Kilauea (Hawaii): les leçons de l’éruption de 2007 // The lessons from the 2007 eruption

Lorsqu’il n’y a pas d’éruptions, on se plonge dans les souvenirs des événements du passé pour entretenir la fascination pour les volcans. C’est ce que font les géologues du HVO depuis la fin de l’éruption du Kilauea en 2018. Dans leur dernier article Volcano Watch, ils nous parlent d’un événement qui, comme l’éruption de 2018, s’est déroulé sur l’East Rift Zone du Kilauea. Cette éruption a débuté la veille du Thankgiving – Thanksgiving Eve Breakout (TEB) – le 21 novembre 2007.

Bien que cette éruption – et la coulée de lave qui l’a accompagnée – ait été beaucoup moins destructrice que l’éruption de 2018, elle a néanmoins menacé pendant plusieurs mois des maisons du district de Puna. La TEB a également permis de tirer des leçons importantes sur le comportement des coulées de lave et les risques qui y sont liés dans une zone de rift; elles pourront être prises en compte lors de futures éruptions du Kilauea.

À la fin de 2007, l’éruption du Pu’uO’o qui avait débuté en janvier 1983 dans la Middle East Rift Zone ne montrait aucun signe de ralentissement. Une nouvelle bouche s’était ouverte en juillet de cette même année juste à l’est du cône du Pu’uO’o.

Entre septembre et novembre 2007, la lave s’est dirigée vers le nord de la zone de rift en formant un grand chenal surélevé.

En début de journée le 21 novembre, la veille du Thanksgiving, une coulée de lave s’est échappée du flanc sud du chenal surélevé et, en suivant la pente formée par les levées de ce même chenal, elle s’est dirigée vers le sud.

Cette nouvelle coulée a avancé lentement vers le bas de la pente. Grâce à se fluidité, la lave pahoehoe a ensuite formé un tunnel en poursuivant sa course. La coulée a traversé les vestiges de la subdivision des Royal Gardens en se dirigeant vers l’océan.

La lave a atteint le littoral, juste à l’ouest de Kalapana, en mars 2008. Le tunnel de lave est resté actif pendant trois ans, et a continué à alimenter les entrées de la lave dans l’océan. L’alimentation constante par l’intermédiaire du tunnel a permis à la coulée de s’épandre de plus en plus loin sur les basses pentes en bordure de la plaine côtière.

Au milieu de l’année 2010, la progression de la lave vers l’est a commencé à menacer la subdivision des Kalapana Gardens. La zone avait déjà été recouverte par des coulées en 1990, et les habitations avaient été reconstruites les années suivantes. Entre juillet 2010 et janvier 2011, la lave a détruit trois maisons, tout en menaçant de nombreuses autres.

Quelques mois plus tard, une nouvelle ascension du magma dans le système d’alimentation à proximité du Pu’uO’o a provoqué une augmentation de la pression, et l’apparition de nouvelles bouches à l’ouest de Pu’uO’o en mars 2011. L’activité s’est poursuivie pendant encore sept ans.

La principale leçon à tirer de l’éruption de 2007 est qu’un changement mineur de la position des bouches éruptives sur la zone de rift peut entraîner un changement majeur dans la direction d’une coulée de lave et provoquer de nouveaux dangers.

Lorsque l’éruption du 21 novembre 2007 a commencé, la bouche éruptive s’est légèrement déplacée, ce qui a occasionné un changement de direction de la lave du nord vers le sud. On peut donc en conclure que l’emplacement précis d’une bouche éruptive par rapport à l’axe de la zone de rift peut déterminer la direction que va emprunter la lave.

La coulée du 21 novembre 2007 montre également comment une éruption peut créer de nouvelles structures sur la zone de rift, tels que des chenaux et des boucliers de lave qui peuvent ultérieurement influencer la direction empruntée par une coulée.

Des observations similaires ont été faites lors de l’éruption du Kilauea en 2018. La lave issue des premières fractures a façonné une nouvelle topographie qui a contribué à orienter la coulée issue de la Fractire n°8 vers le nord-est, en direction des subdivisions de Kapoho.

