Glissements de terrain glaciaires // Glacial landslides

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril », j’explique que la fonte et le recul des glaciers ont exposé les pentes de leurs encaissants; elles sont devenues instables et susceptibles de s’effondrer en produisant des glissements de terrain, voire des tsunamis. C’est ce qui s’est passé en Nouvelle-Zélande avec les glaciers Franz Josef et le Fox qui fondent à un rythme si rapide qu’il est devenu trop dangereux pour les touristes de s’aventurer dans leurs vallées, ce qui a mis fin à une tradition vieille d’un siècle.
De la même façon, dans une grande partie de l’Alaska côtière, le recul des glaciers a mis les pentes à nu, avec des risques de glissements de terrain. Les chercheurs qui surveillent le fjord de Barry Arm dans le Prince William Sound expliquent que le glissement de la pente s’est accéléré récemment, mais il est impossible de prévoir quand un glissement majeur se produira et déclenchera un tsunami potentiellement destructeur près de Whittier.
Le Barry Arm est surveillé de près depuis 2020, année où les scientifiques ont détecté pour la première fois des mouvements de terrain dans le fjord instable au nord-est de Whittier. C’est aussi l’époque où ils ont commencé à contrôler la zone avec des satellites.
Le flanc du Barry Arm pourrait s’effondrer dans le bras de mer en dessous et déclencher une vague qui pourrait présenter un risque certain pour les plaisanciers et les zones de loisirs à proximité. Dans le pire des cas, la vague pouvant atteindre 2 mètres de hauteur à Whittier.
Selon le service qui gère les levés géologiques et géophysiques, la pente glisse plus rapidement qu’elle ne le faisait depuis 2020, à un rythme de 4 à 6,5 centimètres par jour. La zone qui bouge se trouve directement au-dessus de l’eau. Il se peut que l’effondrement soit imminent. C’est pourquoi les scientifiques ne sont plus autorisés à accéder au site par la mer. Toutefois, les dernières données ne disent pas aux chercheurs quand un effondrement pourrait se produire.
Alors que les scientifiques surveillent de près le flanc du Barry Arm, d’autres pentes sont instables dans la région. Récemment, il y a eu un glissement de terrain sur le glacier Ellsworth près de Seward. L’événement a envoyé environ 10 millions de tonnes de matériaux. Heureusement, le glissement de terrain est resté sur la terre ferme.
Source : médias d’information américains.

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During my conference « Glaciers at risk’, I explain that the melting and retreat of glaciers has left the slopes of their valleys exposed, unstable and more prone to collapse, generating landslides and possible tsunamis. For instance, this is what happened in New Zealand with the Franz Josef and Fox glaciers, which have been melting at such a rapid rate that it has become too dangerous for tourists to hike onto them from the valley floor, ending a tradition that dates back a century.

In much of coastal Alaska, glacial retreat has left slopes exposed, unstable and more prone to collapse. Researchers monitoring the landslide at Barry Arm in Prince William Sound say the slope’s movement has sped up recently, but it is impossible to forecast when a catastrophic slide might occur that could trigger a potentially life-threatening tsunami near Whittier.

Barry Arm has been closely monitored since 2020 when scientists first took note of movement at the unstable fjord northeast of Whittier and when they started controlling the area with satellites.

The slope at Barry Arm could slide into the water below, creating a wave that could pose a serious risk to nearby boaters and recreators and, in a worst-case scenario, a wave up to 2 meters high in Whittier.

According to the Department of Geological and Geophysical Surveys, the slope is moving faster than it has since 2020, at a rate of 4 to 6.5 centimeters per day. The area that is moving is directly above the water. This could be a sign of impending collapse. This is why scientists have been stopped from accessing the site by water. The new data does not tell researchers when a collapse might occur.

While scientists are watching the slide at Barry Arm closely, it is not the only unstable slope in the area. Recently, there was a landslide at the Ellsworth Glacier near Seward. The event sent an estimated 10 million tons of material sliding. Fortunately, the material did not hit the water.

Source: U.S. news media.

Barry Arm (Crédit photo: USGS)

La vague de tsunami du Hunga-Tonga Hunga-Ha’apa // The Hunga-Tonga Hunga-Ha’apa tsunami wave

L’éruption du volcan tongien Hunga Tonga-Hunga Ha’apai en janvier 2022 restera dans les annales. Ce fut l’une des plus puissantes éruptions des dernières décennies et elle a permis aux scientifiques de perfectionner leurs connaissances car ils ont pu recueillir une grande quantité d’informations. J’ai développé cet aspect de l’éruption dans des notes publiées les 24 janvier et 6 mars 2022.

