Soufrière St Vincent : croissance du dôme mais pas d’évacuation // Dome growth but no evacuation

Selon un article publié dans la presse locale le 1er janvier 2021, l’éruption de la Soufrière St Vincent se poursuit, mais aucune évacuation n’a été ordonnée. Une équipe du Centre de recherche sismique de l’Université des Antilles (UWI-SRC) a effectué une reconnaissance aérienne du volcan et a répété qu’aucun ordre d’évacuation n’avait été émis.

L’équipe scientifique a indiqué que deux reconnaissances aériennes avaient été effectuées le 1er janvier. Une forte couverture nuageuse a empêché les scientifiques d’avoir une bonne vue du cratère lors du premier vol. Lors du deuxième vol, il a été possible de photographier le cratère. Les clichés montrent que le nouveau dôme continue de croître.

Il est rappelé au public que lorsque le magma interagit avec la température de surface, surtout le matin lorsque l’air est frais, de la vapeur peut être vue au-dessus du cratère. Cette situation peut durer des semaines ou des mois.

Le niveau d’alerte reste à la couleur Orange. Cela signifie:

– Niveau très élevé de sismicité ou d’activité fumerollienne ou les deux, ou autres phénomènes volcaniques anormaux. Des éruptions peuvent survenir dans moins de 24 heures.

– Le système de surveillance fonctionne en permanence. Il y a une inspection visuelle régulière des zones de couches actives éventuelles. La déformation du sol et l’activité hydrothermale sont également surveillées.

– Les personnes vivant dans des zones proches du volcan, ce qui inclut les localités de Fancy à Georgetown et de Belle Isle à Richmond sont priées de rester vigilantes et d’écouter tous les conseils de la NEMO (‘Organisation nationale de gestion des catastrophes).

La NEMO a également demandé au public de ne pas visiter le volcan de La Soufrière jusqu’à ce que les scientifiques donnent le feu vert.

Source: Loop News Caribbean.

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According to an article published in the local press on January 1st, 2021, the eruption of La Soufrière continues, but no evacuation has been ordered. A team from the University of the West Indies Seismic Research Centre (UWI-SRC) has conducted aerial reconnaissance of the volcano and reiterated that no evacuation order has been issued.

The team reported two aerial reconnaissance were performed on January 1st. However, heavy cloud cover prevented the scientists from getting a good view of the crater during the first flight. During the second flight, the photographer was able to capture photos of the crater, which show that the new dome continues to increase in size.

The public is reminded that when the magma interacts with the surface temperature, especially in the morning when the air is cool, steam may be seen above the crater. This situation may continue for weeks or months.

The alert level remains at Orange. This means:

– Highly elevated level of seismicity or fumarolic activity or both, or other unusual symptoms. Eruptions may occur with less than 24 hours’ notice.

– The monitoring system is continuously in operation. There is a regular visual inspection of potential vent areas. Continuous ground deformation and hydrothermal activity are also monitored.

– People living in areas close to the volcano which include communities from Fancy to Georgetown and Belle Isle to Richmond are asked to remain alert and listen to all advisories from the National Emergency Management Organisation (NEMO).

NEMO also asked the public to refrain from visiting the La Soufriѐre Volcano until the scientists advise that it is safe to do so.

Source: Loop News Caribbean.

Source : University of the Wesr Indies

L’histoire éruptive de la Soufrière St Vincent

La situation actuelle à la Soufrière St Vincent n’est pas à prendre à la légère. Personne ne sait comment va «évoluer l’extrusion de lave en cours dans le cratère.

Dans mon livre « Killer Volcanoes » – aujourd’hui épuisé, mais disponible sur CD avec illustrations – j’explique que La Soufrière de St Vincent a commencé à se manifester il y a 4 300 ans avec une activité explosive qui a produit des coulées pyroclastiques et des retombées de matériaux qui ont affecté le nord de l’île.

La première éruption historique remonte à 1718 et sept autres suivent, jusqu’à celle qui a secoué le volcan entre le 13 avril et le 26 octobre 1979. Toutes incluent la même alternance d’extrusions de lave, panaches de cendre et coulées pyroclastiques.

Au cours de son histoire, la Soufrière de St Vincent a connu deux grandes éruptions.

