L’Arctique toujours plus chaud // A warmer and warmer Arctic

Selon un rapport de l’ONU intitulé “Global Linkages – a graphic look at the changing Arctic” publié le 13 mars 2019, même si l’accord de Paris est respecté, les températures en Arctique augmenteront entre 3 et 5 degrés par rapport à celles enregistrées entre 1986 et 2005, avec des conséquences désastreuses pour la planète. Elles devraient même atteindre 5 à 9 degrés de plus dans cette région du globe d’ici 2080.

La hausse aura lieu même si l’accord de Paris, qui prévoit de limiter le réchauffement climatique à deux degrés d’ici 2100, est respecté. Si toutes les émissions de gaz à effet de serre étaient stoppées du jour au lendemain, cela ne suffirait pas: les températures en hiver augmenteraient de 4 à 5 degrés par rapport au niveau enregistré à la fin du 20ème siècle. Cette augmentation sera causée par les gaz à effet de serre déjà émis dans l’atmosphère et la chaleur stockée dans les océans. Cette prévision de l’ONU rejoint les propos du docteur Jean-Louis Etienne avec lequel j’avais bordé ce sujet il y a quelque temps.

L’Arctique et ses habitants subissent déjà les conséquences du réchauffement climatique. On sait que d’ici trente ans, quatre millions de personnes et 70% des infrastructures de la région pourraient être menacées par la fonte du permafrost, qui devrait diminuer d’au moins 45% par rapport à aujourd’hui. (voir mes notes concernant la fonte du permafrost et ses effets sur les régions arctiques)

À l’échelle mondiale, le permafrost – aussi appelé pergélisol – contient environ 1672 milliards de tonnes de carbone. Un dégel accru favorisera de manière significative la libération des émissions de dioxyde de carbone et de méthane. Le réchauffement ainsi induit entraînera à son tour davantage de dégel dans une sorte de spirale infernale. Le rapport de l’ONU indique que ce changement climatique accéléré pourrait irrémédiablement éloigner l’objectif de 2 degrés de l’Accord de Paris..

Une autre conséquence de la hausse de la température en Arctique concerne la montée des mers et des océans. On pense que la fonte des glaces du Groenland et des glaciers de l’Arctique contribuera à un tiers de l’augmentation du niveau des océans.

Par ailleurs, en imaginant que le taux de CO2 émis reste le même qu’actuellement, il est facile de conclure que l’Océan Arctique sera probablement libéré des glaces en été dès 2030. Ses eaux seront également plus acides, avec un impact significatif sur la biodiversité. En effet, plus l’eau est acide, plus les coraux, les mollusques et le plancton doivent utiliser de l’énergie pour construire leurs coquilles et leurs squelettes.

Le rapport préconise une réduction significative et à court terme des émissions de gaz à effet de serre, de carbone noir et d’autres soi-disant polluants climatiques de courte durée dans le monde entier.

Source : ONU.

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According to a UN report entitled « Global Linkages – a graphic look at the changing Arctic » published on March 13th, 2019, even if the Paris agreement is respected, temperatures in the Arctic will increase between 3 and 5 degrees compared to those recorded between 1986 and 2005, with disastrous consequences for the planet. They might even reach an increase by 5 to 9 degrees in that region of the globe by 2080.
The rise will take place even if the Paris agreement, which plans to limit global warming to two degrees by 2100, is respected. If all greenhouse gas emissions were halted overnight, that would not be enough: winter temperatures would increase by 4 to 5 degrees from the level recorded at the end of the 20th century. This increase will be caused by greenhouse gases already emitted into the atmosphere and heat stored in the oceans. This prediction of the UN confirms the words of Dr. Jean-Louis Etienne with whom I tackled this topic some time ago.
The Arctic and its inhabitants are already suffering from the consequences of global warming. We know that in the next 30 years, four million people and 70% of the region’s infrastructure could be threatened by the melting of permafrost, which is expected to decrease by at least 45% compared to today. (see my notes about the melting of permafrost and its effects on Arctic regions)
Worldwide, the permafrost contains about 1672 billion tonnes of carbon. An increased thaw will significantly enhance the release of carbon dioxide and methane emissions. The warming thus induced will in turn lead to more thawing in a kind of infernal spiral. The UN report says this accelerated climate change could irremediably move the 2-degree goal away from the Paris Agreement.
Another consequence of the rising temperature in the Arctic is the rise of seas and oceans. Greenland ice melt and Arctic glaciers are thought to contribute one-third of the increase in sea levels.
Moreover, imagining that the emitted CO2 remains the same as it is currently, it is easy to conclude that the Arctic Ocean will probably be free of ice in summer by 2030. Its waters will also be more acidic, with a significant impact on the biodiversity. Indeed, the more acidic the water, the more corals, molluscs and plankton must use energy to build their shells and skeletons.
The report calls for a significant and short-term reduction of greenhouse gas emissions, black carbon and other so-called short-lived climate pollutants worldwide.
Source: United Nations.