En explosant, le volcan sous-marin a provoqué un tsunami qui s’est propagé rapidement dans tous les océans du globe. La vague s’est propagée à une vitesse record grâce aux ondes de gravité acoustiques générées par l’explosion. Les scientifiques expliquent qu »un phénomène de résonance a permis d’amplifier le tsunami et de faire voyager la vague à une vitesse bien supérieure aux tsunamis classiques.

Une autre particularité de la vague de tsunami est sa hauteur. D’après une étude récente publiée dans la revue Ocean Engineering,, elle aurait atteint une hauteur de 90 mètres à son point de départ, soit environ neuf fois la hauteur du tsunami qui a frappé les côtes du Japon le 11 mars 2011, avec à la clé la catastrophe à la centrale nucléaire de Fukushima. Ce dernier tsunami avait été causé par un très puissant séisme le long des côtes japonaises. Un autre puissant tsunami a également frappé le Chili en 1960. Que ce soit au Japon ou au Chili, la hauteur initiale de la vague a été estimée à une dizaine de mètres, autrement dit rien en comparaison de celle générée lors de l’éruption du Hunga Tonga-Hunga Ha’apai.

Les tsunamis de 2011 et 1960 ont pourtant été bien plus dévastateurs et meurtriers. Plus de 18.000 personnes ont péri en 2011, alors que le tsunami du Hunga Tonga n’a causé la disparition que de quelques personnes. Les scientifiques prennent en compte plusieurs paramètres pour expliquer cette différence de bilan. Il y a la distance entre la source du tsunami et les terres, la morphologie du plancher océanique et du littoral, mais également d’autres facteurs, comme la fusion de plusieurs vagues, comme cela semble s’être produit en 2011. À l’approche des côtes, une vague de tsunami peut ainsi être soit être atténuée, ou bien amplifiée.

Le volcan Hunga Tonga est situé à environ 70 kilomètres des îles Tonga. C’est probablement cette distance qui a permis d’éviter le pire. La hauteur maximale mesurée sur les côtes a été d’un peu moins d’1,50 mètre, ce qui a tout de même été suffisant pour causer d’importants dégâts.

L’éruption du volcano tongien Hunga Tonga-Hunga Ha’apai et la vague de tsunami qui a suivi montrent la nécessité de développer la surveillance des volcans sous-marins qui est très imparfaite à l’heure actuelle. Comme je le fait souvent remarquer, nous connaissons mieux la surface de la planète Mars que le fond de nos océans. Le récent événement aux Tonga nous rappelle que les volcans sous-marins représentent une menace au moins aussi sérieuse que les puissants séismes. Si le Hunga Tonga avait été situé à proximité des côtes, la situation aurait été dramatique.

Source: Yahoo News, Futura Science.

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The eruption of the Hunga Tonga-Hunga Ha’apai volcano in January 2022 will go down in history. It was one of the most powerful eruptions of the last decades and it allowed scientists to improve their knowledge because they were able to collect a large amount of information. I developed this aspect of the eruption inposts published on January 24th and March 6th, 2022.
When exploding, the underwater volcano caused a tsunami which spread rapidly in all the oceans of the globe. The wave travelled at record speed thanks to the acoustic gravity waves generated by the explosion. The scientists explain that a resonance phenomenon made it possible to amplify the tsunami and to make the wave travel at a speed much higher than conventional tsunamis.
Another peculiarity of the tsunami wave was its height. According to a recent study published in the journal Ocean Engineering, it probably reached a height of 90 meters at its starting point, about nine times the height of the tsunami that hit the coasts of Japan on March 11th, 2011, with the disaster at the Fukushima nuclear power plant. This last tsunami was caused by a very powerful earthquake along the Japanese coast. Another powerful tsunami also hit Chile in 1960. Whether in Japan or Chile, the initial height of the wave was estimated at ten meters or so, in other words nothing compared to that generated during the eruption of Hunga Tonga-Hunga Ha’apai.
The 2011 and 1960 tsunamis, however, were far more devastating and deadly. More than 18,000 people died in 2011, while the Hunga Tonga tsunami caused the deaths of only a few people. Scientists take into account several parameters to explain this difference in the number of casualties. There is the distance between the source of the tsunami and the land, the morphology of the ocean floor and the coastline, but also other factors, such as the merger of several waves, as it seems to have happened in 2011. When it approaches the coast, a tsunami wave can thus either be attenuated or amplified.
The Hunga Tonga volcano is located about 70 kilometers from the Tonga Islands. It is probably this distance that made it possible to avoid the worst. The maximum height measured on the coast was just under 1.50 meters, which was still sufficient to cause significant damage.
The eruption of the Tongan Hunga Tonga-Hunga Ha’apai volcano and the tsunami wave that followed show the need to develop monitoring of submarine volcanoes which is very imperfect at present. As I often point out, we know the surface of Mars better than the bottom of our oceans. The recent event in Tonga reminds us that underwater volcanoes pose at least as serious a threat as powerful earthquakes. If Hunga Tonga had been located near the coast, the situation would have been disastrous.
Source: Yahoo News, FuturaScience.