Ces exemples démontrent que les premières heures, ou les premiers jours, d’une éruption dans une zone de rift sont déterminantes, que ce soit sur le Kilauea ou le Mauna Loa.

Pour le moment, en novembre 2020, les instruments de surveillance du Kilauea montrent une sismicité et des déformations très stables sur le volcan, ainsi que de faibles émissions de SO2. On n’a observé que des changements géologiques mineurs depuis la fin de l’activité éruptive en septembre 2018. La pièce d’eau au fond de l’Halema ‘uma’u continue de s’étendre et de s’approfondir lentement.

Source: HVO.

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When there is no eruption , one resorts to the memories of past eruptions to keep the fascination with volcanoes. This is what HVO geologists have done in Hawaii since the end of Kilauea’s 2018 eruption. In their last Volcano Watch article, they tell the visitrs of the HVO website about a precedent event on the East Rift Zone: the Thanksgiving Eve Breakout (TEB) lava flow on November21st, 2007.

Although the TEB flow was much less destructive than the 2018 Lower East Rift Zone eruption, it nevertheless threatened homes in lower Puna for months. The TEB episode also bore important lessons on lava flow hazards that are worth considering in any future rift zone eruption in Hawai‘i.

By late 2007, the Pu’uO’o eruption that had started in January 1983 on the middle East Rift Zone was already 24 years old and showed no signs of slowing down. A new vent had formed in July just east of the Pu’uO’o cone, with lava heading north of the rift zone, forming a large perched lava channel between September and November 2007.

Early on November 21st, the day before Thanksgiving, lava broke out of the vent area on the south flank of the elevated lava channel, and the slope of the channel levees helped direct lava toward the south.

The new TEB flow slowly advanced downslope, with the fluid pahoehoe lava forming a lava tube as it moved. The flow cut through the remains of Royal Gardens subdivision on its course to the ocean.

The TEB flow reached the coastline, just west of Kalapana, in March 2008. Its lava tube remained active for three years, supplying lava to ocean entries. The consistent supply through the tube allowed the flow to gradually widen on the low slopes of the coastal plain.

In mid-2010, the eastward expansion of the flow began threatening Kalapana Gardens subdivision. The subdivision had been covered by lava flows in 1990, with subsequent rebuilding in later years. Between July 2010 and January 2011, a lava flow crisis destroyed three homes, while threatening many more.

Eventually, a new ascent of magma in the feeding system near Pu’uO’o caused an increase in pressure, which then caused an intrusion and new vents to form west of Pu’uO’o in March 2011. Activity continued from new vents for another seven years.

The main lesson to be drawn from the 2007 eruption is that a minor shift in vent position on the rift zone can cause a major change in lava flow direction and the resulting hazard.

When the TEB breakout started, it slightly moved the vent location but it shifted the entire movement of the flow from north to south. The precise location of a vent relative to the axis of the rift zone, which forms a subtle ridge, can determine which side of the ridge the flows descend.

The TEB flow also shows how an eruption can build new features on the rift zone, like lava channels and lava shields, that can influence subsequent flow direction. Similar observations were made during the 2018 Kilauea eruption when lava from early fissures built up new topography that contributed to orient the destructive fissure 8 flow northeast towards Kapoho subdivisions.

These examples illustrate why the opening hours or days of a rift zone eruption are so consequential for hazards, both for Kilauea and Mauna Loa.

For the time being, in November 2020, Kilauea monitoring data shows typical rates of seismicity and ground deformation, low rates of SO2 emissions, and only minor geologic changes since the end of eruptive activity in September 2018. The water lake at the bottom of Halema‘uma‘u continues to slowly expand and deepen.

Source : USGS / HVO.

