Des trous dans les glaciers suisses // Holes in the Swiss glaciers

Les glaciers alpins ont reculé pendant environ 170 ans, avec des hauts et des bas jusqu’aux années 1980. Depuis, la fonte est constante ; les années 2022 et 2023 ont été les pires de toutes. Avec les vagues de chaleur à répétition ces dernières semaines, l’année 2025 s’annonce mal, avec une nette tendance à l’accélération de la fonte des glaciers.

Le glacier du Rhône (photo: C. Grandpey)

Selon l’agence européenne Copernicus, mai 2025 a été le deuxième mois de mai le plus chaud jamais enregistré dans le monde, même si les températures en Europe ont été inférieures à la moyenne pour ce mois par rapport à la période 1991-2020. Dans un rapport, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) vient d’indiquer que la réduction des chutes de neige hivernales et les chaleurs estivales extrêmes de 2024 ont été « pénalisantes pour les glaciers ». 23 des 24 glaciers de l’Himalaya central et de la chaîne du Tian Shan ont subi une perte de masse cette année-là.

Crédit photo : Wikipedia

 Un glacier en bonne santé est « dynamique », car il génère de la nouvelle glace grâce aux chutes de neige à haute altitude et il fond à basse altitude. Les pertes de masse à basse altitude sont compensées par les gains à haute altitude. À mesure que le réchauffement climatique repousse la fonte vers des altitudes plus élevées, ces compensations ralentissent, voire s’arrêtent carrément, et le glacier se transforme en une plaque de glace immobile. C’est une situation de plus en plus fréquente sur les glaciers suisses, où la glace n’est plus dynamique.
Ce manque de régénération dynamique est probablement à l’origine de l’apparition et de la persistance de trous, apparemment causés par la turbulence de l’eau au fond du glacier ou par des entrées d’air à travers les interstices qui apparaissent à l’intérieur des blocs de glace. Un glaciologue suisse qui les a étudiés sur le glacier du Rhône a déclaré : « Les trous apparaissent d’abord au centre, puis ils s’agrandissent, et soudain, leur toit commence à s’effondrer. Ces trous deviennent alors visibles depuis la surface. Ils étaient moins connus il y a quelques années, mais on les observe plus souvent aujourd’hui. »

Trou et fissure dans le glacier du Rhône (Photo: C. Grandpey)

Le recul des glaciers a des répercussions importantes sur l’agriculture, la pêche, le niveau de l’eau potable et les tensions frontalières liées aux rivières transfrontalières. Les principaux problèmes générés par la fonte des glaciers concerneront l’alimentation en eau. Actuellement, le recul des glaciers entraîne des débits estivaux anormalement élevés, mais qui seront compensés par la disparition des glaciers, avec des débits devenus anormalement bas. Pour la Suisse, l’électricité pourrait être une victime de la disparition des glaciers : ce pays alpin tire la majeure partie de son électricité de centrales hydroélectriques alimentées par ses lacs et ses rivières, et une fonte des glaciers à grande échelle pourrait compromettre cette production.

Vue du jeune Rhône  (Photo: C. Grandpey)

La plupart des scientifiques affirment que l’objectif de hausse de 1,5 °C des températures fixé par l’Accord de Paris de 2015 sur le climat est aujourd’hui hors de portée. Les inquiétudes concernant le réchauffement climatique qui ont conduit à cet accord ont récemment été éclipsées par des événements comme les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, ainsi que par d’autres enjeux géopolitiques. Même si nous parvenons à réduire ou à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, il sera trop tard pour essayer de sauver les glaciers. Ils sont voués à disparaître.
Source : Associated Press via Yahoo News.

Le glacier d’Aletsch fond lui aussi à vue d’oeil (Photo: C. Grandpey)

—————————————–

The Alps have seen glaciers retreat for about 170 years, but with ups and downs over time until the 1980s. Since then, the decline has been steady, with 2022 and 2023 the worst of all. 2025 doesn’t look good, with a clear acceleration trend in the melting of glaciers.

According to the Copernicus climate center, May 2025 was the second-warmest May on record worldwide, although temperatures in Europe were below the running average for that month compared to the average from 1991 to 2020. In a report, the World Meteorological Organization (WMO) has just reported that reduced winter snowfall and extreme summer heatin 2024 were « punishing for glaciers”, with 23 out of 24 glaciers in the central Himalayas and the Tian Shan range suffering mass loss in that year.

