Le Groenland fond plus vite qu’on le pensait // Greenland melts faster than previously thought

drapeau-francaisUne étude récemment publiée dans la revue Science Avances nous apprend que les recherches effectuées jusqu’à présent ont peut-être sous-estimé d’environ 20 milliards de tonnes par an la perte de masse de la calotte glaciaire du Groenland.
En général, les scientifiques calculent la perte de glace au Groenland (et ailleurs dans le monde) en utilisant les données satellitaires. La nouvelle étude indique que ces données ont probablement inclus des éléments incorrects et donc mésestimé la disparition de glace chaque année.
La nouvelle étude s’appuie sur un concept connu sous le nom d’«ajustement isostatique glaciaire», ou la tendance de la terre à « rebondir » après qu’une importante masse de glace s’est retirée. [NDLR : J’ai déjà eu l’occasion de parler de ce phénomène à propos de l’Islande.] Cet effet est en grande partie géré par le comportement du manteau terrestre. En effet, quand un poids important, comme une immense calotte glaciaire, se forme à la surface de la Terre, la forte pression qu’elle exerce déforme le manteau qui se trouve en dessous. Lorsque le poids disparaît, le manteau se remet progressivement en place.
Dans la mesure où les études satellitaires tirent uniquement leurs conclusions sur la perte de glace en fonction des changements observés à la surface de la Terre, les scientifiques doivent effectuer des corrections pour tenir compte de cet effet dû au comportement du manteau terrestre. L’étude fait en particulier référence aux mesures effectuées par les satellites jumeaux  GRACE qui estiment la perte de glace en fonction des modification de gravité au cours de leurs orbites autour de la terre. Ces satellites mesurent la variation de masse, mais ils ne peuvent pas vraiment faire la différence entre la masse de la glace et la masse rocheuse.
La nouvelle étude a tiré ses conclusions en utilisant les données fournies par un réseau de capteurs GPS installés autour du Groenland ; ils ont permis de détecter la vitesse de « rebondissement » de la Terre. Les chercheurs ont pu utiliser ces mesures pour estimer la vitesse à laquelle s’est déplacé le sol du Groenland depuis le dernier âge glaciaire dont l’apogée se situe il y a plus de 25 000 ans.
Quand les scientifiques ont comparé leurs estimations à certains modèles utilisés précédemment pour reconstruire l’histoire glaciaire du Groenland, ils ont constaté que les résultats ne correspondaient pas. Ils en ont conclu que les hypothèses des anciens modèles sur les déplacements de la roche sous le Groenland étaient incorrectes. Ces modèles se basent généralement sur des hypothèses standard sur les mouvements du manteau terrestre dans la plupart des régions du monde. Cependant, les chercheurs pensent qu’il y a des millions d’années, un point chaud a changé la consistance du manteau sous le Groenland, l’amenant à se déplacer de différentes manières. Ce point chaud existe toujours, mais il a migré depuis cette époque lointaine et se trouve actuellement sous l’Islande, où il est responsable de l’activité volcanique dans ce pays.
C’est parce qu’ils n’ont pas tenu compte de l’influence de ce point chaud que les modèles précédents décrivant comportement du Groenland étaient incorrects. Les chercheurs ont donc créé un nouveau modèle en prenant en compte leurs hypothèses sur le manteau, de sorte que les résultats se sont retrouvés en phase avec les mesures GPS. Ensuite, ils ont utilisé le modèle modifié pour reconstruire l’histoire glaciaire du Groenland. Les derniers résultats montrent que les mesures satellitaires ont sous-estimé la perte de masse actuelle du Groenland d’environ 20 milliards de tonnes par an.
L’évolution du Groenland au vu des nouvelles données révèle non seulement la quantité de glace perdue au cours des derniers millénaires, mais les endroits où les pertes se sont produites. Au cours des deux dernières décennies, les scientifiques ont découvert qu’en fait un nombre limité de glaciers était responsable de plus de 70 pour cent du total des pertes de la calotte glaciaire. La nouvelle étude conclut que ces mêmes régions ont effectivement contribué à une partie importante – environ 40 pour cent – des pertes de glace du Groenland depuis des milliers d’années. Les chercheurs font remarquer qu’une autre étude récente a révélé des résultats similaires.
Indirectement, cette dernière étude ne concerne pas que le Groenland. Les chercheurs ont fait remarquer que des erreurs similaires pourraient concerner les estimations actuelles de perte de glace en Antarctique. Le problème est que l’Antarctique est beaucoup plus vaste que le Groenland. Bien qu’un réseau GPS existe sur ce continent, les capteurs sont très éloignés les uns des autres, ce qui signifie qu’il est beaucoup plus difficile de recueillir suffisamment de données pour effectuer le même type d’étude.
Source: The Washington Post.

