L’avenir du permafrost en Alaska // The future of Alaska’s permafrost

Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises sur ce blog, le permafrost (ou pergélisol) fond à une vitesse incroyable dans l’Arctique, avec des conséquences importantes pour l’environnement. Un article récemment publié dans le New York Times apporte plus de détails sur le phénomène.
L’Arctique se réchauffe environ deux fois plus vite que d’autres parties de la planète, et la hausse des températures est fortement ressentie en Alaska. La glace de mer et certains biotopes disparaissent; la hausse du niveau de la mer menace les villages côtiers. Pour les scientifiques du Woods Hole Research Center qui sont allés en Alaska étudier les effets du changement climatique, le problème le plus sérieux réside dans la fonte du permafrost.
Logé entre quelques dizaines de centimètres et quelques mètres sous la surface, le permafrost contient de grandes quantités de carbone dans la matière organique ; ce sont des plantes qui ont absorbé du dioxyde de carbone de l’atmosphère il y a des siècles, sont mortes et ont gelé avant de pouvoir se décomposer. Sur la planète, on pense que le permafrost contient aujourd’hui deux fois plus de carbone que l’atmosphère. Une fois que cette matière organique décongèle, les microbes en transforment une partie en dioxyde de carbone et en méthane qui peuvent passer dans l’atmosphère et accélérer son réchauffement.
En juillet 2017, les scientifiques du Woods Hole Research Center ont installé une station temporaire au bord d’un lac à 90 km au nord-ouest de Bethel, une ville située près de la côte ouest de l’Alaska, à environ 640 km d’Anchorage. Ils ont prélevé des carottes de permafrost, ainsi que des échantillons de sédiments et d’eau et enfoncé des sondes thermiques dans le sol gelé. Plus tard, dans le laboratoire de l’institution, ils ont entrepris le processus d’analyse des échantillons pour déterminer la teneur en carbone et en nutriments. L’objectif est de mieux comprendre comment la fonte du permafrost affecte le paysage et, en fin de compte, quelle quantité de gaz à effet de serre est évacuée dans l’atmosphère.
Même dans le nord de l’Alaska où le climat est plus froid et où le permafrost dans la région de North Slope descend à plus de 600 mètres sous la surface, les scientifiques voient des changements importants. La température à deux mètres de profondeur a augmenté de 3 degrés Celsius au cours des dernières décennies. Les changements à la surface ont été encore plus importants. Sur l’un des sites de mesures, la température du permafrost en surface est passée de moins 8 degrés Celsius à moins 3. A ce rythme, cette température deviendra positive vers le milieu du siècle. En plus des émissions de gaz à effet de serre, la fonte du permafrost a une incidence sur les infrastructures et provoque des affaissements de terrain lorsque la glace perd de son volume en fondant. J’ai précédemment donné l’exemple de la rue principale de Bethel, une agglomération où les bâtiments s’enfoncent et se fissurent.
La fonte du permafrost est un processus graduel. Le sol est totalement gelé en hiver et commence à décongeler de haut en bas lorsque la température de l’air augmente au printemps. À mesure que les températures moyennes augmentent, cette couche décongelée ou active en subit les effets en profondeur. Les chercheurs s’intéressent à la manière dont les feux de forêt affectent le permafrost. Comme les incendies font disparaître en surface une partie de la végétation qui agit comme un isolant, on pense que le feu et la combustion qu’il entraîne peuvent accélérer la fonte du pergélisol.
La fonte du permafrost sous un lac ou en bordure de celui-ci peut provoquer l’évacuation de l’eau, un peu comme une baignoire qui fuit. Cette fonte peut aussi entraîner des variations de niveau du sol, ce qui peut entraîner des changements dans l’écoulement de l’eau ; ainsi, certaines parties de la toundra peuvent s’assécher et d’autres être transformées en tourbières. Au-delà des effets sur la vie végétale et animale, les changements apportés au paysage peuvent avoir un impact important sur le changement climatique en modifiant la quantité de dioxyde de carbone et de méthane qui est émise. Bien que le méthane ne persiste pas dans l’atmosphère aussi longtemps que le dioxyde de carbone, il a une capacité de piégeage thermique beaucoup plus grande et peut contribuer à un réchauffement plus rapide. Si le permafrost en décomposition est humide, il y aura moins d’oxygène disponible pour les microbes, de sorte qu’ils produiront plus de méthane. Si le pergélisol est sec, la décomposition entraînera plus de dioxyde de carbone.
Les estimations varient en ce qui concerne la quantité de carbone émise lors de la fonte du permafrost dans le monde, mais on estime que les émissions d’ici la fin du siècle pourraient atteindre environ 1,5 milliard de tonnes par an, soit environ les émissions annuelles actuelles provenant de combustibles fossiles aux États-Unis.
La hausse des émissions de carbone dans la toundra de l’Alaska est tenue pour responsable de la hausse des températures et de la fonte du permafrost. Dans une étude publiée au début de cette année, les chercheurs ont constaté que la décomposition bactérienne du permafrost décongelé, ainsi que le dioxyde de carbone produit par la végétation vivante, se poursuit plus tard dans l’automne parce que le gel en surface est retardé. Selon les chercheurs, la hausse des émissions de CO2 a été si importante que l’Alaska pourrait passer du stade de simple réserve à celui de véritable source de carbone.
Source: The New York Times.

