L’ʻōhiʻa lehua retient son souffle pendant les éruptions du Kilauea (Hawaï) // ‘Ōhi‘a lehua holds its breath during Kilauea eruptions

L’ʻōhiʻa lehua est l’arbre indigène le plus répandu à Hawaï ; il représente 80 % des forêts primaires de l’archipel. C’est l’arbre dominant au-dessus de 390 m d’altitude. Il colonise les coulées de lave récentes. Ses fleurs arborent des teintes allant du rouge flamboyant au jaune.

Aujourd’hui, les fleurs d’ʻōhiʻa lehua sont utilisées lors de cérémonies et de pratiques culturelles, comme la confection de leis et pour la danse hula. Cependant, de nombreux danseurs de hula renoncent à utiliser les fleurs d’ʻōhiʻa lehua afin d’empêcher la propagation de la maladie de la mort rapide de l’ʻōhiʻa (Rapid ʻŌhiʻa Death ou ROD) et de protéger cette espèce d’arbre d’une grande importance culturelle.

Dans la mythologie hawaïenne, ʻŌhiʻa et Lehua étaient deux jeunes amoureux. La déesse des volcans, Pelé, tomba amoureuse du beau ʻŌhiʻa et tenta de le séduire, mais il repoussa ses avances. Prise d’une crise de jalousie, Pelé transforma ʻŌhiʻa en arbre. Lehua fut anéantie par cette transformation. Par pitié, les autres dieux la métamorphosèrent en fleur et la déposèrent sur l’arbre ʻōhiʻa.

Les ʻōhiʻa lehua qui poussent près du Kilauea possèdent une remarquable capacité de protection contre les gaz toxiques : ils peuvent brièvement retenir leur respiration. Lorsque le vent transporte du dioxyde de soufre (SO₂) vers eux, ces arbres ferment leurs stomates, les minuscules pores de leurs feuilles ; ils limitent ainsi la quantité de gaz qui pénètre à l’intérieur.

La résilience des ʻōhiʻa lehua a été mise à rude épreuve de janvier à avril 2026, lorsqu’une série de violentes tempêtes liées à la dépression de Kona a poussé le panache éruptif du Kilauea vers le nord, transportant du SO₂ jusque dans les localités proches du sommet. Le dioxyde de soufre est un gaz très acide qui forme de l’acide sulfurique lorsqu’il est dilué au contact de l’eau, qu’il s’agisse de pluie, de brouillard ou de rosée matinale. Malgré leur capacité à interrompre temporairement leur respiration, les ʻōhiʻa lehua peuvent être endommagés par une exposition prolongée, car ils doivent finir par rouvrir leurs pores. Outre les effets néfastes des gaz, la végétation a été bombardée par les téphras éjectés lors des éruptions. La force de ces téphras était comparable à celle de la grêle lors d’un orage et a endommagé les feuilles des arbres.
Ailleurs près du Kilauea, la végétation a pris une couleur marron ou perdu ses feuilles, un paysage qui évoque davantage l’automne en Amérique du Nord que la fin du printemps à Hawaï. Avec l’arrivée de l’été et le retour des alizés, le panache volcanique s’est déplacé vers le sud-ouest, offrant à la végétation son premier répit prolongé depuis des mois. De nouvelles pousses apparaissent déjà sur certaines plantes, mais le retour d’une végétation luxuriante au sommet du volcan prendra du temps.
Source : AccuWeather.

Photos: C. Grandpey

———————————————

  Ōhi‘a lehua is the most common native Hawaiian tree, comprising 80% of Hawaii’s native forests. It is the dominant tree above 390 m. It is a colonizer of recent lava flows. Its flowers range from fiery red to yellow. Today, ‘ōhi‘a lehua blossoms are used in cultural ceremonies and practices, such as lei and hula, though many hula practitioners have begun forgoing the use of ōhi‘a lehua to prevent the spread of Rapid ʻōhiʻa death (ROD) and protect this culturally significant tree species.

In Hawaiian mythology, ʻŌhiʻa and Lehua were two young lovers. The volcano goddess Pele fell in love with the handsome ʻŌhiʻa and approached him, but he turned down her advances. In a fit of jealousy, Pele transformed ʻŌhiʻa into a tree. Lehua was devastated by this transformation and out of pity the other gods turned her into a flower and placed her upon the ʻōhiʻa tree.