Etendue du permafrost dans l’Arctique (Source: NASA)

La vie à Dallol et dans le Danakil ‘Ethiopie) // Life at Dallol and Danakil (Ethiopia)


Au cours des dernières années, plusieurs vidéos ont montré que des bactéries, des vers et des crevettes sont capables de survivre dans l’environnement très hostile des « fumeurs noirs » au fond des océans. Ces évents sous-marins émettent de l’eau très chaude et des gaz acides qui ne sont pas censés favoriser la vie.
De la même manière, des échantillons de liquide ont été prélevés à Dallol et sur le Danakil dans le nord de l’Éthiopie et les chercheurs ont pu constater que eux aussi hébergeaint de la vie, malgré un contexte très défavorable. Dallol est un volcan dans la dépression du Danakil, au nord-est de la chaîne de montagnes où se trouve l’Erta Ale. Il a été formé par une intrusion magmatique basaltique dans des dépôts de sel du Miocène et par une activité hydrothermale ultérieure. Des éruptions phréatiques ont eu lieu en 1926, donnant naissance au volcan Dallol. De nombreux autres cratères parsèment le désert de sel à proximité. Dallol est alimenté par de l’eau portée à haute température par la chambre magmatique peu profonde sous le volcan. C’est l’un des endroits les plus beaux, mais aussi des plus inhospitaliers de la planète.
L’analyse des échantillons prélevés par une équipe scientifique internationale a révélé la présence de microbes de très petite taille qui montrent comment la vie aurait pu se développer sur la planète Mars. Les résultats de l’étude ont été publiés dans les Scientific Reports.
Les chercheurs ont découvert une souche de bactéries capables de vivre à une température de 89°C et une acidité extrême avec un pH de 0,25. Ces conditions sont similaires à celles rencontrées sur la Planète Rouge lors de sa formation.
La région de Dallol et du Danakil est saturée en différents sels, parmi lesquels le chlorure d’argent, la sphalérite, le sulfure de fer et des sels minéraux, qui forment un paysage fantastique où cohabitent les jaunes, les rouges, les verts et les bleus. L’équipe scientifique a recueilli de fines couches de dépôts de sel et les a transportées en Espagne dans des flacons stériles et scellés. Ils ont été analysés par microscopie électronique, analyse chimique et séquençage de l’ADN. Les chercheurs ont découvert que les minuscules structures sphériques dans les échantillons de sel étaient en fait de minuscules microbes (Nanohaloarchaeles) vivant en colonies compactes. Chaque microbe est 20 fois plus petit que la moyenne des bactéries.
Une étude approfondie des sites de Dallol et du Danakil permettra de mieux comprendre les limites de la vie sur Terre et apportera des informations sur la recherche de la vie sur Mars et ailleurs dans l’univers. La géochimie inhabituelle du site a beaucoup de points communs avec de possibles environnements hydrothermaux découverts sur la Planète Rouge, y compris le cratère Gusev, où a atterri le Spirit Mars Exploration Rover, module d’exploration de la Nasa. Même si la planète Mars est sèche et désertique aujourd’hui, de plus en plus de recherches démontrent qu’elle était probablement recouverte de vastes étendues d’eau il y a trois ou quatre milliards d’années.
Source: The Independent.

