Rebond isostatique et baisse du niveau de la mer // Isostatic rebound and sea level drop

Un article paru dans le quotidien Ouest France en avril 2002 se demande pourquoi le niveau de la mer baisse en Islande, alors qu’il est en hausse partout dans le monde. En fait, la réalité est un peu différente. Comme je l’explique au cours de ma conférence « Glaciers en péril », ce n’est pas vraiment le niveau de la mer qui baisse en Islande, mais la terre qui se soulève. Les scientifiques prennent souvent l’exemple du petit port d’Höfn sur la côte sud de l’île pour illustrer ce phénomène.

Dans l’article diffusé par le quotidien, une climatologue à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) explique que le niveau moyen de la mer a augmenté d’une vingtaine de centimètres depuis le début du 20ème siècle, mais il s’agit d’un niveau moyen. Autrement dit, il y a des endroits où la hausse est plus importante qu’à d’autres, avec des variations de quelques centimètres. Par exemple, le niveau de l’eau augmente deux à trois fois plus vite qu’ailleurs dans l’océan Pacifique parce que les courants océaniques ne distribuent pas la chaleur de manière homogène. A contrario, il existe d’autres zones où aucune élévation du niveau de la mer n’est enregistrée et parfois même une légère baisse est constatée, comme en Islande. Le Groenland et d’autres pays, essentiellement dans l’Arctique, sont concernés. C’est aussi le cas de quelques zones proches du pôle Sud.

En fait, plus que d’une baisse du niveau de la mer, il s’agit d’une élévation de la terre. Il s’agit d’un phénomène appelé rebond post-glaciaire ou rebond isostatique qui a déjà été observé au cours de la dernière glaciation, il y a environ 20 000 ans. D’énormes calottes de glaces se sont alors formées au nord des États-Unis, du Canada ou encore de l’Europe. Sous leur poids, le sol s’est enfoncé dans les zones concernées. Au terme de cette période glaciaire – il y a entre 20 000 et 10 000 ans – le climat s’est réchauffé et a entraîné la fonte des calottes glaciaires qui ont pesé moins lourd sur le plancher océanique et terrestre. Sous cet effet, le sol s’est soulevé, et c’est ce qui se passe aujourd’hui en Islande où les glaciers fondent sous les coups de butoir du réchauffement climatique.

La climatologue de l’IRD ajoute que la baisse apparente du niveau de la mer en Islande s’explique aussi par la gravité. En effet, une grosse calotte glaciaire a tendance à attirer la mer, un peu comme l’attraction exercée par la Lune sur nos mers. En conséquence, si la calotte fond et disparaît petit à petit, elle attire moins la mer. Plus la calotte glaciaire disparaîtra, plus la surface de la mer sera basse. Cet effet est, lui aussi, assez local.

Les scientifiques ne pensent pas que la baisse du niveau de la mer en Islande va se poursuivre. Elle sera compensée, puis dépassée, par l’élévation globale du niveau des océans dans le monde. Les projections d’ici la fin du siècle prévoient une hausse du niveau de la mer importante, si bien qu’en 2100, les conséquences du rebond isostatique existeront toujours mais seront globalement compensés par la dilatation thermique de l’océan et l’apport d’eau douce à la mer par la fonte des glaciers continentaux et des calottes polaires.

Source: Ouest France.

——————————————–

An article published in the French daily Ouest France in April 2002 asks why the sea level is dropping in Iceland, while it is rising all over the world. In fact, the reality is a little different. As I explain during my conference « Glaciers at Risk », the sea level is not really decreasing in Iceland, but the land is rising. Scientists often take the example of the small port of Höfn on the south coast of the island to illustrate the phenomenon.
In the article published by the daily, a climatologist at the Research Institute for Development (IRD) explains that the average sea level has risen by about twenty centimeters since the beginning of the 20th century, but it is an average number. In other words, there are places where the rise is greater than at others, with variations of a few centimeters. For example, the water level is rising two to three times faster than elsewhere in the Pacific Ocean because ocean currents do not distribute heat evenly. Conversely, there are other areas where no rise in sea level is recorded and sometimes even a slight drop is observed, such as in Iceland. Greenland and other countries, mainly in the Arctic, are concerned. This is also the case for some areas near the South Pole.
In fact, more than a drop in sea level, it is a rise in land. This is a phenomenon called post-glacial rebound or isostatic rebound that has already been observed during the last glaciation, around 20,000 years ago. Huge ice caps then formed in the north of the United States, Canada and even Europe. Under their weight, the ground sank in the affected areas. At the end of this ice age – between 20,000 and 10,000 years ago – the climate warmed up and led to the melting of the ice caps which weighed less heavily on the ocean floor and land. Under this effect, the ground rose, and this is what is happening today in Iceland where the glaciers are melting under the impact of global warming.
The IRD climatologist adds that the apparent drop in sea level in Iceland is also explained by gravity. Indeed, a large ice cap tends to attract the sea, much like the attraction exerted by the Moon on our seas. As a result, if the ice cap melts and gradually disappears, the ice cap attracts the sea less. The more the ice cap disappears, the lower the sea surface will be. This effect is also quite local.
Scientists do not believe that sea level decline in Iceland will continue. It will be compensated, then exceeded, by the global rise in the level of the oceans in the world. Projections by the end of the century foresee a significant rise in sea level, so that in 2100 the consequences of the isostatic rebound will still exist but will be globally compensated by the thermal expansion of the ocean and the contribution of water to the sea through the melting of continental glaciers and polar ice caps.
Source: Ouest France.