A healthy glacier is considered « dynamic, » by generating new ice as snow falls on it at higher elevations while melting at lower altitudes: The losses in mass at lower levels are compensated by gains above. As a warming climate pushes up the melting to higher altitudes, such flows will slow down or even stop altogether and the glacier will essentially become an ice patch that is no longer moving. This is a situation observed more and more often on Swiss glaciers where the ice is not dynamic anymore.

This lack of dynamic regeneration is the most likely process behind the emergence and persistence of holes, seemingly caused by water turbulence at the bottom of the glacier or air flows through the gaps that appear inside the blocks of ice. A Swiss glaciologist that has studied them on the Rhone Glacier explains that “first the holes appear in the middle, and then they grow and grow, and suddenly the roof of these holes is starting to collapse. Then these holes get visible from the surface. These holes weren’t known so well a few years ago, but now we are seeing them more often.”

Glacier shrinkage has wide impacts on agriculture, fisheries, drinking water levels, and border tensions when it comes to cross-boundary rivers. The biggest worries with mountain glaciers will be water issues. Now, the shrinking glaciers are supporting summertime flows that are anomalously higher than normal, but this will be replaced as glaciers disappear with anomalously low flows. For Switzerland, another possible casualty is electricity: The Alpine country gets the vast majority of its power through hydroelectric plants driven from its lakes and rivers, and wide-scale glacier melt could jeopardize that.

Most scientists say that the target cap increase of 1.5 degrees Celsius in global temperatures set in the Paris Climate Accord of 2015 is out of reach today. The concerns about global warming that led to that deal have lately been overshadowed by trade wars, conflicts in Ukraine and the Middle East and other geopolitical issues. Even though we manage to reduce or limit global warming to 1.5 degrees, we couldn’t save the glaciers that are set to disappear in the future. It is too late.

Source : Associated Press via Yahoo News.

Énorme effondrement glaciaire en Suisse

Dans une note publiée le 20 mai 2025, j’expliquais que le village de Blatten, dans le Valais suisse, était sous la menace d’un effondrement majeur de la montagne. Le village (300 personnes) avait dû être entièrement évacué, y compris les animaux de ferme. La population avait eu 1h30 pour empaqueter l’essentiel et quitter les domiciles. Les habitants ont été relogés dans le village voisin, dans leur famille, ou chez des particuliers. Jusqu’à 5 millions de m3 de roches menaçaient de s’effondrer dans le secteur du Kleiner Nesthorn et du glacier du Birch

De profondes fissures étaient apparues sur le glacier du Birch

Un effondrement a effectivement eu lieu le lundi 19 mai 2025. Quelque 100 000 m3 de roches se sont décrochés du glacier Birch entre midi et 12h35. Puis, entre 150 000 et 200 000 m3 se sont détachés entre 17h et 18h. Au total, entre 350 000 et 400 000 m3 se sont détachés de la montagne et les autorités s’attendaient à un événement beaucoup plus spectaculaire à très court terme.

C’est ce qui vient de se produire ce 28 mai, avec un énorme effondrement du glacier du Birch. L’éboulement a recouvert le village et la rivière Lonza est obstruée. De nombreuses maisons ont été détruites, mais aucune victime humaine n’est à déplorer. Il ne reste presque rien du village haut-valaisan. Seuls une dizaine de bâtiments ont été épargnés. Le Conseil d’État valaisan avait décidé dans la matinée de déclarer la situation ‘particulière’, ce qui devait permettre de « réagir le plus rapidement possible, le cas échéant en mobilisant dès que cela sera nécessaire plusieurs moyens d’intervention d’envergure ». Voici une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux :

Crédit photo: presse suisse

Source : presse valaisane, RTS.

°°°°°°°°°°

La responsabilité du réchauffement climatique.

Selon les glaciologues suisses, l’effondrement du glacier du Birch et la destruction du village de Blatten était le pire scénario envisagé au vu de la situation sur la montagne. Personne ne s’attendait à un tel effondrement global.

Selon les scientifiques, le réchauffement climatique a probablement joué un rôle. Ils expliquent que le glacier du Birch est très particulier : alors que la quasi-totalité des glaciers alpins sont en fort retrait, celui-ci était un des seuls qui avançait de plusieurs mètres par année, depuis une dizaine d’années. En effet, il se trouve sous une haute paroi rocheuse prise dans un permafrost qui s’est dégradé sous l’effet du réchauffement climatique ces 10-15 dernières années. Cela a affecté la stabilité des parois, avec une forte augmentation des éboulements de blocs rocheux sur le glacier. C’est cette masse accumulée sur la glace qui a accentué l’instabilité du glacier et provoqué son décrochement.