Vue du site éruptif en 2007, avec le chenal creusé par la lave

Vues des coulées de l’éruption de 2007

(Photos : C. Grandpey)

Nouvelles du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion)

Dans son dernier bulletin du 5 décembre 2020, l’OVPF indique que suite à la crise sismique du 4 décembre, le nombre de séismes sous le Piton de la Fournaise continue de diminuer. De plus, aucune variation d’émission de CO2 dans sol ou de SO2 dans l’air n’est enregistrée

En revanche, il semblerait que l’inflation de l’édifice volcanique sit en train de recommencer uite à l’intrusion du 4 décembre. A confirmer

Le niveau d’alerte reste à 1, avec fermeture de l’Enclos.

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Selon moi et moi seul, ces intrusions à répétition non suivies d’une sortie de la lave en surface me confortent dans l’idée que l’éruption du mois d’avril au Piton Voulvoul, avec émission abondante de lapilli et de cheveux de Pélé correspondait à la purge définitive d’une poche magmatique superficielle (Un phénomène identique a été observé à Hawaii à la fin de l’éruption de la Fissure 8 du Kilauea durant l’éruption de 2018). Le re-remplissage de cette chambre ne se fera pas d’un seul coup, ce qui explique les remontées de magma des profondeurs, avec intrusions magmatiques sans sortie de lave à la surface. La pression n’est effectivement pas suffisante pour que cela se produise. A moins que la chambre superficielle ait atteint son niveau de remplissage, je pense qu’il y aura probablement  d’autres « éruptions avortées » (même si je n’aime pas trop cette expression dans le cas présent) avant qu’une vraie éruption soit observée.

Photo : C. Grandpey

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde:

Après l’activité éruptive intense de ces derniers jours (panache de cendre de 15 km, évacuation de plus de 4000 personnes et fermeture de l’aéroport), le Lewotolo (Indonésie)  semble s’être calmé, comme le montrent les images de la webcam.

Le niveau d’alerte est maintenu à 3 (Siaga).

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Comme je l’ai indiqué précédemment, une intensification significative de l’activité éruptive a été observée sur le Semeru (Java / Indonésie) le 1er décembre 2020. L’éruption a généré une importante coulée pyroclastique qui a forcé des milliers d’habitants à fuir leurs maisons. Plusieurs structures ont subi des dégâts.Le nuage à haute température s’est déplacé entre 2 et 11 km sur la pente SE du volcan.

Les autorités indonésiennes expliquent qu’en moyenne 40 séismes d’origine volcanique ont été enregistrés quotidiennement du début octobre à la fin novembre.

Du fait de l’éruption, toute activité a été interdite à moins de 4 km du cratère.

Le niveau d’alerte est maintenu à 2 (Waspada) sur une échelle de 4 niveaux.

Source: MAGMA Indonésie, CVGHM.

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On a observé une hausse d’activité sur le Telica (Nicaragua) ces derniers jours, en particulier le 30 novembre 2020. Une cinquantaine d’explosions a été enregistrée en l’espace de 9 heures, avec des panaches de cendres qui sont montés jusqu’à 400 mètres au-dessus du volcan. Des retombées de cendres ont été signalées dans plusieurs localités. Toutefois, ces événements font partie du comportement normal du volcan et on s’attend à de nouvelles explosions dans les prochains jours.

Source : INETER.

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Après plusieurs mois de faible activité, le Sakurajima (Japon) a repris du service et une forte explosion a secoué le volcan le 2 décembre 2020. Cependant, les mauvaises conditions météorologiques ont empêché d’observer correctement l’événement.

Le niveau d’alerte est maintenu à 3 depuis février 2016.

Le 1er juillet 2020, un panel organisé par l’Agence météorologique japonaise (JMA) a indiqué que le Sakurajima pourrait connaître une puissante éruption à l’avenir. En effet, on observe une inflation de l’édifice volcanique depuis septembre 2019.

Source: The Watchers, JMA.

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L’activité strombolienne se poursuit sur l’Etna (Sicile). L’ami Boris Behncke (INGV Catane) a réalisé une vidéo sympa montrant l’activité simultanée de deux bouches dans le Cratère Sud-Est du volcan.

https://youtu.be/HLl5lmZ1Los

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Dire qu’il ne se passe rien sur un volcan, c’est déjà une information, et c’est ce que l’on peut affirmer à propos de l’activité du mois de novembre 2020 sur le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion).