Schéma illustrant le rebond isostatique (Source: https://profsvt.site)

Vue du port de Höfn (Crédit photo: Wikipedia)

En fondant, le glacier islandais Vatnajökull contribue à la fois au rebond isostatique et à la hausse du niveau de la mer (Photo: C. Grandpey)

 

 

 

 

 

Du jamais vu…mais que l’on reverra!

Il fait beau, il fait chaud, ce fut un beau lundi au soleil, mais il n’y a pas vraiment de quoi se réjouir, comme ont tendance à le faire un grand nombre de personnes.En effet, le mois de mai risque d’être le plus chaud jamais observé en France, avec des températures qui ont atteint 30°C dans le sud-ouest le week-end dernier et devraient culminer à 34° dans les prochains jours. Les saints de glace ont perdu la tête et les jardiniers ne savent plus trop à quels saints se vouer. Le climat est devenu fou!

Météo-France indique qu’en milieu de semaine, certaines villes pourraient connaître au moins cinq jours de suite dépassant 30°C. Ce serait un événement rarissime pour un mois de mai et qui n’a été observé qu’une seule fois sur le dernier siècle, en mai 1945. Rarissime oui, mais le problème est que le rarissime se répète tous les quatre matins et des événements soi-disant exceptionnels ne le sont plus.

On se dirige droit vers un mois de mai record; en sachant que les premières analyses météorologiques harmonisées au niveau national datent de 1947. S’agissant des températures moyennes pour un mois de mai, seuls cinq mois de mai ont présenté des valeurs supérieures à mai 2022 dont la moyenne est en ce moment de 16,6°C. Ainsi, on a enregistré 16,88°C en 2011, mais mai 2022 fera probablement mieux. En fait, je devrais écrire que la chaleur devrait être encore pire, car il n’y a vraiment pas de quoi rigoler.

Ce n’est pas tout. Il fait chaud et la situation hydrique est inquiétante. 2022 est pour l’instant une année très sèche. Il n’a plu que 112,6 mm en moyenne sur le territoire. C’est pour l’instant la deuxième mesure la plus faible depuis que les données existent. Même si Météo-France prévoit un peu de pluie en fin de semaine, cela ne suffira pas à compenser le profond déficit qui était de 25% en avril et de 20% pour la période de septembre à mars, moment où les nappes phréatiques étaient censées se recharger.

Source: Météo-France.

Avec les températures actuelles, il ne fait guère de doute que les glaciers continuent de fondre, avec les problèmes qui accompagnent le phénomène. C’est aussi une très mauvaise nouvelle pour le permafrost de roche; les alpinistes devront redoubler de prudence dans les prochains mois.

La presse a fourni des courbes et graphiques illustrant ces nouvelles inquiétantes. Au cous de ma conférence « Glaciers en Péril », je montre deux courbes côte à côte : la hausse des températures depuis l’ère industrielle et la courbe de Keeling (concentrations de CO2 dans l’atmosphère) au cours de la même période. Le parallélisme est saisissant…

Erosion littorale (suite) // Coastal erosion (continued)

Dans une note publiée le 21 février 2022 sur ce blog, je rappelais qu’avec la fonte des glaces dans l’Arctique, on assiste à une hausse du niveau des océans et une intensification de l’érosion côtière. Le littoral recule de plus en plus, surtout lors des tempêtes en période de grandes marées. En conséquence, certaines maisons basculent dans la mer et certaines localités devront être déplacées dans l’intérieur des terres au cours des années à venir.
En février, les médias américains avaient montré une maison de cinq chambres construite en 1980 qui s’est partiellement effondrée dans l’océan Atlantique le 9 février 2022 et a disséminé des débris sur des kilomètres le long des plages de Caroline du Nord.
Une autre maison construite sur la côte a disparu à Rodanthe en 2020.
Le 10 mai 2022, toujours en Caroline du Nord, deux nouvelles maisons situées sur le littoral des Outer Banks ont été emportées par la mer.

https://twitter.com/i/status/1524093024300634114

Au moment des faits, les deux maisons installées sur pilotis étaient inoccupées. Selon la chaîne de télévision CNN, d’autres habitations pourraient subir le même sort dans les prochains jours.

Dans le Nord-Est des Etats-Unis, les inondations dues aux marées ont considérablement augmenté ces derniers temps. Selon la NOAA, on évalue entre sept et quinze le nombre de jours d’inondation attendu d’ici 2030. Ce chiffre pourrait grimper à 75 par an d’ici 2050.

La NASA indique que le niveau de la mer a augmenté d’environ 10 cm depuis le début des années 1980 dans cette partie de la Caroline du Nord. Chaque année, l’érosion côtière coûte près d’un demi-milliard de dollars aux autorités.

Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, la France n’est pas à l’abri des inondations lors des grandes marées. Dans le sillage de ma conférence à Cognac, j’ai fait un saut vers le littoral atlantique. A Saint-Palais-sur-Mer, une partie du sentier littoral a été fermée pour cause d’instabilité. Les enrochements sont de plus en plus nombreux le long de la côte. Reste à savoir s’ils pourront résister longtemps aux assauts des vagues…

Source: Médias américains.

————————————-

In a post published on February 21st, 2022 on this blog, I recalled that with the melting of the ice in the Arctic, we are witnessing a rise in the level of the oceans and an intensification of coastal erosion. The coastline is receding more and more, especially during high tide storms. As a result, some houses are collapsing into the sea and some municipalities will have to be moved inland over the coming years.
US media showed a five-bedroom house built in 1980 that partially collapsed into the Atlantic Ocean on February 9th, 2022 and sent debris floating for miles along North Carolina beaches.
Another house built on the coast disappeared in Rodanthe in 2020.
On May 10th, 2022, still in North Carolina, two new homes on the Outer Banks coastline were washed away by the sea.
https://twitter.com/i/status/1524093024300634114
At the time of the events, the two houses on stilts were unoccupied. According to the CNN television channel, other homes could suffer the same fate in the coming days.
In the Northeastern United States, tidal flooding has increased significantly in recent times. According to NOAA, the number of flood days expected by 2030 is between seven and fifteen. This figure could rise to 75 per year by 2050.
NASA says sea levels have risen about 4 inches (10 cm) since the early 1980s in this part of North Carolina. Each year, coastal erosion costs the authorities nearly half a billion dollars.

As I have indicated on several occasions, France is not immune to flooding during high tides. In the wake of my conference in Cognac, I drove to the Atlantic coast. In Saint-Palais-sur-Mer, part of the coastal footpath was closed due to instability. The ripraps are more and more numerous along the coast. The question is to know whether they will be able to resist the onslaught of the waves for a long time…
Source: US news media.

 Enrochements à St Georges de Didonne (Photo: C. Grandpey)

La menace de l’érosion côtière en France

Les glaciers et la banquise fondent et la dilatation thermique des océans n’arrange rien. Au final, le réchauffement climatique entraîne une hausse rapide du niveau des océans. Elle est même parfois – comme en Nouvelle Zélande – plus rapide que le prévoyaient les scientifiques.

Le site web de la radio France Info explique qu’en France, le gouvernement a publié la liste des 126 communes (métropole et outre-mer) qui devront s’adapter en priorité à l’érosion du littoral. Les maires devront réaliser des cartes du risque de recul du littoral à 30 ans et 100 ans. Une telle carte servira de base à de nouvelles règles d’aménagement du territoire allant jusqu’à des interdictions de construire. La liste actuelle de 126 communes sera révisée au moins tous les neuf ans. La majorité des communes menacées sont situées sur les côtes de l’Atlantique et de la Manche.

Selon les chiffres officiels, 864 communes sont « plus particulièrement vulnérables » aux submersions marines, autrement dit à des phénomènes d’inondation temporaire des zones côtières par la mer. Ce type d’événements est amené à se multiplier, en particulier au moment des tempêtes conjuguées aux grandes marées. La hausse du niveau de la mer provoquée par le réchauffement climatique ne fera qu’exacerber ces événements. Les études montrent que 1,5 million d’habitants vivent dans ces zones inondables littorales.

Dans les zones exposées à l’horizon de 30 ans, les nouvelles constructions seront interdites, mais avec des exceptions pour l’extension de bâtiments existants ou l’installation de services publics et de nouvelles activités économiques nécessitant la proximité immédiate de la mer.

Les zones à l’horizon 100 ans restent constructibles, avec à terme une obligation de démolition quand la menace se rapprochera.

Certains responsables locaux s’interrogent sur les nouvelles contraintes imposées aux plans locaux d’urbanisme et pointent du doigt des questions de financement, sans oublier le problème de dépréciation des biens qui interviendra forcément dans la bande menacée.

La situation actuelle avec la rapidité de la hausse du niveau des océans montre, une fois de plus, la nécessité et de prévoir dès à présent le réaménagement de certaines zones, ce qui inclura forcément la relocalisation de certaines zones habitées. C’est un problème à l’ordre du jour dans la région de Lacanau (Gironde).

En cliquant sur ce lien, vous verrez un document très intéressant qui accompagne le reportage de France Info:

https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/montee-des-eaux/en-france-la-crise-climatique-est-la-immersion-dans-ces-villes-menacees-par-la-monteedeseaux.html

 

Carte montrant les zones menacées par la montée des eaux

L’immeuble ‘Le Signal’ à Soulac-sur-Mer (Gironde) a dû être vidé de ses habitants (Photo: C. Grandpey)

Erosion de la falaise à Talmont -sur-Gironde (Photo: C. Grandpey)

Enrochements à Lacanau (Gironde) et Le Prêcheur (Martinique) : de fragiles remparts contre l’action des vagues (Photos: C. Grandpey)