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drapeau-anglaisA study recently published in the journal Science Advances finds that previous studies may have underestimated the current rate of mass loss on the Greenland ice sheet by about 20 billion tons per year.

Generally, scientists estimate ice loss in Greenland (and elsewhere around the world) using data from satellites. But the new study suggests these satellite studies may have included some incorrect assumptions, causing them to miscalculate the amount of mass actually disappearing from the ice sheet each year.

The assertion revolves around a concept known as « glacial isostatic adjustment, » or the tendency of land to bounce back after a large weight of ice has been removed from it. An important part of this effect is driven by the flowing of the Earth’s mantle. When a heavy weight, such as a huge ice sheet, forms on the Earth’s surface, the resulting high pressure causes the mantle to begin flowing out from underneath it. When the weight is removed, the mantle gradually begins to flow back into place.

Because satellite studies generally draw their conclusions about ice loss based on changes in the Earth’s surface, scientists must make corrections to account for this effect. The study points specifically to the measurements yielded by the GRACE satellites, a set of twin crafts that estimate ice loss based on changes in the pull of gravity as they orbit around the earth. What these satellites measure is mass change, but they can’t really tell the difference between ice mass and rock mass.

The study draws its conclusions using data from a network of GPS sensors placed around Greenland, which have helped detect how fast the earth there is springing back up. The researchers were able to use these recent measurements to estimate the rate at which land in Greenland has been moving back into place since the last ice age, which reached its peak more than 25,000 years ago.

When they compared these estimates to some of the models that have previously been used in reconstructions of Greenland’s glacial history, they found that the findings didn’t match up, leading them to conclude that the models’ assumptions about the flow of rock beneath Greenland were incorrect. These models have typically relied on standard assumptions about the way the Earth’s mantle flows in most parts of the world. However, the researchers suggest that millions of years ago, a hotspot changed the consistency of the mantle beneath Greenland, causing it to move in different ways. This hotspot still exists, but it has since migrated and currently resides beneath Iceland, where it’s historically been responsible for the high levels of volcanic activity in that country.

Without taking the influence of this hotspot into effect, the researchers suggest, previous models of Greenland’s behaviour were incorrect. So they created a modified model, tweaking its assumptions about the mantle so that the results were consistent with their GPS estimates. Then, they used the modified model to create a reconstruction of Greenland’s glacial history. First, the results suggest that satellite studies have been underestimating the current mass loss in Greenland by about 20 billion tons per year.

The reconstructed history was able to identify not only how much ice has been lost over the last few thousand years, but also where the losses have been coming from. Over the past two decades, scientists have found that a relatively small set of glaciers in Greenland are responsible for more than 70 percent of the ice sheet’s total losses. The new study finds that these same regions have actually been contributing to a hefty portion — about 40 percent — of Greenland’s ice losses for many thousands of years. And the researchers pointed out that another recent study found similar results over the last century.

The study doesn’t just raise questions about Greenland. The researchers have pointed out that some of the same problems could exist with the current estimates of ice loss in Antarctica. The problem is that Antarctica is so much bigger than Greenland. Although a GPS network exists there as well, the sensors are spaced much farther apart, meaning it may be much more difficult to gather enough data to conduct the same type of study.

Source: The Washington Post.