Un autre risque menace maintenant la vallée: la formation d’un lac car les matériaux qui se sont accumulés ont obstrué la rivière Lonza. Un énorme barrage, long de 2 km et large de 50 à 200 mètres, s’est formé après l’éboulement. Avec la chaleur à venir et la fonte de la neige sur la montagne, la situation va vite devenir problématique. Il va vite falloir imaginer un système pour évacuer cette eau, pour éviter que le lac grandisse trop. Si rien n’est fait, on va avoir le risque de lave torrentielle, même s’il n’y a pas beaucoup d’eau dans la rivière.

Source : Presse helvétique.

Blatten avant et après la catastrophe ((Source: presse suisse)

°°°°°°°°°°

Dernières informations (29 mai 2025 à 17 heures): Les millions de tonnes de glace et de roche qui ont détruit le village de Blatten – avec une personne disparue – ont donné naissance à un lac artificiel qui ne cesse de gonfler et qui risque d’inonder une partie de la vallée en contrebas. Le lac artificiel qui s’est créé après la destruction du glacier du Birch tend à grossir heure par heure et le blocage de la rivière Lonza, qui passe au fond de la vallée du Lötschental, fait craindre des inondations en aval. Selon le quotidien Le Temps, le niveau du lac augmente de 80 centimètres par heure. Par précaution, seize personnes ont été évacuées dès mercredi soir dans deux villages situés en aval de la zone sinistrée. Un barrage artificiel a été préventivement vidé pour recevoir l’eau refoulée par le mur de glace, de terre et de gravats. Si l’eau devait déborder de ce barrage artificiel, il faudrait alors songer à évacuer la vallée, mais ce scénario du pire n’a qu’une faible probabilité de se réaliser car la Lonza a un débit relativement limité.

Les conditions très instables de la montagne et le risque de nouveaux éboulements et coulées de boue empêchent les équipes d’intervenir sur le site, et les ont obligées à suspendre les recherches qui avaient été lancées pour la personne portée disparue. Une cellule psychologique a été mise en place pour venir en aide aux habitants après qu’ils ont pu se rendre compte de l’ampleur des destructions.

Vue du lac en formation en amont de l’éboulement (Crédit photo: presse suisse)

Nouveaux effondrements dans les Alpes

Il y a quelques jours, la presse suisse faisait état de la menace d’un effondrement majeur de la montagne à Blatten, dans le Valais suisse. Le village (300 personnes) avait dû être entièrement évacué, y compris les animaux de ferme. La population avait 1h30 pour empaqueter l’essentiel et quitter les domiciles. Les habitants ont été relogés dans le village voisin, Wiler, dans leur famille, ou chez des particuliers. Jusqu’à 5 millions de m3 de roches menaçaient de s’effondrer dans le secteur du Kleiner Nesthorn et du glacier Birch.

L’effondrement a effectivement eu lieu le lundi 19 mai 2025. Quelque 100 000 m3 de roches se sont décrochés du glacier Birch entre midi et 12h35. Puis, entre 150 000 et 200 000 m3 se sont détachés entre 17h et 18h. Au total, entre 350 000 et 400 000 m3 se sont détachés de la montagne et les autorités s’attendent à un événement beaucoup plus spectaculaire à très court terme. Des fissures continuent d’être observées et le risque d’un éboulement en dessous du Bietschhorn est imminent. Selon un ingénieur au service des risques naturels du canton, entre 2 et 5 millions de mètres cubes de roches pourraient dévaler en direction du village de Blatten.

Ce n’est pas la premières fois que des événements naturels majeurs se produisent dans les Alpes suisses. J’ai décrit dans ce blog la lave torrentielle qui a emporté 3 millions de m3 de roches et dévasté le petit village de Bondo, dans les Grisons, le 23 août 2017. L’événement avait fait huit morts pour ce qui demeure aujourd’hui le pire événement du genre en Suisse.