Ōhi‘a lehua trees that grow close to Kilauea volcano have a remarkable way of protecting themselves when toxic gas drifts their way: They can briefly stop breathing. When wind carries sulfur dioxide (SO2) gas toward them, the trees can close their stomata, the tiny pores in their leaves, limiting how much of the gas gets inside.

The resilience of the trees was tested repeatedly from January through April 2026, when a series of intense Kona Low storm systems pushed Kilauea’s eruptive plume northward, carrying SO2 into communities near the summit. Sulfur dioxide is a highly acidic gas which forms dilute sulfuric acid when it reacts with water, whether it be in the form of rain, fog, or morning dew.

Despite their ability to temporarily stop breathing, the ‘ohi’a trees can still be damaged by prolonged exposure because they eventually need to reopen those pores. On top of the damaging effects of the gas, vegetation was pelted by the tephra ejected during eruptions. The force of the tephra was similar to large hail during a thunderstorm and stripped the leaves off the trees.

Other vegetation near Kilauea has turned brown or lost its leaves, a scene more reminiscent of autumn in North America than late spring in Hawaii. With summer approaching and trade winds returning, the volcanic plume has shifted back toward the southwest, giving the battered vegetation its first extended reprieve in months. New growth is already emerging on some plants, but a full return to the lush greenery of the summit area will take time.

Source : AccuWeather.

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques informations sur l’activité volcanique dans le monde, fournies par les observatoires et par le Global Volcanism Network de la Smithsonian Institution.

**********

Dernière minute : L’INGV indique qu’une importante explosion s’est produite sur le Stromboli (Sicile)à 7 h 12 (heure locale) le 12 juin 2026. Les caméras de surveillance ont enregistré l’explosion dans la zone du cratère nord. Les matériaux projetés sont retombés principalement sur la partie supérieure de la Sciara del Fuoco. L’observatoire n’a constaté aucun changement significatif dans la fréquence des événements explosifs suite à l’explosion.

Image thermique de l’événement (Source: INGV)

++++++++++

Ce type d’événement se produit périodiquement. Le Sheveluch (Kamtchatka, Russie) a connu une éruption explosive le 6 juin 2026, avec des panaches de cendres qui sont montés jusqu’à environ 12 km d’altitude. La couleur de l’alerte aérienne est passée au Rouge. Selon le KVERT, des explosions de cendres jusqu’à 12 km d’altitude peuvent se produire à tout moment sur le Sheveluch, et l’activité actuelle est susceptible d’affecteraffecter le trafic aérien international et les vols à basse altitude.
Source : KVERT.

 Crédit photo : KVERT

++++++++++

Une éruption du cratère Minamidake, au sommet du Sakurajima (Japon), a projeté un important panache de cendres au-dessus de la ville de Kagoshima le 7 juin 2026. Ce panache s’est élevé à environ 1 300 mètres au-dessus du cratère.
L’Agence météorologique japonaise (JMA) a maintenu le niveau d’alerte volcanique à 3, ce qui restreint l’accès aux abords du cratère. Cette restriction est en vigueur depuis le 27 juillet 2022.
La JMA met en garde contre la présence de gros blocs volcaniques et de coulées pyroclastiques dans un rayon d’environ 2 km autour des cratères Minamidake et Showa. L’agence prévient également que des cendres volcaniques et des lapilli peuvent retomber sous le vent ; de plus, le souffle des explosions peut briser des vitres et des lahars restent possibles si les pluies remobilisent les dépôts de cendres.

Activité explosive sur le Sakurajima (Crédit photo : JMA)

+++++++++++

Suite à l’Épisode 48, l’éruption sommitale du Kilauea (Hawaï) est en mode pause. Les modèles de prévision, basés sur le vitesse de gonflement du sommet, indiquent que l’Épisode 49 devrait débuter entre le 12 et le 15 juin 2026. Une lueur est visible au niveau des deux bouches éruptives et d’importants panaches de dégazage s’en échappent dans le cratère de l’Halema’uma’u..
Aucune activité significative n’est observée le long des zones de rift est et sud-ouest du Kīlauea.
Source : HVO.

