Les volcans sous-marins au large de la Sicile

Les fonds marins qui entourent la péninsule italienne recèlent encore de nombreuses surprises. On vient d’en avoir la preuve avec la découverte de six volcans sous-marins à quelques kilomètres de la côte sud-ouest de la Sicile, entre Mazara del Vallo et Sciacca. La découverte a été réalisée par l’Institut national d’océanographie et de géophysique expérimentale (Ogs), au cours de deux campagnes menées à bord du navire de recherche Ogs Explora. L’étude, publiée dans la revue Marine Geology, a confirmé les hypothèses précédentes sur la présence de trois volcans et en a identifié trois nouveaux, dont l’un à seulement sept kilomètres de la côte.
Grâce aux cartes haute résolution des fonds marins et aux levés sismiques et magnétiques, les chercheurs ont pu reconstituer en détail la morphologie des fonds marins en incluant les six volcans qui sont tous situés à moins de 22 kilomètres des côtes siciliennes; l’un d’eux, en particulier, n’est qu’à sept kilomètres de Capo Granitola. Il s’agit du volcan Actea qui présente une morphologie complexe et montre une grande coulée de lave qui s’étire sur plus de 4 kilomètres.
Ces volcans sont situés à environ 14 kilomètres au nord de ceux déjà connus de Banco Graham. Il y a, entre autres, la célèbre île Ferdinandea, apparue en 1831 lors d’une éruption sous-marine et qui, après s’être élevée jusqu’à 65 mètres au-dessus de la surface de l’eau, s’est enfoncée dans la mer.

Source : La Sicilia.

Personnellement, j’aime beaucoup l’histoire de Ferdinandea. En Sicile, en mai 1831, la terre commença à trembler dans la région de Sciacca, déclenchant un vent de panique parmi la population et de légers dégâts. L’activité sismique alla en augmentant pendant les jours suivants. Le 28 juin 1831, le capitaine de deux vaisseaux, le Rapid et le Britannia, entendit des grondements en provenance des fonds marins, au large de Sciacca. Le phénomène s’amplifia à partir du 2 juillet et des pêcheurs affirmèrent avoir observé un brassage des eaux de mer dans cette zone. Le 4 juillet 1831, on découvrit de nombreux poissons morts et une odeur de soufre envahit une surface d’environ 400 mètres de diamètre où l’eau de mer avait perdu sa pureté. Le 8 juillet, le capitaine du brigantin Gustavo fut le premier à noter la présence d’une colonne d’eau d’une hauteur de 25 mètres, et d’un vigoureux panache de fumée qui sortaient de l’eau. Le capitaine comprit qu’il s’agissait de la naissance d’un nouveau volcan et il alerta les autorités de Palerme. Les jours suivants, on continua à observer une intense activité phréato-magmatique et l’éruption passa de sous-marine à subaérienne

La naissance de la nouvelle île provoqua un grand intérêt politique et scientifique. Ainsi, le 13 juillet 1831 la corvette Etna appareilla de Palerme. Ne pouvant s’approcher de l’île à cause de l’eau bouillonnante, le capitaine voulut à tout prix marquer son passage et s’emparer physiquement de ce lopin de terre au nom de Ferdinand II. Pour cela, il envoya une chaloupe avec un marin qui, au plus près de la berge, y lança une rame. Le roi Ferdinand signa un acte en bonne et due forme, annexant l’île le 17 août 1831. D’où son nom, « Ferdinandea ».

De leur côté, les Anglais, qui contrôlaient la Méditerranée avec une puissante flotte et s’étaient établis à Malte, envoyèrent deux navires, le Hind et le Philomel. Ils affirmèrent avoir planté l’Union Jack sur ce bout de rocher, et tiré, depuis le Hind les vingt et un coups de canon marquant officiellement, par tradition, la prise de possession d’une nouvelle parcelle de l’Empire britannique. Ils lui donnèrent le nom de « Graham Bank », en l’honneur de Sir James Robert Graham, premier Lord de l’amirauté.

Une expédition scientifique française, commandée par le géologue Constant Prévost accompagné du peintre Joinville, débarqua le 28 septembre 1831 et planta le drapeau tricolore au sommet du petit mont qu’avaient formé les couches de lave. Les deux hommes ne restèrent que deux heures sur l’île mais ramenèrent des échantillons de roche, conservés aujourd’hui par les muséums d’histoire naturelle de Paris et de Strasbourg. Constant Prévost  donna à l’île le nom de «Julia», sous prétexte qu’elle avait émergé au mois de juillet.

Fredrich Hoffman, enseignant en géologie à l’Université de Berlin, qui se trouvait par hasard en Sicile, fut le premier à rédiger un rapport scientifique sur l’activité volcanique au large de Sciacca.

A la fin du mois de juillet, une nouvelle petite île s’était donc formée grâce à l’accumulation des matériaux projetés par le volcan. Peu élevée, ce moignon de terre aux nombreux noms, rapidement revendiqué et disputé par différents pays, mit finalement tout le monde d’accord le 17 décembre 1831 en disparaissant de la surface de la mer.