La première se déroule du 27 avril au 9 juin 1812 dans le cratère principal. Elle est précédée d’une longue période d’activité sismique intense, bien ressentie par la population. Le volcan émet alors des panaches de cendre et produit des coulées pyroclastiques qui déposent  550 millions de mètres cubes de matériaux. Comme cela se produit très fréquemment sur ce type de volcans, les fortes pluies déstabilisent ces dépôts et déclenchent des lahars qui entraînent des dégâts matériels ainsi que 56 morts, malgré l’évacuation de la population.

La seconde éruption se déroule du 30 mars au 8 mai 1902, après une quinzaine de mois d’activité sismique. Elle a pour siège le cratère principal où se produisent des explosions phréatiques et phréatomagmatiques. La phase la plus intense de l’éruption débute le 7 mai vers midi pour se terminer le 8 au matin. Les épisodes sont les mêmes qu’en 1812. Le volcan émet 380 millions de mètres cubes de matériaux sous forme de panaches de cendre et de nuées ardentes qui recouvrent le nord de l’île. La colonne éruptive atteint plusieurs kilomètres de hauteur avant de s’effondrer dans plusieurs directions. Comme précédemment, des lahars puis un tsunami parachèvent les dégâts causés par l’éruption proprement dite. L’indice d’explosivité volcanique (VEI) est estimé à 4. Le bruit de l’explosion est perçu jusqu’à 700 kilomètres de distance. Le bilan fait état de 1 565 morts, en dépit de l’évacuation de la population.

Des explosions sporadiques continuent à être observées jusqu’en avril 1903 quand se termine l’éruption. Elle s’est déroulée quelques jours seulement avant l’éruption dévastatrice de la Montagne Pelée à la Martinique, ce qui n’est pas une aberration étant donné que les deux volcans sont situés sur la même ligne de subduction. Toutefois, les 28 000 morts de la ville de Saint Pierre ont fait quelque peu oublier le bilan moins lourd de l’éruption de la Soufrière de St Vincent.

Quelques décennies plus tard, le volcan entre en nouveau en éruption entre le 4 octobre 1971 et le 20 mars 1972. Un dôme de lave d’un volume de 80 millions de mètres cubes apparaît dans le cratère principal tandis qu’un panache volcanique s’élève jusqu’à vingt kilomètres d’altitude. Les précipitations entraînent la formation d’un lac, de sorte que le dôme initial se trouve transformé en une île qui trône au milieu de l’eau.  Cette dernière et la lave ne faisant pas bon ménage au cours d’une éruption, il est normal que le dôme et le lac soient pulvérisés quelques années plus tard, entre avril et octobre 1979 au cours d’une éruption phréatomagmatique. Cet événement permet la mise en place d’un nouveau dôme volumineux.

L’éruption de 1979 commence brutalement le 13 avril à 4 heures du matin, avec seulement quelques séismes pendant les vingt-quatre heures qui précèdent. La première phase de l’éruption, de type vulcanien avec un panache de 20 kilomètres de hauteur, dure moins de deux semaines. L’épisode suivant se caractérise par la lente extrusion d’un dôme de lave dans le cratère. Il mettra cinq mois pour atteindre sa taille actuelle. L’éruption ne fait pas de victimes grâce à l’évacuation de 22 000 habitants du nord de l’île.

En mars 2005,  des habitants ont fait état d’une forte odeur de soufre dans des localités du sud, jusqu’à Kingstown. L’odeur de soufre est fréquente sur le versant occidental de la Soufrière, mais beaucoup plus rare ailleurs. La population de l’île redoutait alors une reprise de l’activité volcanique sur la Soufrière. Les scientifiques dépêchés sur place n’ont rien détecté d’inquiétant et les instruments ne révèlaient aucune anomalie. Il est probable que l’odeur de soufre était due à un changement d’orientation du vent qui a dévié de sa direction habituelle en s’orientant vers le sud. Aucune modification n’a été apportée au niveau d’alerte.

Aujourd’hui, un dôme de lave à croissance lente est apparu dans le cratère de la Soufrière. Personne ne sait si la situation se stabilisera sans conséquence ou si elle évoluera vers un phénomène éruptif plus violent. Même si elle a fait de gros progrès, la volcanologie moderne montre toujours de sérieuses limites…

Le dôme de lave actuel dans le cratère (Source: Martinique la 1ère)