Des nouvelles inquiétantes du Groenland // Disturbing news of Greenland

Selon une nouvelle étude, le plus grand glacier du Groenland, le Jakobshavn également connu sous le nom d’Ilulissat ou Sermeq Kujalleq, est plus exposé à la perte de glace qu’on le pensait jusqu’à présent. Le glacier, qui vient vêler dans le fjord d’Ilulissat, est l’un des points de sortie de la grande calotte de glace du Groenland, qui contient elle-même suffisamment de glace pour élever le niveau des mers de plus de 6 mètres. De toute cette glace, plus de 6 pour cent s’écoule vers l’océan par l’intermédiaire du Jakobshavn, qui recule vers l’intérieur des terres depuis les années 1990. Le glacier déverse de plus en plus d’icebergs, un changement très probablement lié à la hausse de la température de l’océan. Si toute la glace de cette région du Groenland devait fondre, elle ferait monter le niveau de la mer sur la planète de près de 60 centimètres. Entre 2000 et 2011, le Jakobshavn à lui seul a provoqué une hausse de 1 millimètre.
Jusqu’à présent, les chercheurs n’étaient pas certains de l’étendue du Jakobshavn sous la mer, ni de son épaisseur à l’intérieur des terres. Une étude récente a révélé que le glacier a près de 1100 mètres d’épaisseur au point où il entre réellement dans l’océan. Cependant, à une dizaine de kilomètres vers l’intérieur du Groenland, le glacier s’épaissit considérablement et plonge carrément au-dessous du niveau de la mer pour atteindre plus de 1600 mètres d’épaisseur, avec la majeure partie de cette masse sous le niveau de la mer. Sur toute cette zone, la glace devient de plus en plus profonde et plus épaisse, ce qui favorise un recul plus rapide du glacier qui est estimé actuellement à environ 500 mètres par an.
L’épaisseur du Jakobshavn doit être prise en compte pour au moins deux raisons. Au fur et à mesure de son recul, le glacier offre un front de glace plus épais à l’océan plus chaud, ce qui entraîne son accélération et une perte de glace plus importante. Dans le même temps, l’épaisseur sous-marine du glacier favorise l’accélération de la perte de glace ; en effet, avec les pressions extrêmes subies par la glace, son point de congélation se modifie et la rend plus susceptible de fondre dans une eau de mer relativement chaude dans la partie la plus profonde du fjord.
Quelques calculs simples permettent de montrer pourquoi l’accélération du recul du glacier Jakobshavn deviendrait vite un réel problème. Selon la NASA, le Groenland est le plus grand contributeur mondial à l’élévation du niveau de la mer, avec chaque année 281 milliards de tonnes de glace déversées dans l’océan, ce qui est suffisant pour provoquer 1 millimètre d’élévation du niveau de la mer chaque année. Cela suppose la prise en compte de tous les glaciers du Groenland et de la fonte générale de la surface de glace qui entre dans l’océan, mais le Jakobshavn est celui qui perd le plus de glace. La contribution estimée d’un millimètre de l’élévation du niveau de la mer sur 11 ans équivaut à une perte d’environ 32 milliards de tonnes de glace par an. Cependant, la nouvelle étude indique que la perte de glace du Jakobshavn pourrait augmenter de 50% lorsqu’il atteindra son point le plus profond. Cela le mettrait à égalité avec les plus grands glaciers de l’Antarctique – Pine Island et Thwaites – et le Groenland contribuerait alors à lui seul à plus d’un millimètre par an de hausse des océans. Cela ne ferait qu’augmenter leur niveau global qui est également conditionné par l’Antarctique, les plus petits glaciers terrestres et les océans qui se dilatent à mesure qu’ils se réchauffent.
Source: The Washington Post & Alaska Dispatch News.

———————————————-

According to a new study, the largest glacier in Greenland is even more vulnerable to sustained ice losses than previously thought. Jakobshavn glacier, responsible for feeding flotillas of icebergs into the Ilulissat icefjord, is an enormous outlet for the larger Greenland ice sheet, which itself contains enough ice to raise seas by more 6 metres. Of that ice, more than 6 percent flows toward the ocean through Jakobshavn, which has raced inland since the 1990s, pouring ever more of its mass into the seas, a change that scientists believe has been caused by warming ocean temperatures. If all of the ice that flows through this region were to melt, it would raise global sea levels by nearly 60 centimetres. Just from 2000 to 2011, the ice loss through Jakobshavn alone caused the global sea level to rise by a millimetre.

