Surge glaciaire // Glacial surge

drapeau-francaisLe 18 décembre 2016, j’ai publié une note à propos de l’effondrement du Glacier Aru au Tibet. J’indiquais que cet effondrement était différent de ceux observés sur certains autres glaciers comme le Kolka en Sibérie dont une section de 2,5 km avait, en 2002, parcouru 18 km en 6 minutes, tuant plus d’une centaine de personnes. Il est peu probable que le glacier tibétain ait connu un tel phénomène car sa taille ne semble pas suffisante pour le déclencher.

Une surge glaciaire est un événement brutal et bref au cours duquel un glacier avance très rapidement. Elle peut durer de quelques minutes à plusieurs semaines. Le glacier peut avancer de quelques dizaines à plusieurs centaines de mètres par jour, contre quelques centimètres à quelques dizaines de centimètres le reste du temps. On trouve parfois le mot « surge » traduit par « crue » ce qui, à mon avis, prête à confusion. Une crue glaciaire, comme les jökulhlaup en Islande, fait référence à la hausse brutale du cours d’eau qui s’échappe d’un glacier suite à la fonte de ce dernier, par la chaleur d’un volcan par exemple.

Les surges glaciaires se divisent en deux catégories. Les glaciers d’Alaska présentent des surges avec une phase initiale soudaine, une vitesse de progression extrêmement élevée (de l’ordre de plusieurs dizaines de mètres par jour) et un arrêt soudain, souvent avec une décharge de l’eau stockée par le glacier. Les surges observées au Svalbard présentent un comportement différent. La phase initiale est plus lente, suivie d’une phase d’accélération plus lente elle aussi (de l’ordre de quatre ou cinq mètres par jour). Le retour au calme peut prendre des années.

S’agissant de la fréquence des surges, elles sont la plupart du temps périodiques, avec un intervalle de plusieurs années entre deux événements). On les rencontre en Alaska, dans le grand nord canadien, en Antarctique, au Groenland et au Svalbard. Dans son livre La complainte de l’ours, Jean-Louis Etienne évoque la surge du glacier Nergribreen dans le Storfjord en 1935.

Le phénomène reste mal connu mais une théorie proposée en 1969 suggère que l’eau accumulée dans le glacier lui fait atteindre une masse critique au-delà de laquelle il ne peut plus supporter son propre poids. Le front du glacier se disloque alors et sa partie centrale se met à avancer extrêmement rapidement, côtoyée par des masses latérales avançant à allure normale. Au cours de ce processus, d’énormes quantités d’eau peuvent être libérées en charriant des blocs de glace de plusieurs centaines de tonnes ainsi que des rochers.

D’autres surges peuvent être provoquées par un déséquilibre du glacier à la suite d’un apport de neige trop rapide. Elles peuvent aussi faire suite à un arrêt de l’avancée d’un glacier qui se met alors à s’épaissir. Une autre cause peut être un substrat rocheux trop meuble. Une fois la surge terminée, on assiste en général à un retrait glaciaire temporaire dû au déficit en glace.

Le glacier Variegated en Alaska propose l’un des meilleurs et des plus spectaculaires exemples de surges. Il fait partie d’un ensemble glaciaire qui termine sa course dans le Russell Fjord, en amont de la Baie de Yakutat. Une surge a eu lieu au début de l’année 1982 et s’est poursuivie jusqu’en 1983, à raison d’une avancée de 80 mètres par jour pour le front du glacier. Le Variegated avait déjà connu d’autres surges en 1906, dans les années 1920, en 1947 et 1964-1965. Des études ont permis de démontrer le lien entre la pression interne de l’eau et la vitesse de progression du glacier. Au cours de la surge de 1982, seule la surface du glacier s’est déplacée dans un premier temps à une vitesse d’environ 10 mètres par jour puis, à partir d’octobre 1982, c’est l’ensemble du glacier qui s’est mobilisé. La vitesse de progression a atteint 65 mètres par jour pour le glacier proprement dit et 80 mètres par jour pour la partie frontale.