Vue du cratère creusé par l’explosion (Source: Tonga Geological Services)

Fort risque sismique en Méditerranée?

C’est bien connu, la presse a ses marottes, avec des sujets qui ressortent de temps à autre, histoire de titiller les angoisses des lecteurs. Ces derniers jours, Le Figaro titrait :  » Le volcanisme sous-marin, menace oubliée en Méditerranée »; La Croix annonçait qu’ en Méditerranée, il y avait « un risque certain de tsunami dans les trente ans », information confirmée par le journal Libération. A l’heure où nous ne sommes pas fichus de prévoir, même à très court terme séismes et éruptions volcaniques, de telles affirmations prêtent à sourire, voire carrément à rire. Comme disait ma grand-mère, c’est gratuit et ça ne coûte pas cher.

On notera au passage que personne n’a vu venir les deux séismes de M 5,9 et M 4,5 qui ont tué plus d’un millier de personnes en Afghanistan le 22 juin 2022 !

C’est une déclaration en provenance de l’Unesco qui a déclenché cette avalanche d’articles. L’institution nous rappelle que le risque sismique est très peu considéré autour de la Méditerranée et qu’il est ignoré par beaucoup de personnes. Pourtant, le 16 octobre 1979, un raz-de-marée a été déclenché par un glissement de terrain à Nice. Il faut toutefois remarquer que cet événement était lié à l’effondrement d’une partie de l’extension de l’aéroport en cours de travaux. Le tsunami avait donc une cause largement humaine. Il a frappé la côte niçoise, faisant une dizaine de morts. D’autres événements similaires, mais d’origine naturelle, ont eu lieu en Algérie en 2003, et sur l’île grecque de Samos en 2020.

Selon un scientifique mandaté par l’UNESCO, «il y a 100 % de chances qu’un tel phénomène ait lieu en Méditerranée au cours des trente prochaines années.» Face à cette menace, l’institution onusienne a appelé, le 21 juin 2022, les pouvoirs publics à mettre en œuvre des mesures de sensibilisation, d’alerte et de prévention afin de s’assurer que les communautés côtières soient prêtes à réagir face à de tels phénomènes.

Il est indéniable que le risque tsunami existe en Méditerranée, tout comme le risque volcanique auquel il peut être lié, comme on l’a vu à Stromboli en décembre 2002. D’autres volcans se cachent sous la mer à proximité de la Sicile et de la côte italienne. Ils ont pour noms Panarea, Marsili – le plus grand volcan sous-marin d’Europe et de Méditerranée, dans la mer Tyrrhénienne entre Palerme et Naples – ou Empedocle dans le Canal de Sicile – entre la Sicile et la Tunisie -, un volcan sous-marin d’une trentaine de kilomètres de diamètre à sa base et dont le Ferdinandea n’est que l’un des cônes éruptifs. Dans une note publiée le 23 janvier 2022, je rapportais les paroles de Boris Behncke (INGV Catane) à propos de ce volcan dont le système éruptif a été décrit par les scientifiques comme « un grand relief sous-marin qui s’élève sur les fonds marins à une profondeur de 250 à 500 m, et sur lequel sont implantés des dizaines d’édifices volcaniques bien structurés de dimensions très variables, souvent alignés selon l’orientation NNO du Canal de Sicile. » Selon Boris, s’il n’y a pas de danger imminent, il est également vrai qu’il y a toujours la possibilité d’une forte éruption sous-marine avec un risque significatif de tsunami.

Dégâts causés par le tsunami de 2002 à Stromboli (Photo: C. Grandpey)

Le séisme le plus puissant de l’Histoire // The most powerful earthquake in History

Ce n’est pas de la volcanologie, mais la nouvelle présente un intérêt certain d’un point de vue géologique, tectonique et humain.

