Le Spirit Lake 37 ans après l’éruption du Mt St Helens // Spirit Lake 37 years after the Mt St Helens eruption

Aussi étrange que cela puisse paraître, les effets de l’éruption de 1980 du Mt St Helens se font encore sentir aujourd’hui. L’un des problèmes les plus sérieux concerne le Spirit Lake où l’on observe une quantité impressionnante de troncs d’arbres et autres matériaux expulsés par le volcan et qui obstruent l’exutoire du lac. Dans une note publiée le 17 octobre 2017, j’ai expliqué les différents risques liés au Spirit Lake.
L’éruption de 1980 a élevé le niveau de l’eau de 63 mètres et bloqué son exutoire naturel avec un mélange de cendres, de terre, de roche et d’autres matériaux. Sans solution pour le vidanger, le lac pourrait monter encore plus haut. Cela augmenterait le risque d’une rupture du barrage de matériaux, un événement potentiellement cataclysmique qui pourrait envoyer d’énormes volumes d’eau et de sédiments dans les rivières Toutle, Cowlitz et Columbia. Quelque 50 000 habitants du sud-ouest de l’Etat Washington seraient sérieusement menacés.
En 1982, une station de pompage temporaire a été installée pour abaisser le niveau du lac. Cela a été suivi en 1985 par la construction d’un tunnel pour envoyer l’eau dans la South Coldwater Creek.
Depuis cette date, le tunnel de près de 2,5 km de longueur a connu des réparations à répétition. Le chantier le plus récent, achevé en mars 2016, a permis de consolider une section de 9 mètres qui s’était rétrécie considérablement en raison des pressions du sol.
Le tunnel de drainage achevé en 1985 réduit les risques de rupture du barrage de matériaux, mais la structure vieillissante, malgré des réparations répétées, ne fonctionne pas de manière optimale et nécessite toujours une maintenance coûteuse.
Les scientifiques proposent des solutions pour l’avenir, telles que la construction d’un second tunnel, l’ouverture d’un déversoir à travers le barrage de matériaux, ou la recherche d’une solution pour drainer le lac. Ils proposent un travail collaboratif qui rassemblerait les organismes fédéraux et d’État, le district de Cowlitz et les communautés en aval.
Pendant ce temps, l’Army Corps of Engineers travaille sur un plan à long terme pour limiter la quantité de sédiments qui se jettent dans les rivières Toutle, Cowlitz et Columbia. Les ingénieurs ont déjà construit un bassin de rétention de sédiments, qui ressemble à un barrage, au niveau de la North Fork (branche septentrionale) de la Toutle River. En 2012, le déversoir du bassin a été relevé de 2 mètres, et il pourrait être rehaussé davantage à l’avenir.
Les scientifiques font remarquer que les nouveaux projets d’ingénierie auront un effet domino tout au long de la zone d’évacuation des eaux du Spirit Lake. Bien que la sécurité publique demeure une préoccupation majeure, ils indiquent que d’autres facteurs devraient être pris en considération, comme les fermes d’élevage de poissons, mais aussi la loi qui demande de «permettre aux forces géologiques et à la suite écologique de continuer leurs activités sans entrave» à l’intérieur du Mount St Helens Volcanic National Monument. .
Dans le même temps, le travail du Service des Eaux et Forêts au Spirit Lake consiste à installer une structure pour éloigner les troncs d’arbres de la sortie du tunnel ainsi que des capteurs pour surveiller le débit d’évacuation de l’eau du lac. Le Service envisage également d’ouvrir une voie d’accès pour que les véhicules tout-terrain puissent atteindre le Spirit Lake afin d’assurer son entretien. Cette proposition a suscité l’inquiétude de certains chercheurs qui disent que cela pourrait perturber leurs travaux dans une zone sensible connue sous le nom de Pumice Plain.
Source: The Bellingham Herald.

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Strange as it may sound, the effects of the 1980 eruption of Mt St Helens are still felt today. The most serious threat is at Spirit Lake, which the volcano left plugged by an unstable mass of debris that, if it gave way, would threaten some 50,000 Southwest Washington residents who live downstream. In a note released on October 17th, I explained the risks linked to Spirit Lake.

The 1980 eruption raised the water level by 63 metres and blocked its natural outlet with a mix of ash, earth, rock and other materials. With no way to drain, the water level could climb still higher. This would increase the chance of a breach of the debris dam, a potentially cataclysmic event that could send huge volumes of water and sediment surging down the Toutle, Cowlitz and Columbia rivers.