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Photos: C. Grandpey

Hausse de la sismicité sur le Teide (Tenerife / Iles Canaries) // Increase in seismicity on Teide volcano (Canary Islands)

drapeau-francaisL’information doit être prise avec des pincettes car elle provient de tabloïds britanniques qui sont connus pour leurs exagérations.
Dans deux articles, on peut lire que l’«on redoute qu’un énorme volcan sur l’île de Tenerife (autrement dit le Pic du Teide) entre en éruption après que 100 mini séismes aient été signalés pendant quatre heures dans la région ».
Il se confirme que l’Institut de Volcanologie des Iles Canaries (Involcan) a signalé une hausse significative de l’activité sismique dimanche après-midi. 92 petites secousses ont été enregistrées à Adeje et Vilaflor en l’espace de quatre heures, avec un événement de M 1,5. La plupart des secousses ont eu lieu à des profondeurs comprises entre 7 et 13 km, suscitant des craintes que le Teide puisse entrer en éruption.
Involcan a envoyé des équipes dans la région pour mesurer la quantité de dioxyde de carbone dans l’atmosphère à la suite des séismes. En fin de compte, le directeur d’Involcan a déclaré aux médias locaux qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter car l’activité sismique ne semble pas être liée à une activité volcanique sur l’île.
L’accroissement de l’activité sismique se produit quelques jours après qu’un chercheur d’Involcan ait indiqué que les îles Canaries pouvaient connaître une éruption volcanique tous les 40 ans (ce qui reste à démontrer !). Il a ajouté que la population locale devrait être éduquée en cas d’éruption.
La dernière éruption du Teide remonte à novembre 1909 et la dernière augmentation de l’activité sismique a été enregistrée en 2003, quand une fracture s’est ouverte sur le nord-est du volcan.
Source: Express & Daily Star.

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drapeau-anglaisThe piece of information needs to be taken into account very carefully as it is coming from British tabloids which are known for their exaggerations.

In two articles, we can read that “fears are mounting that a huge volcano on the island of Tenerife (i.e. Teide volcano) could erupt after nearly 100 mini earthquakes were reported in four hours in the region”.

Indeed, the Volcanology Institute of the Canary Islands (Involcan) reported a significant spike in seismic activity on Sunday afternoon. Some 92 microquakes were recorded in Adeje and Vilaflor in the space of four hours, with one M 1.5 event.  Most quakes took place at depths between 7 and 13 km, sparking fears Mount Teide could be about to erupt.

Involcan has sent teams to the area to measure the amount of carbon dioxide in the atmosphere following the quakes. In the end, the Involcan director told local media there was no reason for alarm as the quakes do not seem to be associated with any volcanic activity on the island.

The surge of activity comes days after an Involcan researcher warned the Canary Islands could experience a volcanic eruption every 40 years. He warned the local population must be educated about volcanoes.

Mount Teide last erupted in November 1909 and the last reported increase in seismic activity dates back to 2003 when a rift opened on the north-east of the volcano.

Source: Express & Daily Star.

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Photo: C. Grandpey

 

Disparition du lac à White Island (Nouvelle Zélande) // Disappearance of the lake at White Island (New Zealand)

drapeau-anglaisAu cours d’une visite à White Island le 1er octobre, une équipe de volcanologues a découvert que le lac avait complètement disparu dans le cratère. Le niveau du lac – dont la profondeur était d’environ 3 mètres – avait commencé à baisser le 24 septembre.

D’autres changements ont pu être observés. L’essentiel des gaz s’échappait d’une seule bouche située à l’arrière du cratère. L’émission de gaz de gaz était plus forte et plus bruyante qu’auparavant, quand il y avait plusieurs bouches.

La température de White Island est en baisse, passant de 300°C à 250°C.
La visite a révélé que White Island n’émettait plus de cendre. Le niveau d’alerte est maintenu à 1, signe d’une activité mineure. Les volcanologues pensent que les changements observés le 1er octobre ne sont pas inquiétants car la situation est relativement stable.
Auparavant, l’eau du lac s’était évaporée suite à une hausse de la température. Cette fois la cause est différente au vu de la baisse de la température. Selon les scientifiques, il est probable que l’eau s’est tout simplement évacuée d’elle-même.
Source: New Zealand Herald.

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drapeau-anglaisDuring a visit to White Island on October 1st, a team of volcanologists discovered that the lake had completely disappeared. The shallow lake was around 3 metres deep before the water level began dropping on September 24th.

Some other changes could be observed as well. Most of the gas was coming from only one joined vent at the back of the crater. The gas flow from this vent was stronger and noisier than it had been when it was flowing from more than one vent.

White Island’s temperature had dropped from 300°C to 250°C.

The visit revealed White Island was no longer releasing ash. The alert level remains at 1 – indicating minor unrest. The volcanologists think the changes observed on October 1st are not a cause for concern as the situation is quite stable.