Voici une vidéo en accéléré montrant la surge du Variegated en 1982-1983 :

https://youtu.be/HZaknW8m6tI

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On December 18th, 2016, I published a note about the collapse of the Aru Glacier in Tibet. I indicated that this collapse was different from those observed on some other glaciers such as the Kolka in Siberia, a 2.5 km section of which in 2002 traveled 18 km in 6 minutes, killing more than 100 people. It is unlikely that the Tibetan glacier experienced such a phenomenon because its size does not seem sufficient to trigger it.
A glacial surge is a brutal and brief event in which a glacier advances very quickly. It can last from a few minutes to several weeks. The glacier can advance from a few tens to several hundred meters a day, versus a few centimeters to a few tens of centimeters the rest of the time. The word « surge » is sometimes translated as « flood », which, in my opinion, is confusing. A glacial flood, such as the jökulhlaup in Iceland, refers to the sudden rise of the stream that escapes from a glacier following the melting of the glacier by the heat of a volcano, for example.
Glacial surges are divided into two categories. The glaciers of Alaska have surges with a sudden initial phase, an extremely high rate of progression (of the order of several tens of meters per day) and a sudden stop, often with a discharge of the water stored by the glacier . The surges observed at Svalbard show a different behaviour. The initial phase is slower, followed by a slower acceleration phase (of the order of four or five meters per day). The return to calm can take years.
As for the frequency of surges, they are mostly periodic, with an interval of several years between the events. They are found in Alaska, the great Canadian North, Antarctica, Greenland and Svalbard. In his book La complainte de l’ours, Jean-Louis Etienne evokes the surge of the Nergribreen glacier in the Storfjord in 1935.
The phenomenon remains poorly known but a theory proposed in 1969 suggests that the water accumulated in the glacier makes it reach a critical mass beyond which it can no longer bear its own weight. The front of the glacier dislocates and its central part begins to advance extremely rapidly, while side masses are advancing at normal pace. During this process, enormous amounts of water can be released, carrying ice blocks of several hundred tons as well as rocks.
Other surges can be caused by an imbalance of the glacier due to the too rapid supply of snow. They can also follow a stopping of the advance of a glacier which then begins to thicken. Another cause may be the bedrock which too soft. Once the surge is complete, there is usually a temporary glacial shrinkage due to the ice deficit.
The Variegated Glacier in Alaska offers one of the best and most spectacular examples of surges. It is part of a glacial ensemble that ends its race in the Russell Fjord, upstream of Yakutat Bay. A surge took place at the beginning of 1982 and continued until 1983, at a rate of 80 meters per day for the front of the glacier. The Variegated had already experienced other surges in 1906, in the years 1920, 1947 and 1964-1965. Studies have demonstrated the link between the internal pressure of the water and the rate of progression of the glacier. During the 1982 survey, only the surface of the glacier first moved at a speed of about 10 meters per day and then, as of October 1982, the glacier as a whole mobilized. The speed of advance reached 65 meters per day for the glacier itself and 80 meters per day for the frontal part.
Here is an accelerated video showing the Variegated Surge in 1982-1983:
https://youtu.be/HZaknW8m6tI

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Source: University of Alaska Fairbanks

Bogoslof (Iles Aléoutiennes / Aleutians ) [suite / continued]

drapeau-francais8 heures: L’AVO vient de m’adresser le message suivant: « Suite à l’éruption explosive d’une durée d’une heure qui s’est produite ce matin (le 23 décembre) vers 9h30 (heure locale), la sismicité reste élevée et montre des variations. La bouche sous-marine à partir de laquelle a eu lieu l’éruption jouxte la côte NE de Bogoslof Island et il semble qu’il y ait encore une interaction entre les matériaux éruptifs à haute température et l’eau de mer. Bien qu’il n’y ait pas actuellement de preuve d’une forte activité explosive, la situation antérieure avec 3 épisodes éruptifs justifie le maintien de l’alerte aérienne à la couleur Rouge. »

