Prévision et prévention volcaniques // Volcanic prediction and prevention

Prévision et prévention volcaniques sont au coeur de la conférence que je présente aujourd’hui à Orléans dans le cadre des Amis de l’UTL (voir ma note du 8 janvier). Les derniers événements montrent qu’il reste beaucoup à faire dans ces deux domaines, surtout lorsque des populations sont impliquées.

Le Piton de la Fournaise a beau être truffé d’instruments gérés par un observatoire compétent, on se rend bien compte que la prévision éruptive reste très aléatoire. Dans le cas de ce volcan, ce n’est pas très grave car les zones envahies par les coulées de lave sont la plupart du temps inhabitées et se situent à l’intérieur de l’Enclos Fouqué. Le problème d’évacuation de populations ne se pose donc pas. Lorsque la lave déborde à l’extérieur de l’Enclos, la situation devient tout de suite plus délicate à gérer, même si les zones habitées ne présentent pas une forte démographie. En 1977, une coulée a débordé de l’Enclos et est entrée dans le village de Piton Sainte-Rose en détruisant plusieurs bâtiments. A la Réunion, on a affaire à des coulées de lava basaltique, typiques des volcans de points chauds, et la mise en sécurité de la population peut se faire sans précipitation excessive.

L’éruption en cours sur le Taal aux Philippines est bien différente. Elle met parfaitement en évidence les problèmes liés à la prévision et la prévention volcaniques. L’éruption a débuté brutalement et aucune évacuation préalable de la population de Volcano Island et des abords du Taal Lake n’a été décidée. La mise en sécurité des 6000 habitants de l’île s’est faite dans l’urgence. L’aéroport international de Manille a été fermé au dernier moment à cause de la cendre. Le trafic a repris, mais personne ne sait comment la situation éruptive va évoluer. L’histoire du volcan montre qu’il a un pouvoir de destruction considérable (Voir ma dernière note à ce sujet). Les autorités mettent en application le principe de précaution, ce qui, à mes yeux, est une sage décision. Le problème est le relogement des personnes évacuées car un long séjour dans des structures provisoires pose inévitablement des problèmes d’hygiène et de promiscuité.

Pour le moment, les internautes s’esbaudissent devant les superbes images de l’éruption du Taal mises en ligne sur les réseaux sociaux. Quand l’éruption sera terminée, il y a de fortes chances pour que des scientifiques nous en expliquent le processus, mais cela se fera APRÈS l’événement, alors qu’il aurait fallu savoir ce qui se passait dans les profondeurs de la Terre AVANT le déclenchement de l’éruption !

Pour mémoire, voici les dernier bilans: 2010: Merapi: 353 morts; 2014: Ontake: 57 morts et 6 disparus; 2018: Fuego: 332 morts officiellement, mais un millier en réalité; 2018: Krakatau: 437 morts; 2019; White Island: 18 morts et 2 disparus. A noter que ces éruptions ont toutes eu lieu sur des volcans explosifs de la Ceinture de Feu du Pacifique.

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Volcanic prediction and prevention are at the heart of the conference I am presenting today in Orléans as part of the Amis de l’UTL. The latest events show that much remains to be done in these two areas, especially when people are involved.

Although Piton de la Fournaise is covered with instruments managed by a competent observatory, we realize that eruptive prediction remains very uncertain. In the case of this volcano, it is not very important because the areas invaded by lava flows are mostly uninhabited and are located inside the Enclos Fouqué. The problem of evacuation of populations therefore does not arise. When the lava overflows outside the Enclos, the situation immediately becomes more difficult to manage, even if the inhabited areas do not have a high demography. In 1977, a flow travelled beyond the Enclos and entered the village of Piton Sainte-Rose, destroying several buildings. On Reunion Island, an eruption consists of basalt lava flows, typical of hot spot volcanoes, and sprotecting the population can be done with no real hurry.

The current eruption of Taal Volcano in the Philippines is very different. It highlights the problems related to volcanic prediction and prevention. The eruption started suddenly and no prior evacuation of the population of Volcano Island and the surrounding area of ​​Taal Lake was decided. The 6,000 inhabitants of the island were brought to safety in an emergency. Manila International Airport was closed due to the ash. The traffic has resumed, but nobody knows how the eruptive situation will develop. The history of the volcano shows that it has a considerable destructive power (See my last note on this topic). The authorities are applying the precautionary principle, which, in my opinion, is a wise decision. The problem is the rehousing of evacuees because a long stay in temporary structures inevitably poses problems of hygiene and promiscuity.

