Archéologie glaciaire // Glacial archaeology

J’ai expliqué dans plusieurs notes sur ce blog (28 janvier 2018, 3 octobre 2023 à propos de la Norvège, par exemple) que les glaciers fondent à une vitesse incroyable partout dans le monde, ce qui ouvre un nouveau champ de recherche : l’archéologie glaciaire. Des artefacts, des corps et des virus conservés dans la glace depuis des millions d’années refont surface aujourd’hui. La fonte des glaciers permet également aux archéologues d’explorer des zones autrefois trop dangereuses à atteindre.
À l’heure actuelle, les randonneurs et les alpinistes tombent sur de mystérieux objets anciens dans les Alpes suisses et leurs découvertes intéressent les archéologues. De l’Âge de fer à l’époque romaine en passant par le Moyen Âge, les gens traversaient les cols recouverts de glace dans les Alpes avec des vaches, des mules, de l’huile, du vin, des skis, des armes et bien d’autres denrées. Leurs biens, perdus ou abandonnés, refont maintenant surface à mesure que les glaciers fondent, et ils nous donnent des indications intéressantes sur les civilisations et les époques passées.
La Suisse compte plus de glaciers que tout autre pays européen, et ils reculent rapidement avec la hausse des températures. En 2022 et 2023, le pays a perdu 10 % de son volume glaciaire.
Les personnes qui trouvent des artefacts sur la glace les gardent parfois comme souvenirs. Par exemple, une statue en bois est restée accrochée au mur du salon d’un alpiniste pendant près de 20 ans avant qu’un conservateur de musée s’en aperçoive et obtienne sa restitution. L’alpiniste avait trouvé la statue dans l’eau de fonte d’un glacier en 1999 et l’avait décapée avec des produits de nettoyage modernes, ce qui aurait pu endommager l’objet. Les archéologues ont tout de même réussi à dater le bois qui appartient au 1er ou 2e siècle avant JC, autrement dit l’Âge de fer.
Au fur et à mesure que la glace fond et que les découvertes s’accélèrent, les archéologues de la ville de Sion (Suisse) collectent ces objets à des fins de recherche. Le Musée d’Histoire du Valais est à l’avant-garde dans le nouveau domaine de l’archéologie glaciaire. Le musée a même présenté ses objets dans une exposition itinérante. Au fur et à mesure de leur arrivée, les découvertes glaciaires sont entreposées dans un congélateur géant au sous-sol du bâtiment.
Les découvertes d’objets sur les glaciers permettent d’en savoir davantage sur l’histoire humaine et l’économie ancienne de la région, mais leur interprétation constitue un défi car il n’existe aucune structure, route, ville ancienne ou autre objet pouvant offrir des indices sur les origines ou la finalité d’un artefact. Certaines découvertes sont des mystères entiers. Les bâtons et les statues en font partie. Certains bâtons datent de l’époque des Romains, qui utilisaient les Celtes comme guides sur les glaciers et pour traverser les Alpes. Les archéologues travaillent sur la datation des bâtons au Carbone 14. A l’image des statues, de nombreux objets glaciaires sont constitués de matériaux organiques – bois, matières végétales, cuir – qui se dégradent rapidement à basse altitude quand ils ne sont plus emprisonnés dans la glace.
D’autres découvertes, comme les biens ayant appartenu à un homme du 17ème siècle, mettent en lumière l’économie ancienne des Alpes. Après avoir passé au crible ses beaux vêtements, ses pièces de monnaie du nord de l’Italie et ses armes en provenance de l’Allemagne actuelle, les archéologues pensent qu’il s’agit d’un marchand. Deux mulets dont les restes ont été découverts à proximité transportaient peut-être ses marchandises. Les archéologues dont persuadés que l’homme est mort dans un accident, par exemple en tombant dans la crevasse d’un glacier. Il représente un instantané d’une économie ancienne qui s’étendait à travers les Alpes. Pendant des siècles, les gens ont franchi au péril de leur vie des cols et des glaciers dangereux pour atteindre des zones habitées de l’autre côté des montagnes.
Certains artefacts pourraient être porteurs de maladies disparues depuis longtemps, comme la peste noire. Les archéologues doivent donc être prudents et se laver les mains après avoir manipulé des restes d’animaux ou de personnes, car ils pourraient être porteurs de virus ou d’autres microbes encore vivants après avoir été congelés. Les chercheurs ont déjà découvert des virus restés actifs dans les glaciers tibétains et le pergélisol arctique. J’expliquais dans un article que le dégel du pergélisol en Sibérie avait libéré de l’anthrax qui a infecté des dizaines de personnes et tué un enfant en 2016. Plus inquiétant, la grippe espagnole était toujours présente dans les cadavres de mineurs norvégiens enterrés au Svalbard.
De nombreux objets sont très fragiles une fois que la glace qui les entoure a fondu. Les archéologues doivent donc se dépêcher de les analyser. Comme je l’ai indiqué plus haut, dès qu’ils ressortent à la surface d’un glacier, le cuir et autres matières organiques peuvent être détruits par les éléments et l’eau de fonte en seulement deux ans. Pour sauver le plus grand nombre possible d’objets, les archéologues ont créé une application – IceWatcher – permettant aux randonneurs et alpinistes de faire part de leurs découvertes et les confier aux archéologues. Une trentaine ont été signalées sur l’application au cours de ses deux premières années.
Source  : Business Insider via Yahoo Actualités.