La sismicité sous le volcan est restée faible, avec uniquement 4 séismes volcano-tectoniques superficiels sous la zone sommitale et 9 séismes profonds sous le flanc est.

L’inflation de l’édifice qui avait repris suite à l’intrusion du 28-29 septembre 2020 s’est arrêtée fin octobre.

Les concentrations de CO2 et SO2 sont restées en dessous ou proche du seuil de détection au cours du mois de novembre.

Source : OVPF.

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Here is some news of volcanic activity around the world :

After the intense eruptive activity of the past days (15-km ash column, more than 4,000 evacuees, and airport closure) Lewotolo (Indonesia) seems to have calmed down, as shown by the webcam images (see above)..

The alert level is kept at 3 (Siaga).

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As I put it before, a significant increase in eruptive activity was observed at Semeru (Java / Indonesia) on December 1st, 2020. The eruption produced a large pyroclastic flow that forced thousands of residents to flee their homes. The hot avalanche could be seen travelling between 2 and 11 km down the SE slope of the volcano. Several structures have been damaged.

Indonesian authorities explain that an average of 40 volcanic earthquakes per day was recorded from early in October until late in November.

As a consequence of the eruption, any activity has been prohibited within 4 km from the crater.

The alert level is kept at 2 (Waspada) on a 4-level scale.

Source : MAGMA Indonesia, CVGHM.

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An increase in activity was observed at Telica (Nicaragua) on November 30th, 2020. At least 50 explosions were recorded within 9 hours, with ash plumes rising up to 400 metres above the summit of the volcano. Ashfall has been reported in nearby communities​. However, this activity is part of the normal behaviour of the volcano and more explosions are expected in the next few days.

Source : INETER.

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After several months of low-level activity, a strong explosion took place at Japan’s Sakurajima on December 2nd, 2020. However, poor weather conditions prevented from observing the event properly.

The Alert Level has been kept at 3 since February 2016.

On July 1, 2020, a panel organized by the Japan Meteorological Agency warned Sakurajima may erupt on a larger scale in the future. The panel noted that an inflation of the volcanic edifice had been observed on the volcano since September 2019.

Source: The Watchers, JMA.

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Strombolian activity continues on Mt Etna (Sicily). Boris Behncke (INGV Catania) has qhot a nice video showing simultaneous activity in two vents within the volcano’s South-East Crater.

https://youtu.be/HLl5lmZ1Los

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Saying that nothing is happening on a volcano is already a piece of information, and this is what one can say about the activity for the month of November 2020 on Piton de la Fournaise (Reunion Island).

Seismicity beneath the volcano remained low, with only 4 shallow volcano-tectonic earthquakes under the summit area and 9 deep earthquakes under the eastern flank.

The inflation, which had resumed following the intrusion of September 28-29, 2020, stopped at the end of October.

The CO2 and SO2 concentrations remained below or near the detection threshold during the month of November.

 Source: OVPF.

Photo : C. Grandpey

Tragédie de White Island (Nouvelle Zélande): Qui est responsable ?// White Island tragedy (New Zealand) : Who should be held responsible ?

Pour commencer, il faut savoir qu’en Nouvelle-Zélande, WorkSafe est le principal organisme de réglementation de la santé et de la sécurité au travail. L’agence contrôle les incidents ou accidents liés au lieu de travail et veille à ce que «chaque Néo-Zélandais qui se rend au travail puisse rentrer à la maison sain et sauf». Pour atteindre cet objectif, WorkSafe demande aux personnes de se conformer aux articles définis par la loi de 2015 sur la santé et la sécurité au travail et aux directives concernant la santé et la sécurité. Concrètement, WorkSafe demande aux personnes qui ont le devoir de protéger leur propre santé et sécurité ainsi que celles des autres de prendre les mesures appropriées pour éliminer ou minimiser les risques sur le lieu de travail.

