Nouvelles du Kilauea (Hawaii) // News of Kilauea Volcano (Hawaii)

La situation n’a pas évolué sur le Kilauea et aucune activité significative n’a été observée. Un survol de la Fracture n° 8 avec un drone le 20 août 2018 (voir vidéo ci-dessous) a confirmé que le petit lac de lave au fond du cône était recouvert d’une croûte, sans présence d’incandescence. La roche d’un brun rougeâtre à l’intérieur du cône est le résultat de l’oxydation.
Un peu plus tard dans la journée du 20 août, les scientifiques de USGS ont pris une photo de la Fracture n° 8 (voir ci-dessous). À ce moment-là, des jets de gaz projetaient quelques lambeaux de lave au fond du cône. Les scientifiques ont déclaré que cette activité de spattering pourrait être une indication que l’éruption dans la Lower East Rift Zone ne fait qu’une pause et n’est pas terminée. Les prochains jours nous diront si cette hypothèse est vraie, mais je pense personnellement que les projections sont provoquées par la libération des dernières poches de gaz dans le système de tunnels.

Bien que plus de deux semaines se soient écoulées depuis les puissants séismes et les événements d’effondrement accompagnés d’explosions qqui ont affecté la zone sommitale, il faudra du temps pour évaluer l’étendue des dégâts infligés aux routes, sentiers et infrastructures du Parc National des Volcans d’Hawaï.
Les autorités du Parc profitent de la pause – ou de la fin – de l’éruption pour constituer une équipe spécialisée qui évaluera les dégâts dans leur ensemble. L’objectif est de faire des réparations à court terme afin de pouvoir ouvrir au moins une partie du parc en toute sécurité. La majeure partie du parc, à l’exception de Kahuku Unit, est fermée depuis le 11 mai. Le 18 août a marqué le 100ème jour de la fermeture.
Source : USGS.

Dans le même temps, Hawaii met en place des mesures de sécurité à l’approche de l’ouragan Lane qui devrait s’abattre sur l’archipel dans les prochaines heures, avec un fort risque de vents violents, pluies diluviennes et vagues de submersion. Les écoles sont fermées afin de pouvoir servir de refuges éventuels. Croisons les doigts pour que les dégâts ne soient pas trop importants.

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The situation remains fairly unchanged at Kilauea Volcano, with no significant activity. An overflight of Fissure 8 with a drone on August 20th, 2018 (see video below) confirmed that the lava pond within the cone had crusted over with no observed incandescence. The reddish-brown rock inside the cone is the result of oxidation.

Later on August 20th, a photo was taken by USGS scientists of Fissure 8 (see below). By that time, gas jets were throwing spatter from small incandescent areas deep within the cone. The scientists said that this activity might be an indication that the lower East Rift Zone eruption just paused and is not over. The next days will tell us whether this hypothesis is true, but I personally believe the spatter is caused by the release of last pockets of gas in the tube system.

Although it’s been more than two weeks since the summit area of Kilauea was rocked by powerful earthquakes and collapse-explosion events, the damage inflicted upon roads, trails, and infrastructure in Hawai‘i Volcanoes National Park will take time to evaluate and repair.

The park is taking advantage of the pause or the end of the eruption to assemble a specialized team that will conduct thorough damage assessments. The aim is to make short-term repairs to safely reopen at least part of the park. Most of the park, except the Kahuku Unit, has been closed since May 11th. August 18th marked the 100th day of the closure.

Source: USGS

https://youtu.be/h1OIETixfd8

Meantime, Hawaii is setting up safety measures as Hurricane Lane is getting close to the archipelago and is expected to make landfall in the next hours with high winds, strong surf and heavy rains. . Schools have been closed to be used as potential shelters. Let’s cross our fingers  and hope for the best!

