Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde :

En Alaska, des signes d’activité éruptive sont toujours enregistrés sur le Gareloi (Aléoutiennes). La sismicité reste élevée. De petites émissions de vapeur sont identifiées sur les images webcam et satellite. Le niveau d’alerte volcanique reste à Advisory (surveillance conseillée – niveau 2 sur une échelle de quatre niveaux) et la couleur de l’alerte aérienne reste au Jaune (niveau 2 sur une échelle à quatre couleurs).

Toujours en Alaska, une lente émission de lave se poursuit dans le cratère sommital du Great Sitkin (îles Andreanof). Les émissions de vapeur sont visibles sur les images satellite et la webcam. Le niveau d’alerte volcanique reste à Watch (Vigilance – niveau 3 sur une échelle de quatre niveaux) et la couleur de l’alerte aérienne reste à l’Orange.
Source : AVO.

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Dans une mise à jour (20 février 2024), le Met Office islandais indiquait que les modélisations montrent que l’accumulation de magma dans la région de Svartsengi (péninsule de Reykjanes / Islande) atteindra fin février ou début mars un niveau semblable à ce qu’il était avant la dernière éruption. Une nouvelle éruption sera alors susceptible de se produire.

Dans un nouveau bulletin émis le 22 février, le Met Office confirme que l’éruption pourrait avoir lieu « dès la semaine prochaine » (entre le 26 février et le 4 mars). Les scientifiques islandais déconseillent fortement de rester dormir à Grindavik car les éruptions se produisent pratiquement sans prévenir, seulement une demi-heure ou une heure avant leur déclenchement.

Eruption du 8 février 2024 (image webcam)

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En Indonésie, l’éruption du Dukono (Halmahera) se poursuit. Les panaches de cendres s’élèvent généralement de 150 à 750 m au-dessus du sommet. Le niveau d’alerte reste à 2 (sur une échelle de 1 à 4) et le public est prié de rester en dehors de la zone d’exclusion de 2 km.

Toujours en Indonésie, l’éruption au niveau du cratère Laki-laki du Lewotobi (île de Florès) se poursuit. La coulée de lave sur le flanc NE est toujours active. Elle a progressé de 100 m du 3 au 20 février pour atteindre une longueur totale de 4,2 km. Un survol de drone le 20 février a confirmé la position du front de coulée. Le niveau d’alerte reste à 3 (niveau 2 sur une échelle de 1 à 4) et le public est prié de rester en dehors de la zone d’exclusion.

L’éruption du Merapi (île de Java) se poursuit. La sismicité reste à des niveaux élevés. Le dôme de lave SO produit de nombreuses avalanches qui dévalent les flancs S et SO jusqu’à 1,7 km de distance. Plusieurs coulées pyroclastiques ont également été observées. Les changements morphologiques du dôme de lave sud-ouest sont dus aux effondrements de matériaux. La dernière température la plus élevée enregistrée sur le dôme est de 254,3°C, inférieure à la température relevée précédemment. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 1 à 4) et le public est prié de rester à une distance de 3 à 7 km du sommet, en fonction des secteurs.

Toujours à Java, l’activité éruptive se poursuit sur le Semeru avec des panaches de cendres s’élevant de 400 à 1 000 m au-dessus du sommet. Le niveau d’alerte reste à 3 sur une échelle de 1 à 4.
Source : CVGHM.

Photo: C. Grandpey

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Le CENAPRED indique que l’activité éruptive se poursuit sur le Popocatépetl (Mexique). Des panaches de vapeur et de gaz sont souvent observés, avec parfois de petites quantités de cendres. Les panaches peuvent s’élever jusqu’à 6 km au-dessus du niveau de la mer, avec des retombée sur certaines localités. Le niveau d’alerte reste au Jaune, Phase 2 et le public est prié de rester à 12 km du cratère.
Voici une vidéo montrant un épisode éruptif du Popocatepetl le 20 février 2024 :
https://www.bbc.com/news/av/world-latin-america-68358476

Image extraite de la vidéo

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L’activité reste globalement stable sur les autres volcans.
Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous pourrez en obtenir d’autres en lisant le rapport hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news of volcanic activity around the world :

In Alaska, signs of eruptive activity are still recorded at Gareloi (Aleutians). Seismicity remains elevated. Minor steaming is identified in webcam and satellite images. The Volcano Alert Level remains at Advisory (level 2 on a four-level scale) and the Aviation Color Code remains at Yellow (level 2 on a four-color scale)

Still in Alaska, slow lava effusion continues in Great Sitkin‘s summit crater (Andreanof Islands). Steam emissions are visible in satellite and webcam images The Volcano Alert Level remains at Watch (level 3 on a four-level scale) and the Aviation Color Code remains at Orange.