Pointe de flèche en quartzite découverte en Norvège suite à la fonte d’un glacier. (Crédit photo: Espen Finstad/secretsoftheice.com)

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I have exlained in several posts (January 28th, 2018, October 3rd, 2023 about Norway, for instance) that glaciers are melting at an incredible speed around the world, and they have opened up a new field of research : glacial archaeology. Artifacts, bodies, and viruses frozen deep in ice for millions of years are now emerging to the surface. Melting glaciers are also allowing archaeologists to explore areas that were once too dangerous to reach.

Today, hikers and mountaineers are stumbling on mysterious ancient objects in the Swiss Alps, and their discoveries are keeping archaeologists busy. From the Iron Age to the Ancient Romans to the Middle Ages, people travelled across the Alps’s icy mountain passes with cows, mules, oil, wine, skis, weapons, and more. Their lost or abandoned belongings are now surfacing as the mountains’ glaciers melt, revealing clues about past civilizations and eras.

Switzerland has more glaciers than any other European country, and they are receding quickly as global temperatures rise. In 2022 and 2023, the country lost 10% of its total glacier volume.

People who find unique artifacts lying on the ice sometimes take them as keepsakes. For instance, a wooden statue hung on a mountaineer’s living room wall for nearly 20 years before a museum curator saw an old email about it and reached out. The mountaineer had found the statue soaked in meltwater in 1999 and wiped it down with modern cleaning products, which may have damaged the ancient object. Archaeologists managed to date the wood to the 1st or 2nd century BC, the Iron Age.

As the ice melts and discoveries accelerate, archaeologists in the town of Sion collect these objects for research. The Valais History Museum is at the forefront of the new field of glacial archaeology. The museum has even sent its artifacts on a traveling glacial archaeology exhibit. Glacial findings are hidden in a giant freezer in the basement of the building.

Findings from glaciers are revealing more about human history and ancient economies in the region, but it is a challenge as there are are no structures, roads, ancient cities, or other objects that can offer clues about an artifact’s origins or purpose. Some discoveries are total mysteries. The sticks and the statues are two of them. Some sticks date to the time of the Romans, who used the Celtics as guides over the glaciers and through the Alps. Archaeologists are working on radiocarbon dating the sticks. Like the statue, many glacier artifacts are organic materials – wood, plant materials, leather – that don’t survive well at lower altitudes where they aren’t frozen.

