Une éruption en Islande pour la nouvelle année ? // An eruption in Iceland for the new year ?

Que réserve l’intrusion magmatique sur la péninsule de Reykjanes pour la nouvelle année ? C’est la question que tous les Islandais se posent. Il est évident que le magma continue de s’accumuler sous le secteur de Svartsengi et qu’une nouvelle éruption pourrait se produire à court terme. Cette hypothèse est évoquée par Páll Einarsson, professeur émérite au département des Sciences de la Terre de l’Université d’Islande. Cependant, le scientifique ajoute : « Il n’est pas nécessairement certain qu’il y aura une éruption, mais il est clair que la chambre magmatique est en phase de remplissage. »
Comme je l’ai écrit précédemment, le sol a recommencé à se soulever à Svartsengi peu de temps après la fin de l’éruption du 18 décembre. Le jour de Noël, le soulèvement était au même niveau que les 11 et 12 décembre, une semaine avant la dernière éruption,
Páll Einarsson explique que l’on ne peut pas savoir si les événements sismiques indiqueront une prochaine éruption ou une nouvelle intrusion magmatique. Au début de l’éruption du 18 décembre, les fontaines de lave ressemblaient à celles observées sur le Krafla entre 1975 et 1984. Au cours de ces années, une vingtaine d’arrivées de magma se sont produites sur le Krafla, et neuf se sont soldées par une éruption. Selon le scientifique, « nous ne savons toujours pas si cette région de la péninsule de Reykjanes suivra la même trajectoire ».
En d’autres termes, nous savons que quelque chose pourrait se produire tôt ou tard sur la péninsule de Reypjanes, mais la prévision volcanique actuelle ne permet pas de dire s’il s’agira simplement d’une nouvelle intrusion magmatique ou du début d’une nouvelle activité éruptive.
En ce qui concerne Grindavik (3 800 habitants), la situation sera réévaluée entre Noël et le Nouvel An et, en fonction des événements, la police de Suðurnes expliquera à la population ce qu’il y a lieu de faire.
Source  : médias d’information islandais.

Fontaines de lave au début de la dernière éruption sur la péninsule de Reykjanes (capture d’écran webcam)

Fontaines de lave sur le Krafla dans les années 1980 (Source: Wikipedia)

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What has the magma intrusion on the Reykjanes Peninsule in store for the new year ? It is obvious that magma keeps accumulating under the Svartsengi area and another eruption might occur in the short term. This is confirmed by Páll Einarsson, professor emeritus at the University of Iceland’s Earth Sciences department. However, the scientist adds :“It’s not necessarily certain that there will be an eruption, but it’s quite clear that the magma chamber is collecting magma.”

As I put it before, land started rising again at Svartsengi soon after the December 18th eruption. On Christmas Day, crustal uplift by Svartsengi was at the same level as it was on December 11th and 12th, a week before the last eruption,

Páll Einarsson says that it is not possible to determine whether the earthquakes will result in an eruption rather than a magma-run. At the start of the last eruption, the lava fountains were similar to the behaviour of the Krafla-fires, which occurred between 1975 and 1984. In those years, about 20 magma-runs occurred in Krafla, nine of which ended in an eruption. According to the scientist, “we still don’t know how exactly this region on the Reykjanes peninsula follows this pattern.”

In other words, we know that something might happen sooner or later on the Reypjanes Peninsula, but the current volcanic prediction does not allow to say whether it will only be a new magma intrusion or the start of neweruptive activity.

As far as Grindavik (pop. 3,800) is concerned, the situation is expected to be reassessed between Christmas and New Year’s Eve and, depending on what happens, the Suðurnes Police Commissioner will decide what the population needs to do.

Source : Icelandic news media.