Source : AVO.

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In its latest update (February 20th, 2024) the Icelandic Met Office indicates that model calculations suggest magma accumulation in the Svartsengi area (Reykjanes Peninsula / Iceland) will reach similar level as was noted prior to last eruption by the end of February or beginning of March. A new eruption is likely to occur again by that time.

In a new report issued on February 22nd, the Met Office confirms that the eruption could take place « as early as next week » (between February 26th and March 4th). Local scientists think it is unadvisable to stay overnight as the warnings of an eruption are always getting shorter and shorter, only 30 to 60 minutes before the start of the event.

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In Indonesia, the eruption at Dukono (Halmahera) continues. Ash plumes usually rise 150-750 m above the summit. The Alert Level remains at 2 (on a scale of 1-4), and the public is asked to remain outside the 2-km exclusion zone.

Still in Indonesia, the eruption at Lewotobi’s Laki-laki crater (Flores Island) continues. The lava flow on the NE flank is still active, advancing 100 m during 3-20 February to a total length of 4.2 km. A drone overflight on 20 February confirmed the position of the end of the lava flow. The Alert Level remains at 3 (level 2 on a scale of 1-4) and the public is asked to stay outside the exclusion zone

The eruption at Merapi (on Java) continues. Seismicity remains at high levels. The SW lava dome produces numerous lava avalanches that descend the S and SW flanks as far as 1.7 km. Several pyroclastic flows have also been observed. Morphological changes to the SW lava dome are due to continuing effusion and collapses of material. The highest recorded temperature on the dome is 254.3°C, lower than the previous highest temperature. The Alert Level remains at 3 (on a scale of 1-4), and the public is asked to stay 3-7 km away from the summit, based on location.

Still on Java, eruptive activity continues at Semeru with ash plumes rising 400-1,000 m above the summit. The Alert Level remains at 3 on a scale of 1-4.

Source : CVGHM.

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CENAPRED indicates that eruptive activity continues at Popocatépetl (Mexico). Steam-and-gas plumes are often observed,sometimes containing minor amounts of ash. The plumes may rise up to 6 km above sea level. With asfall on some municipalities. The Alert Level remains at Yellow, Phase Two and the public is asked to stay 12 km away from the crater.

Here is as video showing an eruptive episode of Popocatepetl on February 20th, 2024 :

https://www.bbc.com/news/av/world-latin-america-68358476

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Activity remains globally stable on other volcanoes.

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Fallait-il autoriser l’accès à Grindavik ? // Was allowing access to Grindavik a good decision ?

On sentait une certaine réserve dans le ton utilisé par le Met Office pour indiquer que les habitants et les entreprises étaient à nouveau autorisés à reprendre leurs activités à Grindavik. Cette fois, c’est au tour du président du syndicat des ouvriers de Grindavík d’exprimer son étonnement et sa désapprobation face à la décision des autorités islandaises de rouvrir le port de pêche.
Il a déclaré : « Ouvrir grandes les portes de la ville, avec pratiquement pas d’eau froide, presque pas d’eau chaude et un système d’égouts dont on ne sait pas comment il réagira, sans compter que les fractures qui se sont ouvertes dans la ville sont encore en cours de cartographie, me conduisent à avoir de sérieuses réserves à ce sujet. »
Le président du syndicat ouvrier a fait remarquer que certains salariés angoissent à l’idée de revenir travailler dans la ville. Il espère que les entreprises mettront en œuvre des plans de sécurité avant de reprendre leurs activités, mais seulement lorsque les conditions le permettront ; il estime que la situation nécessite une étude plus approfondie pour assurer la sécurité des personnes.
Il regrette qu’il n’y ait pas eu de consultation avec les syndicats qui étaient pourtant invités à une réunion avec le ministre. En conclusion, il a déclaré : « Je trouve totalement irresponsable de permettre aux gens de s’installer là-bas. C’est comme si nous proposions d’abolir le code de la route et disions aux gens : « c’est dangereux, mais soyez prudents ; soyez vigilants. »
Source  : Iceland Review.

