Mayotte : Sérieuses mesures de prévention // Mayotte: Serious prevention measures

Vous connaissez le proverbe française : Mieux vaut prévenir que guérir. Les autorités mahoraises semblent l’avoir bien compris et envisagent des mesures pour le cas où la situation sismique et volcanique évoluerait dans le mauvais sens. L’essaim sismique découvert à environ 5 à 15 km à l’est de Mayotte est pris très au sérieux par le gouvernement. D’importants moyens sont mis en oeuvre pour l’étudier alors que l’éruption sous-marine se poursuit à 50 km à l’est. Des études scientifiques et des actions de prévention à grande échelle vont ponctuer les prochains mois.

L’activité sismique a diminué ces derniers mois à Mayotte, à l’exception de deux séismes ressentis début janvier. Malgré tout, l’éruption sous-marine se poursuit et la sismicité également. On enregistre entre 25 à 40 séismes quotidiennement, avec des magnitudes généralement inférieures à M 3.5.

Les autorités sont toutefois préoccupées par l’essaim sismique découvert juste à côté des côtes mahoraises, à environ 5 km à l’est, entre 25 et 40 km de profondeur. Les scientifiques pensent que cette sismicité est d’origine volcanique, et l’hypothèse de conséquences pour Mayotte n’est pas écartée : intensification des secousses ? Seconde éruption plus proche des côtes, voire sur terre ? La volcanologie actuelle ne permet pas d’aller plus loin dans les prévisions.

Pour parfaire les connaissances scientifiques de ce phénomène encore bien mystérieux, l’Etat français a décidé de renforcer le réseau de surveillance. Comme je l’ai indiqué précédemment, des scientifiques compétents vont être recrutés pour surveiller la sismicité 24 heures sur 24 Des moyens maritimes sont aussi prévus. Le Marion-Dufresne sera de retour fin avril ou début mai. Un navire privé devrait être également affrété pour d’autres études. Les capteurs de fond de mer seront modernisés pour fournir des données en temps réel. A terre, on va contrôler plus étroitement les émissions de CO2.

La sécurité civile élabore de son côté avec les scientifiques une échelle d’alerte afin de prévenir le préfet, et à travers lui la population, de tout risque éventuel. Par exemple, le rectorat va élaborer un programme pour que les élèves acquièrent, dès le début de leur scolarité, les bons gestes en cas d’alerte sismique. A plus grande échelle, la préfecture a planifié des exercices d’évacuation dans plusieurs communes de Mayotte. L’objectif est de “permettre à la population de savoir ce qu’elle doit faire si un risque nous menace sur la côte est” et de “lui donner un certain nombre de repères.” L’île sera par ailleurs équipée en sirènes d’alerte dès octobre 2020 pour alerter sur le risque tsunami.
Source : Journal de Mayotte.

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You know the French proverb: Prevention is better than cure. The Mahoran authorities seem to have understood this well and are considering measures in the event of a dangerous evolution of the seismic and volcanic activity. The seismic swarm discovered about 5 to 15 km east of Mayotte is taken very seriously into account by the government. Significant means are used to study it while the underwater eruption continues 50 km to the east. Large-scale scientific studies and preventive actions will punctuate the coming months.
Seismic activity has decreased in recent months in Mayotte, with the exception of two earthquakes felt in early January. However, the underwater eruption continues and so does the seismicity. Between 25 and 40 earthquakes are recorded daily, with magnitudes generally less than M 3.5.
Authorities are concerned, however, about the seismic swarm discovered just off the coast of Mayotte, about 5 km east, between 25 and 40 km deep. Scientists believe that this seismicity has a volcanic origin, and the hypothesis of consequences for Mayotte is not ruled out: intensification of tremors? Second eruption closer to the coast, or even on land? Current volcanology does not allow us to go further in the prediction.
To improve scientific knowledge of this very mysterious phenomenon, the French State has decided to strengthen the surveillance network. As I mentioned earlier, competent scientists will be recruited to monitor seismicity 24 hours a day. Maritime means are also planned. The Marion-Dufresne will be back in late April or early May. A private ship should also be chartered for other studies. Sea bottom sensors will be modernized to provide real-time data. On land, scientists will monitor CO2 emissions more closely.
Civil security, for its part, is developing an alert scale with the scientists in order to warn the prefect, and through him the population, of any possible risk. For example, the rectorate will develop a program so that students may acquire, from the start of their schooling, the right gestures in the event of an earthquake alert. On a larger scale, the prefecture has planned evacuation exercises in several municipalities in Mayotte. The objective is to “allow the population to know what to do if a risk threatens us on the east coast” and “to give it a certain number of benchmarks.” The island will also be equipped with sirens from October 2020 to warn of the tsunami risk.
Source: Journal de Mayotte.