For the moment, Internet users are admiring the images posted online on social networks. When the eruption is over, it is highly likely that scientists will explain the process to us, but it will be AFTER the event, whereas we should have known what was going on in the depths of the Earth BEFORE the start of the eruption!

For the record, here are the latest death tolls: 2010: Merapi: 353 dead; 2014: Ontake: 57 dead and 6 missing; 2018: Fuego: 332 dead officially, but a thousand in reality; 2018: Krakatau: 437 dead; 2019; White Island: 18 dead and 2 missing. Note that these eruptions all took place on explosive volcanoes of the Pacific Ring of Fire.

Piton de la Fournaise (Photo: C. Grandpey)

Taal (Source: Wikipedia)

 

Eruption sur l’Ile Fernandina (Galapagos / Equateur)! // Eruption on Fernandina Island (Galapagos / Ecuador)!

C’est la loi des séries ! Après l’éruption du Taal (Philippines) et l’agitation du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion), c’est au tour du volcan La Cumbre, sur l’île inhabitée de Fernandina aux Galapagos (Equateur) de s’offrir en spectacle. Comme d’habitude dans cette partie du globe, l’éruption qui a débuté le 12 janvier 2020 consiste en émissions de lave basaltique fluide. Selon les dernières informations, une fissure s’est ouverte le long du flanc sud-est du volcan et une coulée de lave descend vers la côte.

On connaît la valeur écologique de l’île Fernandina car ses écosystèmes abritent des espèces uniques telles que des iguanes terrestres et marins, des serpents, des rats endémiques, des cormorans et des pingouins.

S’agissant de la sismicité, un événement de M 4,7 a été enregistré à 16h42 (heure locale) le 12 janvier 2020 et a été suivi de 29 répliques de magnitude inférieure à M 3,1.

La précédente éruption de La Cumbre a eu lieu du 16 au 18 juin 2018.

Source : Parc National des Galapagos.

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It’s the law of series! After the eruption of Taal (Philippines) and the unrest at Piton de la Fournaise (Reunion Island), it is up to La Cumbre volcano, on the uninhabited island of Fernandina in Galapagos (Ecuador) to offer a volcanic show. As usual in this part of the globe, the eruption – which started on January 12th, 2020 – consists of the emission of fluid basaltic lava. According to the latest information, a fissure opened along the south-eastern flank of the volcano and a lava flow is dtravelling towards the coast.
Fernandina Island has a ligh environmental value because its ecosystems are home to unique species such as land and marine iguanas, snakes, endemic rats, cormorants and penguins.
Regarding seismicity, an M 4.7 event was recorded at 4:42 p.m. (local time) and was followed by 29 aftershocks with a magnitude less than M 3.1.
The previous La Cumbre eruption took place from June 16th to 18th, 2018.
Source: Galapagos National Park.

Volcan La Cumbre vu depuis l’ISS (Source : NASA)

Volcan Taal (Philippines) : Un sacré pétard ! // A very dangerous explosive volcano

Il va falloir suivre avec attention l’évolution de l’éruption du Taal car l’histoire du volcan montre qu’il peut être particulièrement méchant. Voici un résumé de ce que j’écrivais dans mon livre « Killer Volcanoes », aujourd’hui épuisé.

Plusieurs évents éruptifs parsèment le fond du Lac Taal au centre duquel se dresse Volcano Island. Cette île, d’un diamètre d’environ cinq kilomètres, a été le siège des dernières éruptions.

Une population importante s’est installée autour du Lac Taal, facile d’accès depuis la capitale, et très prisé des Philippins qui apprécient sa beauté. De plus, de nombreuses fermes d’élevage de poissons ont envahi les lieux de sorte que l’île voit sa population augmenter régulièrement, malgré l’interdiction d’installation de structures permanentes décrétée par le PHILVOCS.

L’éruption de 1911 est la plus meurtrière de l’histoire du Taal. Précédées d’une forte sismicité,  de violentes explosions précèdent l’éruption proprement dans l’évent central du volcan avec de puissants épisodes explosifs phréatiques. Le vacarme des détonations est perçu à 500 kilomètres. Elles sont accompagnées de surges ou déferlantes basales qui  entraînent la mort de 1334 personnes. La cendre retombe en abondance sur les villages situés autour de la caldera. La couche atteint une épaisseur de 25 à 80 cm. Poussée par le vent, elle arrive jusqu’à Manille.