Grindavik a subi de gros dégâts (Crédit photo: Iceland Review)

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It could be felt in the tone used by the Met Office to indicate that residents and businesses were again allowed to move into Grindavik. This time, it is up to the Chairman of the Grindavík Workers’ Union to expressed his astonishment and disapproval about the Icelandic authorities’ decision to reopen the fishing port.

He declared : “Essentially flinging the town doors wide open, with virtually no cold water, almost no hot water, and a sewer system whose functionality under stress is completely unknown, not to mention that fissures in town are still being mapped out. I have serious reservations about this.”

The Chairman of the Workers’ Union remarked that some employees are apprehensive about returning to work in the town. He trusts some companies would implement safety plans to resume operations but only when conditions permit; he believes that the situation requires further investigation to ensure people’s safety.

He regrets there was no consultation with labour unions, although they were invited to a meeting with the minister. As a conclusion, he said : “I find it utterly irresponsible to allow people to stay there. It’s as if we’re proposing to abolish traffic laws and telling people: ‘it’s dangerous, but let’s just be careful; let’s be on our toes.’”

Source : Iceland Review.

Du magma sous le Denali (Alaska) ? // Magma beneath Denali (Alaska) ?

Lorsque l’avion arrive en vue de l’Alaska par temps clair, on ne peut manquer la masse du Denali – appelé Mont Mc Kinley de 1896 à 2015 – qui dresse ses 6 190 mètres au-dessus de la Chaîne d’Alaska. Il constitue le point culminant de l’Amérique du Nord

 

Photo: C. Grandpey

La Chaîne d’Alaska est le fruit de la subduction, à un rythme de 5 centimètres par an, de la plaque Pacifique sous la plaque nord-américaine. D’ordinaire, dans un tel contexte géologique, on trouve des volcans, comme c’est le cas au Chili, au Mexique, ou encore dans les Aléoutiennes. Pourtant, bien qu’il se dresse au-dessus d’une zone de subduction, le Denali n’est pas un volcan. Il est constitué de granite et de schiste, résultat du métamorphisme dans le massif, et, à une dizaine de kilomètres en profondeur, d’un pluton âgé de 56 millions d’années.

Alaska Range (Source : Britannica)

En raison de l’activité tectonique due au processus de subduction, on enregistre chaque année dans la région du Denali quelque 600 séismes d’une magnitude supérieure à M 1,0, avec quelques exceptions plus significatives. Le 21 mai 1991, une secousse de M 6,1 s’est produite à 112 kilomètres de profondeur, juste sous le Denali. Le 23 octobre et le 3 novembre 2002, deux secousses de M 6,3 et M 7,9 ont été enregistrées à 50 kilomètres de profondeur, à l’est du parc, le long de la faille du Denali.

Photo: C. Grandpey

Même si le Denali n’est pas un volcan, une équipe de scientifiques a peut-être accidentellement découvert du magma sous la région. En étudiant l’activité sismique, ils ont récemment découvert des preuves d’un réservoir de magma à environ 11 km sous la surface. C’est ce qu’explique une étude publiée en décembre 2023 dans le Journal of Geophysical Research : Solid Earth.
En 2019, l’équipe scientifique s’est rendue dans la région du Denali pour collecter des données à la suite d’un séisme de magnitude M 7.1 qui avait frappé Anchorage en novembre 2018, avec une série de répliques. Ils ont placé des centaines de sismomètres le long de la route, à proximité de la faille du Denali et quelques-uns directement au-dessus de la faille. Cela a permis à l’équipe scientifique de collecter des données sur des séismes locaux et éloignés susceptibles d’être utilisées pour analyser les variations de la croûte et du manteau supérieur dans la zone de subduction de l’Alaska.

 

Photo: C. Grandpey

Un peu plus tard, en analysant leurs données, les chercheurs ont remarqué une « anomalie de vitesse sismique », une zone dans laquelle les ondes ralentissaient en traversant le sol. Selon l’étude, cet endroit correspond très probablement à la présence d’un réservoir de magma à l’activité lente. L’anomalie se situe dans la croûte sous deux dépôts volcaniques inattendus dans le secteur et au-dessus de l’endroit où la plaque subductrice plonge dans le manteau. Dans le passé, les scientifiques avaient déjà découvert dans la région du Denali des roches présentant les mêmes signatures chimiques que les volcans de l’arc des Aléoutiennes.