Other discoveries, like the belongings of a 17th-century man, shed light on the ancient Alps economy. Based on his fine clothes, coins from Northern Italy, and weapons from present-day Germany, the archaeologists think he was a merchant. Two mules whose remains were discovered nearby may have been carrying his wares. Archaeologists suspect the man died in an accident, such as falling into a crevasse in the glacier. He’s a snapshot of an ancient economy that stretched across the Alps. For centuries, people have braved treacherous cols and glaciers to reach settlements on the other side of the mountains.

Some artifacts could carry long-extinct diseases like the Black Plague, so archaeologists have to be careful and wash their hands after handling the remains of animals or people since they could carry viruses or other microbes that are still viable from being frozen. Researchers have previously found active viruses frozen in Tibetan glaciers and Arctic permafrost, tens of thousands of years old. I explained in a post that thawing permafrost in Siberia released anthrax that infected dozens of people and killed a child in 2016. More worrying, the Spanish flu’ was still present in the corpses of Norwegian miners buried in Svalbard.

Many objects are vulnerable once the ice around them melts. Archaeologists have to hurry.

As I put it above, as soon as they melt out to the surface of a glacier, leather and other organic materials can be destroyed by the elements and the meltwater in just two years. To help save as many objects as possible, the archaeologists created an app – IceWatcher – for hikers to report their findings. Hikers reported about 30 discoveries on the app in its first two years.

Source : Business Insider via Yahoo News.

Les Alpes durement touchées par les conséquences du réchauffement climatique

Vers la fin du mois de juin 2024, plusieurs événements majeurs ont affecté les Alpes françaises, suisses et italiennes, avec de fortes répercussions sur la vie locale et sur le tourisme.

Le 20 juin, le hameau de la Bérarde, dans le massif français des Ecrins, point de départ de nombreuses courses en montagne, était dévasté par une crue extrêmement violente du Vénéon, le torrent qui traverse le village.

Quelques jours plus tard, c’est de l’autre côté des Alpes que de violents orages ont frappé, causant un terrible bilan humain. Les météorologues s’accordent pour dire que la cause de ces différentes catastrophes est le réchauffement climatique. La fréquence et l’intensité de ces épisodes extrêmes, autrefois rares, laissent désormais présager un risque accru dans les zones de montagnes et dans les vallées

Côté français, le village de la Bérarde a été détruit par une crue torrentielle d’une violence exceptionnelle. Aujourd’hui, le site offre un spectacle de désolation avec des routes coupées et des maisons éventrées par des amas de pierres. Quelque 200 000 mètres cubes d’eau, de sédiments et de rochers ont tout emporté dans la vallée en quelques heures. La crue du Vénéon a laissé derrière elle un champ de ruines. Heureusement, aucune victime n’est à déplorer, mais c’est une catastrophe économique pour cette petite vallée dont l’accès sera interdit au moins jusqu’à la Toussaint. L’été est donc terminé pour les commerces et autres structures tournant autour des activités de montagne.

La Suisse a connu un sort encore plus cruel car des victimes sont à déplorer. Le bilan s’élève à 4 morts et 6 disparus entre les cantons du Tessin et du Valais. À Zermatt, la Viège est sortie de son lit, Les eaux boueuses ont dévalé les rues de la célèbre station de montagne au pied du Cervin. Une coulée de boue s’est produite dans la région de Fontana (Tessin) où plusieurs personnes ont été portées disparues

Les images sont également très impressionnantes en Italie. À Noasca, dans le nord du pays, une lave torrentielle, déferlante d’eau et de boue, a tout emporté ou presque sur son passage. Dans cette région du Piémont, 100 mm de pluie sont tombés en 24 heures, provoquant de nombreux glissements de terrain. Plus de 200 personnes ont dû être évacuées. Dans la Vallée d’Aoste, une coulée de boue a bloqué temporairement la route donnant accès à Cervinia. Cogne, un village de 1.300 habitants, s’est lui aussi retrouvé coupé du monde, une coulée de boue ayant bloqué les voies d’accès.