Points d’incandescence au fond de la Fracture n° 8

La Crater Rim Drive a subi, elle aussi, de gros dégâts

(Crédit photo: USGS / HVO)

Remerciements

De retour sur le continent, je tiens à remercier chaleureusement les organismes et personnes qui, par leur accueil, m’ont permis d’effectuer un séjour très agréable en Martinique :

  • La Collectivité Territoriale de Martinique (CTM)
  • Madame le Maire de Morne-Rouge
  • Le Centre de Découverte des Sciences de la Terre (CDST) de Saint Pierre
  • Les techniciens qui ont assuré la mise en place de la structure de projection à Morne-Rouge
  • Maurice Henry, correspondant L.A.V.E . aux Antilles

J’ai personnellement eu grand plaisir à partager ma passion des volcans auprès de la population de cette île des Petites Antilles dominée par la Montagne Pelée. Le lahar qui avait angoissé les habitants du Prêcheur au mois de février a été le point de départ de ma première conférence à Morne-Rouge et m’a permis de confirmer que son origine n’était pas volcanique.

La deuxième conférence au CDST  s’appuyait sur l’actualité récente avec les éruptions du Fuego (Guatemala) et du Kilauea (Hawaii), exemples parfaits des volcans gris et des volcans rouges dont les manifestations présentent des conséquences très différentes sur le plan humain.

Pour terminer, je remercie mes amis du Lamentin de m’avoir convié à une soirée familiale ô combien sympathique.

 

Morne-Rouge, le CDST, sans oublier la Montagne Pelée et la ville de Saint-Pierre

(Photos: C. Grandpey)

Lombok (Indonésie) : Des séismes mais pas d’éruptions // Earthquakes but no eruptions

Deux séismes d’une magnitude de M 6,3 et M 6,9 ont secoué à plusieurs heures d’intervalle, l’île indonésienne de Lombok le dimanche 19 août 2018, endommageant des constructions et provoquant des scènes de panique, deux semaines après un événement de M 7.0 qui a fait plus de 460 morts.

Le premier séisme, d’une magnitude de M 6,3, a été enregistré à 4,5 km sud-ouest de la ville de Belanting, dans l’est de Lombok, à 22h56 (heure locale). Son hypocentre a été localisé à une profondeur de 10 kilomètres. Des habitants ont affirmé que la secousse avait été fortement ressentie dans l’est de l’île.

Quelques heures plus tard, un deuxième séisme, d’une magnitude de M 6,9, a frappé l’île. L’USGS a localisé son hypocentre à une profondeur de 20 km et à environ cinq kilomètres au sud de Belanting. Aucune alerte au tsunami n’a été émise.

Dans l’immédiat, aucune victime n’a été signalée à la suite de ces séismes qui ont causé des dégâts matériels et provoqué la panique chez les habitants, notamment dans l’est de Lombok.

Selon les sismologues, cette dernière secousse a probablement activé la zone qui est juste à l’est des secousses précédentes. Les derniers événements semblent montrer que la faille le long de laquelle ils se sont produits est en train de s’activer plutôt vers l’est, ce qui serrait une bonne chose car la population est moins importante dans cette région. Le risque de tsunami est assez faible car, malgré une magnitude supérieure à M 6.0, ces événements ne sont pas très importants.

Les scientifiques font remarquer qu’il n’est pas rare d’avoir deux séismes consécutifs à deux semaines d’intervalle avec la même magnitude. Globalement, on constate que l’on a une grosse secousse puis des secousses plus petites dont le nombre décroît avec le temps. De temps en temps, une des secousses suivantes peut malheureusement être de même magnitude que le premier événement. Ainsi, le 5 août 2018, on a enregistré une secousse de magnitude M 6,9, et le 19 août un autre événement de même magnitude. On va probablement continuer à enregistrer des séismes plus petits, mais rien n’empêche que d’ici quelques semaines ou quelques mois, on enregistre un séisme d’une magnitude autour de M 7.0, mais plutôt vers l’est. Connaissant la structure des failles de cette zone, la probabilité la plus grande est que les séismes les plus puissants se déplacent vers l’est des îles et non pas vers l’ouest, vers Bali. En effet, la faille de Flores s’arrête sur l’île de Lombok et ne va pas plus vers l’ouest.