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As I put it several times in this blog, permafrost is thawing at an incredible speed in the Arctic, with significant consequences for the environment. An article recently published in The New York Times brings more details about the phenomenon.

The Arctic is warming about twice as fast as other parts of the planet, and even in sub-Arctic Alaska the rate of warming is high. Sea ice and wildlife habitat are disappearing; higher sea levels threaten coastal native villages. To the scientists from Woods Hole Research Center who have gone to Alaska to study the effects of climate change, the most urgent is the fate of permafrost.

Starting just a few tens of centimetres below the surface and extending a few metres down, it contains vast amounts of carbon in organic matter, plants that took carbon dioxide from the atmosphere centuries ago, died and froze before they could decompose. Worldwide, permafrost is thought to contain about twice as much carbon as is currently in the atmosphere. Once this ancient organic material thaws, microbes convert some of it to carbon dioxide and methane, which can flow into the atmosphere and cause more warming.

In July, Woods Hole scientists set up a temporary field station on a lake 90 km northwest of Bethel, a city located near the west coast of Alaska, approximately 640 km from Anchorage. They drilled permafrost cores, took other sediment and water samples and embedded temperature probes in the frozen ground. Later, back in the lab at Woods Hole, they began the process of analyzing the samples for carbon content and nutrients. The goal is to better understand how thawing permafrost affects the landscape and, ultimately, how much and what mix of greenhouse gases is released.

Even in colder northern Alaska, where permafrost in some parts of the North Slope extends more than 600 metres below the surface, scientists are seeing stark changes. Temperatures at a depth of 2 metres have risen by 3 degrees Celsius over decades. Near-surface changes have been even greater. At one northern site, permafrost temperatures at shallow depths have climbed from minus 8 degrees Celsius to minus 3. If emissions and warming continue at the same rate, near-surface temperatures will rise above freezing around the middle of the century. In addition to greenhouse-gas emissions, thawing wreaks havoc on infrastructure, causing slumping of land when ice loses volume as it melts. I previously gave the example of the main road in Bethel where building foundations move and crack.

The thawing of permafrost is a gradual process. Ground is fully frozen in winter, and begins to thaw from the top down as air temperatures rise in spring. As average temperatures increase, this thawed, or active, layer can increase in depth. The researchers are especially interested in how wildfires affect the permafrost. Because burning removes some of the vegetation that acts as insulation, the theory is that burning should cause permafrost to thaw more.

Thawing permafrost underneath or at the edge of a lake can cause it to drain like a leaky bathtub. Thawing elsewhere can bring about small elevation changes that can in turn lead to changes in water flow through the landscape, drying out some parts of the tundra and turning others into bogs. Beyond the local effects on plant and animal life, the landscape changes can have an important climate change impact, by altering the mix of carbon dioxide and methane that is emitted. Although methane does not persist in the atmosphere for as long as carbon dioxide, it has a far greater heat-trapping ability and can contribute to more rapid warming. If the decomposing permafrost is wet, there will be less oxygen available to microbes, so they will produce more methane. If the permafrost is dry, the decomposition will lead to more carbon dioxide.

Estimates vary on how much carbon is released from thawing permafrost worldwide, but by one calculation emissions over the rest of the century could average about 1.5 billion tons a year, or about the same as current annual emissions from fossil-fuel burning in the United States.

Already, thawing permafrost and warmer temperatures are being blamed for rising carbon emissions in the Alaskan tundra. In a study earlier this year, researchers found that bacterial decomposition of thawed permafrost, as well as carbon dioxide produced by living vegetation, continues later into the fall because freezing of the surface is delayed. The rise in emissions has been so significant, the researchers found, that Alaska may be shifting from a sink, or storehouse, of carbon, to a net source.

Source: The New York Times.

