soi, quelque peu amusant : le refuge des Guides du Cervin, construit en Italie à 3480 mètres d’altitude, se trouve désormais en grande partie sur le territoire suisse en raison de la fonte du glacier de Théodule! Le glacier a perdu près d’un quart de sa masse entre 1973 et 2010, et laissé place à de la roche. C’est cette fonte qui a forcé la Suisse et l’Italie à revoir leur frontière, normalement définie par la ligne de séparation des eaux, dont l’écoulement vers le nord marque le territoire suisse, et celui vers le sud, l’Italie.

Avec la fonte du glacier de Théodule, les deux tiers du refuge se trouvent désormais du côté suisse. La position stratégique de la bâtisse attise les convoitises car elle est située à la jonction de Zermatt-Cervinia, une des plus grandes stations de ski au monde.

Le refuge a donc fait l’objet d’intenses négociations diplomatiques pendant plus de trois ans, jusqu’à ce qu’un compromis soit trouvé en 2021, mais les clauses du nouveau contrat n’ont pas été révélées. Ces années de négociation ont retardé la rénovation du refuge, aucun des villages des deux côtés de la frontière n’étant en mesure de délivrer le permis de construire. Les travaux ne seront pas terminés pour l’ouverture d’un nouveau téléphérique qui devrait permettre, fin 2023, d’accéder au Petit Cervin, un des plus hauts sommets skiables d’Europe (3883 m) depuis l’Italie.

Source: BFMTV.

Le glacier supérieur de Théodule (à gauche) et le glacier inférieur de Théodule (à droite) depuis le téléphérique du Petit Cervin (Source: Wikipedia)

La triste fin des glaciers pyrénéens

Les glaciers pyrénéens – ou ce qu’il en reste – vont mal, très mal. Dans des notes intitulées « L’agonie des glaciers pyrénéens » ou « Point de non-retour pour les glaciers pyrénéens », j’ai expliqué qu’ils se dirigeaient vers une disparition certaine car ils ne sont pas en mesure de faire face aux assauts du réchauffement climatique.

Il reste près de 25 glaciers dans la chaîne pyrénéenne, contre 45 au début des années 2000. Les épisodes de très forte chaleur que nous venons de traverser ont encore accéléré leur déclin. Cela s’ajoute à un faible cumul de neige au cours de l’hiver.

Les glaciologues pensent que les glaciers pyrénéens auront disparu en 2050 mais, au train où vont les choses, cette prévision pourrait se révéler trop optimiste. Certains, déjà en mauvais état, pourraient disparaître plus tôt que les prévisions.

A la sortie de l’hiver dernier, les bilans des mesures d’accumulation de la neige n’étaient déjà pas brillants. Les mesures réalisées sur le glacier d’Ossoue au Vignemale ont montré la valeur la plus faible enregistrée après 2006 au cours des vingt dernières années. La même faiblesse d’accumulation de neige a été enregistrée sur le glacier de la Maladeta, côté espagnol. Or, on sait que la zone d(‘accumulation joue un rôle essentiel pour un glacier. C’est elle qui le fait vivre. L’accumulation s’équilibre avec la fonte du glacier, mais avec le réchauffement climatique, cet équilibre est rompu depuis longtemps sur les glaciers pyrénéens.

Et puis, il y a la hausse des températures en altitude. La fraîcheur d’autrefois, qui ralentissait le fonte, a disparu. En 2022, il n’y a pas eu de gelées en altitude dans les Pyrénées depuis le 27 mai. On se retrouve dans la situation de l’année 2018 où il n’y avait pas eu de gelées de fin mai-début juin jusqu’au 1er octobre. Une différence avec 2019, c’est qu’en 2022, le printemps a été très chaud. De plus, en 2018, il y avait eu beaucoup de neige, ce qui n’a pas été le cas l’hiver dernier.

Il fait très chaud en altitude et des records ont été égalés en 2022. Pendant plusieurs jours au-dessus de 1.500 m, la température a atteint 30°C, voire 33 ou 34°C.

Preuve de la disparition ultra rapide des glaciers pyrénéens, celui qui existait encore il y a une dizaine d’années sur le site remarquable de la brèche de Roland, à la frontière franco-espagnole, a complètement disparu.

Source: Météo France, presse locale.

La chaîne pyrénéenne vue depuis le Pic du Midi de Bigorre: les glaciers manquent cruellement à l’appel (Photo: C. Grandpey)

Le glacier du Vignemale en 2021

Ski d’été : même punition pour le glacier de Zermatt (Suisse) // Summer skiing : same punishment for the Zermatt glacier (Switzerland)

Depuis le 29 juillet 2022, il n’est plus possible de skier à Zermatt. Le glacier suisse le plus haut d’Europe a fermé temporairement son accès à cause du manque de neige et des températures trop élevées. De plus, de récentes averses et la gestion de plus en plus difficile des crevasses ont conduit à la décision de fermeture. A cette époque de l’année, le glacier est fréquenté par les équipes de skieurs de compétition.

Le glacier de Zermatt rejoint donc les glaciers français de Tignes, des Deux-Alpes ou du Pisaillas, ainsi que celui du Stelvio en Italie.

Toujours en Suisse, le glacier de Saas Fee fait de la résistance, mais il est réservé aux seuls skieurs niveau coupe du monde. Son accès est interdit au public ainsi qu’aux clubs. Reste à savoir si la situation n’évoluera pas ces prochaines semaines.

Seule la station d’Hintertux en Autriche n’a pas instauré de restrictions particulières et semble résister à la cascade de fermetures.

Source: presse régionale.

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Since July 29th, 2022, it is no longer possible to ski in Zermatt. The highest Swiss glacier in Europe has temporarily closed its access due to lack of snow and too high temperatures. In addition, recent showers and the increasingly difficult management of crevasses led to the decision to close. At this time of year, the glacier is frequented by teams of competitive skiers.
The Zermatt glacier therefore joins the French glaciers of Tignes, Deux-Alpes or Pisaillas, as well as that of Stelvio in Italy.
Also in Switzerland, the Saas Fee glacier is resisting, but it is reserved for World Cup level skiers only. Its access is prohibited to the public as well as to clubs. The situation might change in the coming weeks.
Only the Hintertux resort in Austria has not introduced any particular restrictions and seems to be resisting the cascade of closures.
Source: regional press.

Matterhorn Gletscher (Crédit photo: Wikipedia)