Image webcam de l’Épisode 48

++++++++++

La sismicité du Nevado de Longaví (Chili), mentionnée la semaine dernière, a progressivement diminué après l’essaim sismique du 20 mai 2026. Quelques événements sismiques isolés ont été enregistrés entre le 21 et le 31 mai, l’activité restant proche des niveaux de base. Le niveau d’alerte demeure Jaune (niveau 2 sur une échelle de quatre couleurs).
Source : SERNAGEOMIN.

Crédit photo: GVN

++++++++++

L’éruption de Titan Ridge (mer de Bismarck) se poursuit. Le nombre de signaux hydroacoustiques quotidiens a diminué du 4 au 8 juin, avant de connaître une légère augmentation le 9 juin. Un panache de vapeur relativement dense a dérivé sur environ 50 km vers le nord-ouest. Malgré une réduction du nombre d’événements hydroacoustiques quotidiens, les anomalies thermiques autour du panache se sont intensifiées. D’importantes quantités de ponce, formant d’épais et vastes radeaux, continuent de s’échouer sur les côtes des îles de l’Amirauté, rendant parfois l’accès par bateau difficile, voire impossible. Les habitants ont signalé des perturbations au niveau de la pêche, des marchés, de l’accès aux soins de santé et des pénuries potentielles de nourriture et d’eau douce après que de la pierre ponce a atteint les villages côtiers de Manus au cours du week-end dernier. Ces radeaux recouvrent les récifs et les herbiers, provoquant la mort des poissons.

Source : Rabaul Volcano Observatory.

Source: NASA

+++++++++

L’activité éruptive reste intense sur le complexe de dômes du Santiaguito (Guatemala), avec une extrusion de lave continue au dôme de Caliente. Une incandescence est observée au sommet pendant la nuit. Des explosions quotidiennes, à un rythme de 0 à 4 événements par heure, génèrent des panaches de gaz et de cendres qui s’élèvent de 700 à 900 m au-dessus du dôme. L’effusion de lave en blocs et les effondrements de matériaux produisent des avalanches de blocs incandescents. De fortes pluies ont provoqué des lahars dans la ravine de Nimá I sur le flanc sud et celle d’El Tambor sur le flanc sud-sud-ouest les 3 et 5 juin. Un effondrement sur le flanc sud-ouest s’est accompagné d’une coulée pyroclastique qui a atteint la base du cône les 9 et 10 juin. Des retombées de cendres ont été signalées dans les localités environnantes.
Source : INSIVUMEH.

Photo: C. Grandpey

++++++++++

L’éruption du Mayon (Philippines) se poursuit, caractérisée par des coulées de lave, des coulées pyroclastiques périodiques, des chutes de blocs incandescents, des panaches de cendres et de gaz, et parfois une activité strombolienne.
Le 8 juin 2026, 3 973 personnes (1 088 familles) étaient hébergées dans 12 centres d’accueil, et 137 autres personnes (40 familles) étaient hébergées chez des amis ou des proches.

Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 0 à 5) et il est rappelé à la populations de rester à l’écart de la zone de danger permanent (ZDP) de 6 km de rayon.
Source : PHIVOLCS.

++++++++++

L’activité reste globalement stable sur les autres volcans mentionnés dans les bulletins précédents « Volcans du monde ».
Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous pourrez en obtenir d’autres en lisant le rapport hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

°°°°°°°°°°

Flux RSS

Petit rappel : on me demande parfois comment il est possible de recevoir et lire mes articles au moment de leur parution. Pour cela, rendez-vous en haut de la colonne de droite de mon blog où figure le flux RSS qui permet de recevoir automatiquement des mises à jour du blog.

Vous pouvez également cliquer sur « Suivre Claude Grandpey : Volcans et Glaciers ».

——————————————-

Here is some news about eruptive activity around the world, provided by observatories and the Smithsonian Institution’s Global Volcanism Network.

**********

Last minute : INGV indicates that a major explosion occurred at Stromboli volcano (Sicily) at 07:12 (local time) on June 12, 2026. Surveillance cameras recorded the explosion in the volcano’s northern crater area. Ejected material fell mainly onto the upper section of the Sciara del Fuoco. The observatory reported no significant changes in the occurrence rate of explosive events following the explosion.