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drapeau-anglais8:00: AVO has just sent me the following message: « Following the hour-long explosive eruption that occurred this morning (DEcember 23rd) beginning at about 09:30 AKST (18:30 UTC), seismicity has remained elevated and variable. The submarine vent for the eruption is immediately adjacent to the northeast shore of Bogoslof Island and there is apparently continuous interaction of hot eruptive products with sea water. Although there is no evidence of current strong explosive activity, based on the unpredictability of the situation and the occurrence of three explosive eruptions in the past four days, the status of the volcano remains Aviation Color Code at RED « .

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Vue de Bogoslof Island (Crédit photo: USGS)

Plus de détails sur l’éruption du Bogoslof (Iles Aléoutiennes) // More details about the Bogoslof eruption (Aleutians)

drapeau-francais20 heures: La sismicité restait élevée jeudi sur le Bogoslof après les deux éruptions mentionnées précédemment. À partir de données satellitaires, les scientifiques de l’AVO ont pu localiser approximativement le site de l’éruption qui se trouve sous l’eau, près de la côte E de Bogoslof Island, ou peut-être à l’endroit où se trouvait le rivage autrefois. Comme on peut le voir sur la carte ci-dessous, l’île a été façonnée par des explosions précédentes, et la dernière éruption ne fait pas exception.
Les retombées de cendre ont donné naissance une nouvelle terre tandis qu’une partie de l’île près de la bouche active a été détruite au cours de l’une des éruptions. Il semble que la dernière éruption ait émis surtout de la cendre. S’il y a émission de lave par la suite, celle-là se cantonnera probablement autour de la bouche active. L’île possède déjà des structures en forme de dôme érigées par la lave lors d’éruptions antérieures, la plus récente ayant eu lieu en juillet 1992.
L’AVO a publié une carte satellite montrant un panache de dioxyde de soufre (SO2) qui se dirigeait vers le nord de Bogoslof mercredi juste après 11 heures. Un météorologue d’Anchorage a indiqué que des pilotes avaient fait état d’un panache SO2 à l’est de Bethel jeudi en début de journée. Le premier avion volait à une altitude de 11 100 mètres à environ 100 km au nord-est de Bethel à 7h06, tandis que le second volait à 9 600 m à environ 160 km à l’est de Bethel à 7h52. Les deux pilotes ont senti une forte odeur de soufre, mais ils n’ont pas observé de cendre.

Source : Alaska Dispatch News.

22 heures: Dernière minute: L’AVO vient de m’informer qu’un nouvel épisode éruptif venait d’avoir lieu sur le Bogoslof vers 9h30 (heure locale).

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drapeau-anglais20:00: Bogoslof volcano was still showing continuous seismic activity Thursday after the two eruptions that were previously mentioned. From satellite data, AVO staff determined an approximate location of the volcano’s vent, which was underwater near Bogoslof Island’s eastern shoreline, or where the shoreline used to be. As can be seen on the map below, the island has been shaped by previous blasts, and the most recent eruption is no exception.

Ashfall has accumulated above sea level and created new land while a portion of the island near the vent was blown out during one of the eruptions. It appears the latest eruption has been mostly ash fallout. If lava surfaces it will likely be around the location of the vent. The island already features dome-shaped landmarks formed by lava during previous eruptions, the most recent having been in July 1992.

The observatory released a satellite-based map showing a plume of sulphur dioxide (SO2) being carried north from Bogoslof just after 11 p.m. Wednesday. An Anchorage meteorologist said the pilots of two jets reported encountering the SO2 plume east of Bethel early Thursday. The first jet was at an altitude of 11,100 metres about 100 km northeast of Bethel at 7:06 a.m., and the second was at 9,600 m about 160 km east at 7:52 a.m. All they reported was a strong sulphur smell but no ash.