Aujourd’hui, l’île Graham ou Ferdinandea ou Julia apparaît sur les cartes car elle représente un danger potentiel pour la navigation. En effet, son sommet se trouve seulement à sept mètres sous la surface.

Pour couronner le tout, un chasseur américain la bombarda en 1987, la prenant pour un sous-marin libyen… !

Gravure montrant la naissance de Ferdinandea en 1831 (Source: Wikipedia)

La Sicile continue de trembler // Sicily keeps trembling

L’INGV a enregistré plusieurs nouvelles secousses ces dernières heures dans l’est de la Sicile, en particulier dans la région de Catane. Cinq événements ont été détectés par les instruments dans la soirée du 3 janvier 2019 entre 22 h et 00 h 20, avec une magnitude comprise entre M 2,3 et M 3,0. Une nouvelle secousse de M 3,0 a ensuite été enregistrée à 4h54 le 4 janvier. Les épicentres ont été localisés dans les secteurs de Ragalna, Biancavilla et Adrano. Un autre séisme de magnitude M 3,5 a été enregistré à 5h10 dans cette même région..
Parallèlement, le nombre de personnes déplacées suite à cette sismicité dans la région de Catane a augmenté. 1115 ont été contraintes d’abandonner leur domicile. Selon les informations communiquées par la Protection Civile sicilienne, 319 personnes ont eu recours à un hébergement indépendant et 794 dans des hôtels affiliés à la région sicilienne. Deux personnes sont hébergées dans des installations publiques.
En ce qui concerne la vérification des bâtiments, 551 maisons ont été déclarées inutilisables et 589 partiellement accessibles. S’agissant des bâtiments scolaires 60 des 90 écoles ont été contrôlées. 42 ont été déclarées accessibles, 14 partiellement inhabitables 4 non accessibles.

Source : La Sicilia.

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INGV has recorded several new earthquakes in recent hours in eastern Sicily, particularly in the Catania region. Five events were detected by the instruments on the evening of January 3rd, 2019 between 22:00 and 00:20, with magnitudes between M 2.3 and M 3.0. A new M 3.0 quake was recorded at 4:54 am on January 4th. The epicentres were located in the areas of Ragalna, Biancavilla and Adrano. Another M 3.5 earthquake was recorded at 5:10 am in the same region.
At the same time, the number of people displaced by this seismicity in the Catania region has increased. 1115 were forced to leave their homes. According to the information provided by the Sicilian Civil Protection, 319 people resorted to independent accommodation and 794 to hotels affiliated to the Sicilian region. Two people are housed in public facilities.
With regard to the verification of the buildings, 551 houses were declared unusable and 589 partially accessible. With regard to school buildings 60 out of the 90 schools were controlled. 42 were declared accessible, 14 partly inaccessible and 4 not accessible.
Source: La Sicilia.

Source: INGV

La Sicile, une île sismique // Sicily, a seismic island

Les derniers séismes enregistrés le 26 décembre 2018 dans la région de Catane et de l’Etna font partie d’une longue série et on sait depuis longtemps que la Sicile est une région du monde où la Terre tremble fréquemment. La partie orientale de l’île a été frappée par des secousses catastrophiques en 1169, en 1542, en 1693 – un événement terrible pour lequel encore aujourd’hui on prie dans les églises le 11 janvier – et en 1848.
Le 13 décembre 1990, les provinces de Catane, Syracuse et Raguse ont été touchées par un séisme dont l’épicentre se trouvait au fond de la mer, au large d’Augusta. Baptisé « séisme de la Sainte Lucie », ses blessures ne se sont que récemment cicatrisées. A l’époque, les sismologue craignaient que ce séisme soit le signe annonciateur d’un événement beaucoup plus dévastateur. Par bonheur, ce dernier ne s’est pas produit. Il ne faudrait toutefois pas baisser la garde. C’est pour cela que des chercheurs de l’INGV organisent des réunions d’information dans les écoles, ainsi que des conférences sur le risque sismique en Sicile orientale.

La cause de ces séismes se trouve dans la mer Ionienne, où il existe les structures sismogènes les plus importantes de Méditerranée centrale, et ces structures peuvent produire des séismes dévastateurs. Il y a en particulier la faille ibleo-maltaise qui fut à l’origine du séisme du 13 décembre 1990. On ne peut oublier, non plus, le terrible tremblement de terre du 11 janvier 1693, qui a détruit les villes entre Messine et Raguse. L’événement a non seulement dévasté les villes de l’est de la Sicile, mais il a eu des répercussions à Palerme, détruit des maisons en Calabre et a également été ressenti en Afrique. D’une magnitude de M 7,4, il fut beaucoup plus catastrophique que les séismes qui ont frappé le centre de l’Italie pendant l’été 2016. Il fut provoqué par un effondrement d’une trentaine de mètres au niveau de la faille ibléo-maltaise.