++++++++++

The event happens from time to time. Sheveluch (Kamchatka /Russia) produced an explosive eruption on June 6, 2026, sending ash to about 12 km above sea level and triggering a Red aviation color code. According to KVERT, ash explosions to 12 km above sea level can occur at any time at Sheveluch, and ongoing activity could affect international and low-flying aircraft.

Source : KVERT.

++++++++++

An eruption at Sakurajima’s Minamidake summit crater (Japan) sent a voluminous ash plume over Kagoshima on June 7, 2026. The plume reached about 1 300 m above the crater.

The Japan Meteorological Agency (JMA) maintained Volcanic Alert Level 3 for the volcano, which restricts access near the crater. The restriction has been in effect since July 27, 2022.

JMA warns of large volcanic blocks and pyroclastic flows within about 2 km of the Minamidake and Showa craters. The agency also warns that volcanic ash and small stones may fall downwind ; airblast from explosions can break windows, and lahars remain possible if rainfall remobilizes deposited ash.

++++++++++

Following Episode 48, the summit eruption of Kilauea (Hawaii) is paused. Forecast models based on summit inflation rates indicate that Episode 49 is likely to begin between June 12-15 2026. Glow is visible at the vents and robust degassing plumes are emanating from both vents in Halemaʻumaʻu Crater.

No significant activity has been noted along Kīlauea’s East Rift Zone or Southwest Rift Zone.

Source : HVO.

++++++++++

Seismicity at Nevado de Longaví (Chile) that I mentioned last week gradually declined after a seismic swarm on 20 May. A few isolated seismic events were recorded during 21-31 May, with activity close to baseline levels. The Alert Level remains at Yellow (level 2 on a four-color scale).

Source : SERNAGEOMIN.

+++++++++

The eruption at Titan Ridge (Bismarck Sea) continues. The number of hydroacoustic signals per day decreased during 4-8 June, followed by a minor increase on 9 June. A narrow but dense steam plume drifted about 50 km NW at low altitudes. Despite a reduction in the number of daily acoustic events, thermal anomalies around the plume area have intensified. Significant amounts of floating pumice, forming thick and extensive rafts, continue to wash up on the shores of the Admiralty Islands, sometimes making boat access difficult or impossible. Residents reported disruption to fishing, markets, healthcare access, and potential food and fresh-water shortages after pumice reached Manus coastal villages over the past weekend. The rafts cover reefs and grasses, causing the deaths of fish.

Source : Rabaul volcano Observatory.

++++++++++

High levels of eruptive activity continues at Santiaguito dome complex (Guatemala), with continuing lava extrusion at Caliente dome. Incandescence at the summit is observed during dark hours. Daily explosions, at a rate of 0-4 events per hour, generate gas-and-ash plumes that rise 700-900 m above the dome. Effusion of blocky lava and collapses of material produce incandescent block avalanches. Heavy rain caused lahars to descend the Nimá I drainage on the S flank and the El Tambor drainage on the SSW flank on 3 June and on 5 June. A collapse on the SW flank was accompanied by a pyroclastic flow that reached the base of the cone during 9-10 June. Ashfall was reported in surrounding communities.

Source : INSIVUMEH.

++++++++++

The eruption at Mayon (Philippines) continues, characterized by lava effusion, periodic pyroclastic flows, incandescent rockfalls, ash-and-gas plumes, and occasional minor Strombolian activity.
On June 8, 2026, the number of evacuees reached a total of 3,973 people (1,088 families) staying in 12 evacuation shelters, and an additional 137 people (40 families) were staying with friends or relatives. The Alert Level remains at 3 (on a 0-5 scale) and residents are reminded to stay away from the 6-km-radius Permanent Danger Zone (PDZ).

Source : PHIVOLCS.

++++++++++

Activity remains globally stable on other volcanoes mentioned in the previous bulletins « Volcanoes of the world ».

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

°°°°°°°°°°

RSS feed

Quick reminder: I am sometimes asked how it is possible to receive and read my posts when they are published. Just go to the top of the right column of my blog where you can see the RSS feed. It will allow you to automatically receive updates from the blog.
You can also click on “Suivre Claude Grandpey: Volcans et Glaciers”.