En tant que tel, WorkSafe a engagé des poursuites contre 13 organismes et personnes suite à l’enquête déclenchée par l’éruption de White Island en 2019 avec 22 morts et des dizaines de blessés. La plupart des victimes étaient des touristes en provenance de pays comme l’Australie, les États-Unis et la Malaisie, et qui voyageaient à bord d’un bateau de croisière. Il y avait 47 personnes sur l’île lorsque le volcan est entré en éruption. Au moment de l’événement, on a cherché à savoir pourquoi ces personnes avaient été autorisées à pénétrer sur l’île, étant donné qu’il y aurait un risque significatif d’éruption.

Au cours d’une conférence de presse, Worksafe a déclaré que les enquêtes avaient révélé que 13 parties n’avaient pas respecté leurs obligations en matière de santé et de sécurité en conduisant les touristes sur White Island. Selon le directeur de WorkSafe, « c’était un événement inattendu, mais cela ne veut pas dire qu’il était imprévisible et les organisateurs ont le devoir de protéger les personnes dont ils ont la charge. »

Worksafe a mis en accusation 10 organismes en vertu de la loi sur la santé et la sécurité au travail. Chaque accusation peut déboucher sur une amende maximale de 1,5 million de dollars néo-zélandais (1,06 million de dollars US).

Trois personnes ont été inculpées en tant qu’administrateurs ou personnes individuelles censées s’assurer que leur société respecte ses obligations en matière de santé et de sécurité. Elles sont passibles d’une amende maximale de 300 000 $.

WorkSafe a déclaré ne pas avoir enquêté sur les opérations de secours après l’éruption, car cela fait l’objet d’une enquête de justice qui est en cours.

Le New Zealand Herald donne des détails supplémentaires et indique que deux agences gouvernementales font partie des organismes mis en accusation suite à l’éruption de White Island :

White Island Tours, une entreprise privée, a confirmé qu’elle faisait face à des accusations en vertu de la loi sur la santé et la sécurité au travail.

La Première Ministre Jacinda Ardern a déclaré que GNS Science et l’Agence nationale de gestion des catastrophes (NEMA) faisaient partie des organismes et personnes mises en accusation.

GNS Science surveille l’activité volcanique en Nouvelle Zélande, y compris à White Island, et les scientifiques attribuent un niveau d’alerte à chaque volcan.

NEMA joue un rôle de premier plan dans la réduction des risques et la gestion des catastrophes.

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Il va être intéressant d’observer la suite des événements. Dire que l’éruption de White Island était «un événement inattendu, mais cela ne veut pas dire qu’elle était imprévisible» est tout à fait discutable.

GNS Science avait fait son travail et le niveau d’alerte au moment de la tragédie était conforme à l’activité volcanique sur l’île. Affirmer que l’éruption aurait pu être prévue est une absurdité. Cela me rappelle les accusations dirigées contre des scientifiques italiens à qui on a reproché de ne pas avoir prédit le séisme de L’Aquila. Les séismes et les éruptions volcaniques sont des événements naturels que nous ne savons pas prévoir à l’heure actuelle.

Au final, je crains fort que l’éruption de White Island se solde par une sombre histoire de fric. En 2019, au moment de la catastrophe, alors que toutes les victimes n’avaient pas encore été dénombrées, leurs familles – les Américains en tête – parlaient déjà de poursuivre en justice pour négligence la compagnie maritime propriétaire du navire de croisière, l’agence de voyage qui avait organisé la visite de l’île, ainsi que des prestataires locaux. Selon elles, les participants à l’excursion sur l’île n’avaient pas été suffisamment prévenus des risques encourus.

Je suis désolé, mais à partir du moment où on met le pied sur un volcan actif il y a un risque ! En cas de doute, on s’adresse aux autorités compétentes. Avant de me faire déposer sur White Island en février 2009, j’avais vérifié le niveau d’alerte volcanique auprès de GNS Science ; il était alors de 1, ce qui ne signifie pas pour autant que tout danger est écarté. Les bouillonnements des mares de boues et à la surface du lac acide étaient là pour le confirmer.