Source : Alaska Dispatch News.

22:00: Last minute: AVO has just informed me that another explosive eruption occurred at Bogoslof this morning at about 09:30 (local time).

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Source: USGS

Une décision historique du Président Obama // President Obama’s historic decision

drapeau-francaisAvant l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, Barack Obama fait le forcing pour mettre en place sa politique environnementale. C’est ainsi qu’il vient d’annoncer une mesure de protection permanente de certaines zones de l’Arctique où les forages pétroliers sont désormais interdits.

C’est « une étape historique pour préserver les écosystèmes de l’Arctique » s’est félicité Barack Obama ce mardi. Le président américain a interdit, de manière permanente, tout nouveau forage d’hydrocarbures dans de vastes zones de l’océan Arctique et de l’océan Atlantique.

Trump ne pourra pas remettre en cause la décision qui a déclenché un mouvement de colère dans le camp républicain. Pour agir, Obama s’est appuyé sur une loi de 1953 qui donne aux présidents le pouvoir de protéger les eaux fédérales de toute exploration de gaz ou de pétrole. La décision s’appuie sur « une base légale solide » et ne peut être remise en cause par un autre président, a affirmé un haut responsable de la Maison Blanche.

Dans l’océan Arctique au large de l’Alaska, Barack Obama a interdit, de manière permanente, tout nouveau forage sur un peu plus de 50 millions d’hectares qui comprennent toutes les eaux américaines de la mer des Tchouktches et une large partie des eaux américaines de Beaufort.
De son côté, le Canada a annoncé l’interdiction de manière permanente de tout nouveau forage de pétrole ou de gaz dans les eaux canadiennes de l’Arctique, avec une révision prévue tous les cinq ans.
Donald Trump, qui a, à plusieurs occasions, mis en doute la réalité du changement climatique, a promis de mettre fin « à l’intrusion » de l’Agence américaine de protection environnementale (EPA) dans « la vie des Américains ». Il a désigné pour diriger cette agence Scott Pruitt, ministre de la Justice de l’Oklahoma, qui a été à la pointe de la bataille judiciaire pour faire annuler des règlementations visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre des centrales au charbon. Cette nomination ne devrait pas suffire pour annuler les mesures prises par Barack Obama dans l’Arctique.

Source : Presse américaine.

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drapeau-anglaisBefore the arrival of Donald Trump in the White House, Barack Obama is forcing to enforce his environmental policy. In this way, he has just announced a permanent protection measure for certain areas of the Arctic where oil drilling is now banned.
It is « a historic step for preserving Arctic ecosystems, » Barack Obama said on Tuesday. The US President has permanently banned any new hydrocarbon drilling in large areas of the Arctic Ocean and the Atlantic Ocean.
Trump will not be able to question the decision that triggered a wave of anger in the Republican camp. Obama relies on a 1953 law that gives presidents the power to protect federal waters from any gas or oil exploration. The decision is based on a « strong legal basis » and can not be called into question by another president, said a senior White House official.
In the Arctic Ocean off Alaska, Barack Obama has permanently banned any new drilling on just over 50 million hectares that include all the American waters of the Chukchi Sea and a large part of the Beaufort Sea.
For its part, Canada has announced a permanent ban on all new oil and gas drilling in Canadian Arctic waters, with a five-year review.
Donald Trump, who on several occasions questioned the reality of climate change, promised to end the US Environmental Protection Agency’s « intrusion » into the « life of the Americans. » He has appointed Scott Pruitt, Oklahoma’s Attorney General, to lead the agency. Pruitt has been at the forefront of the legal battle to cancel regulations to reduce greenhouse gas emissions from coal-fired power plants. However, this appointment should not be enough to cancel the actions taken by Barack Obama in the Arctic.

Source: American news media.

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