Désaccords et incertitudes en Islande // Disagreements and uncertainties in Iceland

Une nouvelle étude menée par une équipe internationale de géoscientifiques nous apprend que l’activité volcanique sur la péninsule de Reykjanes serait principalement due à l’accumulation de contraintes à long terme le long de la limite entre les plaques tectoniques nord-américaine et eurasienne, plutôt qu’à des essaims sismiques correspondant au parcours du magma à travers la croûte terrestre.

Image de l’activité volcanique sur la péninsule de Reykjanes

Parmi les chercheurs à l’origine de cette étude figurent Þorvaldur Þórðarson, professeur de volcanologie, Halldór Geirsson, professeur de géophysique, et Gregory De Pascale, professeur associé de géologie à la faculté des Sciences de la Terre de l’Université d’Islande. L’étude repose sur des mesures exhaustives effectuées sur la péninsule de Reykjanes entre 2021 et 2025.
Þórðarson indique que la croûte terrestre s’est élargie de près de quatre mètres durant cette période, dont 2,50 mètres le 10 novembre 2023, jour de l’évacuation de la ville de Grindavík. Selon lui, l’expansion crustale, les mouvements de failles et le magma interagissent tous le long de la limite de plaques.

Fracturation du sol à Grindavik (Crédit photo : Iceland Review)

Þórðarson insiste sur un point qu’il a abordé à plusieurs reprises ces derniers mois : les scientifiques ne sont pas tous d’accord sur ce qui s’est passé sur la péninsule de Reykjanes depuis 2021 et, selon lui, ces divergences sont inhérentes à la démarche scientifique. Il ajoute que, même si les chercheurs travaillent avec les mêmes données, les interprétations peuvent différer car nombre de mesures sont des observations indirectes, et non directes, de ce qui se passe sous la surface. [Remarque personnelle : J’aimerais ajouter que Þorvaldur Þórðarson lui-même s’est souvent trompé dans ses prévisions d’activité volcanique sur la péninsule de Reykjanes !]
Selon Þórðarson, l’un des enseignements les plus importants des événements récents est qu’une incertitude considérable persiste et que personne ne sait vraiment ce qui se passe exactement sous terre. Il souligne l’importance pour les scientifiques de discuter de leurs découvertes et de travailler à des interprétations largement consensuelles.
La nouvelle étude remet en question l’interprétation adoptée par le Met Office islandais, selon laquelle les épicentres des séismes suivent le parcours du magma à travers la croûte terrestre. Selon cette interprétation, l’essaim sismique de novembre 2023 indiquerait la présence de magma sous une grande partie de la région.
Les chercheurs affirment, quant à eux, que les données montrent que des mouvements de failles décrochantes se sont produits en premier, au moment où les plaques tectoniques glissaient horizontalement l’une contre l’autre. Ce n’est que plus tard que le processus a évolué vers une expansion crustale, avec ouverture de la croûte terrestre. Selon l’étude, les importantes fractures et l’affaissement observés à Grindavík en 2021 étaient principalement dus à la rupture au niveau de la limite de plaques. Cette limite a cédé car elle était soumise à une tension constante depuis 800 ans, elle avait atteint sa limite. C’est à ce moment que l’intrusion magmatique sous Fagradalsfjall s’est produite. En réalité, cette intrusion n’a fait qu’accroître légèrement la contrainte exercée sur le système.
En conséquence, selon les chercheurs, le magma est une conséquence plutôt que la cause des mouvements de plaques. Cette conclusion est cohérente avec le fait que la plupart des éruptions le long de la chaîne de cratères de Sundhnúkur se sont produites dans une zone très restreinte, le long d’une fissure d’environ 500 mètres de long entre Stóra-Skógfell et Sýlingarfell.
Un point essentiel de cette nouvelle étude est que les mouvements des limites de plaques islandaises doivent être replacés dans un contexte géologique plus large. Les mouvements observés en Islande, avec la partie ouest du pays qui se déplace vers l’ouest et la partie est qui se déplace vers l’est, et une limite de plaques qui traverse le pays et génère cette activité volcanique, résultent de processus bien plus vastes qu’une simple intrusion magmatique dans la croûte superficielle islandaise.