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion). Pas d’éruption en vue // No eruption in the short term

Le dernier bulletin mensuel de l’OVPF pour janvier 2020 confirme ce que j’ai écrit précédemment à propos du Piton de la Fournaise. Une reprise de la sismicité a été observée sous le volcan au cours de la première quinzaine de janvier (voir graphique ci-dessous) avec 258 séismes volcano-tectoniques superficiels enregistrés sous les cratères sommitaux entre le 1er et le 16 janvier 2020. Deux crises sismiques de courte durée et de courte intensité ont eu lieu les 7 et 12 janvier. Ces crises sismiques ont fait croire à beaucoup qu’une nouvelle éruption était « imminente. » Malheureusement pour eux, la sismicité a décliné entre le 17 et le 31 janvier et l’émotion a parallèlement chuté parmi les volcanophiles réunionnais.

Un espoir d’éruption subsistait, car une reprise de l’inflation de l’édifice volcanique accompagnait l’a hausse de la sismicité. Ce gonflement avait débuté fin décembre 2019 et s’est poursuivi en janvier 2020. L’OVPF a expliqué que le phénomène était lié à une mise en pression du réservoir magmatique superficiel localisé à 1,5-2 km de profondeur sous le sommet. Toutefois, aucune déformation rapide de la surface du sol n’a été enregistrée lors des deux courtes crises sismiques des 7 et 12 janvier, ce qui montrait que le magma n’avait pas quitté le réservoir magmatique superficiel. Depuis le 18 janvier 2020, on observe un ralentissement de l’inflation et avec lui s’éloigne l’espoir d’une éruption à court terme.

S’agissant des émissions gazeuses, le flux de CO2 dans le sol en champ lointain est resté à un niveau relativement bas. La période qui a suivi l’éruption du 25 au 27 octobre 2019 a été marquée par une augmentation du CO2dans le sol. La dernière mise à jour mensuelle indique que le flux de CO2 dans le sol continue d’augmenter, atteignant maintenant des valeurs intermédiaires-élevées.

L’OVPF conclut son rapport en indiquant que «  la présence d’une sismicité profonde et de sources de déformation plus profondes indiquent pour la dernière quinzaine de janvier 2020 un nouvel épisode de réalimentation profonde n’ayant pas encore forcément atteint le réservoir superficiel. »

Source : OVPF.

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OVPF confirms in its last monthly bulletin for January 2020 what I wrote previously about Piton de la Fournaise. A resumption of seismicity was observed under the volcano during the first fortnight of January (see graph below) with 258 surface volcano-tectonic earthquakes recorded under the summit craters between January 1st and 16th, 2020. Two seismic crises of short duration and intensity took place on January 7th and 12th. These seismic crises led many to believe that a new eruption was « imminent. » Unfortunately for them, seismicity declined between January 17th and 31st and the emotion declined at the same time among the Reunionese volcanophiles.

However, the hope for an eruption remained, as a resumption of inflation of the volcanic edifice accompanied the increase in seismicity. This swelling began in late December 2019 and continued in January 2020. OVPF explained that the phenomenon was linked to the pressurization of the surface magmatic reservoir located 1.5-2 km deep below the summit. However, no rapid deformation of the surface was recorded during the two short seismic crises of January 7th and 12th, which showed that magma had not left the shallow reservoir. Since January 18th, 2020, there has been a slowdown in inflation and with it the hope of a short-term eruption has faded.

Regarding gaseous emissions, the CO2 flow in the far field remained at a relatively low level. The period following the eruption from October 25th to 27th, 2019 was marked by an increase in CO2 in the soil. The latest monthly update indicates that the CO2 emissions in the soil continue to increase, now reaching intermediate-high values.

OVPF concludes its report by indicating that “the presence of deep seismicity and deeper sources of deformation indicate for the last fortnight of January 2020 a new episode of deep magma recharge which has not yet necessarily reached the shallow reservoir.  »

Source: OVPF.