The lake had evaporated before because of increasing temperatures in the vent. The latest findings implied a different cause for its disappearance, because the temperature of the vent was not decreasing. It is likely the water had simply drained away.

Source : New Zealand Herald.

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Vue du lac de White Island et de l’émission de gaz au fond du cratère.

(Photo: C. Grandpey)

Katla & Myrdalsjökull (Islande): Aucune explication de l’essaim sismique // No explanation for the seismic swarm

drapeau-francaisLa crise sismique qui a culminé vendredi sur le glacier Myrdalsjökull et le volcan Katla est maintenant terminée et la route qui avait été fermée – après la fin de l’essaim sismique! – a été rouverte à la circulation.
Le Conseil consultatif du Département de Protection Civile islandais s’est réuni lundi matin pour faire le bilan de l’activité sismique qui a commencé jeudi dernier.
Voici les principales conclusions du Conseil:
« L’événement sismique est le plus important enregistré sur le Katla depuis des décennies. L’activité sismique a diminué de façon spectaculaire, après avoir atteint un sommet vendredi.

La cause la plus probable de cette activité sismique est le mouvement du magma dans la croûte terrestre, mais aucune preuve de ce mouvement ne s’est manifesté à la surface du glacier.
L’épisode sismique semble être terminé.
L’activité sismique sur le Katla au cours des deux derniers mois a été nettement plus intense qu’au cours des dernières années. Il est difficile de savoir si l’activité se poursuivra ou si elle va continuer à diminuer. »
En d’autres termes, toute prévision est impossible, ce qui confirme nos limites dans ce domaine. Le Katla est un volcan bien surveillé, avec une batterie d’instruments sur et autour de ce volcan. Malgré tout cet équipement, les scientifiques islandais ont été incapables de détecter la cause de la sismicité des derniers jours.
Ce qui me surprend, c’est que si la sismicité à très faible profondeur (souvent une centaine de mètres) a été causée par une montée de magma, le tremor aurait réagi, ce qui n’est pas le cas. Par ailleurs, il y aurait probablement eu une augmentation des températures susceptible de provoquer des inondations des rivières qui sortent du glacier. Il est surprenant que le Conseil consultatif ne mentionne plus la possibilité de mouvements de fluides hydrothermaux. Enfin, il ne faudrait pas oublier que le volcan Katla se trouve sous un glacier et que les mouvements de la glace peuvent également avoir un effet sur les sismographes. Personne n’a encore mentionné le réchauffement climatique et la fonte du glacier. On sait que des effondrements se produisent à l’intérieur d’un glacier et peuvent, eux aussi, déclencher des essaims sismiques semblables à ceux provoqués par l’activité volcanique.

Affaire à suivre….

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drapeau-anglaisThe seismic crisis that peaked on Friday on Myrdalsjökull glacier and Katla volcano is now over and the road that had been closed – after the end of the seismic swarm! – has been reopened.

The Scientific Advisory Board of Iceland’s Civil Protection Department met on Monday morning to discuss the seismic activity which began last Thursday.

Here are theBoard’s main conclusions:

“The seismic event is the largest one in Katla for decades. Seismic activity has now decreased dramatically, having peaked in power on Friday.

The most likely reason for the seismic activity is magma movement in the earth’s crust, but no evidence of such movements has manifested itself on the surface of the glacier.

The seismic episode appears to be over.

Seismic activity in Katla over the last two months has been significantly greater than at any time over the last few years. It is unclear whether the activity will continue or if it will decrease even further.”

In other words, no prediction is possible, which shows once again our limits in this domain. Katla is a well controlled volcano, with a battery of instruments on it and around it. Despite all this equipment, Icelandic scientists were unable to detect the cause of the past seismicity.

What surprises me is that if the very shallow seismicity (often only 100 metres deep) was caused by some magma ascent, the tremor would have reacted to the phenomenon. Besides, there probably would have been an increase in temperatures likely to cause some flooding of the rivers that emerge from the glacier. It is surprising that the Scientific Advisory Board no longer mentions the possibility of hydrothermal fluid movements. At last, one should not forget that Katla volcano sits under a glacier and that movements of the ice may also have an effect on the seismographs. Nobody has yet mentioned global warming and the melting of the glacier. It is well known that collapses occur inside the glacier and may trigger seismic swarms, just like volcanic activity does.

Wait and see…

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Vue du Myrdalsjökull (Crédit photo: Wikipedia)