À Blatten, un éboulement dans la région du «Petit Nesthorn», avait également entraîné une partie du glacier de Birch. Il avait déclenché une lave torrentielle la semaine précédente. Elle s’était arrêtée à environ 500 mètres en amont de la rivière Lonza, en dehors du village. Le glacier de Birch est sous surveillance depuis les années 1990. La commune pense que la fonte de la neige à partir de 2500 mètres d’altitude pourrait être à l’origine de la situation de danger actuelle.

Début mai 2025, une grosse chute de sérac a été observée au mont Blanc du Tacul dans les Alpes françaises. Quelque 60 000 m3 de glace se sont détachés vers 3750 m d’altitude. Le sérac avait déjà montré des signes de faiblesse le 26 avril. Selon le géomorphologue Ludovic Ravanel, l’événement est certes spectaculaire, mais normal, car phénomène mécanique classique d’un glacier suspendu.

Image du décrochement de la montagne au-dessus de Blatten (Source : État-major de conduite régional du Lötschental)

Fonte des glaciers : le Rhône en péril

Après m’être rendu à son chevet à plusieurs reprises, j’ai alerté sur la fonte du Glacier du Rhône, au cœur du Valais suisse. Je l’ai vu pour la première fois en 1981, époque où la masse de son front se dressait à proximité de la route qui conduit au Col de la Furka, bien connu des cyclotouristes.

Photo: C. Grandpey

Quand je suis retourné en Suisse en 2017, le glacier avait disparu et il fallait suivre un long sentier pour assister à un véritable spectacle de désolation : le glacier avait reculé à une vitesse incroyable, comme le prouvent les panneaux datés le long du sentier.

Photos: C. Grandpey

On se trouve exactement dans la même situation que la Mer de Glace où des panneaux identiques ont été apposés sur l’ancien encaissant du glacier.

Photo: C. Grandpey

 Des grottes de glace ont été creusées dans les deux glaciers. Si celle de la Mer de Glace est encore présentable, celle du Glacier du Rhône est moribonde et sa survie ne tient qu’à un fil.

Photo: C. Grandpey

 Le Glacier du Rhône donne naissance au fleuve éponyme qui sort du petit lac apparu devant le glacier.

Photo: C. Grandpey

Je me suis posé la même question à l’occasion de chaque visite: Qu’adviendra-t-il du fleuve le jour où le glacier ne sera plus mesure de l’alimenter ? La même question se posera pour des affluents, comme l’Arve ou l’Isère, qui sont, eux aussi, alimentés par la fonte des glaciers.

Glacier des sources de l’Isère (Photo: C. Grandpey)

On peut affirmer sans trop se tromper que la fonte du Glacier du Rhône sera source de problèmes dans les prochaines décennies. Le fleuve coule jusqu’au lac Léman, avec comme dernière étape avant la France le barrage du Seujet. C’est ici, en Suisse, que se décide le débit du fleuve côté français. Avec l’eau qui se raréfie, la situation pourrait devenir conflictuelle entre les deux pays. En cas de besoin, la France ne peut demander à la Suisse que 15 cm d’eau du lac. Avec les épisodes de sécheresse à venir, il est probable que cette demande deviendra insuffisante.

Côté français, le Rhône permet de refroidir quatre centrales nucléaires et d’alimenter 18 usines hydroélectriques, comme celle de Pierre-Bénite dans le département du Rhône. La réserve d’eau permet également d’alimenter une ville de 220 000 habitants. Avec la disparition annoncée du glacier source d’ici la fin du siècle, le débit du Rhône devrait baisser de 20% dès 2050. Dans le même temps, les besoins en eau ne cesseront d’augmenter.

J’ai attiré l’attention sur les effets d’une baisse de débit du Rhône sur la Camargue. (Voir, par exemple, mes notes du 10 novembre 2022 et du 220 mars 2025.

Source: Wikipedia

Dans mon dernier article, j’expliquais que « le Rhône constitue depuis longtemps une source de vie pour la Camargue car il apporte l’eau douce des Alpes et atténue la salinité de la région. À mesure que la pluie et les chutes de neige diminuent, il en va de même du débit du fleuve qui a diminué de 30 % au cours des 50 dernières années et la situation ne peut qu’empirer. Les scientifiques ne cessent de répéter que les glaciers qui sont en train de fondre à un rythme incroyablement élevé ont déjà dépassé le point de non-retour. Il est donc quasiment certain que, dans les années à venir, les 40% de débit des rivières qui arrivent en Camargue se réduiront comme peau de chagrin. »

Source: presse nationale avec France Info.