Beaucoup de gens se demandent si les nombreux événements sismiques enregistrés dans la région ne risquent pas entraîner une hausse de l’activité volcanique. Cette relation entre les deux types d’activité n’a jamais été vraiment prouvée. Dans le cas des derniers séismes de Lombok, on a affaire à une activité purement tectonique, et pas volcano-tectonique. Ils sont uniquement liés à la faille de Florès. Le risque de voir un volcan comme le Rinjani entrer en éruption est faible. L’île de Bali n’étant pas, à priori, concernée par cette activité tectonique, il y a peu de risques qu’un volcan comme l’Agung connaisse un regain d’activité. Comme je le fais remarquer lors de mes conférences, le très puissant séisme de Tohoku, d’une magnitude de M 8,9  enregistré le 11 mars 2011 au Japon n’a pas entraîné un réveil du Mont Fuji comme le craignaient certains volcanologues nippons. A l’époque, ces derniers pensaient que le Mont Fuji, emblème national, avait été touché en profondeur par le séisme qui avait provoqué la catastrophe nucléaire de Fukushima. Selon une étude franco-japonaise, publiée dans la revue Science, les entrailles du volcan, toujours actif et qui se trouve à la jonction des plaques tectoniques pacifique, eurasienne et philippine, auraient été mises sous pression par le séisme. On attend toujours l’éruption….

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Two earthquakes with a magnitude of M 6.3 and M 6.9 shook several hours apart the Indonesian island of Lombok on Sunday, August 19th, 2018, damaging buildings and causing panic scenes, two weeks after an M 7.0 event that left more than 460 dead.
The first earthquake, with a magnitude of M 6.3, was recorded 4.5 km southwest of Belanting City, east of Lombok, at 22:56 (local time). Its hypocentre was located at a depth of 10 kilometres. Residents said the quake was strongly felt in the eastern part of the island.
A few hours later, a second earthquake, with a magnitude of M 6.9, struck the island. USGS located its hypocentre at a depth of 20 km and about five kilometres south of Belanting. No tsunami warning was issued.
No casualties have been reported as a result of these earthquakes which caused material damage and panic among the inhabitants, particularly in eastern Lombok.
According to seismologists, this last jolt probably activated the area that lies just east of the previous quake. Recent events seem to show that the fault along which they occurred is becoming more active towards the east, which would be a good thing because this region is less populated. The risk of tsunami is quite low because, despite a magnitude greater than M 6.0, these events were not very powerful.
Scientists point out that it is not uncommon to have two consecutive earthquakes two weeks apart with the same magnitude. Overall, we can see that there is a big shake then smaller ones whose number decreases with time. From time to time, one of the following quakes may unfortunately be of the same magnitude as the first event. Thus, on August 5th, 2018, there was an earthquake with a magnitude of M 6.9, and on August 19th another event of the same magnitude. Smaller earthquakes will probably still be recorded, but in a matter of weeks or months, there might be another earthquake with a magnitude around M 7.0, but rather to the east. Knowing the fault structure of this area, the greatest probability is that the strongest earthquakes move east of the islands and not west towards Bali. Indeed, the Flores Fault stops on the island of Lombok and does not go further west.
Many people wonder if the numerous seismic events recorded in the region are not likely to cause an increase in volcanic activity. This relationship between the two types of activity has never really been proven. In the case of the last earthquakes at Lombok, we are dealing with a purely tectonic – but  not volcano-tectonic – activity. They are only related to the Flores Fault. The risk of seeing a volcano like Mount Rinjani erupt is low. The neighbouring island of Bali should not be affected by this tectonic activity, and there is little risk that a volcano like Mount Agung goes through a new outbreak of activity. As I often point out during my lectures, the very powerful Tohoku earthquake – with a magnitude M 8.9 – recorded on March 11th, 2011 in Japan did not cause the awakening of Mount Fuji as feared by some Japanese volcanologists. At the time, they believed Mount Fuji, the national emblem, had been deeply affected by the earthquake that caused the Fukushima nuclear disaster. According to a Franco-Japanese study, published in the journal Science, the bowels of the volcano, still active and located at the junction of the Pacific, Eurasian and Philippine tectonic plates, had been put under pressure by the earthquake. We are still waiting for the eruption …

Carte d’une partie de l’archipel indonésien avec, en particulier, les îles de Bali et Lombok (Google Maps)