Selon une géographe spécialisée dans les risques naturels en montagne, ces événements extrêmes sont dus à « une combinaison de facteurs – couverture neigeuse importante, augmentation des températures et fortes précipitations – qui a donné aux rivières suffisamment de force pour quelles puissent emporter des sédiments, mais aussi charrier des roches toujours plus grosses qui ont provoqué davantage de destruction en aval. »

Suite au réchauffement climatique, on observe une augmentation de tous les types d’événements extrêmes, notamment météorologiques, sans oublier la hausse de la température atmosphérique qui génère la fonte et le recul des glaciers, le dégel du permafrost et un changement dans la couverture neigeuse. L’ensemble de ces facteurs déstabilise les versants, produit des roches et des sédiments qui sont mobilisés par les crues aggravées par l’augmentation des événements climatiques extrêmes.

Il ne faudrait pas oublier, non plus, que les vallées sont beaucoup plus exposées parce qu’il y a plus de tourisme. Au final, peu de territoires sont disponibles pour construire. Ils sont donc toujours en fond de vallée, sur les cônes de déjection des torrents ou dans les couloirs d’avalanche. C’est le cas du village de La Bérarde qui s’est retrouvé pris au piège. Ce scénario a été identique chez nos voisins suisses et italiens. Il est malheureusement amené à se reproduire à l’avenir.

Source presse régionale alpine et transalpine.

Le village de La Bérarde avant et après la catastrophe (Image webcam et photo PGHM)

Neige dans les Alpes en 2024 : un pansement pour les glaciers

Le Centre d’études spatiales et de la biosphère (CESBIO) vient d’indiquer que l’enneigement a été excédentaire dans les Alpes depuis le début de l’année 2024. Le manteau neigeux a stocké deux milliards de mètres cubes d’eau supplémentaires par rapport à l’année 2023. C’est une bonne nouvelle pour le bassin du Rhône, avec la garantie d’avoir des ressources en eau abondantes, notamment pour l’agriculture, la production d’hydroélectricité et les écosystèmes.

Photo: C. Grandpey

En revanche, le massif pyrénéen reste déficitaire en neige, et la situation est encore plus préoccupante dans les Pyrénées-Orientales. Cela reflète cette sécheresse qui perdure depuis deux ans. J’ai indiqué dans plusieurs notes que les glaciers pyrénéens sont une espèce en voie d’extinction.

Un peu de neige sur le Pic du Midi de Bigorre (Crédit photo: Météo France)

Il ne faut pas se réjouir trop vite. Si l’enneigement a été satisfaisant dans les Alpes en 2024, il ne s’agit que d’une situation ponctuelle qui ne suffira pas pour que les glaciers reprennent leur marche en avant. Il faudrait plusieurs années d’accumulation satisfaisante de neige à haute altitude pour que les masses glaciaires retrouvent un certain équilibre. Au vu de l’accélération du réchauffement climatique dans le monde, il est peu probable que le rêve devienne réalité. Il ne faudrait pas oublier le rapport de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) publié le 19 mars 2024 dans lequel on peut lire que la température moyenne de la Terre a dépassé de 1,45°C celle de l’ère préindustrielle, ce qui confirme l’estimation un peu plus élevée de l’agence Copernicus, qui donnait 1,48°C. Selon le texte de l’OMM, « la planète est au bord du gouffre. »

L’année 2023 a été marquée par le réchauffement sans précédent des océans, le recul des glaciers et la perte de glace de mer dans l’Antarctique. Selon des données révélées par l’OMM, les 60 glaciers de référence sur la planète ont subi la perte de glace la plus importante jamais enregistrée depuis 1950. L’équivalent de 1,20 mètre d’eau a disparu à leur surface, soit un peu plus qu’en 2022. Le phénomène a été le plus intense dans l’ouest de l’Amérique du Nord et en Europe. Comme je l’ai indiqué dans une note précédente (30 septembre 2023), les glaciers suisses ont enregistré la deuxième fonte la plus massive en 2023, derrière 2022. Au total, ils ont perdu environ 10 % de leur volume restant en seulement deux ans, « à cause du faible manteau neigeux et des étés chauds chaque année», selon le rapport de l’OMM.