In 1982, a temporary pumping station was installed to lower water levels. This was followed in 1985 by the construction of a tunnel to divert water into South Coldwater Creek.

Since then, the nearly 2.5-km-long tunnel has been subjected to repeated spot repairs. The most recent effort completed in March 2016 shored up a 9-metre section that had narrowed significantly due to ground pressures.

The drainage tunnel completed in 1985 reduces the chance that the makeshift dam could fail. But the aging structure, despite repeated repairs, is not operating optimally, and is still in need of expensive maintenance.

Scientists suggest future engineering options, such as building a second tunnel, cutting a spillway through the debris dam or finding a way to drain the lake. They propose a collaborative effort that brings together federal and state agencies, the Cowlitz Tribe, downstream communities and others.

Meanwhile, the Army Corps of Engineers has worked on a long-term plan to limit sediments flowing into the Toutle, Cowlitz and Columbia. It built the sediment retention structure, which resembles a dam, across the North Fork of the Toutle. In 2012 the spillway of the structure was raised by 2 metres, and it could be raised again in the future.

The scientists note that new engineering projects have ripple effects throughout the drainage. While public safety remains a key concern, they say that other things should be considered, such as fisheries restoration and the intent of congressional legislation « to allow geologic forces and ecological succession to continue substantially unimpeded » in the Mount St. Helens Volcanic National Monument.

In the meantime, the Forest Service’s work at Spirit Lake includes the installation of a structure to keep floating logs away from the tunnel outlet as well as sensors to help monitor flows. The Forest Service also is considering opening up a route for all-terrain vehicles to reach Spirit Lake to assist with maintenance. That proposal has drawn concern from some research scientists who say it could disturb their studies within a sensitive area known as the Pumice Plain.

Source : The Bellingham Herald.

Photos: C. Grandpey

 

Mt Agung (Bali) : Le Président indonésien discrédite les volcanologues ! // Indonesian President discredits volcanologists !

Voici quelques titres de journaux indonésiens aujourd’hui: « L’Indonésie lève le niveau d’alerte à Bali » (The Jakarta Post); « Le président annule l’état d’urgence du Mont Agung » (Antara News). Pendant ce temps, le niveau d’alerte officiel pour le volcan, sur le site Web du VSI, est toujours au maximum (4 – AWAS).
Comme je l’ai écrit précédemment, la peur d’une éruption de l’Agung affecte profondément le tourisme à Bali. Plusieurs pays comme l’Australie ont dissuadé leurs ressortissants de passer leurs vacances sur l’île.
En réaction à cette situation, « le Président a décidé d’annuler le niveau d’alerte et Bali est maintenant prête à accueillir de nouveau les touristes. » C’est ce qu’a déclaré un membre du gouvernement indonésien après une réunion de Cabinet présidée par le président Joko Widodo à Denpasar.
Parmi les pays qui ont diffusé des mises en garde à l’attention des voyageurs, la Chine a interdit à ses citoyens de se rendre à Bali du 27 novembre 2017 au 4 janvier 2018. Malgré cela, le nombre d’arrivées de touristes à Bali connaît actuellement une certaine hausse, avec 12 300 visiteurs par jour. Ce nombre avait chuté à 2000 visiteurs par jour après le réveil de l’Agung le 29 novembre dernier. En temps normal, le nombre moyen de visiteurs est de 15000.
Malgré l’annonce du Président, plus de 60 000 habitants vivant habituellement dans la zone dangereuse de 10 km de rayon se trouvent encore dans des centres d’hébergement temporaires.
D’un point de vue scientifique, il est indéniable que les volcanologues indonésiens ont été incapables de faire des prédictions fiables sur l’éruption du Mont Agung. Leurs homologues américains et européens n’auraient probablement pas fait mieux. Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, nous ne savons pas prévoir une éruption volcanique. Pour le moment, la lave a rempli environ un tiers du cratère mais personne ne sait ce qui va se passer ensuite.
En ce qui me concerne, au vu des différents paramètres diffusés sur le site web de VSI, je ne pense pas que nous nous dirigions vers une éruption majeure avec les coulées pyroclastiques tant redoutées. Il faudrait d’abord qu’un dôme remplisse le cratère. Le vrai risque pour le moment est une accumulation de gaz sous pression sous la lave dans le cratère avec une explosion, comme cela se produit de temps en temps sur le Popocatepetl au Mexique. Les projections de matériaux couvriraient probablement les pentes du volcan et constitueraient une menace pour les villageois qui ont décidé de revenir travailler dans leurs fermes malgré l’interdiction officielle. Cependant, la menace serait beaucoup plus faible que les coulées pyroslastiques.
Seul le volcan sait ce qui va se passer dans les jours et semaine à venir!