Image de la gigantesque zone de faille – ici à Thingvellir – qui fait s’écarter l’ouest et l’est de l’Islande (Photo: C. Grandpey)

Ce processus est régi par la convection magmatique au sein du manteau terrestre. Une petite intrusion magmatique en Islande ne déplacera pas à elle seule les limites des plaques, mais tout cela fait partie du même système. En conséquence, comprendre ce qui se passe en Islande permet de comprendre le processus dans sa globalité.

 Illustration du processus d’accrétion (Source: Suffolk University)

Au vu de cette étude, on peut dire qu’il reste encore beaucoup à faire pour comprendre le lien entre la tectonique et le volcanisme en Islande. En attendant, l’accumulation de magma et le soulèvement du sol se poursuivent à Svartsengi, sans que personne ne sache si et quand une nouvelle éruption se produira.
Source : Iceland Monitor.

————————————–

A new study by an international team of geoscientists suggests that volcanic activity on Iceland’s Reykjanes Peninsula is being driven primarily by the long-term accumulation of stress along the boundary between the North American and Eurasian tectonic plates, rather than by earthquake swarms marking the path of magma forcing its way through the Earth’s crust.

Among the researchers behind the study are Þorvaldur Þórðarson, Professor of Volcanology, Halldór Geirsson, Professor of Geophysics, and Gregory De Pascale, Associate Professor of Geology at the University of Iceland’s Faculty of Earth Sciences. The study is based on extensive measurements collected on the Reykjanes Peninsula between 2021 and 2025.

Þórðarson says the Earth’s crust widened by nearly four meters during the study period, including as much as 2.5 meters on November 10, 2023, when the town of Grindavík was evacuated. In his opinion, crustal spreading, fault movements and magma all interact along the plate boundary.

Þórðarson emphasizes a point he has made repeatedly in recent months: scientists are not in complete agreement about what has happened on the Reykjanes Peninsula since 2021, and such disagreement is a normal part of the scientific process. He adds that although researchers are working with the same data, interpretations can differ because many of the measurements are indirect rather than direct observations of what is occurring beneath the surface. [Personal remark : I’d like to add that Þorvaldur Þórðarson himself was often wrong about his predictions of volcanic activity on the Reykjanes Peninsula in the past months!]

According to Þórðarson, one of the most important lessons from the recent events is that significant uncertainty remains and that no one yet has definitive answers about exactly what is happening underground. He stresses the importance of scientists discussing their findings and working toward interpretations that can be broadly supported.

The new study challenges the interpretation adopted by the Icelandic Meteorological Office that earthquake epicenters trace the path of magma moving through the crust. Under that interpretation, the earthquake swarm of November 2023 would indicate that magma is present beneath a large portion of the region.

Instead, the researchers argue that the data suggest strike-slip fault movements occurred first, with tectonic plates sliding horizontally past one another. Only later did the process evolve into crustal spreading, during which the crust opened up.

The study proposes that the extensive fracturing and subsidence seen in Grindavík in 2021 were primarily the result of the plate boundary itself rupturing. The boundary broke because it had been under tension for 800 years and reached its limit. This when the magma intrusion beneath Fagradalsfjall occurred. In reality, that intrusion simply added a little extra strain to the system.
The researchers’ interpretation is therefore that magma is a consequence rather than the cause of the movements. This is consistent with the fact that most of the eruptions at the Sundhnúkur crater row occurred within a very confined area, along a fissure approximately 500 meters long between Stóra-Skógfell and Sýlingarfell.

A major point of the new study is that the movement of Iceland’s plate boundaries should be placed into a broader geological context. The movements observed in Iceland, where the western part of the country is moving westward and the eastern part is moving eastward, with a plate boundary running across the country and generating all of this volcanic activity, are the result of processes that are vastly larger than a magma intrusion in the shallow crust of Iceland.

The process is managed by magma convection within Earth’s mantle. A small magma intrusion in Iceland is not going to move the plate boundaries, but it is all part of the same system, and understanding what is happening in Iceland helps understand the process as a whole.

In short, a lot remains to be done to understand the link between tectonics and colcanism in Iceland. Meantime, magma accumulation and ground uplift are continuaing at Svartsengi, but nobody knows if and when an eruption will occur

Source : Iceland Monitor.