L’éruption de 1965 se produit dans le secteur du cône Tabaro, petit évent adventif sur le flanc sud-ouest de l’île. Elle débute le 28 septembre par des explosions modérées qui deviennent phréatomagmatiques et particulièrement violentes. La nouvelle bouche éjecte des matériaux jusqu’à 20 kilomètres d’altitude. Il ne fait aucun doute que l’on assiste à une redoutable éruption plinienne qui s’accompagne de déferlantes basales extrêmement rapides qui se déplacent jusqu’à 4 km de distance et déclenchent des tsunamis. Des villages sur les berges du lac sont détruits et deux cents personnes périssent dans le cataclysme.

La dernière éruption de 1977 débute le 3 octobre dans la partie nord-est du cratère formé en 1976. On observe de faibles émissions de cendre qui incitent les autorités à faire évacuer la population de l’île bien que cette activité explosive soit relativement modérée. Le panache le plus haut s’élève à seulement cinq cents mètres au-dessus du volcan. Aucune victime n’est à déplorer.

Ces différents événements expliquent les appels à la prudence et les mises en garde du PHIVOLCS. Déferlantes basales et tsunamis font partie de l’histoire du Taal et sont appelés à se reproduire un jour ou l’autre.

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Situation le 13 janvier 2020 à 7 heures (heure française): Le dernier bulletin du PHIVOLCS indique que l’éruption du Taal continue et que la sismicité reste élevée, ce qui traduit la poursuite de l’intrusion magmatique sous l’édifice volcanique.

Malgré l’éruption, l’aéroport international de Manille, situé à 65 km du volcan, a repris ses activités. Il est toutefois demandé aux passagers de s’assurer auprès de leurs compagnies que les vols sont maintenus.

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12 heures : Dans sa dernière mise à jour de16 heures- heure locale (9 heures – heure française), le PHIVOLCS indique qu’après un bref déclin de l’activité, l’éruption du Taal a repris de plus belle avec de petites  fontaines de lave sporadiques et une activité phréato-magmatique dans le Cratère Principal. Elle a généré des panaches de vapeur et de cendre d’environ 2 km de hauteur. De nouvelles bouches éruptives se sont ouvertes sur le flanc nord, donnant naissance à des fontaines de lave de 500 mètres de hauteur.
Depuis la dernière mise à jour, d’importantes retombées de cendre ont affecté plusieurs zones au sud-ouest de Volcano Island.
Le PHIVOLCS rappelle au public que cette cendre peut causer des problèmes de santé. Il est conseillé à la population d’éviter l’inhalation de la cendre et d’utiliser des masques ou un chiffon humide pour se rendre à l’extérieur des maisons. Les automobilistes doivent conduire avec une extrême prudence car la cendre peut entraîner une mauvaise visibilité et, lorsqu’elle est mouillée, rendre les routes glissantes.
La sismicité reste élevée avec plusieurs événements ressentis par la population. Comme je l’ai expliqué précédemment, une telle activité sismique intense correspond probablement à la poursuite d’une intrusion magmatique sous l’édifice volcanique, avec le risque d’une activité éruptive plus intense.

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The evolution of the Taal eruption will have to be monitored carefully because the history of the volcano shows that it can be particularly nasty. Here is a summary of what I wrote in my book « Killer Volcanoes« , now out of print.

Several eruptive vents dot the bottom of Taal Lake at the centre of which stands Volcano Island. This island, about five kilometres in diameter, has been the site of the latest eruptions.
A large population settled around Lake Taal, easily accessible from the capital, and very popular with Filipinos who appreciate its beauty. In addition, many fish farms have invaded the area so that the population of the island increased regularly, despite the ban on the installation of permanent structures decreed by PHILVOCS.

The 1911 eruption was the deadliest in the history of Taal. Preceded by strong seismicity, violent explosions preceded the eruption itself in the central vent of the volcano with powerful phreatic explosive episodes. The noise of detonations could be heard 500 kilometres away. They were accompanied by surges which caused the deaths of 1334 people. Huge amounts of ash fell in on the villages located around the caldera. The layer was up to 25 to 80 cm thick. Pushed by the wind, it reached Manila.