Malgré tout, il ne me serait pas venu à l’idée d’attaquer en justice le propriétaire de l’hélicoptère qui m’avait déposé dans le cratère. De la même façon, je n’aurais jamais poursuivi les autorités américaines et italiennes qui m’ont obligeamment accordé un permis de travail sur les volcans actifs de ces pays. Mais peut-être suis-je trop honnête…

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To begin with, one needs to know that in New Zealand WorkSafe is the country’s primary work health and safety regulator. The agency controls workplace related incidents and ensures that “every Kiwi who goes to work comes home healthy and safe.” To achieve this aim, WorkSafe asks people to comply with the requirements outlined in the Health and Safety at Work Act 2015 and in health and safety regulations. In practical terms, it asks people who have a duty to protect the health and safety of themselves and others, to take appropriate steps to eliminate or minimise workplace risks.

As such, WorkSafe has filed charges against 13 parties following an investigation into a volcanic eruption on White Island in 2019 which killed 22 people and injured dozens. Majority of them were tourists from countries like Australia, the United States and Malaysia who were part of a cruise ship. There were 47 people on the island when the volcano erupted. At the time of the eruption questions were raised why people were allowed on the island,   given there was reportedly a heightened risk of an eruption.

Worksafe said in a news conference its investigations found 13 parties had not met their health and safety obligations in taking the tourists to the White island. According to WorkSafe’s Chief Executive, « this was an unexpected event, but that does not mean it was unforeseeable and there is a duty on operators to protect those in their care.”

Worksafe has charged 10 organisations under the Health and Safety at Work Act with each charge carrying a maximum fine of NZ$1.5 million ($1.06 million).

Three individuals were charged as directors or individuals who were required to exercise due diligence to ensure the company meets its health and safety obligations. These charges each carry a maximum fine of $300,000.

WorkSafe said it had not investigated the rescue and recovery following the eruption, as that is the subject of a coronial inquest which is underway.

The New Zealand Herald gives more details and indicates that two government agencies are among the organisations facing charges over the White Island eruption tragedy.

White Island Tours, a private company, has confirmed it is facing charges under the Health and Safety at Work Act.

Prime Minister Jacinda Ardern said both GNS Science and the National Emergency Management Agency (NEMA) had acknowledged they were among those charged over the tragedy.

GNS Science monitors volcanic activity in this country, including White Island, and scientists assign an alert level for each volcano.

NEMA provides leadership in reducing risk, being ready for and responding to and recovering from emergencies.

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Let’s see what happens next, but saying that White Island’s eruption was “an unexpected event, but that does not mean it was unforeseeable” is quite questionable. GNS Science had done its job and the alert level at the time of the tragedy was in accordance with volcanic activity on the island. Affirming that the eruption could have been foreseen is sheer stupidity. It reminds me of the accusations directed at Italian scientists who were reproached for not having predicted the L’Aquila earthquake. Both earthquakes and volcanic eruptions are natural events that we are not able to predict today.

In the end, I’m afraid the White Island eruption will turn out to be a grim business of money. In 2019, at the time of the disaster, when all the victims had not yet been counted, their families – the Americans in the lead – were already talking about suing for negligence the shipping company that owns the cruise ship, the agency that organized the visit to the island, as well as local providers. According to them, participants in the excursion to the island had not been sufficiently warned of the risks involved.

I’m sorry, but from the moment you set foot on an active volcano there is a risk! If in doubt, yiu need contact the competent authorities. Prior to being dropped off on White Island in February 2009, I had checked the volcanic alert level with GNS Science; it was then 1, which does not mean that there was no danger. The bubbling of the mud pools and the surface of the acidic lake were there to confirm it. Still, I wouldn’t have thought of suing the owner of the helicopter who dropped me off in the crater. Likewise, I would never have sued the American and Italian authorities who obligingly granted me a work permit on the active volcanoes of these countries. But maybe I’m too honest …

Photo : C. Grandpey