Les chambres magmatiques du Hunga Tonga Hunga-Ha’apai // Hunga Tonga Hunga-Ha’apai’s magma chambers

L’éruption du Hunga Tonga Hunga-Ha’apai, le 15 janvier 2022, a été l’une des plus puissantes de l’histoire de l’humanité. Elle a déclenché la foudre la plus intense jamais enregistrée et le premier méga-tsunami documenté depuis l’Antiquité. Aujourd’hui, les scientifiques découvrent encore fréquemment de nouveaux éléments sur cet événement et sa source.
Dans une étude récente publiée dans la revue Science Advances, des scientifiques expliquent avoir enfin cartographié l’immense système d’alimentation magmatique qui a donné naissance à cette méga éruption. Elle a été ressentie dans le monde entier, mais le contexte sous-marin du volcan a toujours déconcerté les scientifiques qui tentent de comprendre comment une explosion aussi violente a pu se produire.
Dans la nouvelle étude, les chercheurs ont cartographié de légères variations de l’attraction gravitationnelle dans les eaux autour de l’île avant et après l’éruption et ils ont découvert que l’explosion était probablement alimentée par deux chambres magmatiques qui ont fusionné.
Les réservoirs magmatiques se trouvent à différentes profondeurs, entre 2 et 10 kilomètres sous le volcan et avaient probablement stocké une forte proportion de magma liquide avant l’éruption de 2022. Les chercheurs ont découvert que l’explosion a éjecté environ 30 % du magma – soit plus de 9 kilomètres cubes – stocké dans une chambre centrale peu profonde, ce qui a provoqué l’effondrement du plancher du volcan et la formation d’une caldeira de 850 mètres de diamètre. Lorsque la pression dans le réservoir central a chuté suite à l’explosion, le magma stocké dans un réservoir plus profond, au nord, a probablement traversé la croûte et reconstitué le réservoir central, ouvrant ainsi un chenal entre les deux chambres. On peut lire dans l’étude qu’il est également possible que du magma provenant d’une source riche en gaz, plus profonde dans la croûte terrestre, soit monté jusqu’à la chambre centrale, ce qui « pourrait aussi expliquer la violence de l’éruption de 2022 ».
Une troisième poche de magma, située au nord-ouest de la chambre centrale, semble déconnectée du système et ne pas avoir participé à l’éruption.
Il se pourrait que 26 kilomètres cubes de magma susceptibles d’alimenter une éruption soient encore stockés dans les deux principaux réservoirs situés sous le Hunga Tonga. Le magma susceptible d’être émis pendant une éruption est un magma en fusion à plus de 50 % et pauvre en solides cristallins.
Bien que l’étude donne un aperçu du système d’alimentation du volcan, elle ne montre pas ce qui a déclenché l’éruption du 15 janvier 2022. Les résultats gravimétriques ne permettent pas directement de déterminer le déclencheur de l’éruption, mais ils donnent « une idée de l’endroit et de la quantité de magma pouvant être encore stockée sous le volcan ».
Source : Live Science.

Diagramme montrant la réorganisation du système de stockage magmatique sous le Hunga Tonga Hunga-Ha’apai lors de l’éruption de 2022.

A diagram showing the reorganization of the magma storage system beneath Tonga’s Hunga volcano during the 2022 eruption.

Diagramme en taille réelle / Real size diagram :

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The eruption of Hunga Tonga Hunga-Ha’apai volcano on January 15th, 2022 was one of thr most powerful in human history. It triggered the most intense lightning storm ever recorded and the first documented mega tsunami since antiquity. Today, scientists frequently discover new elements about this event and its source.

In a recent study published in the journal Science Advances, scientists explain they have finally mapped the huge magma plumbing system that gave birth to the record-breaking blast. It was felt worldwide, but the volcano’s underwater setting posed a challenge for scientists trying to understand how such a violent blast occurred.

In the new study, researchers have mapped slight variations in the pull of gravity in waters around the island before and after the eruption and found that the explosion was likely fed by two magma chambers that merged.

The magma reservoirs sit at different depths between 2 and 10 kilometers under the volcano and likely stored a high proportion of liquid magma before the 2022 eruption. The researchers found that the blast ejected roughly 30% of the magma – more 9 cubic kilometers – from a shallow central chamber, which caused the roof of the volcano to cave in and form an 850-meter caldera. As the pressure in the central reservoir dropped following the explosion, magma stored in a deeper reservoir to the north may have burst through the crust and replenished the central reservoir, opening up a channel between the two chambers. One can read in the study that it is also possible that magma from a gas-rich source deeper within Earth’s crust rose to the central chamber, which « may also explain the violence of the 2022 eruption. »

A third pocket of magma, located to the northwest of the central chamber, seems disconnected from the system.