Until now, researchers were not sure how far Jakobshavn’s ice extended below sea level, or how much deeper it gets further inland. A recent study found that Jakobshavn is close to 1100 metres thick where it currently touches the ocean. However, only about 8 to 16 km inland towards the centre of Greenland, the glacier grows considerably thicker and plunges deeper below sea level, eventually becoming over 1600 metres thick, with the major part of that mass extending below the sea surface. Moreover, the glacier is deep over a vast area. Along most of that distance, the ice will get steadily deeper and thicker, favoring faster retreat. The glacier front is currently moving backwards at about 500 metres per year.

The greater depth of Jakobshavn matters for at least two reasons. As it retreats, Jakobshavn will present a thicker ice front to the warm ocean, leading to even greater ice flow and loss. Meanwhile, the depth itself favours increased ice loss because at the extreme pressures involved, the freezing point of ice itself actually changes, making it more susceptible to melting by relatively warm seawater in the deepest part of the fjord.

A few simple calculations help underscore why a further retreat – and accompanying thickening – of Jakobshavn glacier could be such a problem. Greenland is the world’s largest contributor to sea level rise – according to NASA, it is contributing 281 billion tons of ice to the ocean every year, nearly enough to cause 1 millimetre of sea level rise annually. That’s from all of the various Greenland glaciers and from general melting of the ice sheet that then runs off into the ocean, but Jakobshavn is the single biggest ice loser. Its estimated contribution of a millimetre of sea level rise over 11 years equates to a loss of about 32 billion tons of ice per year, but the new study says the glacier’s loss could increase by 50 percent as it reaches its deepest point. That would put Jakobshavn on par with the biggest ice losers in Antarctica – the enormous Pine Island and Thwaites glaciers – and would help push Greenland to the point where it is contributing over a millimetre per year to rising seas all on its own, further increasing the rate of global sea level rise which is also driven by Antarctica, smaller glaciers worldwide, and oceans that expand as they warm.

Source: The Washington Post & Alaska Dispatch News.

°°°°°°°°°°

En cliquant sue ce lien, vous verrez une vidéo exceptionnelle montrant un vêlage extrêmement spectaculaire du glacier Jakobshavn. C’est le plus important vêlage jamais filmé. La hauteur de glace est estimée à 900 mètres, dont une centaine de mètres émergés. L’événement a duré environ 75 minutes. La vidéo est extraite du superbe documentaire « Chasing Ice » réalisé par James Balog que j’ai eu l’occasion de rencontrer il y a quelques mois et que je salue ici.

https://youtu.be/hC3VTgIPoGU

Photos: C. Grandpey

 

Bogoslof (Alaska): Vers une reprise de l’activité éruptive? // New eruptive activity in the short term?

L’Alaska Volcano Observatory vient de m’envoyer un message indiquant qu’ »une augmentation de l’activité sismique du Bogoslof est détectée depuis 15 avril vers 15h01 (heure locale) à partir des stations situées sur les îles voisines. À l’heure actuelle, il n’y a aucun signe d’une reprise de l’activité éruptive au vu des données infrasoniques ou satellitaires. Des séquences sismiques similaires ont précédé certains événements explosifs. Dans la mesure où cette hausse de la sismicité augmente la probabilité d’une activité explosive future, l’AVO a fait passer la couleur de l’alerte aérienne à l’ORANGE et le niveau d’alerte volcanique à VIGILANCE.
Le Bogoslof n’est pas surveillé par un réseau sismique en temps réel, de sorte que l’AVO est dans l’incapacité de détecter les signes avant-coureurs d’une éruption explosive. La détection rapide d’une éruption avec émission de cendre n’est possible qu’en utilisant les données provenant de réseaux sismiques et infrasoniques sur les îles voisines, ainsi que les données satellitaires et de détection des éclairs « .

———————————-

AVO has just sent me a message indicating that “an increase in earthquake activity from Bogoslof was detected from stations on nearby islands starting April 15th around 15:01 (local time). At this time there has been no evidence of renewed eruptive activity from infrasound, lightning, or satellite data. Similar sequences of earthquakes have preceded some of the explosive events. Because this increase in seismicity which increases the likelihood of future explosive activity, AVO is raising the Aviation Colour Code for Bogoslof to ORANGE and the Volcano Alert Level to WATCH.
Bogoslof is not monitored by a real-time seismic network and this inhibits AVO’s ability to detect unrest that may lead to an explosive eruption. Rapid detection of an ash-producing eruption may be possible using a combination of data from seismic and infrasound networks on neighbouring islands and satellite and lightning detection data”.

Crédit photo: AVO.