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Here are some headlines of today’s Indonesian newspapers: “Indonesia lifts Bali’s alert status” (The Jakarta Post); “President removes Mount Agung emergency status” (Antara News). Meantime, the official alert level for the volcano on VSI’s website is still at its highest (4 – AWAS).

As I put it before, the fear of Mt Agung’s eruption deeply affects tourism in Bali. Several countries like Australia have warned their citizens against spending their holidays on the island.

As a reaction to this situation, « the President has decided to revoke the alert status. Bali is now ready to welcome tourists again, » said an Indonesian official after a limited Cabinet meeting led by President Joko Widodo in Denpasar.

Among countries that issued travel advisories, China banned its citizens from travelling to Bali from November 27th 2017 to January 4th 2018. However, the number of tourist arrivals to Bali has gradually recovered to 12,300 visitors per day, recently. The number had plunged to as low as 2,000 visitors per day after Mt. Agung erupted on November 29th. On normal days, the average number of visitors is 15,000.

Despite the President’s announcement, tens of thousands of residents living in the 10-km-radius danger zone are still living in shelters.

From a scientific point of view, we can’t deny that Indonesian volcanologists have been unable to make reliable predictions about Mt Agung’s eruption. U.S. and European experts would probably have not done a better job. As I put it several times, we are not able to predict a volcanic eruption. For the time being, lava has filled about one third of the crater but nobody knows what will happen next.

As far as I am concerned, judging from the different parameters on VSI’s website, I do not think we are not heading for a major eruption with the dreaded pyroclastic flows. A dome would first need to fill the crater for that. The real risk for the moment is an accumulation of gas pressure beneath the lava in the crater with an explosion that would shatter it, like this happens from time to time on Popocatepetl Volcano in Mexico. Ejections of material would probably cover the volcano’s slopes and become a threat to the villagers who have decided to return to their farms despite the official interdiction. However, the threat would be much lower than pyroslastic flows.

Only the volcano knows what will happen in the coming days and weeks!

Les gros nuages de cendres qui ont perturbé le trafic aérien ont, pour le moment, disparu. Bienvenue aux touristes à Bali! (Image webcam)

Le Mont Agung et les combats de coqs // Mt Agung and cockfighting

Dans une note précédente, j’ai expliqué que l’un des fermiers qui était retourné vivre dans la zone dangereuse autour du Mont Agung élevait des coqs malgré les avertissements des autorités selon lesquelles le volcan pouvait entrer en éruption à tout moment.
Les combats de coqs sont très populaires en Indonésie mais les paris sont illégaux. Les propriétaires des volatiles encourent jusqu’à dix ans de prison s’ils se font prendre. Dans la province très conservatrice d’Aceh, les joueurs peuvent recevoir une flagellation en public en vertu de la loi islamique. Les combats de coqs sont souvent la seule source de revenus de certains Balinais et ils vont de pair avec les traditions séculaires de l’hindouisme dans l’archipel indonésien qui est majoritairement musulman. Les combats de coqs sont aussi étroitement liés à un rituel connu sous le nom de tabuh rah pratiqué dans les temples. Il est nécessaire que le sang se répande sur la terre pour expulser les démons – le buta – parce qu’il est censé les apaiser. Ainsi, les démons ne dérangent pas les gens et la cérémonie peut être tenue dans de bonnes conditions et en toute sécurité.
Les combats de coqs sont à la fois violents et sanglants. Une lame d’environ 10 centimètres de long est attachée à l’ergot gauche de chaque coq. Une odeur capiteuse d’encens flotte sur l’arène tandis que la foule rugit de plaisir et d’excitation. Les paris varient généralement entre 20 000 roupies (1,50 $ US) et 100 000 roupies. Il y a habituellement 15 combats de coqs lors de ces événements. Les lames attachées aux ergots des coqs entraînent en général la mort d’un des combattants en quelques minutes, avec des traînées de sang qui s’infiltrent dans la terre. Le propriétaire du gagnant peut être fier ; il reçoit une partie du produit des paris – habituellement 10% des mises qui peuvent atteindre l’équivalent de 2 000 dollars et il peut également emporter la carcasse du coq de son adversaire.
Source: South China Morning Post.