Up to 26 cubic kilometers of eruptible magma could still be stored in the two main reservoirs beneath the Hunga Tonga volcano. Eruptible magma is defined as magma that is over 50% melt and low in crystal solids.

While the study revealed what fueled the volcano, it could not show what triggered the massive eruption. The gravity results do not directly allow to conclude on the eruption trigger, but they give »an idea of where and how much magma could be stored under the volcano. »

Source : Live Science.

Sismicité et inflation sur la péninsule de Reykjanes (Islande) // Seismicity and ground uplift on the Reykjanes Peninsula (Iceland)

L’éruption a cessé sur la péninsule de Reykjanes, mais des essaims sismiques de faible intensité (<M 2.0) sont toujours enregistrés. Leurs sources sont principalement situées dans les régions de Grindavik et Fagradalsfjall, à des profondeurs de 2 à 5 km.

Selon les mesures GPS et satellitaires, un soulèvement du sol dans la région de Svartsengi a été observé immédiatement après le début de l’éruption du 18 décembre. Cela signifie que l’accumulation de magma se poursuit sans relâche sous le secteur de Svartsengi. On assistera probablement à une nouvelle intrusion magmatique avec formation d’un dyke et, à terme, à une nouvelle éruption volcanique. En cas d’éruption, la région entre Stóra-Skógfell et Hagafell sera probablement la plus exposée.
Comme je l’ai signalé précédemment, suite à la confirmation de la fin de l’éruption du 18 décembre, le Met Office islandais (IMO) a publié une nouvelle carte d’évaluation des risques. Les principaux changements concernent les zones 2 et 3, où le niveau de danger a été réduit de très élevé à élevé. L’évaluation des risques pour toutes les autres zones reste inchangée. En particulier, l’évaluation concernant Grindavík reste inchangée par rapport à la carte précédente et le niveau de risque reste élevé. Il est rappelé à la population que les conditions peuvent changer rapidement et que les conditions météorologiques peuvent affecter de manière significative les réseaux de surveillance du Met Office. Dans de telles conditions, le délai d’avertissement de la population pourrait être considérablement réduit.
Source  : IMO.

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The eruption has ceased on the Reykjanes Peninsula, but low-intensity (< M 2.0) seismic swarms are still observed. Their sources are mainly located in the Grindavik and Fagradalsfjall areas at depths 2-5 km.

According to GPS and satellite-based measurements, ground uplift in the Svartsengi region was apparent immediately after the eruption began on the evening of 18 December. This signifies that magma accumulation continues unabated beneath Svartsengi. This development will likely lead to another dike intrusion and, ultimately, a volcanic eruption. In the event of an eruption, the most likely source region is between Stóra-Skógfell and Hagafell.

Following confirmation of the end of the 18 December eruption, the Icelandic Met Office (IMO) has issued a new hazard assessment. The main changes affect zones 2 and 3, where hazard levels have been reduced from very high to high. The hazard assessment for all other zones is unchanged. Notably, the assessment for Grindavík is unchanged from the previous map, and the hazard level remains considerable. The population is reminded that conditions can change rapidly, and that weather conditions can significantly affect the sensitivity of the Met Office’s monitoring networks. Under such conditions, the warning time could shorten considerably.

Source : IMO.

15 recommandations pour le tourisme volcanique à La Réunion

La Préfecture de la Réunion avait commandé, en début d’année 2023 un rapport autour du tourisme volcanique. Il en ressort 15 recommandations qui constituent des pistes pour améliorer l’accès au Piton de la Fournaise et au spectacle qu’il offre en période d’éruption.

C’est bien connu : dès que commence une éruption du Piton de la Fournaise, la porte de l’Enclos est tout de suite fermée aux visiteurs et un profond sentiment de frustration apparaît parmi les touristes et les habitants de l’île. La demande d’une évolution de la réglementation se fait entendre depuis de nombreuses années.

Il ne faudrait pas oublier que l’Enclos était autrefois ouvert au public lors des éruptions, librement de 1972 à 2010, puis sur autorisation spéciale nominative jusqu’à 2017. Depuis six ans, l’Enclos est systématiquement interdit par arrêté préfectoral lors des crises éruptives du volcan.