The 1965 eruption occurred in the area of ​​the Tabaro cone, a small adventive vent on the southwest flank of the island. It began on September 28th with moderate explosions which became phreatomagmatic and particularly violent. The new vent ejected materials up to 20 km a.s.l. It was undoubtedly a dreadful plinian eruption accompanied by extremely rapid surges that travelled as far as 4 km and triggered tsunamis. Villages on the banks of the lake were destroyed and two hundred people perished in the disaster.

The last eruption of 1977 began on October 3rd in the northeastern part of the crater formed in 1976. There were low ash emissions which incited the authorities to evacuate the population of the island although this explosive activity was relatively moderate. The tallest plume rose five hundred metres above the volcano. No casualties were reported.

These various events explain PHIVOLCS’ calls to caution and  warnings. Surges and tsunamis are part of the history of Taal Volcanoand are bound to happen again sooner or later.

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Latest news at 7 a.m. (French time): The latest PHIVOLCS bulletin indicates that the Taal eruption continues and that seismicity remains elevated, which indicates magmatic intrusion is going on beneath the volcanic edifice.
Despite the eruption, Manila International Airport, located 65 km from the volcano, has resumed operations. Passengers are however requested to check with their companies to ensure that flights are maintained.

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Midday noon: In its 4 p.m. update, PHIVOLCS indicates that after a brief waning of activity, Taal’s eruption resumed immediately with weak sporadic lava fountaining and phreatomagmatic activity at the Main Crater that generated steam-laden plumes approximately 2 km tall. New lateral vents have opened up on the northern flank releasing 500m lava fountains.

Since the last update, heavy ashfall from the ongoing eruptions of Taal has reportedly fallen in several areas southwest of the volcano island.

PHIVOLCS reminds the public that ashfall can cause health problems. Affected populations are advised to avoid inhalation of ash and use facemasks or wet cloth or towel when going outdoors. Motorists are advised to drive with extreme caution as ash can cause poor visibility and, when wet, can make roads slippery.

Seismicity is still high with several events felt by the population. As I put it before, such intense seismic activity probably signifies continuous magma intrusion beneath the Taal edifice, which may lead to more intense eruptive activity.

Crédit photo: Wikipedia

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Toujours pas d’éruption ! // Still no eruption!

Dans son dernier bulletin du 13 janvier 2020, l’OVPF indique que suite à la courte crise enregistrée le 7 janvier dernier, l’activité sismique s’est poursuivie sous le Piton de la Fournaise avec 8, 9, 11 et 1 séismes volcano-tectoniques superficiels enregistrés sous les cratères sommitaux les 8, 9, 10 et 11 janvier.

Une nouvelle crise sismique a été enregistrée le 12 janvier sous la zone sommitale du volcan avec 41 événements superficiels. Au total, 51 séismes ont été enregistrés au cours de cette même journée.

Aucune déformation rapide de la surface du sol n’a été enregistrée au cours de cette crise, ce qui montre que le magma n’a pas quitté le réservoir magmatique superficiel qui continue toutefois à se pressuriser comme le montre la poursuite de l’inflation de l’édifice.

L’OVPF précise que ce processus de pressurisation peut durer plusieurs jours à plusieurs semaines avant que de déclenche une éruption. Il peut aussi s’arrêter sans donner lieu à brève échéance à une éruption.

L’éruption n’était donc pas aussi « imminente » que cela. Les « fous furieux du volcan » vont devoir faire preuve de patience…

Source : OVPF.

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In its latest bulletin of January 13th, 2020, OVPF indicates that following the short crisis recorded on January 7th, seismic activity continued beneath Piton de la Fournaise with 8, 9, 11 and 1 shallow volcano-tectonics earthquakes recorded under the summit craters on January 8, 9, 10 and 11.
A new seismic crisis was recorded on January 12th under the summit area with 41 shallow events. A total of 51 earthquakes were recorded during that same day.
No rapid deformation of the soil surface was recorded during this crisis, which shows that magma has not yet left the surface reservoir which continues to pressurize as shown by the continued inflation of the edifice.
OVPF specifies that this pressurization process can take several days to several weeks before triggering en eruption. It can also stop with no eruption in the short term.
This means that an eruption was not really « imminent » and « the crazy folks of the volcano » will have to be patient …
Source: OVPF.

Photo: C. Grandpey