Histogrammes représentant le nombre de séismes volcano-tectoniques superficiels (en haut) et profonds (en bas) enregistrés en janvier 2020 (Source : OVPF)

Illustration de la déformation en janvier 2020 (Source : OVPF)

Vulcano (Iles Eoliennes / Sicile): L’éruption de 1888

Il y a quelque temps, mon ami sicilien Santo Scalia a mis en ligne sur Facebook un excellent article qui décrit la dernière éruption à Vulcano (Iles Eoliennes / Sicile) en 1888.

http://ilvulcanico.it/lultima-eruzione-di-vulcano-131-anni-fa/?fbclid=IwAR1v9HbC87XadkkSmdKc5SwiLqPnyVLRBLXgMRaH9ryitg1ZrXC10waJD

Comme le fait remarquer très justement Santo, le Vulcano n’est pas le volcan italien le plus populaire. Aux yeux des touristes, il est devancé par le Vésuve, l’Etna, le Stromboli, voire les Champs Phlégréens. La Fossa di Vulcano est pourtant un site volcanique très intéressant sur lequel j’ai effectué des recherches dans les années 1990. Les résultats de mon travail ont fait l’objet d’un mémoire que l’on peut se procurer auprès de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.).

Il y a 131 ans, dans la nuit du 2 au 3 août 1888, le Vulcano s’est réveillé, avec des grondements accompagnés de séismes, tandis qu’un épais panache de gaz et de cendre traversé par des éclairs s’élevait au-dessus du cratère, avec des retombées de matériaux sur toute l’île.  

On trouve une très intéressante description de l’éruption dans un ouvrage intitulé L’eruzione di Vulcano del 1888-1890 nelle Isole Eolie, publié par Guglielmo Manitta en 2018.

On y apprend que les anciens Grecs appelaient l’île Ἰερά – sacrée – car c’était pour eux le siège de l’atelier du dieu Héphaïstos, le Vulcain des Romains. Les éruptions du volcan sont connues depuis l’Antiquité. Thucydide (au 5ème siècle av. J.-C.), Aristote, Théophraste, Callias en font état dans leurs écrits.

Pline explique que peu de temps avant son époque, au milieu des îles Éoliennes, une nouvelle île était née et que la troisième année de la 163ème Olympiade – c’est-à-dire en 126 avand J.C. – une autre était apparue.
On ne sait que peu de choses sur les siècles du premier millénaire. Au 7ème siècle, l’abbé irlandais San Adamnàn écrivit un ouvrage intitulé De Locis Sanctis (Les Lieux Saints) dans lequel, citant le témoignage de l’évêque français Arculf, il parlait d’une activité éruptive du volcan.
Vers 943, des voyageurs arabes ont  mentionné l’île de Vulcano. Par exemple, Al-Masûdî, originaire de Bagdad, a écrit une œuvre intitulée Murûg ad-dahab dans laquelle il mentionne le «Gabal al burkân (Mont de Vulcano) qui jette le feu, en même temps que [d’autres] matériaux et de grands corps. […] L’île nommée «al-Burkân» est l’atîmah (le cratère) qui projette des «corps enflammés ressemblant à des hommes sans tête» (sic!).

Un historien originaire de Sciacca nous apprend que Thermessa (ou Therasia), autre nom sous lequel était connue l’île de Vulcano dans le passé, connaissait de l’activité volcanique en 1444. Il explique aussi que l’île de Vulcanello – qui s’est formée au deuxième siècle avant notre ère et qui était à l’origine séparée de Vulcano par une étroite bande de mer navigable – était déjà raccordée à sa voisine au 15ème siècle.
Au moins huit autres épisodes éruptifs se sont produits aux seizième, dix-septième et dix-huitième siècles. Au dix-neuvième siècle, certaines phases d’activité fumerolienne plus intenses ont été observées. Elles ont abouti à l’éruption qui a duré d’août 1888 à mars 1890.

Les autorités romaines ont envoyé Orazio Silvestri (professeur de géologie et de minéralogie à l’Université de Catane) et Giuseppe Mercalli (alors professeur de vulcanologie et de sismologie à l’Université de Naples) étudier cette éruption. En collaboration avec Giulio Grablovitz (directeur de l’observatoire de Casamicciola à Ischia) et de Clerici, chef des ingénieurs civils de Messine, ils ont rédigé un ouvrage intitulé Le eruzioni dell’Isola di Vulcano, incominciate il 3 agosto 1888 e terminate il 22 marzo 1890.