Rayures rouges dans des grottes préhistoriques // Red stripes in prehistoric caves

Bacon Hole est une grotte située dans les falaises calcaires de Gower, une péninsule du sud-ouest du Pays de Galles. En 1912, une équipe de géologues et d’archéologues découvrit, au fond de la grotte, un panneau recouvert de onze lignes horizontales de couleur rouge.

Le panneau en 2024 (à gauche) et une version améliorée par logiciel photo (à droite) [Source : Nash et al. 2026 / Quaternaire]

À l’époque, cette découverte fit grand bruit des deux côtés de l’Atlantique. Les experts affirmaient qu’il s’agissait du premier exemple connu d’art rupestre du Paléolithique supérieur (entre 50 000 et 12 000 ans) en Grande-Bretagne.
Cependant, dès 1928, d’autres scientifiques mirent en doute l’explication humaine ; selon eux, il s’agissait d’un phénomène naturel.
Le débat tomba dans l’oubli, mais en 2022, une équipe internationale de chercheurs redécouvrit le panneau et parvint à analyser scientifiquement la composition de la peinture et à estimer son année de création. Dans une étude publiée en mai 2026 dans la revue Quaternary, les chercheurs expliquent avoir procédé à la datation uranium-thorium de la croûte de calcite recouvrant le panneau. Il en ressort que les lignes horizontales ont été créées il y a au minimum 18 300 à 15 700 ans.
L’équipe scientifique a également découvert que la teinte rougeâtre des lignes était due à l’hématite, un composé d’oxyde de fer naturellement sécrété par les roches dans d’autres parties de la grotte. L’équidistance des lignes suggère qu’elles ont été tracées par l’homme selon un schéma délibéré et structuré.
Il est difficile de déterminer précisément l’usage de Bacon Hole au Paléolithique supérieur. Les chercheurs indiquent que la présence d’art rupestre dans les parties les plus profondes et les plus sombres de Bacon Hole laisse penser qu’au moins certaines zones de la grotte pouvaient revêtir une signification symbolique ou rituelle. Ils ajoutent qu’il est difficile de spéculer sur la signification que les anciens chasseurs-cueilleurs ont pu donner à ces lignes rouges tracées sur la paroi de la grotte il y a des milliers d’années.

L’un des archéologues a interprété l’art rupestre du Paléolithique supérieur comme une forme de « magie sympathique », un terme anthropologique désignant l’idée que l’art pouvait influencer le monde réel. « Par exemple, si des chasseurs paléolithiques dessinaient un bison sur la paroi d’une grotte, c’était pour favoriser une chasse fructueuse. »
Tout cela montre la difficulté d’interpréter certains arts rupestres préhistoriques.

Source : presse anglosaxonne.

°°°°°°°°°°

Des rayures rouges ont également été découvertes dans la grotte Chauvet-Pont-d’Arc, en Ardèche.

Comme je l’ai indiqué dans une note publiée le 11 janvier 2016, selon une équipe française de physiciens et de préhistoriens, les gerbes rouges qui illuminent le « Sacré-Cœur », l’un des panneaux ornant la grotte Chauvet, représenteraient des éruptions volcaniques du Bas-Vivarais voisin. Ces volcans sont âgés de 36 000 ans, d’après une datation par isotopes d’argon, ce qui correspond à l’occupation humaine de la grotte.
Certes, les hommes qui vivaient dans la grotte ont probablement été témoins des éruptions volcaniques, mais personne ne peut affirmer avec certitude que les stries rouges sur le panneau de la grotte représentent ces éruptions.
Les exemples de représentations de volcans dans des grottes préhistoriques sont rares. Le site de Çatalhöyük, en Turquie, vieux de 8 000 ans, était autrefois considéré comme la plus ancienne représentation d’une éruption. La question est de savoir si la fresque de Çatalhöyük représente réellement un volcan. Tous les experts ne sont pas d’accord !
Beaucoup de volcanologues ont tendance à voir des volcans partout et l’idée d’un lien entre les stries rouges de la grotte Chauvet et l’activité volcanique de Vivarais est intéressante, mais cette hypothèse est trop récente pour être définitive et elle reste à prouver.