 

Arc des Aléoutiennes (Source : AVO)

Il est important de noter que cette quantité de magma et la taille des volcans de cette région sont bien inférieures à celles des volcans de la partie active de l’arc volcanique. Des scientifiques non impliqués dans l’étude pensent que l’activité sismique dans la région du Denali pourrait être provoquée par des fluides autres que le magma, ou par un mélange d’autres fluides et de magma. Pour confirmer la présence de magma, les scientifiques auront besoin d’une image plus claire de l’anomalie. Il leur faudra pour cela installer des instruments de surveillance sismique directement au-dessus du secteur qui pose problème, en sachant que l’accès à l’Intérieur de l’Alaska est particulièrement difficile, voire dangereux.

Source  : médias d’information scientifique américains.

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When your plane arrives close to Alaska on a clear day, you can’t miss the mass of Denali – called Mount McKinley from 1896 to 2015 – which rises 6,190 meters above the Alaska Range. It is the highest point in North America
The Alaska Range is the result of the subduction, at a rate of 5 centimeters per year, of the Pacific plate under the North American plate. Usually, in such a geological context, we find volcanoes, like in Chile, Mexico, or even in the Aleutians. Yet, although it sits above a subduction zone, Denali is not a volcano. It is made up of granite and schist, the result of metamorphism in the massif, and, about ten kilometers deep, of a pluton aged 56 million years.
Due to the tectonic activity caused by the subduction process, around 600 earthquakes of magnitude greater than M 1.0 are recorded each year in the Denali region, although with some exceptions. On May 21st , 1991, an M 6.1 tremor occurred at a depth of 70 miles, just beneath Denali. On October 23rd and November 3rd, 2002, two tremors of M 6.3 and M 7.9 were recorded at a depth of 50 kilometers, east of the park, along the Denali Fault. .

Even though Denali is not a volcano, a team of scientists may have accidentally discovered magma bubbling beneath the region. While studying seismic activity in the area, they recently uncovered evidence of a magma reservoir about 11 km beneath the surface. This is explained in a study published in December 2023 in the Journal of Geophysical Research: Solid Earth.

In 2019, the scientific team headed to the Denali region to collect data following an M 7.1 earthquake that hit Anchorage in November 2018 and was expected to produce a series of aftershocks. They placed hundreds of seismometers along the highway near the Denali fault and a few directly above the fault. This allowed the team to collect data from local and distant earthquakes that could be used to document the variations of the crust and uppermost mantle of the Alaska subduction zone.

Some time later, while analysing their data, the researchers noticed a « seismic-velocity anomaly » — an area where the waves slowed down as they passed through the ground. According to the study, this spot most likely indicates the presence of a reservoir of slow-moving, molten magma. The anomaly lies in the crust below two unusual volcanic deposits and above where the subducting slab dips into the mantle. In the past, scientists had found rocks in the Denali area with the same chemical signatures as volcanoes in the Aleutian Arc.

It is important to note that this amount of magma and the size of the volcanoes in this region are much smaller than the volcanoes in the active part of the volcanic arc. Other scientists not involved in the study say that the seismic activity in the Denali region could be caused by fluids other than magma, or a mix of other fluids and magma. To confirm the presence of magma, scientists will need a clearer image of the anomaly, which will require them to install seismic monitoring instruments directly above the mystery spot, a difficult feat in the treacherous terrain of inland Alaska.

Source : U.S. scientific news media.

Nouvelle carte de risques pour Grindavik (Islande) // New hazard map for Grindavik (Iceland)

Dans sa dernière mise à jour (20 février 2024), le Met Office islandais indique que les modélisations montrent que l’accumulation de magma atteindra un niveau similaire à celui observé avant la dernière éruption d’ici fin février ou début mars.

Suite à la décision des autorités policières d’abroger l’ordre d’évacuation temporaire de Grindavík, (avec effet le 19 février 2024), et en raison de la décision de la police de Suðurnes concernant les modifications des restrictions d’accès à la ville (voir ma note du 20 février), le Met Office a publié une mise à jour de la carte des risques, valable à partir du 20 février 2024.

Source: IMO

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In its latest update (February 20th, 2024) the Icelandic Met Office indicates that model calculations suggest magma accumulation will reach similar level as was noted prior to last eruption by the end of February or beginning of March.

The Met Office has issued an updated hazard assessment map (valid from February 20th, 2024) following the decision of the National Police to repeal the order of a temporary evacuation from Grindavík, taking effect on February 19th, 2024, and due to the decision of the Police in Suðurnes regarding changes in access restrictions to the town (see my post of February 20th).