Au cours de cette dernière éruption, l’activité du cratère – baptisé la Fossa – a consisté en de puissantes émissions de cendres, de scories et de bombes à quelques heures d’intervalle. Elle était si caractéristique que l’on a donné le nom d’ « éruption vulcanienne » à des manifestations d’activité éruptive similaire sur d’autres volcans de la planète.

Pendant l’éruption (qui a duré 19 mois et autant de jours), on a observé deux phases séparées par quelques semaines de calme absolu: une première phase, caractérisée par une activité plus intense, a duré environ trois jours, du 3 au 5 août.1888; la seconde, à partir du 18 du même mois, s’est terminée le 22 mars 1890 et a présenté une activité plus modérée, avec de brèves périodes de calme.
À la fin de l’éruption, Émile Chaix (alors professeur de géographie générale et de géographie physique à Genève) a photographié l’intérieur du cratère qui était toujours en train de fumer.
Aujourd’hui, Vulcano ne présente plus qu’une activité fumerollienne – avec de très belles concrétions de soufre – plus intense le long de certaines fractures qui parcourent la lèvre sud-ouest du cratère. Dans les années 1990, quand j’ai effectué mon travail d’observation, leur température oscillait entre 300e et 400°C.

Au moment de la dernière éruption, l’île était peu habitée. Une colonie de détenus était également présente ; ces hommes purgeaient leurs peines en extrayant du soufre et de l’alun. L’entrée de ces mines est encore visible, mais il est dangereux de s’y aventurer.
Ces activités ont été fortement compromises suite à l’éruption de la fin du 19ème siècle. De gros blocs ont atteint la zone de plaine autour du port où des maisons et des installations d’extraction ont été endommagées.

Photo prise par Orazio Silvestri et montrant l’éruption le 20 août 1888 (Source :Libreria Trippini Sergio)

Bombe « en croûte de pain » projetée par la dernière éruption

Vue du cratère de la Fossa aujourd’hui

Fumerolles sur la lèvre du cratère

 Concrétion de soufre dans le cratère

 Entrée d’une galerie d’extraction de l’alun

                                                                  Vulcanello

(Photos: C. Grandpey)

 

Ça tremble et ça gonfle sur la Péninsule de Reykjanes (Islande) // Seismicity and uplifting on Reykjanes Peninsula (Iceland)

L’activité sismique se poursuit aux environs de Grindavík, sur la Péninsule de Reykjanes, comme le montre la carte de l’IMO ci-dessous.
Depuis le 21 janvier 2020, plus de 1 000 événements sismiques ont été enregistrés dans la région, dont 700 le week-end dernier. La plupart se situent sur une ligne SO / NE à environ 2 km au nord-est de Grindavík.
La plus forte secousse s’est produite le 31 janvier au soir, avec une magnitude de M 4,3. Deux autres secousses d’une magnitude supérieure à M 3,0 ont été enregistrés le 2 février.
Les dernières données GPS montrent que l’inflation à l’ouest du Mt Þorbjörn continue. Elle atteint désormais plus de 4 cm depuis le 20 janvier. Les scientifiques de l’IMO pensent qu’avec l’inflation en cours, il faut s’attendre à la poursuite de l’activité sismique. Selon le Bureau, l’explication la plus probable de l’inflation et de la sismicité est une intrusion magmatique à une profondeur de 3 à 9 km, juste à l’ouest du Mt Þorbjörn. Il y a de fortes chances pour que l’activité sismique cesse sans que l’on observe une éruption.
Source: Icelandic Met Office.

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Seismic activity continues in the vicinity of Grindavík, on the Reykjanes peninsula, as can be seen on the IMO map below.

Since January 21st, 2020, over 1,000 earthquakes have been detected in the area, 700 of which occurred over last weekend. Most of them are located in a SW/NE line around 2 km northeast of Grindavík.

The largest earthquake occurred on January 31st in the evening, with a magnitude of M 4.3. Two other quakes with a magnitude above M 3.0 hit on February 2nd.

The latest GPS data show that the uplift west of Þorbjörn is still ongoing. It now amounts to more than 4 cm since January 20th. IMO scientists think that with the ongoing uplift more seismic activity is to be expected. According to the Office, the most likely explanation of the uplift and earthquake activity is that there is a magma intrusion at a depth of 3-9 km, just west of Mount Þorbjörn. Most likely, this activity will stop without any volcanism.

Source: Icelandic Met Office.

Source: IMO