Le Glacier du Rhône est un de ceux qui fondent le plus vite (Photo: C. Grandpey)

Les glaciers de l’ouest de l’Amérique du Nord ont connu un amincissement annuel moyen de plus de 3,5 mètres dans les Rocheuses canadiennes. C’est cinq fois plus que la moyenne 2000-2019. En plus du manque de neige, une «intense vague de chaleur printanière et des températures suffocantes l’été avec des incendies monstres ont aussi contribué au déficit glaciaire. Les cendres des incendies de végétation ont assombri la surface des glaciers et réduit l’albédo.

Dans les Rocheuses canadiennes, le glacier Athabasca recule à une vitesse impressionnante (Photo: C. Grandpey)

Selon l’OMM, une partie de l’explication tient au phénomène El Niño, qui réchauffe les eaux du Pacifique tous les cinq à sept ans. Reste à savoir si l’atténuation du phénomène en 2024 aura des conséquences visibles. On a vu dans les années précédentes que la présence du phénomène de refroidissement La Niña n’avait pas empêché les températures de continuer à grimper.

L’OMM conclut son rapport en expliquant que l’année 2024 pourrait être tout aussi chaotique que 2023. «Il y a une probabilité élevée que 2024 batte à nouveau le record de 2023. »

Source : CESBIO, OMM.

Fonte des glaciers : 2023 a encore été une mauvaise année // Glacier melting : 2023 was another bad year

Le 22 avril 2024, l’agence européenne Copernicus a publié son rapport annuel sur le climat, avec un chapitre consacré aux glaciers. L’agence annonce la couleur dès le préambule de son rapport : les glaciers dans le monde ont connu en 2023 une perte de masse annuelle record de 1,1 m d’épaisseur de glace, avec, à l’échelon local, des pertes d’épaisseur de 0,5 à 3,0 m.
En 2023, les glaciers ont aussi perdu 600 Gt d’eau. Il s’agit de la perte de masse annuelle la plus importante depuis 1976, et supérieure d’environ 100 Gt à toute autre année enregistrée. Cela équivaut à près de cinq fois la quantité de glace contenue dans tous les glaciers d’Europe centrale.
Les estimations indiquent que cette perte de masse a contribué à hauteur de 1,7 mm à l’élévation du niveau moyen de la mer à l’échelle de la planète. Il s’agit de la plus grande contribution annuelle depuis le début des relevés satellitaires en 1976.
Les quatre années au cours desquelles la perte de masse des glaciers dans le monde a été la plus importante sont toutes depuis 2019. 2022 et 2023 ont été les premières années enregistrées au cours desquelles toutes les régions glaciaires ont signalé une perte de glace.Les glaciers de l’ouest de l’Amérique du Nord ont connu une perte record d’épaisseur de glace d’environ 3 m. Une perte de glace bien supérieure à la moyenne a également été signalée en Alaska, en Europe centrale, dans les Andes du Sud, sur la chaîne de l’Himalaya en Asie, et en Nouvelle-Zélande.

Sans surprise, on peut lire que le réchauffement climatique a eu d’importantes conséquences sur les glaciers alpins en 2023. En deux ans, ils ont perdu environ 10 % de leur volume.

Après une année 2022 record, l’état des glaciers les Alpes s’est de nouveau détérioré. Au cours de l’année hydrologique 2022/2023, les glaciers de toutes les régions européennes ont connu une perte de glace. On peut lire dans le rapport de Copernicus que « les Alpes sont l’une des régions du monde où les glaciers reculent le plus rapidement, aux côtés de l’Islande, du sud des Andes, de l’Alaska, de l’ouest du Canada et de l’ouest des États-Unis. Dans les Alpes, 2023 a été une nouvelle année exceptionnelle en termes de perte de glace à cause d’une accumulation de neige hivernale inférieure à la moyenne et à une forte fonte estivale. »