C’est pourquoi le préfet actuel, Jérôme Filippini, a souhaité enclencher une réflexion autour du tourisme volcanique. Un rapport a été élaboré ces derniers mois après échanges avec les divers partenaires concernés par le volcan, avec des visites sur le terrain pour bien apprécier la situation.

Au final, 15 recommandations sont identifiées dans le rapport préfectoral.

ATTENTION ! Il ne s’agit, pour le moment, que de recommandations. Elles sont présentées ci-dessous :

1/ Instaurer un comité partenarial de réflexion sur les aménagements et dispositifs de gestion prévus pour valoriser le volcan et assurer la sécurité

2/ Autoriser l’accès aux tunnels de 2007, à l’exclusion du puits du Tremblet

3/ Veiller à une mise à jour régulière de la liste de diffusion des alertes émises par la préfecture, s’agissant des AMM/GHM et des professionnels de la spéléologie

4/ Finaliser l’implantation d’un dispositif sonore et lumineux, dans la partie haute de l’Enclos, à l’aplomb du sentier de sortie du Pas de Bellecombe-Jacob

5/ Réunir, à chaque éruption, un comité d’experts (OVPF, ONF, BRGM, Météo-France, Atmo, PGHM, PNR, EMZ, ARS) qui serait chargé de proposer, dans la mesure du possible, une ou plusieurs zones accessibles au public

6/ Inciter les collectivités à mettre en place des navettes de bus pour limiter les flux de véhicules, que ce soit sur la partie haute, depuis la route forestière, ou sur la partie basse (RN 2)

7/ Convier la DMSOI au comité d’experts, prévu à la recommandation n° 5, lorsque le niveau de vigilance 2-2 est activé afin de définir un périmètre d’interdiction en mer, le cas échéant

8/ Pour les reconnaissances en phase de sauvegarde, lancer des reconnaissances à pied, lorsque les moyens héliportés sont indisponibles ou ne peuvent pas voler en raison des conditions météorologiques

9/ Communiquer par messagerie, au début de la phase de sauvegarde, aux acteurs du tourisme pour les informer sur la situation de l’éruption et les perspectives de retour au niveau de vigilance

10/ Étudier la mise en place de dispositifs innovants permettant d’accompagner l’observation des coulées depuis la RN2

11/ Solliciter la ligue réunionnaise de spéléologie et de canyoning pour accompagner l’installation de panneaux d’information à l’entrée des tunnels de lave de 2007, en cohérence avec la charte graphique déployée sur la route des Laves, et en collaboration avec le propriétaire du foncier

12/ Étudier la faisabilité d’installer un poste avancé de la gendarmerie nationale au Pas de Bellecombe-Jacob

13/ Délivrer une information claire et synthétique aux visiteurs du volcan, par l’apposition de panneaux au Pas de Bellecombe-Jacob ; grâce à un QR code à l’entrée du sentier ; par l’apposition d’un panneau d’information (météo, règles de sécurité, durée d’atteinte au sommet en véhicule). Les panneaux en phase d’alerte doivent également être revus.

14/ Étudier la proposition, au parking Foc-Foc, d’une offre de services complémentaires (toilettes, petite alimentation, petit équipement de sécurité, prévention, etc.), qui pourrait être également mise en place hors épisode éruptif, dans une logique de diffusion du flux de visiteurs et de décongestion du Pas de Bellecombe-Jacob

15/ Mieux connaître le nombre et les pratiques des visiteurs au Piton de la Fournaise au moyen de quelques questions qui leur seraient posées à l’aide d’un QR code scanné à l’entrée des sentiers

Source : Réunion la 1ère.

A voir maintenant ce qu’il adviendra de ces 15 recommandations, en espérant qu’elles ne resteront pas lettre morte. Entre interdiction totale et liberté totale d’accès à l’Enclos, il reste un vaste espace pour trouver des solutions. Affaire à suivre!

Le Piton de la Fournaise : un superbe volcan

Un panneau qui fait grincer les dents..

(Photos: C. Grandpey)