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In the past few years, several videos have shown that bacteria , worms and shrimps are able to survive in the very hostile environment of the « black smokers » at the bottom of the oceans. These submarine vents emit very hot water and acid gases that are not supposed to favour life.
In the same way, samples of liquid have been collected from the Dallol volcano and Danakil Depression in northern Ethiopia.Researchers were suprised to see that life was present despite unfavorable conditions. Dallol is a cinder cone volcano in the Danakil Depression, northeast of the Erta Ale Range. It has been formed by the intrusion of basaltic magma into Miocene salt deposits and subsequent hydrothermal activity. Phreatic eruptions took place here in 1926, forming Dallol Volcano; numerous other eruption craters dot the salt flats nearby. It is fuelled by water that has been heated by the shallow magma reserve beneath the volcano. It is one of the most beautiful and the most inhospitable places on Earth.
The analysis of the samples by an international scientific team revealed the presence of ultra-small microbes which show how life could have once thrived on Mars. The results of the study have been published in Scientific Reports.
The researchers have found a strain of bacteria living in temperatures of 89°C and an extreme acidity with a pH 0.25. Such conditions are similar to those found on the Red Planet when it first formed.
The Dallol and Danakil area is saturated in various salts, including silver chloride, zinc iron sulphide and rock-salt which produce a landscape of yellows, reds, greens and blues. The team collected thin layers of salt deposits and transported them to Spain in sterile, sealed vials. They were analysed using electron microscopy, chemical analysis and DNA sequencing. The team found tiny, spherical structures within the salt samples were tiny microbes (Nanohaloarchaeles) living in compact colonies. Each microbe was 20 times smaller than the average bacteria.
In-depth study of the characteristics of Dallol and Danakil sites will improve the scientific understanding of the limits of life on Earth and bring information about the search for life on Mars and elsewhere in the universe. The sites’ unusual geochemistry makes it very similar to hydrothermal environments that would have been found on the Red Planet, including the Gusev Crater, where Nasa’s Spirit Mars Exploration Rover landed. While the Mars is mostly dry and desolate today, a growing body of research shows it was probably covered in large bodies of water between three and four billion years ago.
Source: The Independent.

Les couleurs de Dallol (Source: Wikipedia)

Volcans du monde // Volcanoes around the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde, avec référence à la mise à jour hebdomadaire de la Smithsonian Institution.

Etna (Sicile / Italie)
Selon Boris Behncke (INGV Catania), une nouvelle éruption a débuté près du sommet de l’Etna le 30 mai 2019 (UTC). Deux nouvelles fissures éruptives se sont ouvertes sur les versants nord et sud-est du Nouveau Cratère Sud-est, avec une activité strombolienne modeste et de petites coulées de lave. Aucun nuage de cendre n’a été détectée par le VAAC de Toulouse. La couleur de l’alerte aérienne est Orange. Comme d’habitude quand une éruption se produit sur l’Etna, des restrictions d’accès ont été mises en place.

Mt Hakone (Japon)
La sismicité a augmenté sur le Mont Hakone le 18 mai 2019 et est restée élevée jusqu’au 27 mai. Les épicentres étaient concentrés autour de la rive ouest du lac Ashinoko et de Komagatake. Les systèmes GPS ont continué à indiquer une inflation du volcan. Le niveau d’alerte reste à 2 (sur une échelle de 5).
Source: JMA.

Volcans du Kamchatka (Russie): La couleur de l’alerte aérienne pour le Karymsky, le Klyuchevskoy et le Sheveluch restent inchangée, à Orange.

Une nouvelle violente séquence éruptive a eu lieu sur l’Agung à 11h42 (heure locale) le 31 mai 2019. Selon le VAAC de Darwin, le panache de cendre s’est élevé à environ 9,1 km au dessus du niveau de la mer. La culeur de l’alerte aérienne a été portée au Rouge.
Source: VSI.
Il serait très intéressant d’avoir des photos de l’intérieur du cratère de l’Agung afin de voir si le dôme de lave a grossi ou si les dernières éruptions ne sont dues qu’à la libération de la pression des gaz accumulée sous le dôme.

Sinabung (Indonésie):
Une éruption a été enregistrée sur le Sinabung le 25 mai 2019. Des retombées de cendres ont été signalées dans plusieurs zones sous le vent. De nouveaux événements éruptifs ont été enregistrés les 27 et 28 mai. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 1 à 4), avec une zone d’exclusion générale de 3 km et des extensions à 5 km sur le secteur SE et à 4 km sur le secteur NE.
Source: PVMBG.

Anak Krakatau (Indonésie).
Le réseau sismique d’Anak Krakatau a détecté 26 événements éruptifs du 20 au 26 mai. Aucun événement n’a été suivi d’émissions de cendres visibles à l’oeil nu. Le niveau d’alerte reste à 2 (sur une échelle de 1-4). Il est demandé au public de rester en dehors de la zone de danger d’un rayon de 2 km autour du cratère.
Source: PVMBG.