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Aux premières heures du 22 décembre (heure locale), on a enregistré un épisode d’activité sismique correspondant à une libération des gaz dans le cratère. Cet événement s’est accompagné d’un panache de vapeur et de cendre visible sur la webcam.

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Pendant ce temps, le tourisme à Bali souffre énormément de l’éruption du Mont Agung. Environ 25% des chambres d’hôtels à Bali sont actuellement occupées, contre 80% en décembre de l’année dernière. L’industrie touristique de l’île perd environ 18 millions de dollars par jour en raison des annulations de chambres et d’autres activités.
Le transporteur indonésien Garuda Indonesia a perdu environ un million de dollars par jour lorsque les aéroports ont été fermés. Lion Mentari Airlines, la plus grande compagnie aérienne d’Indonésie, a perdu environ 500 000 dollars par jour.
Près d’un million de personnes devaient se rendre à Bali en décembre et janvier. Maintenant, on en attend seulement la moitié.
L’aéroport international Ngurah Rai de Denpasar à Bali, a reçu des demandes pour 477 vols domestiques supplémentaires en prévision des fêtes de Noël et du Nouvel An. Toutefois, le nombre de demandes concernant les vols intérieurs supplémentaires a chuté d’environ 22% par rapport à l’an dernier où il atteignait 613. Cette diminution est probablement due à l’incertitude entourant l’activité du Mont Agung.
Les vols internationaux sont également affectés. Il n’y a pas encore eu de demandes de vols supplémentaires de compagnies aériennes étrangères.

Source: Office du tourisme de Bali.

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In a previous note, I explained that one of the farmers who had returned to live in Mt Agung’s danger zone was breeding cocks despite the authorities’ warnings that the volcano could erupt at any moment.

Cockfighting is very popular in Indonesia but gambling is illegal. The cockfights could land their owners in jail for as long as a decade. In the conservative Aceh province, gamblers can face a public whipping under Islamic law. Cockfighting is the sole source of income for some Balinese men and it dovetails with centuries-old traditions of Balinese Hinduism in the mostly Muslim archipelago. It is closely related to a ritual known as tabuh rah held at temples. The spilling of blood to the earth is needed to expel buta, or demons, because the blood is believed to appease demons, so they don’t disturb people and the ceremony can be held successfully and safely.

Cockfights are both violent and bloody. A small dagger about 10 centimetres long is tied to each rooster’s left ankle. The heady smell of incense wafts over the ring as a roar erupts from the crowd. Bets are placed, usually between 20,000 (US$1.50) and 100,000 rupiah each. There are usually 15 cockfights at these events. The ankle blades usually make it a fight to the death in a matter of minutes, punctuated by trails of blood seeping into the dirt. The winner’s owner not only gets bragging rights and some of the betting proceeds – usually 10 per cent of the purse which can reach the equivalent of US$2,000, but they also get the carcass of their opponent’s rooster, for eating.

Source: South China Morning Post.

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In the early hours of December 22nd, an episode of seismic activity was registered by the instruments. It corresponded with a release of the gases in the crater. The event was accompanied by the emission of a plume of steam and ash that could be seen on the webcam.

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Meantime, tourism in Bali is suffering a lot from the eruption of Mt Agung. About 25 percent of hotel rooms in Bali are currently occupied, compared with as much as 80 percent in December last year. The island’s tourism industry loses about 18 million dollars a day as a result of hotel room and other cancellations.

Indonesian flag carrier Garuda Indonesia lost about one million dollars a day when the airports were shut. Lion Mentari Airlines, Indonesia’s biggest airline, lost about 500,000 dollars a day.

Almost a million people had been expected to visit Bali in December and January combined. Now, expectations are for no less than half the earlier projection.

The Ngurah Rai International airport in Denpasar, Bali has received requests for 477 additional flights from domestic airlines to accommodate the high demand for domestic routes in the lead-up to the Christmas and New Year holiday season. However, the number of additional domestic flights requested has fallen by about 22 percent from last year’s 613. The decrease was likely due to the uncertainty around Mount Agung’s volcanic activity.

International routes have also been affected. There have yet to be any requests for additional international flights from foreign airlines.

Source: Bali’s Tourist Board.