Vue du Mont Fuji (Crédit photo: Wikipedia)

Kilauea (Hawaii) : Baisse du niveau d’alerte mais le Parc National reste fermé // The alert level has been lowered but the National Park remains closed

Dans une mise à jour publiée le 17 août 2018, la HVO indique que «compte tenu de la diminution de l’activité éruptive du Kilauea au cours des derniers jours, l’Observatoire a abaissé le niveau d’alerte concernant les dangers au sol. Le niveau d’alerte est passé de DA NGER à VIGILANCE. Ce changement signifie que les risques d’effondrement du cratère sommital du Kilauea et ceux posés par les coulées de lave dans la Lower East Rift Zone (LERZ) ont diminué. Cependant, cette situation ne signifie pas forcément que l’éruption dans la LERZ et les effondrements sommitaux sont terminés. Il est possible que l’activité reprenne. »
La lave a cessé de couler le 6 août 2018 et le sommet du volcan ne s’est plus effondré depuis le 2 août. Les émissions de SO2 sont les plus faibles jamais observées depuis 2007.
Source: HVO

Le Parc National des Volcans d’Hawaï a été fermé pendant près de 100 jours en raison de la sismicité et des explosions au sommet du Kilauea. Rien ne permet de dire quand il rouvrira. Selon les responsables des parcs nationaux, cela va prendre beaucoup de temps et être très coûteux. Les médias locaux ont été invités à visiter les routes du parc, les bâtiments et le cratère de l’Halemaumau pour se rendre compte de la situation.
Les 130 agents du Parc ont conservé leur emploi ; certains travaillent au nettoyage et à la réfection sur l’île d’Hawaï, d’autres ont été transférés dans les parcs nationaux des îles voisines L’impact financier de l’éruption sur le Parc National a été estimé à 450 000 dollars par jour.
La réouverture du Parc suppose que les routes soient réparées et que les structures ne présentent plus de risques. L’éruption a compromis la sécurité du Musée Jagger. L’autre attraction populaire qui doit être sérieusement contrôlée est le Thurston Lava Tube.

Deux millions de personnes visitent le Parc sur Big Island chaque année, ce qui en fait la plus grande attraction touristique de l’État. En raison de l’éruption, le nombre de visiteurs sur l’île a diminué de 4,8% en juin par rapport à la même époque l’an dernier.
Source: Service des parcs nationaux

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In an update released on August 17th, 2018, HVO indicates that “in light of the reduced eruptive activity at Kilauea Volcano over the last several days, [tle Observatory] is lowering the alert level for ground based hazards from WARNING to WATCH. This change indicates that the hazards posed by crater collapse events (at the Kilauea summit) and lava flows (Lower East Rift Zone; LERZ) are diminished. However, the change does not mean with absolute certainty that the LERZ eruption or summit collapses are over. It remains possible that eruption and collapse activity could resume.”

Lava mostly stopped flowing on August 6th, 2018 and the volcano’s summit has not collapsed since August 2nd. SO2 emissions are the lowest ever observed since 2007.

Source: HVO

Hawaii Volcanoes National Park has been closed for nearly 100 days due to unsafe conditions from seismic and explosive activity from the summit of Kilauea but there’s no telling when the park will reopen. It’s going to be a long and most likely expensive one according to national park officials. They took local media to look at park roads, buildings and Halemaumau crater to show them why.

All 130 staff members at the park still have jobs, some are working on clean up and recovery at the Hawaii Island Park, others transferred to national parks on neighbouring islands.

The financial impact has been estimated at $450,000 per day.

Reopening would mean roads need repairing and structures need to be sound. The eruption compromised the security of the Jagger Museum. The other popular attraction that needs more attention is the Thurston tunnel.

Two million people visit the Big Island park each year, making it the state’s biggest tourist attraction. Because of the eruption, the number of travellers to the island dropped 4.8 percent in June from the same month last year.

Source: National Park Service.

La zone sommitale du Kilauea a subi de gros dégâts pendant l’éruption et il va falloir faire montre de patience avant de pouvoir à nouveau visiter le Parc National (Crédit photo: USGS / HVO)