Merapi (Indonésie).
Le 11 mai 2019, le dôme de lave du Merapi avait un volume estimé à 458 000 mètres cubes qui est resté stable au moins jusqu’au 26 mai. La morphologie du dôme n’a pas vraiment évolué. Le niveau d’alerte reste à 2 (sur une échelle de 1 à 4) et il est demandé à la population de rester en dehors de la zone d’exclusion de 3 km.
Source: PVMBG.

Selon l’agence de voyages Volcano Discovery, une nouvelle éruption fissurale pourrait avoir lieu sur le flanc inférieur ESE de l’Erta Ale, en Éthiopie. Le responsable d’une expédition organisée par l’agence a signalé une explosion dans la dépression du Danakil aux alentours de 1h47 (heure locale) le 27 mai 2019. Le rapport mentionne une fracture dans une zone située au nord du volcan Afdera et au sud du massif de l’Erta Ale, près de la zone de contact entre le désert de sel et le massif volcanique.
Une image satellite prise le 29 mai montre un nouveau point chaud sur le flanc SE, à environ 12 km de la caldera sommitale.
Source: The Watchers

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Here is some news of volcanic activity around the world, referring to the Smithsonian Institution’s weekly update.

Mt Etna (Sicily / Italy)
According to Boris Behncke (INGV Catania), a new eruption started near the summit of Mt Etna on early May 30th, 2019 (UTC). Two new eruptive fissures opened on the northern and southeastern sides of the New Southeast Crater, producing modest strombolian activity and small lava flows. No volcanic ash has been detected by the Toulouse VAAC. The Aviation Color Code is Orange. As usual when an eruption occurs on Mt Etna, access restrictions have been implemented.

M Hakone (Japan)
Seismicity increased on Mt Hakone on May 18th, 2019 and remained elevated through May 27th. The epicenters were centered around the west bank of Lake Ashinoko and around Komagatake. GPS systems continued to indicate an inflation of the volcano. The alert level remains at 2 (on a scale of 5).
Source: JMA.

Volcanoes of Kamchatka (Russia): The aviation colour codes for Karymsky, Klyuchevskoy and Sheveluch remain unchanged, at Orange.

A new powerful eruption took place at Mt Agung volcano at 11:42 (local time) on May 31st, 2019. According to the Darwin VAAC, the ash plume rose to about 9.1 km above sea level. The aviation colour code was raised to Red.
Source: VSI.
It would be very interesting to have photos of the inside of Mt Agung’s crater in order to see if the lava dome has grown, or whether the last eruptions are only due to the release of gas pressure accumulated beneath the dome.

Mt Sinabung (Indonesia):
An eruption was recorded at Mt Sinabung on 25 May, 2019. Ashfall was reported in several downwind areasIn the morning of 27 May, a dense gray ash plume about 6 kilometres above sea level, rose 2.5 km above the crater rim. More eruptive events were recorded on 27 May and on 28 May. The alert level remains at 3 (on a scale of 1-4), with a general exclusion zone of 3 km and extensions to 5 km on the SE sector and 4 km in the NE sector.
Source: PVMBG.

Krakatau (Indonesia).
Anak Krakatau’s seismic network detected 26 eruptive events during 20-26 May. None of the events were followed by visible ash emissions. The alert level remains at 2 (on a scale of 1-4). The public is warned to remain outside the 2-km radius danger zone from the crater.
Source: PVMBG.

Merapi (Indonesia).
On 11 May, 2019, the lava dome at Merapi had an estimated volume of 458,000 cubic metres, and remained unchanged at least through 26 May. The dome morphology remains relatively unchanged. The alert level remains at 2 (on a scale of 1-4), and residents are warned to remain outside the 3-km exclusion zone.
Source: PVMBG.

According to the Volcano Discovery travel agency, a new fissure eruption might be taking place on the lower ESE flank of Erta Ale in Ethiopia.The leader of an expedition organised by the agency reported an explosion in the Danakil Depression around 01:47 (local time) on May 27th, 2019. The report mentions a fissure in the area north of Afdera volcano and south of the Erta Ale range, near the contact between the salt plain and the volcanic range.
A satellite image taken on May 29th shows a new hot spot on the SE flank, about 12 km from the summit caldera.
Source: The Watchers.

Image fournie par le satellite Sentinel le 29 mai 2019 et montrant le site possible de l’éruption à proximité de l’Erta Ale