Cette fonte s’explique notamment par des mois d’août et de septembre « exceptionnellement chauds ». Le rapport ajoute : « En Suisse, les glaciers ont perdu 4 % de leur volume de glace en 2023, après une perte de 6 % en 2022. Cela signifie qu’au cours des deux dernières années, les glaciers des Alpes ont perdu environ 10 % de leur volume. » En 2022, les glaciers suisses n’avaient jamais perdu autant de leur volume : 3 kilomètres cubes ont fondu, soit 6 % de la glace restante. L’année 2022 redéfinit donc la donne car jusqu’alors une perte de 2 % était déjà considérée comme extrême.

Selon le rapport Copernicus, l’année 2023 a également été marquée par des chutes de neige de plus en plus rares en Europe, avec toutefois quelques exceptions, comme en Scandinavie. Le reste du continent européen a globalement connu sur la période 1991-2020 un nombre bien inférieur à la moyenne de jours de neige en hiver. Les climatologues ont déjà prévenu que les conséquences peuvent être lourdes pour l’environnement. Le manque de neige peut contribuer à des conditions de sécheresse. De plus, la fonte de la neige au printemps et en été constitue une source d’eau importante pour de nombreux fleuves européens.

 

Perte de masse des glaciers en gigatonnes au fil des ans… Terrible !

Sources: C3S/ECMWF/WGMS

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On April 22nd, 2024, the European agency Copernicus published its annual climate report, with a chapter dedicated to glaciers. The agency des not mince words from the start of its report : glaciers around the world have experienced a record annual mass loss of 1.1 m of ice thickness in 2023, with, at the local level, losses of thickness of 0.5 to 3.0 m.
In 2023, glaciers also lost 600 Gt of water. This is the largest annual mass loss since 1976, and approximately 100 Gt greater than any other year on record. This is equivalent to almost five times the amount of ice contained in all the glaciers of Central Europe.
Estimates indicate that this loss of mass contributed 1.7 mm to the rise in average sea level globally. This is the largest annual contribution since satellite records began in 1976.
The four years in which glacier mass loss worldwide has been the greatest are all since 2019. 2022 and 2023 were the first years on record in which all glacial regions reported ice loss. Glaciers of western North America experienced a record loss of ice thickness of approximately 3 meters. Well-above-average ice loss was also reported in Alaska, central Europe, the Southern Andes, the Himalayan range in Asia, and New Zealand.

Unsurprisingly, we can read that global warming had significant consequences on Alpine glaciers in 2023. In two years, they have lost around 10% of their volume.
After a record year in 2022, the state of the glaciers in the Alps has deteriorated again. In the water year 2022/2023, glaciers in all European regions experienced ice loss. One can read in the Copernicus report that « the Alps are one of the regions in the world where glaciers are retreating most rapidly, alongside Iceland, the southern Andes, Alaska, the west of Canada and the western United States In the Alps, 2023 was another exceptional year for ice loss due to below-average winter snow accumulation and heavy summer melt.
This melting can be explained in particular by the “exceptionally hot” months of August and September. The report adds: “In Switzerland, glaciers lost 4% of their ice volume in 2023, following a loss of 6% in 2022. This means that over the past two years, glaciers in the Alps have lost around 10 % of their volume. » In 2022, Swiss glaciers never lost so much of their volume: 3 cubic kilometers have melted, or 6% of the remaining ice. The year 2022 therefore redefines the situation because until then a loss of 2% was already considered extreme.
According to the Copernicus report, the year 2023 was also marked by increasingly rare snowfall in Europe, although with a few exceptions, such as Scandinavia. The rest of the European continent generally experienced a much lower than average number of days of swowin winter over the period 1991-2020. Climatologists have already warned that the consequences could be serious for the environment. Lack of snow can contribute to drought conditions. Additionally, melting snow in spring and summer provides an important source of water for many European rivers.

En Alaska, le Columbia est l’un des glaciers dont la fonte est la plus rapide dans le monde (Source: NASA)