Ces différents séismes ont fait ressortir les lacunes de la Sicile en matière de constructions parasismiques. Si des bâtiments s’effondrent, c’est parce qu’ils ne sont pas en mesure de résister aux séismes, même modestes. Dans de nombreuses municipalités de Sicile, la capacité des édifices à résister aux séismes est quasiment nulle. La Sicile est à l’opposé du Japon dans ce domaine. A l’avenir, il faudra absolument que les ingénieurs et les architectes prennent en compte le risque sismique quand ils construiront des maisons et autres édifices. Récemment, la Protection Civile régionale a enfin commencé à fournir aux  architectes et géologues les éléments nécessaires à une meilleure construction. Il est grand temps que de telles initiatives soient prises. La Sicile se trouve dans une zone fortement sismique, avec l’Etna qui n’arrange pas la situation. Même si les scientifiques ne savent pas prévoir les séismes, ils savent que la Sicile sera de nouveau soumise à de tels événements dans les prochaines années.

Adapté d’un article paru dans le journal La Sicilia.

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The latest earthquakes recorded on December 26th, 2018 in the region of Catania and Mt Etna are part of a long series and it has long been known that Sicily is a region of the world where the Earth trembles frequently. The eastern part of the island was hit by disastrous quakes in 1169, in 1542, in 1693 – a terrible event that still sends today people praying in churches on January 11th – and in 1848.
On 13 December 1990, the provinces of Catania, Syracuse and Ragusa were hit by an earthquake whose epicentre was at the bottom of the sea off Augusta. Called the « Saint Lucia earthquake », its wounds have only recently healed. At the time, the seismologists feared that this earthquake might be the harbinger of a much more devastating event. Fortunately, it did not happen. However, we should not let our guard down. For this reason, researchers at the INGV organize information meetings in schools, as well as conferences on the seismic risk in eastern Sicily.
The cause of these earthquakes is in the Ionian Sea, where there are the most important seismogenic structures of the central Mediterranean, and these structures can produce devastating earthquakes. There is in particular the iblean-maltese fault which was at the cause of the earthquake of December 13th, 1990. One can not forget, either, the terrible earthquake of January 11th, 1693, which destroyed the cities between Messina and Ragusa . The event not only devastated the cities of eastern Sicily, but it had repercussions in Palermo, destroyed homes in Calabria and was also felt in Africa. With a magnitude of M 7.4, it was much more catastrophic than the earthquakes that hit central Italy during the summer of 2016. It was caused by a collapse of about thirty metres along the Iblean-Maltese faultline.
These different earthquakes highlighted Sicily’s deficiencies in earthquake-resistant constructions. If buildings collapse, it is because they are not able to withstand earthquakes, even modest ones. In many municipalities in Sicily, the capacity of buildings to resist earthquakes is inexistent. Sicily is the opposite of Japan in this area. In the future, it will be essential for engineers and architects to take into account the seismic risk when they build houses and other buildings. Recently, the Regional Civil Protection began to provide architects and geologists with the necessary elements for a better construction. It is high time such initiatives were taken. Sicily is in a highly seismic zone, with Etna which does not help the situation. Even if scientists are not able to predict earthquakes, they know that Sicily will be hit again by such events in the coming years.
Adapted from an article in the newspaper La Sicilia.

Photos: C. Grandpey

Webcams siciliennes

L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.) vient de mettre en ligne une nouvelle webcam sur le Stromboli. Elle est accessible en cliquant sur ce lien :

http://www.lave-volcans.eu/webcams_stromboli.php?numero=1

Cette webcam s’ajoute à celle déjà présente sur l’Etna :

 http://www.lave-volcans.eu/webcams_etna.php?numero=2

Bonus intéressant : La webcam de l’Etna s’accompagne d’archives permettant de voir l’activité volcanique au cours des dernières 24 heures. Très utile quand les éruptions ont lieu pendant notre sommeil !

D’autres webcams sont orientées vers les cratères de l’Etna et le Stromboli, comme celles proposées par Radio Studio 7 dont certaines sont en streaming et permettent donc d’observer l’activité volcanique en direct :

http://www.radiostudio7.it/webcam.asp

Des vues en streaming sont également proposées par l’Osservatorio Meteorologico di Nunziata di Mascali. On peut choisir le versant sud de l’Etna :

http://www.osservatoriometeorologiconunziata.it/joomla30/index.php/web-cam/etna-sud-live

ou le versant nord :

http://www.osservatoriometeorologiconunziata.it/joomla30/index.php/web-cam/etna-nord-live

Les webcams de l’INGV ne manquent pas d’intérêt. Elles permettent de voir la Fossa di Vulcano, le Stromboli et l’Etna. Pour ce dernier, viennent s’ajouter les images des caméras thermiques. Le site propose également de suivre l’activité sismique :

http://www.ct.ingv.it/it/?option=com_wrapper&view=wrapper&Itemid=100&lang=it

D’autres webcams sont orientées vers l’Etna. En voici quelques exemples; la liste n’est pas exhaustive :

https://www.meteoindiretta.it/wcdet/8691/giarre__ct_/panoramica_sul_vulcano_etna/

http://www.telegrafovecchio.com/wcam/cam1.jpg

http://www.guide-etna.com/

http://www.etnanatura.it/foto/storicowebcam1.php