Carte montrant (en bleu) l’étendue du permafrost en Alaska en 2010

Projection montrant (en orange) la perte probable de permafrost en 2050

 (Source : Woods Hole Research Center)

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Une réflexion au sujet de « L’avenir du permafrost en Alaska // The future of Alaska’s permafrost »

  1. Bonjour Claude,
    Questions pour des champions.
    Les analyses, calculs et démonstrations des scientifiques, sont tous orientés vers un même constat qui est l’impact significatif de la production anthropique de CO2. (39GT sont émises par année, sa concentration dans la basse couche de l’atmosphère (1 000m) ayant progressée de 12% en 20 ans)
    Même si, l’action des particules cosmiques (en période inter-cycle solaire), la prolifération de bactéries ou d’animaux microscopiques producteurs « d’antigel » (Tardigrades), les altérations de la magnétosphère (En attendant son inversion), le relèvement tectonique des plateaux continentaux, ou même les cycles de Milancovitch peuvent avoir un rôle important sur le climat, la pollution atmosphériques d’origine Humaine est colossale et éminemment perturbatrice de la mécanique thermique terrestre.
    Les changements climatiques durables dans l’histoire de notre plante, sont toujours intervenus sur des périodes beaucoup plus longues que celles observées actuellement. Tous les témoignages que je recueille d’observateurs divers attestent de la fonte accélérée des glaces des pôles. De l’échelle géologique, nous sommes passés à l’échelle humaine.
    Nous consommons actuellement 90 millions de baril de pétrole par jour (1 Baril = 159L) (Pour ne cité que lui). Sachant qu’il aura fallu à la nature 1 Million d’année pour fabriquer une telle quantité, la différence d’échelle est effectivement impressionnante. Ne serait-ce pas une grande échelle ?
    Si la perturbation des équilibres thermiques de la planète est une évidence, l’explication, ou plutôt, les hypothèses communément et unanimement avancées par le monde scientifique manque à mon sens d’un peu de vulgarisation et de précision. Si l’on admet que l’augmentation de la concentration atmosphérique du gaz carbonique est à l’origine exclusive du réchauffement de la planète par l’effet de serre qu’il suscite, effet d’autant plus important que l’épaisseur de l’atmosphère infectée est grande, alors cela ne suffit pas à expliquer pourquoi aux pôles, ou cette épaisseur est deux fois moindre qu’à l’équateur, l’augmentation de la température est bien supérieure que partout ailleurs.
    D’autre part, il est de notoriété scientifique de considérer que le premier gaz à effet de serre est la vapeur d’eau, qui à elle seule permet de réguler la température de la planète et représente en volume près de 14% de la masse troposphérique (Contre 0.04% pour le CO2). Il est également de notoriété scientifique de considérer que cette vapeur met à l’équilibre cette régulation thermique, en neutralisant l’un par l’autre l’effet de serre et l’effet parasol. Par contre quand à l’évolution de la quantité volatilisée, c’est le silence radio, point d’analyses, point d’étude, on ne sait pas. Et pourtant, réchauffement oblige, l’évaporation grandissant, elle doit bien augmenter et produire plus de précipitations. Et bien là aussi, peut-être bien que oui, peut-être bien que non, on ne sait pas trop.
    En conséquence de cet effet de serre, on constate sans conteste que l’eau superficielle des océans se réchauffe, et, le chaud allant toujours vers le froid (Principe élémentaire), cette eau « chaude » vient lécher nos banquises et les incités à fondre. Youpi, on a compris c’est donc l’eau de mer qui fait fondre les neiges du Kilimandjaro et les sols gelés continentaux.
    On pourrait penser qu’il est plutôt normal qu’en été les glaces et les neiges se mettent à fondre, saisonnalité non encore contestée par le monde scientifique. Ce qui pose un véritable problème de fond c’est qu’en Hiver elles ne se régénèrent pas ou pas suffisamment pour fondre un peu plus en été…etc. C’est à se demander si l’évacuation de la chaleur terrestre, et notamment celle provenant de nos combustions incessantes, ne se ferait pas d’abord pas les pôles, par une espèce de trou atmosphérique, une cheminée, passage laissé vacant pas l’absence de champ magnétique à cet endroit.
    En suivant ces aventures climatiques, nous allons bien vite être renseignés vers 2050 (pas moi je ne serais plus là), lorsque nous n’aurons plus rien à cramer, mais heureusement nous n’aurons même plus besoin de nous chauffer l’hiver. Où sera parti le gel ? C’est simple il y aura eu transfert du permafrost au cerveau des Hommes.
    Amitiés
    Pierre Chabat

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