Tracé sismique et capture d’image de webcam montrant l’activité de l’Agung le 22 décembre 2017 en tout début de journée.

Quand l’image traduit l’émotion….

Au mois de décembre 2017, le magazine Chasseur d’Images a sorti son n°400, événement tout à fait remarquable au moment où la presse et l’édition connaissent pas mal de difficultés. La rédaction avait décidé de consacrer dans ce numéro un chapitre aux photos qui avaient marqué ses lecteurs photographes. J’avais proposé l’une des miennes montrant un porteur de soufre sur le volcan Kawah Ijen sur l’île de Java en Indonésie. J’ai eu le plaisir de constater qu’elle a été retenue pour publication, même si mon nom a été écorché !

Le cliché remonte aux années 1990, époque où le volcan n’était pas encore assailli par des hordes de touristes. Il a été réalisé avec un film argentique Fuji Velvia 50. C’est une diapositive que j’ai scannée par la suite afin de la sauvegarder et la conserver plus longtemps. Le regard du porteur de soufre a séduit plusieurs organisateurs de concours et j’ai raconté l’histoire de cette photo dans mon livre Volcanecdotes (Ed. Un Autre Regard) aujourd’hui épuisé. Je vous en livre ici un extrait…

     Une fois les mesures [de températures des évents de soufre] terminées et prélevé un échantillon d’eau du lac, je décidai de commencer à gravir seul le sentier qui permet de rejoindre la lèvre du cratère. En procédant de la sorte, je pourrais choisir des endroits adéquats pour fixer sur la pellicule quelques uns des « forçats du soufre ».  C’est ainsi que j’emboîtai le pas à un porteur dont les pieds étaient enrubannés de chiffons en guise de chaussures. Au bout de quelques dizaines de mètres d’ascension, je perçus le souffle rauque de sa respiration. Il n’était point besoin de stéthoscope pour se rendre compte que ses poumons étaient brûlés par les gaz où se mélangent acides chlorhydrique et sulfurique. Lui aussi allait disparaître jeune, comme la plupart de ces ouvriers dont le confortable salaire a pour  contrepartie une mort précoce.

      Je laissai cet homme poursuivre l’ascension qu’il ponctuait de pauses fréquentes afin de reprendre son souffle. Je choisis un premier poste de prises de vue dans l’un des nombreux lacets du sentier. J’avais le cratère et le lac d’acide couleur turquoise en arrière-plan. Avec le bleu du ciel et une bonne lumière, je pus réaliser plusieurs clichés intéressants. Au bout de quelques minutes de prises de vues, je décidai de continuer à grimper et j’optai pour un endroit où la lumière était plus douce et l’arrière-plan plus neutre, avec en prime des volutes de nuages de gaz ; un endroit idéal pour faire des portraits. Je fixai deux ou trois porteurs sur la pellicule, leur tendant ensuite la kretek (cigarette locale) qu’ils m’avaient demandée. Comment des hommes qui travaillent dans un univers aussi nocif peuvent-ils éprouver du plaisir à s’encrasser davantage les poumons avec des cigarettes, aussi parfumées soient-elles ? 

      C’est alors qu’il apparut. Il avançait d’un pas lent, fatigué par la lourde charge qu’il tenait en équilibre sur son épaule. Il fit quelques pas sur le sentier, parallèlement au lac, puis aborda la boucle qui le ferait se diriger vers moi. A ce moment-là, il s’arrêta et me regarda, surpris semble-t-il de trouver quelqu’un à cet endroit, de surcroît un photographe. J’avais préparé l’angle et les paramètres de prise de vue depuis plusieurs secondes et je n’eus qu’à appuyer sur le déclencheur lorsqu’il cessa d’avancer. J’avais choisi un cadrage assez serré qui laisserait apparaître le buste et, cela va de soi, les paniers remplis de soufre.  La seule vue de son regard à travers le viseur m’indiqua que la photo ne serait pas banale. En appuyant sur le déclencheur, j’ai senti la richesse des sentiments qui émanaient de ses yeux : à la fois la fatigue, voire la douleur, engendrée par le travail, et l’obligation d’effectuer ce rude labeur probablement pour nourrir plusieurs bouches à la maison. J’avais l’impression que cet homme avait envie de me faire comprendre qu’il portait toute la misère du monde sur ses épaules. Une communication sans paroles, mais bien réelle… 

 Le porteur de soufre se trouve à la page 93 de la revue…