Jusqu’à présent, le séisme de Valdivia en 1960 au Chili – avec une magnitude de M 9,4 à 9,6 selon les centres de mesure – était considéré comme l’événement de ce type le plus puissant jamais observé sur Terre. Pourtant, une équipe d’archéologues a découvert au Chili les preuves d’un séisme encore plus puissant. Une nouvelle étude publiée dans Science Advances explique qu’un méga-séisme s’est produit dans ce pays il y a environ 3 800 ans. L’événement fut si terrible qu’il a conduit à l’abandon des régions côtières concernées pendant près de 1 000 ans.
Ce très puissant séisme a été causé par une énorme rupture qui a fait se soulever le littoral de la région. L’événement a eu lieu dans ce qui est aujourd’hui le nord du Chili. Le méga-séisme n’a pas seulement secoué toute cette région; il a également déclenché un très puissant tsunami avec des vagues atteignant 20 mètres de hauteur.
Les chercheurs pensent que le tsunami causé par le méga-séisme a atteint la Nouvelle-Zélande, à près de 9 600 km de sa source. Les vagues du tsunami étaient si puissantes qu’elles ont projeté des rochers côtiers de la taille de voitures à des centaines de kilomètres à l’intérieur des terres.
Ce séisme bat le précédent record. Comme indiqué plus haut, la magnitude du tremblement de terre de Valdivia dans le sud du Chili en 1960 a été évaluée à l’époque entre M 9,4 et 9,6. Le séisme de Valdivia a tué jusqu’à 6 000 personnes et propulsé des tsunamis à travers l’océan Pacifique.
À titre de comparaison, les chercheurs pensent que le méga-séisme chilien d’il y a 3800 ans avait une magnitude d’environ M 9,5. La rupture qui l’a provoqué était longue d’environ 1000 km, contre 800 km pour le séisme de Valdivia.
Le désert d’Atacama est l’un des environnements les plus secs et les plus hostiles au monde et il a toujours été difficile d’y trouver des preuves de tsunamis. Cependant, les auteurs de l’étude ont découvert des traces de sédiments marins et d’êtres vivants qui se trouvaient dans la mer avant d’être projetées à l’intérieur des terres. Les chercheurs ont trouvé tous ces éléments très haut et loin à l’intérieur des terres. Ce n’était donc pas une tempête qui les avait déposés ici.
Au moment où le méga-séisme chilien a fait fuir les habitants de la côte il y a plus de 3 000 ans, les îles qu’il a touchées dans le Pacifique Sud étaient alors inhabitées. Aujourd’hui, ces mêmes îles sont des lieux touristiques populaires très fréquentés. Cela signifie que si un nouveau séisme ou un nouveau tsunami devait se produire, les conséquences pourraient être catastrophiques.
Source, BGR, Yahoo Actualités.

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This is not volcanology, but the piece of news is interesting from a geological, tectonic and human point of view.

Up to now, the 1960 Valdivia earthquake in Chile – with a magnitude of M 9.4- 9.6 – was the most powerful event of the kind that ever happened on Earth. A group of archaeologists has found evidence of a larger megaquake in human history. A new study featured in Science Advances explains that a newly discovered Chile megaquake took place around 3,800 years ago. It was so terrible that it led to the abandonment of nearby coastlines for almost 1,000 years.

The massive earthquake was caused by a huge rupture that lifted the region’s coastline. It took place in what is now northern Chile. The Chile megaquake did more than just shake the land in the area. It also created a massive tsunami with waves as high as 20 meters.

Researchers believe the tsunami caused by the Chile megaquake travelled all the way to New Zealand, almost 9,600 km from the point of origin. The tsunami waves were so powerful, they flung coastal boulders the size of cars hundreds of kilometers inland.

This newly discovered earthquake beats the previous record for the largest earthquake recorded. The Valdivia earthquake took place in 1960. At the time, records picked up a massive quake in southern Chile that had a magnitude between 9.4 and 9.6. The Valdivia earthquake killed up to 6,000 people and sent tsunamis out across the Pacific Ocean.

For comparison, researchers believe the new Chile megaquake hit with a magnitude of M 9.5. The rupture it created was roughly 1,000 km long, compared to the 800-kilometer-long rupture made by the Valdivia earthquake.

The Atacama Desert is one of the driest, most hostile environments in the world and finding evidence of tsunamis there has always been difficult. However, the authors of the study found evidence of marine sediments and a lot of beasties that would have been living quietly in the sea before being thrown inland. The researchers found all these features very high up and a long way inland so it could not have been a storm that left them there.

While the Chile megaquake drove the inhabitants away from the coast when it hit over 3,000 years ago, the islands it affected in the South Pacific were uninhabited at that time. Now the islands are popular tourist locations. And a lot of people congregate there. That means that any tsunamis or earthquakes that hit the area could be catastrophic.

Source, BGR, Yahoo News.

Carte des zones impactées par le tsunami de Valdivia (Source: NGDC