En Inde, les glaciers sont désormais des personnes légales // In India, glaciers are now legal persons

La Haute Cour d’Uttarakhand a déclaré vendredi 31 mars 2017 que l’air, les glaciers, les forêts, les sources, les rivières et autres lieux naturels étaient des personnes à part entière d’un point de vue légal et que les blesser ou leur causer du mal entraînerait des poursuites. Sont particulièrement concernés par la décision de la Haute Cour les glaciers de l’Himalaya parmi lesquels figurent le Gangotri et le Yamunotri. Le village de Gangotri est un des lieux de pèlerinage les plus visités en Inde. Il se trouve au pied d’un glacier du même nom, long d’une trentaine de kilomètres, dont les eaux de fonte donnent naissance à l’un des bras du Gange supérieur. Le glacier Yamunotri  donne naissance à la Yamuna, l’un des fleuves les plus sacrés de l’Inde.

L’annonce de la Haute Cour intervient une semaine après qu’elle ait déclaré que le Gange et la Yamuna étaient des « personnes légales ». Elle a expliqué le concept en déclarant qu’une « personne juridique », comme toute autre personne physique, dispose de droits, d’obligations et de responsabilités et est soumise à la loi. Il s’agit en réalité d’une personne artificielle ayant le statut de personne morale. En d’autres termes, elle agit comme une personne physique, mais grâce à une personne désignée. Les droits de ces entités sont équivalents aux droits des êtres humains et le préjudice susceptible de leur être causé doit être considéré comme un préjudice causé aux êtres humains.

Aux yeux des juges de la Haute Cour, les générations antérieures ayant remis la « Mère Terre dans sa gloire immaculée », il existe une obligation morale de remettre la même Terre à la prochaine génération.

Source : Live Law.in.

Les glaciers Gangotri et le Yamonutri connaissent le même sort que leurs homologues de la chaîne himalayenne : ils reculent de manière spectaculaire sous l’effet du réchauffement climatique. Une étude effectuée par une équipe de glaciologues et publiée en 2015 estimait que les glaciers de la région Kush-Himalaya dominée par l’Everest pourraient perdre 70 à 99% de leur volume d’ici l’année 2100, avec des conséquences catastrophiques pour l’agriculture et l’élevage et l’alimentation hydroélectrique.

—————————————-

The Uttarakhand High Court declared on Friday March 31st 2017 air, glaciers, forests, springs, rivers and other natural places as legal/juristic persons and that injuring them or causing them any harm would result in prosecution. Particularly concerned by the High Court decision are the glaciers of the Himalayas, among which are the Gangotri and the Yamunotri. The village of Gangotri is one of the most visited places by pilgrims in India. It is located at the foot of a glacier of the same name, about thirty kilometres long, whose meltwaters give birth to one of the arms of the upper Ganges. The Yamunotri glacier gives birth toYamuna, one of the most sacred rivers in India.
The High Court’s decision came a week after it declared that the Ganges and the Yamuna were « legal/juristic persons ». It explained the concept by stating that a « legal:juristic person », like any other natural person, is conferred with rights, obligations and responsibilities and is dealt with in accordance to the law.

In the eyes of the High Court judges, past generations having handed over « Mother Earth in its pristine glory », we are morally bound to hand over the same Mother Earth to the next generation.

Source: Live Law.in.

Gangotri and the Yamonutri glaciers have the same fate as the other glaciers of the Himalayas: they retreat dramatically as a result of global warming. A study carried out by a team of glaciologists and published in 2015 estimated that glaciers in the Kush-Himalayan region dominated by Mount Everest could lose 70 to 99% of their volume by the year 2100, with disastrous consequences for the agriculture and livestock and hydroelectric power.

Front du glacier Gangotri, source du Gange supérieur (Crédit photo: Wikipedia)

 

Retour de la vie sur un volcan des Aléoutiennes // Life is back on a volcano of the Aleutians

Dans une note rédigée le 10 août 2008, j’indiquais que le volcan Kasatochi, au beau milieu des Iles Aléoutiennes, entre Dutch Harbor et Adak, était entré en éruption le 7 août de cette même année, avec un panache de cendre de plus de 10 km de hauteur. Deux biologistes du Fish and Wildlife Service qui se trouvaient sur l’île au moment de l’événement avaient dû être évacués. L’éruption s’est produite très rapidement et sans prévenir.