De toute évidence, les stries rouges de la grotte de Bacon Hole au Pays de Galles ne font pas référence à des volcans car il n’y avait pas d’éruptions à proximité. Les fresques de la grotte Chauvet ne sont pas suffisamment explicites pour affirmer avec certitude qu’elles représentent un volcan en éruption.
Les grottes préhistoriques contiennent très peu de paysages et présentent principalement des images symboliques d’animaux et parfois d’êtres humains. Selon le regretté généticien Axel Kahn avec qui j’ai eu l’occasion d’aborder le sujet, les hommes préhistoriques ne représentaient pas de paysages ni de volcans car la nature faisait partie intégrante de leur environnement quotidien et ils n’éprouvaient pas le besoin de la représenter sur les parois des grottes. Les êtres vivants revêtaient une importance bien plus grande dans leur existence, voire pour leur survie.

————————————————

Bacon Hole is a cave in the limestone cliffs of Gower, a peninsula in southwest Wales. In 1912, a team of geologists and archaeologists found a panel deep within the cave covered in a series of 11 horizontal lines.

The discovery made waves on both sides of the Atlantic as the experts claimed the lines were the first known Upper Paleolithic (50,000 to 12,000 years ago) rock art in Britain.

But by 1928, skeptics had cast doubt on the explanation of the lines as human-made and suggested they were a natural phenomenon.

The debate died down, but in 2022, an international team of researchers rediscovered the panel and were able to scientifically analyze the composition of the paint and estimate its year of creation.

In a study published in May 2026 in the journal Quaternary, the researchers used uranium-thorium dating of the calcite crust overlaying the panel to show that the horizontal lines were created, at a minimum, 18,300 to 15,700 years ago.

The scientific team also discovered that the lines were red-hued because of hematite, an iron-oxide compound naturally secreted by rocks in other parts of the cave. The fact that the lines were equidistant from one another suggests they were made by humans in a deliberate and structured pattern.

It is difficult to determine exactly how Bacon Hole was used during the Upper Palaeolithic. The researchers say that the presence of rock art in the deeper, darker parts of Bacon Hole suggests that at least some areas of the cave may have held symbolic or ritual significance. They add that it is challenging to speculate as to what ancient hunter-gatherers may have meant when they inked nearly a dozen red lines on a cave wall thousands of years ago. One of the archaeologists who originally found the lines often interpreted Upper Paleolithic cave art as « sympathetic magic, » an anthropological term referring to the idea that art could influence the real world. For instance, if Paleolithic hunters drew a bison on a cave wall, it was intended to bring about a successful bison hunt.

This shows how difficult it is to interpret some of the art in prehistoric caves.

Source: Anglo-Saxon press.

°°°°°°°°°°

Red stripes were also discovered in the Grotte Chauvet , Ardèche, France. As I put it in a post published on 11 January 2016, according to a French team of physicists and prehistorians, the red sheaves splashing the « Sacred Heart », one of the panels that adorn the cave of Chauvet-Pont-d’Arc represent eruptions of volcanoes in nearby Bas-Vivarais. Volcanoes that ejected the fountains of lava are 36 000 years old, according to a dating with argon isotopes consistent with that of the human occupation of the cave.
Sure, the men who lived in the cave probably saw the volcanic eruptions, but nobody can affirm for sure that the red stripes on the panel in the cave represent these eruptions.

In prehistoric times, there are few examples of representations of volcanoes. The site of Çatalhöyük, Turkey, 8,000 years old, was previously considered offering the oldest representation of an eruption. The question is to know whether the mural of Çatalhöyük is really a volcano !. Everyone does not agree.

Many volcanologists tend to see volcanoes everywhere. The idea of a link between the red sheaves of the Chauvet Cave and volcanic activity in Vivarais is interesting but the assumption is too recent to be definitive and it remains unproven. The frescoes in the cave are not suggestive enough to be sure that they represent an erupting volcano.
Prehistoric caves contain very few landscapes and mainly include symbolic images of animals and sometimes humans. According to the late geneticist Axel Kahn, prehistoric men did not represent scenes of landscapes and volcanoes because this nature was their daily environment and they did not feel the need to represent it on the walls of the caves. Living beings were of much greater importance in their lives, even their survival.