Après l’éruption, l’Ile Kasatochi semblait morte. Les scientifiques qui l’ont visitée un an plus tard ont gratté pendant une heure avant de trouver les premiers signes de végétation. Quelques insectes avaient survécu à l’éruption au fond de fractures dans la roche, mais Kasatochi était un endroit parfaitement silencieux, envahi par une odeur de soufre.
L’île était boueuse et inhospitalière, mais les scientifiques ont pensé que ce serait une excellente occasion de surveiller le retour de la vie. Après la fin de l’éruption, les biologistes sont revenus chaque été pour observer et prendre note des changements. Aujourd’hui, ils constatent que le retour de la vie sur l’île progresse rapidement et certains oiseaux de mer sont même aussi nombreux qu’avant l’éruption.
Parmi les oiseaux qui vivent sur Kasatochi, il y a les stariques, des oiseaux gros comme le poing qui sont également extrêmement nombreux sur d’autres îles aléoutiennes. Avant l’éruption, les fractures dans les rochers de Kasatochi abritaient environ 250 000 stariques cristatelles et stariques minuscules. Au cours de l’éruption d’août 2008, 20 pour cent des œufs et des poussins ont été détruits. La plupart des adultes ont survécu. La cendre chaude a envahi toutes les fractures où les oiseaux pondaient leurs œufs. Un biologiste qui est retourné sur l’île un an après l’éruption a estimé que la nidification était nulle.
Des jours, des semaines et des années se sont écoulés. Les tempêtes qui frappent régulièrement les Aléoutiennes ont peu à peu lessivé la roche et envoyé la cendre dans l’océan. Des colonnes de basalte se sont effondrées, laissant apparaître de nouvelles fractures. Au cours des neuf années qui ont suivi la destruction de  leur habitat, les stariques sont revenus petit à petit. Un an après l’éruption, il n’y avait pas d’oiseaux sur l’île. Deux ans plus tard, il y en avait des dizaines, suivis par des centaines d’autres en 2010 et des milliers en 2011. En 2012, ils étaient des dizaines de milliers. Les biologistes ont compris pourquoi les oiseaux étaient de retour. Beaucoup savent que Kasatochi est un bon endroit pour nicher car il se trouve à proximité de l’Atka Pass où ils se nourrissent. Par contre, d’autres oiseaux, comme le bruant lapon, ne sont pas revenus sur l’île. Kasatochi semble encore stérile par rapport aux autres aléoutiennes, à l’exception de Bogoslof qui vient de connaître une éruption.
Le retour des stariques est l’une des premières étapes vers le retour de la végétation à  Kasatochi. Leur colonie continuera de grandir, et les algues verdiront à nouveaux les rochers, aidées en cela par les excréments des oiseaux … jusqu’à ce qu’une nouvelle éruption recouvre l’île de cendre et entraîne un nouveau départ de la vie!
Source: Alaska Dispatch News.

————————————-

In a note released on August 10th 2008, I indicated that Kasatochi Volcano in the Aleutians, between Dutch Harbor and Adak, had erupted explosively on August 7th, sending an ash plume more than 10 km into the air and forcing two biologists from the U.S. Fish and Wildlife Service to evacuate the island. The eruption occurred very quickly and with very little warning.

Following the eruption, Kasatochi seemed dead. Scientists visiting the island one year later searched for one hour before finding the first sprigs of vegetation. A few insects survived the eruption deep within rock folds, but Kasatochi was a quiet place that stunk of sulphur.

The island was muddy and inhospitable, but scientists thought it could be a great opportunity to monitor the return of life. Since the end of the eruption, biologists have tried to return each summer to document changes. They say the island’s resurrection is progressing to the point where certain seabirds are perhaps as abundant as they were before the eruption.

One species of birds that used to live on Kasatochi are auklets, hand-size seabirds that are also extremely numerous on some Aleutian islands. Before the eruption, Kasatochi’s rock crevices were home to about 250,000 crested and least auklets. During the August 2008 eruption, 20 percent of eggs and chicks in the rocks were destroyed. Most of the adults survived. Hot ash blanketed all the cracks where the birds lay eggs. A biologist who returned to the island one year after the eruption estimated nesting success as zero.

Days, weeks and years passed. Aleutian storms gradually washed the ash into the ocean, revealing the rocky structure beneath. Columns of basalt tumbled. The cracks reappeared. And, nine years after their habitat was destroyed, so have the auklets. One year after the eruption, there was no bird to be seen. Two years after, there were tens of birds, followed by hundreds of birds in 2010 and thousands in 2011. The year after that there were tens of thousands. The return of the birds was understood by the biologists. Lots of birds know Kasatochi is a good place. It’s close to Atka Pass where they forage. Other birds, like land-dwelling Lapland longspurs, have not returned to the island. Kasatochi still looks barren compared with any other Aleutian Island except the erupting Bogoslof.

The return of the auklets is one of the first stages of Kasatochi resembling a mature island covered with abundant vegetation. The auklet colony will keep growing, and it will green up with the algae starting up on the rocks from the birds’ feces….until another eruption covers the island with ash and forces a new life to start over again!

Source: Alaska Dispatch News.

Vue du Kasatochi le 22 août 2008, quelques jours après l’éruption.

(Crédit photo : AVO)

Les stariques sont très répandus dans les Aléoutiennes.

(Crédit photo: Wikipedia)